L'imitation de Jésus-Christ / Traduction nouvelle avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

CHAPITRE XIII. De la résistance aux tentations.

RÉFLEXION.

 

C'est dans l'adversité que chacun de nous apprend à connaître ce qu'il est

réellement. 43 Celui qui n'a pas été éprouvé, que sait-il ? L'homme à qui tout

prospère est exposé à un grand danger; il est bien à craindre que son âme

s'assoupisse d'un sommeil pesant, et qu'à l'heure du réveil on ne lui dise:

Souvenez-vous que vous avez reçu vos biens sur la terre 44 . Ici-bas les

souffrances sont une grâce de prédilection; elles nous exercent à la vertu,

elles nous fournissent de nouvelles occasions de mérite, et nous rendent

conformes au Fils de Dieu, dont il est écrit: Il a fallu que le Christ souffrît, et

qu'il entrât ainsi dans sa gloire 45 .

[43] Eccl., XXXIV, 9.

[44] Luc., XVI, 25.

[45] Act., XVII, 3.

 

CHAPITRE XIII.

De la résistance aux tentations.

 

1. Tant que nous vivons ici-bas, nous ne pouvons être exempts

de tribulations et d'épreuves.

C'est pourquoi il est écrit au livre de Job: La tentation est la vie de

l'homme sur la terre 46 .

[46] Job, VII, 1.

Chacun devrait donc être toujours en garde contre les tentations

qui l'assiégent, et veiller et prier pour ne point laisser lieu aux surprises du démon, qui ne dort jamais, et qui tourne de tous côtés,

cherchant quelqu'un pour le dévorer 47 .

[47] I. Pet.; Ps. V, 8.

Il n'est point d'homme si parfait et si saint, qui n'ait quelquefois

des tentations, et nous ne pouvons en être entièrement affranchis.

2. Mais, quoique importunes et pénibles, elles ne laissent pas

d'être souvent très-utiles à l'homme, parce qu'elles l'humilient, le purifient et l'instruisent.

Tous les Saints ont passé par beaucoup de tentations et de

souffrances, et c'est par cette voie qu'ils ont avancé; mais ceux qui n'ont pu soutenir ces épreuves, Dieu les a réprouvés, et ils ont défailli dans la route du salut.

Il n'y a point d'ordre si saint, ni de lieu si secret, où l'on ne trouve

des peines et des tentations.

3. L'homme, tant qu'il vit, n'est jamais entièrement à l'abri des

tentations: car nous en portons le germe en nous, à cause de la concupiscence dans laquelle nous sommes nés.

L'une succède à l'autre; et nous aurons toujours quelque chose à

souffrir, parce que nous avons perdu le bien et la félicité primitive.

Plusieurs cherchent à fuir pour n'être point tentés, et ils tombent

dans des tentations plus dangereuses.

Il ne suffit pas de fuir pour vaincre; mais la patience et la véritable

humilité nous rendent plus forts que tous nos ennemis.

4. Celui qui, sans arracher la racine du mal, évite seulement les

occasions extérieures, avancera peu: au contraire les tentations reviennent à lui plus promptement et plus violentes.

Vous vaincrez plus sûrement peu à peu et par une longue

patience, aidé du secours de Dieu, que par une rude et inquiète opiniâtreté.

Prenez souvent conseil dans la tentation, et ne traitez point

durement celui qui est tenté; mais consolez-le comme vous voudriez qu'on vous consolât vous-même.

5. Le commencement de toutes les tentations est l'inconstance de

l'esprit et le peu de confiance en Dieu.

Car, comme un vaisseau sans gouvernail est poussé çà et là par

les flots, ainsi l'homme faible et changeant qui abandonne ses résolutions est agité par des tentations diverses.

Le feu éprouve le fer 48 , et la tentation, l'homme juste.

[48] Eccl., XXXI, 31.

Nous ne savons souvent ce que nous pouvons: mais la tentation

montre ce que nous sommes.

Il faut veiller cependant, surtout au commencement de la

tentation; car on triomphe beaucoup plus facilement de l'ennemi, si on ne le laisse point pénétrer dans l'âme, et si on le repousse à l'instant même où il se présente pour entrer.

C'est ce qui a fait dire à un ancien: Arrêtez le mal dès son origine,

le remède vient trop tard, quand le mal s'est accru par de longs

délais 49 .

[49] Ovid.

D'abord une simple pensée s'offre à l'esprit, puis une vive

imagination; ensuite le plaisir, et le mouvement déréglé, et le consentement. Ainsi peu à peu l'ennemi envahit toute l'âme, lorsqu'on ne lui résiste pas dès le commencement.

Plus on met de retard et de langueur à le repousser, plus on

s'affaiblit chaque jour, et plus l'ennemi devient fort contre nous.

6. Plusieurs sont affligés de tentations plus violentes au

commencement de leur conversion; d'autres à la fin: il y en a qui souffrent presque toute leur vie.

Quelques-uns sont tentés assez légèrement, selon l'ordre de la

sagesse et de la justice de Dieu, qui connaît l'état des hommes, pèse leurs mérites, et dispose tout pour le salut de ses élus.

7. C'est pourquoi, quand nous sommes tentés, nous ne devons

point perdre l'espérance, mais prier Dieu avec plus de ferveur, afin qu'il daigne nous secourir dans toutes nos tribulations; car, selon la parole de l'Apôtre, il nous fera tirer avantage de la tentation même,

de sorte que nous puissions la surmonter 50 .

[50] I. Cor., X, 13.

Humilions donc nos âmes sous la main de Dieu 51 , dans toutes

nos tentations, dans toutes nos peines, parce qu'il sauvera et relèvera les humbles d'esprit.

[51] I. Pet.

8. Dans les tentations et les traverses, on reconnaît combien

l'homme a fait de progrès. Le mérite est plus grand, et la vertu paraît davantage.

Il est peu difficile d'être pieux et fervent, lorsque l'on n'éprouve

rien de pénible; mais celui qui se soutient avec patience au temps de l'adversité, donne l'espoir d'un grand avancement.

Quelques-uns surmontent les grandes tentations et succombent

tous les jours aux petites, afin qu'humiliés d'être si faibles dans les moindres occasions, ils ne présument jamais d'eux-mêmes dans les grandes.

 

RÉFLEXION.

 

Nul homme n'est exempt de tentations. Elles nous purifient, nous

éprouvent, nous instruisent, nous humilient. Ce n'est pas seulement par la

fuite ou par une résistance violente qu'on en triomphe, mais par une patience

tranquille et un confiant abandon entre les mains de Dieu. Veillons cependant,

selon le précepte de Jésus-Christ, 52 Veillons et prions . On surmonte

aisément la tentation naissante; mais si on la laisse croître et se fortifier, on

porte, en succombant, la peine de sa négligence ou de sa présomption.

Voulez-vous réellement vaincre? Repoussez l'ennemi dès la première

attaque. Voulez-vous retirer du combat l'avantage en vue duquel Dieu permet