Passion
Chapitre 17
Le lendemain matin, dès neuf heures, Susannah s'assit à son bureau, à Paradise Photos, et chercha dans l’annuaire le numéro de téléphone de la Little Angel Baby Food Company; tout était toujours tranquille jusqu’à dix heures, moment où tous les téléphones se mettaient à sonner sans arrêt.
Elle se demanda pourquoi diable Jack ne lui avait jamais parlé du Forum international. Il était toujours au courant de ce qui se passait d’important, et aurait dû se douter que c’était exactement le genre de chose qui avait des chances d'intéresser la jeune femme. Sans doute était-ce lié au fait que Susannah et Claudia ne s’étaient plus parlé depuis que la femme de Jack l'avait mise en garde à propos de Peter. Susannah avait d’abord été furieuse, mais désormais cela lui paraissait sans importance ; après tout, Claudia avait le droit d’avoir ses opinions, et serait sans doute heureuse qu’en définitive tout marchât si bien. Susannah se promit de faire un effort pour arranger les choses une fois les Traldi rentrés de vacances, d’ici à une semaine. Peut-être pourraient-ils aller dîner quelque part tous les quatre.
Elle composa le numéro de la Little Angel, et fut aiguillée vers le service de relations publiques.
— Mrs. West, annonça une voix féminine assez sèche et coupante.
— Bonjour! je suis photographe, et je me demandais si je pourrais prendre pari à votre concours photo. C'est à vous que je dois m'adresser?
— En effet, mais la date limite était vendredi dernier, et nous ne pouvons consentir aucune exception. Merci d'avoir appelé.
Et elle raccrocha sans attendre. Soupirant, Susannah appela Jamie et lui apprit la nouvelle.
— Vendredi dernier ? Tu as manqué l'inscription de trois jours seulement ? Il doit y avoir un moyen de s’en sortir.
— Jamie, la femme tout à fait charmante avec laquelle j’ai parlé m’a dit qu’il n’y aurait aucune exception. Et elle n’avait pas l’air de plaisanter.
Il réfléchit un instant.
— Il n’y a pas de raison valable pour que tu ne puisses participer. Nous trouverons bien un moyen.
— Je te remercie vraiment du souci que tu prends pour moi, mais je ne vois vraiment pas ce que nous pouvons faire.
— Je m’en occupe, répondit Jamie avant de raccrocher.
Susannah secoua la tête. Dieu sait ce qu’il allait bien pouvoir inventer ! On lui avait volé son portfolio, elle l’avait prêté au British Muséum, n’importe quelle histoire extravagante. Elle l’écouterait, lui dirait que c’était une idée magnifique, et se garderait bien de faire quoi que ce soit.
Elle tendit la main vers son carnet de rendez-vous et l’ouvrit. Il était temps qu’elle s’y mette. Manquer un événement tel que le concours du Forum était inexcusable, même si elle n’avait aucune chance. Il était indispensable de suivre tout ce qui se passait : on ne savait jamais ce qui pouvait arriver, une de vos photos pouvait plaire à quelqu’un et vous valoir du travail. Après tout, un mois auparavant, elle avait bien vendu un cliché à la Minar Corporation : une gamine de dix ans jouant au basket dans une cour d’école déserte. Huit cents dollars. Il est vrai qu'ils ne l’avaient pas encore payée, et qu'il était toujours mauvais de se reposer sur ses lauriers un mois durant.
Son regard tomba sur une note de sa main, où il était écrit d’appeler Ruth Mitchell. Peter l’avait à ce point absorbée qu’elle n’avait plus parlé à sa mère adoptive depuis des mois. Comment ai-je pu ? se demanda-t-elle en reprenant le téléphone. La dernière fois qu’elle avait vu Ruth, c’était peu avant le nouvel an et la réception des Traldi. Jusque-là, elles s’appelaient souvent au téléphone, mais depuis que Peter était entré dans sa vie, Susannah ne semblait plus en avoir le temps. Elle se demanda pourquoi, de son côté, Ruth ne l’avait pas appelée, mais cela ne fit rien pour apaiser son sentiment de culpabilité.
— Allô ! dit une voix masculine quand on décrocha.
Susannah reconnut son interlocuteur :
— Bonjour, Timmy, c’est Susannah.
— Bonjour.
— Comment vas-tu ?
— Pas mal.
— Tout le monde va bien ? Sam, Lily, les enfants ?
— Oui, oui, merci.
— Je suis heureuse de l’entendre ! Ça fait longtemps que je n'ai pas discuté avec Ruth, et je me suis dit que je ferais bien de l’appeler pour lui dire bonjour.
Il y eut une pause à l’autre bout du fil.
— Elle n’est pas là. Elle est à l’hôpital.
— Rien de grave ? demanda Susannah en retenant son souffle.
— Eh bien... si, hélas. Elle a un cancer et ça n’a pas beaucoup de chances de s'arranger. Cela faisait un bout de temps qu’elle ne se sentait pas bien, mais c’est tout récemment qu’on s’en est rendu compte.
C’était donc pour cela qu’elle n’avait pas appelé. Susannah se couvrit les yeux d’une main.
— C’est vraiment grave ?
— Les médecins disent qu’elle en a pour huit mois, un an... Lily et moi voulions te prévenir, mais nous n’avons pas eu le courage.
— Je peux venir la voir? demanda-t-elle tandis que son estomac se crispait.
— Si tu veux, mais elle est vraiment mal... ça risque de t'être pénible.
— Qu'est-ce qu’on lui a fait comme traitement ?
— Tout. Il ne reste rien à tenter. Nous attendons. Le pire, c’est qu’elle est trop malade pour être ramenée à la maison.
Susannah s'empara d'un crayon et nota le nom et l'adresse de l'hôpital, juste à la sortie de Harrisburg, puis discuta encore quelques minutes avec Timmy. Dès qu'elle eut raccroché, elle téléphona pour obtenir les horaires des bus. Les heures lui parurent interminables. De retour à la maison, elle raconta tout à Peter. Il savait qui était Ruth Mitchell, sans que jamais Susannah lui ait expliqué à quel point cette femme avait eu de l’importance pour elle.
— Ne t'inquiète pas, dit-il. Je m'occuperai de tout pendant que tu seras là-bas. Restes-y aussi longtemps que tu le voudras.
Il était cinq heures du soir, le lendemain, quand elle arriva à l’hôpital, où elle se renseigna à la réception. L’endroit paraissait crasseux. Il fallut attendre dix minutes qu’un ascenseur antédiluvien arrive au rez-de-chaussée et l’emmène au septième étage.
En se dirigeant vers la chambre de Ruth, Susannah se sentit prise d’une envie de vomir. Des patients âgés étaient assis dans des fauteuils roulants, marmonnant ou fredonnant sans plus se rendre compte de rien. Une femme ne cessait de geindre en se balançant d’avant en arrière. Un coup d’œil dans les chambres suffisait à montrer que le mobilier était sur le point de tomber en pièces. Qu’est-ce que Ruth faisait dans un endroit pareil ?
Elle entra dans la chambre 719 après avoir frappé. Elle comptait quatre lits ; celui de Ruth était à côté de la fenêtre.
La voyant, Susannah s'efforça de se dominer. Elle traversa la pièce, ignorant l’odeur de renfermé, le sol taché, et lutta pour garder son calme en contemplant le visage endormi de la femme qui comptait pour elle plus que tout au monde. Ruth paraissait avoir vieilli de trente ans. Son visage était maigre, couleur de cendre, son épaisse chevelure brune s’était réduite à quelques mèches éparses. Retenant ses larmes, Susannah s’assit à côté du lit, prenant doucement la main de sa mère adoptive dans les siennes, non sans noter à quel point sa peau était mince et desséchée.
Ruth ouvrit les yeux et sourit faiblement dès qu’elle aperçut la jeune femme.
— Bonjour, chérie, chuchota-t-elle.
— Bonjour, répondit Susannah avec un immense sourire. Comme tu refuses toujours d’avoir un répondeur, il m’a fallu venir en personne pour te voir.
— ... suis si heureuse... que tu sois venue..., répondit Ruth, qui avait manifestement beaucoup de mal à parler.
Susannah craignit de craquer, ce qu'elle ne pouvait se permettre devant sa mère adoptive, Et que faire, que faire? Elle savait quoi : la sortir de cet horrible endroit, lui en trouver un autre où elle pourrait mourir dignement. Mais aucun des Mitchell n’avait de quoi lui offrir un hôpital privé. Lily, Mal et Timmy travaillaient en usine, sur les chaînes de montage, Sam avait épousé une Canadienne et s'adonnait à l’agriculture dans le Nouveau-Brunswick. La sœur de Ruth était morte au printemps, et son mari était parti en Floride peu après. Elle-même devrait pouvoir faire quelque chose avec Peter. Elle lui en parlerait aussitôt rentrée.
Susannah resta en compagnie de Ruth jusqu’à ce que les infirmières viennent lui dire que les visites étaient terminées. De temps à autre, la vieille femme tentait de lui parler, d’une voix à peine audible, et réussit ainsi à lui dire que Timmy et sa femme étaient partis pour un baptême, et ne rentreraient que deux jours plus tard. Sam était arrivé du Canada trois semaines plus tôt. Lily venait la voir d’ordinaire, mais un de ses enfants avait la rougeole et elle devait s’en occuper. Susannah fut heureuse d’être là : Ruth ne serait pas seule.
En quittant les lieux, elle téléphona à Lily, qui tint à ce qu’elle passe à la maison. Toutes deux discutèrent autour d'une tasse de café, et la fille de Ruth confirma ce que Susannah pensait : les enfants Mitchell haïssaient l’hôpital où se trouvait leur mère, mais n'avaient pas l'argent nécessaire pour la faire transférer ailleurs. Ils avaient bien sollicité toutes les aides financières auxquelles Ruth pouvait avoir droit ; malheureusement, il n’y avait pas beaucoup d’endroits destinés aux patients dont la maladie en était au stade terminal, et les meilleurs étaient beaucoup trop chers.
Susannah passa la nuit dans un motel à quelques kilomètres de là, se retournant sans arrêt dans son lit en se demandant ce qu’elle pourrait bien faire. Le lendemain, dès neuf heures, elle était au chevet de Ruth, ne cessant de bavarder gaiement quand elle pensait que la malade pouvait la suivre, se contentant de lui tenir la main le reste du temps. Elle discuta avec le médecin du service et, pendant l’après-midi, sortit appeler un petit hospice dont Lily avait parlé. Il n’était qu’à une heure de là, et avait une excellente réputation. Susannah décida de rester un jour supplémentaire, de façon à pouvoir aller reconnaître les lieux. Elle téléphona chez elle à New York et laissa sur le répondeur un message à l’attention de Peter, pour le prévenir qu’elle rentrerait plus tard que prévu, en lui demandant d’avertir Jack qu’elle serait absente un jour de plus. Le lendemain matin, elle se rendit à l’hospice, où quelques minutes lui suffirent pour être sûre que c’était l’endroit parfait : propre, agréable, bien géré, pourvu d’installations modernes. Le tout pour dix mille dollars par semaine...
Quand il fut temps pour elle de reprendre son bus pour New York, Susannah promit de revenir dès que possible. Ruth serra sa main comme elle put et murmura un faible merci. La jeune femme réussit à grand-peine à gagner le couloir avant de fondre en larmes. Il fallait vraiment qu.elle trouve un moyen de lui venir en aide.
Quand le taxi s’arrêta devant chez elle, Susannah pensa à quel point elle aimerait prendre un bon bain chaud et combien il serait bon de revoir Peter. Elle se blottirait dans ses bras et serait heureuse que tous deux soient ensemble. Il l’aiderait sûrement à trouver une solution au problème, peut-être un moyen d’emprunter de l’argent pour l’hospice. Il saurait quoi faire.
Elle glissa la clé dans la serrure, ouvrit la porte et sentit aussitôt que quelque chose n’allait pas.
Ils avaient été cambriolés. Les portes des placards étaient béantes, tout était en désordre. Le poste de télévision et son lecteur laser avaient disparu. Elle s’immobilisa pour écouter. Il était peu probable que quelqu’un fût encore là; cela avait dû se produire pendant le week-end. Mais où était Peter ? Elle lui avait laissé le numéro du motel dans son message. Pourquoi ne l’avait-il pas appelée pour la prévenir ? Elle alla dans la chambre, redoutant ce qu’elle pourrait y trouver, et eut un soupir de soulagement en constatant qu’il n’était pas là. Dieu merci, il ne lui était rien arrivé.
Mais ses dossiers, qui contenaient toutes ses photos et tous ses négatifs, étaient un vrai fouillis. Les tiroirs étaient grands ouverts, quelqu'un avait fouillé dedans, il y avait des clichés partout. Avait-on volé quelque chose ? Il faudrait des semaines pour s’en assurer.
Elle s’assit sur le lit, sidérée, et contempla la penderie que Peter et elle partageaient. Tous ses vêlements à lui avaient disparu. Comme ses affaires, généralement dispersées sur la coiffeuse et la table de nuit. Et pourtant, bizarrement, ce ne semblait pas être le cas de ce qui appartenait à la jeune femme. Susannah ouvrit sa boîte à bijoux : rien n’y manquait. Retournant dans le séjour, elle examina les lieux pour voir ce qui avait été volé. La télé et le lecteur laser, rien de plus. Rien de conséquent, rien qui ne puisse être emporté rapidement et sans attirer l’attention.
Sans trop savoir pourquoi, elle ouvrit le tiroir du bureau où se trouvait le chéquier portant leurs deux noms. Il n'était plus là. Mains tremblantes, s’efforçant de garder son calme, elle appela au numéro indiqué sur le formulaire qu’on leur avait donné à l’ouverture du compte, et demanda l'état de celui-ci. Zéro dollar zéro cent, répondit une femme à l’autre bout du fil. L’argent avait été retiré mardi, et le compte fermé en même temps.
En raccrochant, Susannah s’effondra sur le sofa. C’était l’œuvre de Peter. Il était parti en emportant la télévision, le lecteur laser, peut-être certaines de ses photos, et tout l’argent qu’elle avait. Comme ça. Sans prendre la peine de remettre un peu d’ordre pour faire illusion. Et, bien entendu, il n’avait eu aucun mal à obtenir l’argent à la banque, puisque c’était un compte commun.
Peut-être devenait-elle folle, peut-être, en fait, était-ce l’œuvre d’un voleur ? Jack Traldi. Elle allait appeler Jack. Il pourrait peut-être l'aider à retrouver Peter. Soulagée, elle composa le numéro de l’agence, où on la fit attendre cinq minutes, le temps que Jack prenne la ligne, ce qui suffit à la mettre dans tous ses états.
— Bonjour, Susannah, dit-il d’un ton un peu pincé.
— Bonjour, Jack. Pourrais-tu me dire où est Peter ? Nous avons été cambriolés et il faut que je lui parle.
— Cambriolés ?
— Oui, j’arrive de Pennsylvanie et je viens de découvrir tout ça. Il manque des tas de choses, et toutes les affaires de Peter.
— Les affaires de Peter, dit-il d’un ton si neutre qu’on aurait dit qu’il ne savait pas de quoi elle parlait.
— Jack, qu’est-ce qui se passe ?
— Écoutez, je suis désolé. Je pensais que vous vous entendiez bien ensemble.
— Désolé de quoi ?
— Ali, lu n'es pas au courant, dit Jack, qui paraissait peiné. Susannah, Peter a quelqu’un d’autre. Ses affaires ont disparu parce qu'il est parti avec elle.
— Mais qu'est-ce que tu dis ?
— J’ai cru que vous aviez rompu d’un commun accord, mais je vois que ce n’était pas le cas. Ça me fait de la peine, mais il faut bien que je te le dise, il est avec quelqu'un d’autre.
Susannah ferma les yeux et tenta de rester calme.
— Jack, où est-il ? Comment puis-je le joindre ?
— Je n’en sais rien, Susannah, répondit Jack d’un ton hésitant. Je n’ai ni adresse ni numéro de téléphone.
Inutile de lui dire qu’il mentait.
— Merci de m’avoir expliqué tout cela, je t’en suis très reconnaissante. Je te verrai demain matin au bureau.
Il y eut un silence, puis :
— Tu sais que... écoute, je t’apprécie beaucoup, mais Peter et moi sommes amis d’enfance. Je ne crois pas que ce serait une bonne idée que tu continues à travailler ici... ça ne faciliterait pas les choses...
— Tu me flanques à la porte ?
— Allons, allons, ça n’est pas ça. Je ne pense pas qu’il faille que tu reviennes. Tu peux voir toi-même à quel point ça pourrait devenir difficile, et je serais en plein milieu...
Susannah resta sans voix. Jack se sentait mal à l’aise à l’idée de revoir une fille que son vieux copain avait grugée.
— En tout cas, s’il y a quoi que ce soit que Claudia et moi puissions faire, dis-le et nous serons là.
Elle raccrocha sans prendre la peine de répondre. Claudia l’avait mise en garde contre Peter, et leur amitié avait failli en rester là pour cette raison. Désormais, elle n’était même plus en position de lui parler. Susannah composa le numéro de Bibi à Los Angeles, mais personne ne répondit.
Elle contacta d’autres amis de Peter, pour essayer de le localiser, mais personne ne savait où il était — ou ne voulait pas le lui dire. Chaque appel lui serrait davantage le cœur. C’était comme si le sol s’était ouvert sous ses pieds, et qu’elle tombait dans le vide. Ce n’était pas possible, pas possible! Il l’aimait, elle le savait. Et elle l’adorait. Elle songea un instant à ce que ce serait de vivre sans lui, de se retrouver seule.
Elle finit par retourner clans sa chambre, se dévêtit cl se glissa sous les couvertures. Il faisait bon dans la pièce, mais elle fut saisie de frissons incoercibles. Peter était parti et lui avait tout pris. Elle n’avait plus de travail. La seule personne qui l'ait vraiment aimée mourait d’un cancer dans un hôpital, réclamant de l’aide que désormais Susannah était incapable de lui procurer. C'était impossible de penser à tout cela en même temps. Elle ferma les yeux et plongea dans le sommeil.
Quand elle se réveilla, il faisait noir. Désorientée, encore un peu assommée, elle jeta un coup d'œil au radio-réveil. Vingt-deux heures trente. Que faisait-elle au lit ? Puis tout lui revint d'un seul coup. Peter l'avait quittée pour quelqu’un d’autre. Il ne l'aimait pas, et ne l'avait sans doute jamais aimée. Il en voyait une autre et s’était enfui sans mot dire, sans même laisser de lettre. Et il l’avait volée. Jamais, au grand jamais, elle ne l’en aurait cru capable.
Encore que... maintenant qu’elle y pensait, il y avait quelque chose de bizarre dans son rapport à l’argent : le jetant par les fenêtres, puis déclarant tout d’un coup qu’il préférait rester à la maison. Toutes ses histoires de contrats immobiliers, de hautes relations, n’étaient que du vent. Il devait quand même se livrer à certaines transactions, car il avait bel et bien de l’argent de temps à autre. Mais il n’était pas le grand homme d’affaires qu’il prétendait être.
Tout était si clair, maintenant. Dès le début, quelque chose était allé de travers. Il s’était trop vite installé dans son appartement, comme il lui avait trop vite dit qu’il l’aimait ! Si elle n’avait pas été si folle de lui, elle se serait peut-être rendu compte de quelque chose. Maintenant, elle comprenait pourquoi il ne l’avait jamais emmenée dans ce fabuleux appartement perpétuellement en réfection ; peut-être même n’avait-il pas de domicile fixe.
Peter Manzoni n’était rien d’autre qu’un escroc. Grand seigneur fréquentant les gens qu’il fallait, sachant se donner les apparences du luxe et du succès. Dieu, quel artiste de talent. Et comme elle avait fait une petite victime parfaite, comme il l’avait dupée facilement ! Elle avait violé sa propre règle : ne plus jamais dépendre de qui que ce soit. Il n’avait même pas eu à prendre le contrôle de sa vie : elle l’y avait pratiquement forcé.
Elle fut envahie par une vague de sentiments contradictoires : colère, chagrin, humiliation, tristesse. Impossible de s’y retrouver. J’ai failli l’épouser, se dit-elle, terrifiée d'avoir pu se laisser prendre au piège d’un tel homme. Cela ne s’était pas produit, certes — mais en fait, uniquement parce qu’il n’en avait jamais eu l’intention. Il s’était montré si aimant, elle s'était sentie si désirable... Et pendant tout ce temps, il ne songeait qu’à poser ses pièges, comme pour le compte en banque commun. Tant d’efforts, et des mois de travail, pour si peu d’argent ; il n’avait pas hésité à lui briser le cœur, à l’anéantir, pour quelques milliers de dollars.
La nuit fut longue. Susannah eut un sommeil agité; au malin, elle était épuisée, et resta longtemps éveillée à contempler le plafond. Vers onze heures, elle se décida enfin à sortir du lit, enfila un jean et descendit acheter de la crème glacée, une douzaine de beignets et plusieurs magazines, puis, de retour chez elle, la jeune femme se fourra de nouveau au lit, où elle mangea sa glace et lut deux revues d’un bout à l’autre, avant de les jeter sur le plancher, en se demandant si cela valait encore la peine de se lever. À quoi bon ? Elle n’avait nulle part où aller, personne ne se souciait d’elle. Et sa carrière ! Quelle plaisanterie ! Elle aurait dû rester dans son école de gestion. Pour qui est-ce que je me prenais ? se demanda-t-elle. Comme si moi, Susannah Holland, petite sotte sans cervelle, j’avais jamais eu la moindre chance de devenir photographe. Au moins, avec mon diplôme, j’aurais eu un boulot décent, un vrai boulot. J’aurais eu une vie.
Elle qui voulait être quelqu’un. Quelle ironie ! Jamais elle ne serait personne.
Elle donna un coup de poing dans l’oreiller et se tourna sur le flanc. Tout cela n’était rien à côté de l’angoisse qu’elle éprouvait en pensant à Ruth. Elle était parfaitement insolvable, au moment même où sa mère adoptive avait le plus besoin d’elle. Si j’étais restée dans mon école, j’aurais pu lui venir en aide. Si je n’avais pas été si égoïste, j’aurais pu trouver un moyen de payer ce fichu hospice. Tout est ma faute.
La journée passa lentement. Susannah tua le temps en somnolant, en mangeant et en lisant, parfois en regardant sans y penser la petite télé d’âge vénérable qu’elle avait sortie d’un placard. Il y avait dans le courrier une lettre de la Minar Corporation, avec le chèque de huit cents dollars pour la photo qu’on lui avait achetée. Elle le contempla avec réticence. Désormais, elle allait devoir vivre sur cet argent.
La nuit fut interminable. Elle avait enfin réussi à s’endormir quand, au petit matin, on sonna à la porte. Elle ne répondit pas, mais le visiteur insista.
— Allez-vous-en ! hurla-t-elle, ne tenant pas à voir qui que ce soit.
— Est-ce que tu sais à qui tu parles ? lança Jamie de l’autre côté de la porte.
Jamie. Lui, d’accord. Rejetant les couvertures, elle enfila un peignoir et alla lui ouvrir. En la voyant, il haussa les sourcils.
— Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il d’une voix inquiète.
Susannah était repartie se coucher. Il resta à l'entrée de la chambre.
— Peter m'a quittée et a pris tout mon argent. Jack m’a flanquée à la porte. Ma mère adoptive est mourante, dit Susannah, qui, levant les yeux vers lui, ajouta : Et tout ça aujourd'hui. Peut-être que demain les nouvelles seront encore meilleures.
Jamie s’assit au bord du lit et la prit dans ses bras, la berçant, lui caressant les cheveux.
— Ma pauvre, ma pauvre... Je suis désolé. Qu'est-ce que je peux faire ?
Susannah se mit à pleurer, secouée de sanglots, et ils restèrent longtemps ainsi, jusqu'à ce qu'elle finisse par se calmer, épuisée.
— Qu’est-ce que je vais faire ? Je l’aimais, ce salaud! Je me fais l'effet d'être une imbécile. Ma vie est un vrai désastre, et c'est ma faute.
Jamie prit sa main.
— Il faut que tu te reprennes. Personne ne mérite de tomber en morceaux pour ça. Je sais que c'est dur, mais il faut que tu arrêtes de te flageller.
— Si seulement j'en étais capable ! dit-elle avant de lever vers lui un visage trempé de larmes : Merci d'être si gentil.
— Laisse tomber, je ne suis pas gentil du tout. Et pour que tu en sois sûre, attends d'écouter ce que j'étais venu te dire.
C'est à ce moment que Susannah se souvint que Jamie se levait rarement avant dix heures.
— Qu’est-ce que tu fais là si tôt ? Quelle heure est-il donc ?
— Sept heures et demie. Je voulais te parler de quelqu’un qui passe dans l’émission Aujourd'hui. On va la regarder ensemble, et ça te permettra d’oublier un peu Peter.
Il se dirigea vers la petite télé et la posa sur le bureau, de façon à ce que tous deux puissent la voir d'où ils étaient, puis la régla, mais celui ou celle qu’il tenait à lui montrer n’était pas encore à l’écran. Baissant le son, il regarda Susannah :
— J’ai trouvé le moyen de te faire participer au concours du Forum international des enfants.
— Jamie ! ça ne m'intéresse plus !
— Tu devrais. Il te faut quelque chose à faire, de quoi revenir à la normale.
Elle se contenta de secouer la tête.
— Écoute-moi donc ! J'ai passé des jours à trouver une idée, et j’ai dû beaucoup y travailler, alors j’espère que tu reconnaîtras à quel point elle est brillante, sans même parler du dévouement à ta cause dont elle témoigne.
— Vas-y, soupira-t-elle. La parole est à toi.
— Très bien. Le type qui possède la Little Angel, Cameron Hawkes, a été autrefois un sacré séducteur. À cette époque, il traînait avec les starlettes, les actrices et, peu avant son premier mariage, il a eu une liaison avec une actrice nommée Dorrie Gordon. J’ai appris ça il y a longtemps.
— Ça ne m'étonne pas. Tu sais toujours tout sur tout le monde.
— C’est vrai, dit Jamie, qui parut ravi. Je suis un de ses fans, j’ai appris des tas de choses sur sa vie. Elle s'est suicidée en 1967, peu après que leur liaison eut pris fin. Ça a fait les gros titres à l’époque.
Pour la première fois, Susannah sourit.
— C’est incroyable de connaître autant de choses parfaitement inutiles.
— Au contraire, ma chère, au contraire ! Elle est morte en 1967, en Californie, c’est-à-dire là d’où tu viens. Tu saisis ?
— Saisir quoi ?
— Tu vas te faire passer pour la fille illégitime de Cameron Hawkes, l'enfant de Dorrie Gordon, malheureuse orpheline longtemps perdue et tout ça. Les dates correspondent, et pendant que Hawkes fera vérifier ton histoire, tu pourras t’inscrire au concours.
Susannah le regarda fixement.
— Tu es complètement cinglé ! Tu devrais écrire des scénarios, au lieu de faire visiter les studios aux touristes.
— Non, non, ça peut marcher !
— Jamie, dit Susannah très lentement, comme si elle parlait à un enfant, c’est impossible. Une fille inconnue de son père, qui réapparaît vingt-cinq ans plus tard, sortie de nulle part ! C'est absurde ! D'ailleurs, jamais je ne ferai une chose pareille. C’est de l’escroquerie.
— D’accord, d’accord, répondit Jamie, qui manifestement ne l’écoutait pas. Tiens, ajouta-t-il en montrant la télé, c’est lui.
— Qui ça ?
— Cameron Hawkes. Celui dont je te parle. Il passe à la télé parce que sa compagnie lance je ne sais plus quel produit. Je veux que tu regardes ça.
Il monta le volume et vint s'asseoir sur le lit.
Cameron Hawkes était grand et mince, avec une épaisse chevelure grisonnante. Il était très séduisant, et Susannah se dit qu’il avait beaucoup de charisme. Charmant, très à l’aise, il projetait autour de lui quelque chose qui ressemblait à de la tension, clairement perceptible au cours des quelques minutes que dura l’interview.
— Tu vois, dit Jamie, vous vous ressemblez un peu. Tu pourrais facilement être sa fille.
— Mais comment donc ! Et où étais-je cachée ? Pourquoi ai-je choisi ce moment précis pour réapparaître ?
— Bon, d’accord, je n’ai pas encore décidé de tout. Mais je vais le faire, répondit Jamie en se levant. Ça pourrait marcher, il suffit de fignoler tous les détails.
— Merci de m’avoir changé les idées, dit Susannah en souriant. Ça m’a remise de meilleure humeur. Mais tu es vraiment cinglé.
— Nous verrons bien !
Il eut un geste de la main et s’en fut.
Elle fut triste de le voir partir. Tôt ou tard, il faudrait bien qu’elle se lève et qu’elle réagisse. Mais il était encore trop tôt.
Le lendemain soir, Jamie revint en agitant un morceau de papier.
— Et voilà le travail ! Un jeu d’enfant !
— Ne me dis pas que tu penses encore à ça, rétorqua
Susannah, toujours en peignoir, mais qui était enfin sortie de sa chambre pour venir se blottir sur le sofa.
— C’est absurde !
— Pas du tout ! s'écria Jamie, indigné. C'est un véritable défi ! La lettre que je tiens en main vient de Patrick Sutherland, l’avocat de Dorrie Gordon.
— Ah bon ? Et comment te l’es-tu procurée ?
— Rien de plus simple, Susannah : je l'ai écrite moi-même.
— Excuse-moi de poser des questions idiotes. Continue.
— Sutherland était un avocat très connu, qui représentait des milliards de gens célèbres, un type tout à fait flamboyant. Il est mort il y a quelques mois. Le vrai s’arrête là. Dans notre histoire, cette lettre déclare que tu es la fille de Dorrie Gordon, que Cameron Hawkes était ton père, et que Dorrie s’est suicidée parce qu’il l’avait abandonnée. Dorrie était alors enceinte, mais ne le lui avait pas dit.
— Une seconde. Il la met enceinte, et elle se tait ?
— En effet. Il l'a jetée avant qu'elle en ait le temps. Et elle avait sa fierté, vois-tu. Alors elle met sa fille au monde et se fait sauter le caisson. Jamais Hawkes ne pourra prouver le contraire.
— C'est parfaitement morbide !
— Pas du tout ! C'est un chef-d'œuvre ! Et devine dans quel orphelinat la gamine a échoué ?
— L'orphelinat Franklin de Hampton, Californie, récita Susannah en prenant une voix d’écolière.
— Exactement! S’exclama Jamie, triomphant. Et tout colle ! La date, le lieu...
— Il doit quand même y avoir des lacunes.
— Ne t’en fais pas, j’ai pensé à tout.
Susannah hocha la tête, stupéfaite de le voir faire preuve d’autant d’imagination.
— Tu es quelqu’un de brillant, ça ne fait pas de doute. Mais c'est absolument hors de question.
— Allons, allons, dit Jamie d'une voix plaintive d'enfant à qui on refuse un bonbon, j'ai passé tant de temps à réfléchir à tout ça ! Et c’est d’une subtilité !
— Jamie, répliqua Susannah d’un ton sévère, je ne plaisante pas. Je pourrais me retrouver en prison pour ce genre de truc.
— Non, non, tout ce que tu veux, c’est pouvoir participer au concours. Une fois que les vainqueurs auront été désignés, nous trouverons une échappatoire. Nous découvrirons de nouvelles preuves montrant qu’en fait tu n’es pas sa fille, mais que tu n’en savais rien, quelque chose de ce genre. Peut-être même pourrions-nous faire passer tout ça pour un plan monté par Dorrie elle-même afin de se venger de Hawkes.
Susannah se leva.
— Merci de m’avoir un peu divertie. Mais ça suffit comme ça. Laisse tomber.
— J’ai tout prévu ! Ça ne peut pas rater!
— Au revoir, Jamie, dit-elle en lui montrant la porte.
— Lâche !
Il fit la grimace et s’en fut. Pendant quelques minutes, Susannah oublia un peu sa déprime et s'émerveilla de la complexité de son plan. Mais le silence de l'appartement finit par l’étouffer, et elle alla se recoucher en se sentant plus mal que jamais.
Le lendemain, elle prit une douche et sortit acheter du lait, du jus d’orange, des biscuits et une boîte de céréales, en se demandant si elle n’allait pas passer le reste de ses jours chez elle. Ça en prenait le chemin. Le peu d’argent qu’il lui restait ne durerait pas indéfiniment, et elle n’avait aucune idée de ce qu’elle ferait ensuite. Mais c’était une question à laquelle il lui paraissait impossible de s'intéresser. Une fois rentrée, elle s'étendit sur le lit, mains derrière la tête, et contempla le plafond. Ses problèmes étaient une chose, mais Ruth était mourante, et Susannah ne faisait rien.
Bibi. Elle allait demander à Bibi de lui prêter l’argent.
Évidemment ! Comment n’y ai-je pas pensé tout de suite ? se demanda Susannah en s'emparant du téléphone pour composer le numéro de l’actrice à Los Angeles.
— Allô ?
— Bibi ? C’est Susannah...
— Comment oses-tu ! Espèce de garce ! Tu m’as vendue sans hésiter! S’écria Bibi, qui semblait folle furieuse. Je te faisais confiance, et voilà ce que tu fais ! Tu sais très bien ce que je pense du nu, jamais je n'accepterai de tourner une scène de ce genre !
Mais de quoi parlait-elle ?
— Bibi, c'est Sus...
— Et ça t’était égal de me vendre à People, du moment que tu pouvais le l'aire du fric!
— Mais non ! Mais non ! De quoi parles-tu ? s'écria frénétiquement Susannah.
— Tu m'as trahie ! Je te faisais confiance, et tu as exploité notre amitié ! Et People ne te suffisait pas, il t’a fallu Play-boy ! Comment as-tu osé !
Et elle raccrocha brutalement avant que Susannah ait pu placer un mot.
La jeune femme sortit en courant et, sans attendre l’ascenseur, se précipita dehors, jusqu’au kiosque du marchand de journaux au coin de la rue, où elle s'empara d’un exemplaire de People qu'elle feuilleta à toute allure avant de s'arrêter net. Un titre annonçait : BIBI FROST MISE A NU. Les photos avaient été pudiquement recadrées de façon à ne pas trop en montrer, mais Susannah savait parfaitement à quoi ressemblaient les clichés entiers : c’étaient les siens. Le cœur battant, elle parcourut l'article qui expliquait qu'un anonyme les avait également vendus à Playboy pour deux cent mille dollars.
Elle savait maintenant pourquoi elle avait trouvé ses fichiers dans un tel désordre. Peter s'en était emparé; en fait, c’était cela qui l'intéressait. Elle se souvint de lui en avoir parlé une fois. Bibi devait avoir ressenti sa trahison aussi cruellement que Susannah celle de l’homme qu'elle aimait. Que faire ? Que faire ?
Elle revint chez elle en courant, saisit le téléphone et appela de nouveau son amie.
— Bibi, écoute-moi, je t'en supplie, il faut que je t'explique...
L'actrice raccrocha sans répondre.
Susannah refit son numéro. Pas de réponse.
Accablée, elle s’assit sur le lit. Il faudrait qu’elle lui écrive une lettre où elle essaierait de se justifier. Mais Bibi la croirait-elle ? Sa meilleure amie, la seule qu’elle eût, la détestait, et non sans raisons.
Une seule personne l’aimait encore : Ruth. Et elle avait vraiment besoin d’elle. Mais comment faire ? Si seulement elle pouvait trouver un moyen de se procurer assez d'argent pour la faire admettre à l'hospice.
Il y en avait un : le Forum international des enfants. Les gagnants toucheraient soixante-quinze mille dollars — de quoi payer plusieurs mois de soins à Ruth. Elle pourrait se prêter au plan aberrant de Jamie.
Impensable. Et, d’ailleurs, rien ne garantissait qu'elle gagnerait. En fait, Susannah se demanda ce qui lui faisait croire qu’elle avait l'ombre d’une chance. Mais c’était la seule possibilité de mettre la main sur autant d’argent. Non. Ce n’était pas bien. Impossible de justifier ce genre d’arnaque. Ce n’était pas dans ses habitudes de jouer le rôle de quelqu'un d’autre.
Mais qui était-elle ? Personne. Elle n'avait rien, elle avait détruit toutes les occasions qui s'étaient présentées sur son chemin. Que faire d'autre ? Je deviens complètement folle, se dit-elle. Je pense pouvoir m'en sortir ! Cette idée la terrifia. Jamais elle ne pourrait faire cela. Elle était quelqu'un d'intègre, de droit...
Oui, et où cela l’avait-il menée ? Pourquoi ne pas tenter sa chance pour essayer de contourner une date limite que, de toute façon, elle n'avait manquée que de peu ?
D'ailleurs, en définitive, ce n'était pas pour elle, mais pour Ruth. Susannah s’était toujours dit qu’elle ferait tout pour elle. Le moment était venu. Et qu’avait-elle à perdre ? Elle avait déjà perdu tout ce qui lui importait.
Susannah resta quelques minutes immobile, réfléchissant. Puis elle prit le téléphone et composa le numéro de Jamie, qui décrocha dès la deuxième sonnerie.
— Jamie, dit-elle d’une voix égale, pourrais-tu monter ? Il faut que nous réfléchissions à ton plan. J’accepte.
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