L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

CHAPITRE LII. Que l'homme ne doit pas se juger digne des consolations de Dieu, mais plutôt de châtiment.

Contempler Dieu et l'aimer, le contempler et l'aimer encore, voilà le Ciel.

L'âme, ici-bas, en reçoit quelquefois un avant-goût. Alors, élevée au-dessus

d'elle-même, elle se sent pleine d'ardeur, et enivrée de joie, elle dit: Il nous est

bon d'être ici 483 . Mais bientôt arrive le temps de l'épreuve: il faut descendre

du Thabor, et marcher dans le chemin de la Croix. Heureuse l'âme qui, dans

le dénûment, l'aridité, les souffrances, demeure en paix, sans se laisser

abattre et sans murmurer; qui, fidèle à Jésus mourant, le suit avec courage

sur le Calvaire; et après avoir partagé le banquet de l'époux, prête à partager

son sacrifice, s'écrie comme un des Apôtres: Et nous aussi, allons et mourons

avec lui 484 !

[483] Matth., XVII, 4.

[484] Joann., XI, 16.

 

CHAPITRE LII.

Que l'homme ne doit pas se juger digne des

consolations de Dieu, mais plutôt de châtiment.

 

1. L F. Seigneur, je ne mérite point que vous me consoliez et

que vous me visitiez: ainsi vous en usez avec moi justement, lorsque vous me laissez pauvre et désolé.

Quand je répandrais des larmes aussi abondantes que les eaux

de la mer, je ne serais pas encore digne de vos consolations.

Rien ne m'est dû que la verge et le châtiment: car je vous ai

souvent et grièvement offensé, et mes péchés sont sans nombre.

Après donc un strict examen, je me reconnais indigne de la

moindre consolation.

Mais vous, ô Dieu tendre et clément, qui ne voulez pas que vos

ouvrages périssent, pour faire éclater les richesses de votre bonté

en des vases de miséricorde 485 , vous daignez consoler votre serviteur au delà de ce qu'il mérite, et d'une manière toute divine.

[485] Rom., IX, 23.

Car vos consolations ne sont point comme les vaines paroles des

hommes.

2. Qu'ai-je fait, Seigneur, pour que vous me donniez quelque part

aux consolations du ciel?

Je n'ai point de souvenir d'avoir fait aucun bien; toujours, au

contraire, je fus enclin au vice, et lent à me corriger.

Il est vrai, et je ne puis le nier. Si je parlais autrement, vous vous

élèveriez contre moi, et personne ne me défendrait.

Qu'ai-je mérité pour mes péchés, sinon l'enfer et le feu éternel?

Je le confesse avec sincérité: je ne suis digne que d'opprobre et

de mépris; je ne mérite point d'être compté parmi ceux qui sont à vous. Et bien qu'il me soit douloureux de l'entendre, je rendrai cependant contre moi témoignage à la vérité, je m'accuserai de mes péchés, afin d'obtenir de vous plus aisément miséricorde.

3. Que dirai-je, couvert, comme je le suis, de crimes et de

confusion?

Je n'ai à dire que ce seul mot: J'ai péché, Seigneur, j'ai péché;

ayez pitié de moi, pardonnez-moi.

Laissez-moi un peu de temps pour exhaler ma douleur, avant que

je m'en aille dans la terre de ténèbres, que recouvre l'ombre de la

mort 486 .

[486] Job, X, 20, 22.

Que demandez-vous d'un coupable, d'un misérable pécheur,

sinon que, brisé de regrets, il s'humilie de ses péchés.

La véritable contrition et l'humiliation du cœur produisent

l'espérance du pardon, calment la conscience troublée, réparent la grâce perdue, protègent l'homme contre la colère à venir; et c'est alors que se rapprochent et se réconcilient dans un saint baiser Dieu et l'âme pénitente.

4. Cette humble douleur des péchés vous est, Seigneur, un

sacrifice agréable, et d'une odeur plus douce que celle de l'encens.

C'est le délicieux parfum que vous permîtes de répandre sur vos

pieds sacrés: car vous ne méprisez jamais un cœur contrit et

humilié 487 .