L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

CHAPITRE VII. De l'examen de conscience, et de la résolution de se corriger.

ferai-je donc? Ah! voici ce que je ferai. Je me présenterai tel que je suis,

dépouillé, nu, misérable, devant mon Seigneur et mon Dieu, et je lui dirai:

Ayez pitié de moi, Seigneur, et daignez me revêtir vous-même du vêtement

pur, qui me rendra digne d'être admis dans la salle du festin. Si vous ne venez

à mon secours, si vous ne suppléez à mon indigence, je serai, ô mon divin

maître, à jamais exclu de votre Table sainte; mais vous laisserez tomber sur

ce pauvre un regard de compassion; vous viendrez à lui dans votre bonté,

dans votre miséricorde immense, et votre main s'étendra pour couvrir sa

nudité: oui, Seigneur, j'ai espéré en vous, et je ne serai point confondu

éternellement 652 .

[648] Eccles., XVIII, 23.

[649] I. Cor., XI, 28, 29.

[650] Joann., VI, 54.

[651] Matth., XXII, 12, 13.

[652] Ps. XXX, 2.

 

CHAPITRE VII.

De l'examen de conscience, et de la résolution de

se corriger.

 

VOIX DU BIEN-AIMÉ.

 

1. Sur toutes choses, il faut que le prêtre qui se dispose à

célébrer les saints mystères, à toucher et à recevoir le corps de Jésus-Christ, s'approche de ce Sacrement avec une profonde humilité de cœur, un respect suppliant, une pleine foi, et une pieuse intention d'honorer Dieu.

Examinez avec soin votre conscience, et, autant que vous le

pourrez, purifiez-la par une contrition véritable et par une humble confession; de sorte que, délivré du poids de vos fautes, exempt de trouble et de remords, vous puissiez librement venir à moi.

Ayez une vive douleur de tous vos péchés en général; déplorez

en particulier ceux que vous commettez chaque jour; et, si le temps vous le permet, confessez à Dieu, dans le secret du cœur, toutes les misères qui sont le fruit de vos passions.

2. Affligez-vous et gémissez d'être encore sous l'empire de la

chair et du monde:

Si peu occupé de mourir à vos inclinations; si agité par les

mouvements de la concupiscence:

Si peu exact à veiller sur vos sens; si souvent séduit par de vains

fantômes:

Si enclin à vous répandre au dehors; si négligent à rentrer en

vous-même:

Si porté au rire et à la dissipation; si dur, quand vous devriez

verser des larmes de componction:

Si prompt à vous livrer au relâchement et à la mollesse; si lent à

embrasser une vie austère et fervente:

Si curieux de nouvelles, et de ce qui attire les regards par sa

beauté; si plein de répugnance pour ce qui abaisse et humilie:

Si avide de beaucoup avoir, si avare pour donner, si ardent à

retenir:

Si inconsidéré dans vos discours; si impuissant à vous taire:

Si déréglé dans vos mœurs; si indiscret dans vos actions:

Si intempérant dans le manger et le boire; si sourd à la parole de

Dieu:

Si convoiteux de repos; si ennemi du travail:

Si éveillé pour des récits frivoles: si appesanti par le sommeil

durant les veilles saintes; si pressé d'en voir la fin; si peu attentif en y assistant:

Si dissipé en récitant l'office divin, si tiède en célébrant, si aride

dans la Communion:

Si aisément distrait; si rarement bien recueilli:

Si tôt ému de colère; si prompt à blesser les autres:

Si enclin à juger mal; si sévère à reprendre:

Si enivré de joie dans la prospérité; si abattu dans l'adversité:

Si fécond en bonnes résolutions, et si stérile en bonnes œuvres.

3. Après avoir confessé et déploré avec une grande douleur et un

vif sentiment de votre faiblesse, ces défauts et tous les autres qui peuvent être en vous, formez un ferme propos de vous corriger, et d'avancer dans la vertu.

Offrez-vous ensuite, avec une pleine résignation et sans aucune

réserve, sur l'autel de votre cœur, comme un holocauste perpétuel, en l'honneur de mon nom, m'abandonnant entièrement le soin de votre corps et de votre âme, afin d'obtenir ainsi la grâce de célébrer dignement le saint Sacrifice, et de recevoir avec fruit le Sacrement de mon corps.

4. Car il n'est point d'oblation plus méritoire, ni de satisfaction plus

grande pour les péchés, que de s'offrir soi-même sincèrement à Dieu, en lui offrant, à la Messe et dans la Communion, le Corps de Jésus-Christ.

Si l'homme fait ce qui est en lui, et s'il a un vrai repentir toutes les

fois qu'il s'approche de moi pour demander grâce et miséricorde: J'en jure par moi-même, dit le Seigneur, je ne me souviendrai plus de ses péchés, et ils lui seront tous pardonnés; car je ne veux point

la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive 653 .

[653] Ezech., XXIII, 22; XXXIII, 11.

 

RÉFLEXION.

 

Il n'est rien de plus utile en soi, ni de plus indispensable pour approcher

dignement de l'autel, que de descendre en sa conscience, et d'en scruter,

avec une sévérité salutaire, les tristes profondeurs. Nous avons en nous-

mêmes comme une image du royaume des ténèbres: là vit, et croît, et se

propage l'innombrable famille des vices, nés de la triple concupiscence 654

qui a infecté la vie humaine dans sa source. Quiconque examine

sérieusement son cœur, y trouve le germe de tout ce qui est mauvais; un

orgueil tantôt hardi et violent, tantôt plein de déguisements et de ruses, une

curiosité effrénée, des convoitises ardentes, la haine qu'accompagnent

l'injure, l'outrage et la calomnie, l'envie mère du meurtre, l'avarice qui dit sans

cesse: 655 Apporte, apporte , la dureté d'âme, les joies coupables de l'esprit;

et bien que ces semences de mort ne se développent pas dans chaque

homme au même degré, tous les ont en eux-mêmes, et la grâce seule les

étouffe plus ou moins. Tel est, depuis la chute originelle, le partage des

enfants d'Adam. Qui, dans son effroi, ne crierait vers Dieu du fond de cette

immense misère 656 , pour implorer de lui secours et miséricorde? Il délaisse

ceux qui cachent leurs crimes, et pardonne à ceux qui s'accusent 657 . Touché

de pitié pour les pécheurs, Jésus-Christ a institué le sacrement de pénitence,

qui les régénère dans le sang de l'Agneau, et les revêt de l'innocence

primitive. Voilà la robe nuptiale nécessaire pour assister au festin de l'Époux.

Vous qui portez avec douleur le poids de vos péchés, hâtez-vous donc, allez

pleins de repentir, de foi, d'espérance et d'amour, déposer cet accablant

fardeau aux pieds de celui qui tient, dans le tribunal sacré, la place du Fils de

Dieu même: allez et humiliez-vous, allez et pleurez: une main divine essuiera

vos larmes, et, rétablis en grâce avec Dieu, en paix avec vous-mêmes, vous

chanterez dans l'allégresse l'hymne du pardon: Heureux ceux dont les

iniquités ont été remises, et les péchés couverts! Heureux celui à qui le

Seigneur n'a point imputé son péché, et dont le cœur a été sans fraude! Parce

que j'ai tu mon crime, il a vieilli dans mes os, et crié dans mon sein pendant

tout le jour. Car votre main s'est appesantie sur moi le jour et la nuit: je me

suis tourné et retourné dans mon angoisse, tandis que l'épine perçait mon

cœur. Alors je vous ai déclaré mon péché: je n'ai point caché mon injustice.

J'ai dit: Je confesserai contre moi mon iniquité au Seigneur; et vous, Seigneur,

vous m'avez remis l'impiété de mon péché. C'est pour cela que vos serviteurs

vous invoqueront dans le temps propice; et le déluge des grandes eaux

n'approchera point d'eux 658 .