Passion

Cynthia Victor · Chapitre 19 sur 32

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Passion

Chapitre 18

 

 

— Plus ça change...

Henri Stern n’avait pas arrêté de maugréer tout au long du vol qui les menait à Bangkok. Comme c’était lui qui avait lait découvrir à Jean-Paul la triste situation des réfugiés cambodgiens, le médecin trouva ses monologues particulièrement déprimants.

— Tout ressemble exactement à ce que c’était il y a onze ans, avec onze ans de plus. Installations provisoires, huttes provisoires, baraquements provisoires, files d'attente provisoires. Pfff !

Jean-Paul écouta, accablé. Les organisations internationales ne leur faisaient parvenir nourriture et médicaments que de façon sporadique, et les divers mouvements de résistance cambodgiens ne cessaient de s’affronter à la porte des camps. Les paysans étaient toujours à la merci des tirs des Khmers rouges, qui n’étaient qu’à quelques kilomètres au nord, ou des troupes de Hun Sen, désormais maître du Cambodge. Une seule route était vaguement sûre, du moins quand elle n’était pas bombardée ; toutes les autres avaient été minées par les partisans de Pol Pot.

Henri n’avait cessé de raconter des histoires abominables : celle de l’équipe de secours prise au piège dans un « puits de feu », profonde tranchée spécifiquement creusée pour que les chars d’assaut y tombent et puissent être anéantis sans que leurs équipages parviennent à s’échapper; celle des hommes arrachés aux camps et contraints de s'engager dans l'armée khmère rouge; celle des milliers de gens mourant de faim, victimes de déficiences alimentaires et vitaminiques parce que les secours médicaux n'arrivaient pas.

— Si peu de chose se sont améliorées, en dépit de tous nos efforts ! Suicides, guerres de gangs dans les camps... Je commence à me demander si la bataille n'est pas perdue.

Jean-Paul hocha la tête d'un air grave. Si Henri Stern se montrait à ce point abattu, c'est que la situation s'était vraiment aggravée au cours des deux ans écoulés depuis que lui-même s'était rendu là-bas. L'année dernière, il n'avait pu s'y résoudre. Il avait prétendu ne pouvoir quitter l'hôpital si peu de temps après sa création, et aucun de ses collègues de Médecins sans frontières ne lui avait reproché son absence. Et, pourtant, ils auraient dû, se dit-il. Il aurait très bien pu partir : c'est sa fureur à l'idée de revoir Kailey qui lui avait rendu la chose impossible.

Mais deux ans de séparation suffisaient. Cette histoire était terminée, il en était sûr. Après tout, combien de temps l'avait-il vraiment connue ? Un mois, deux ? Travailler parmi les réfugiés était plus important qu'une rupture sentimentale. L'hôpital parisien tournait désormais tout seul, le diriger ne vaudrait jamais la joie de travailler sur le terrain — et là-bas on avait vraiment besoin de lui.

— Tu sais, Jean-Paul, reprit tristement Henri, près de cent mille enfants sont nés dans ces camps. Ils grandiront en pensant que la vie se réduit à des fils barbelés et une violence aveugle.

— Henri, répondit Jean-Paul en soupirant, ce que tu dis est vrai, mais il ne faut pas abandonner.

— Tu as raison, bien sûr. Je suis heureux que tu sois là cette année. Il y a un tout petit rayon d'espoir, ton amie américaine. Certains Cambodgiens disent que c'est une sainte.

Le médecin ne répondit rien. Henri voulait parler de Kailey, évidemment; il ne pouvait savoir ce qui s'était passé entre eux.

— Elle est étonnante ! Grâce à elle, les rations de nourriture de l'ONU sont distribuées à peu près équitablement — enfin, quand elles arrivent ! Et elle a réussi à attirer un peu l'attention des médias, en particulier aux États-Unis.

Jean-Paul n'en fut pas surpris : depuis deux ans, ses amis de l’Unicef ou d'Oxfam ne cessaient de lui écrire pour s'extasier sur tout ce que faisait Kailey. Et, chaque fois qu’il lisait son nom, il était envahi par la même fureur.

Comment pouvait-elle avoir changé d’avis ainsi, l'avoir abandonné de celle façon ? Des mois après son départ, il ressentait toujours une colère atroce qu'il essayait de surmonter en travaillant douze ou quatorze heures par jour à l’hôpital. II lui fallait pourtant bien reconnaître que cela avait été vain. Il était fier de son établissement, de son action, niais se sentait curieusement détaché, comme s’il n’était qu’un spectateur. Quelque chose lui manquait, et il avait peur de savoir exactement quoi.

 

— Tout devrait être ici jeudi après-midi, aussi si nous pouvions tous nous réunir à quinze heures trente, cela nous laisserait le temps de nous organiser.

Kailey jeta un coup d’œil autour d'elle pour voir s'il y avait des questions. Comme aucune main ne se levait, elle ajourna la réunion.

Les trois autres sortirent lentement du bâtiment improvisé qui tenait lieu de centre administratif : l’air, humide et brûlant, rendait impossible toute précipitation. C'est avec inquiétude qu'elle les regarda s’éloigner : si peu de gens pourraient-ils, à eux seuls, superviser une distribution de nourriture exceptionnellement importante ? Et sans doute avait-elle eu de la chance de parvenir à rassembler autant de monde...

Mettre un peu d’ordre dans le processus n'avait pas été facile. Elle avait dû combattre la bureaucratie et la corruption du haut jusqu'en bas, des officiels thaïlandais aux réfugiés cambodgiens eux-mêmes, mais au moins elle avait un peu réussi : les gens des camps recevaient quelque chose. Kailey consulta sa montre. Déjà onze heures. Il était temps d’accueillir les membres du groupe français de la WPF. Elle sortit et monta les marches menant au premier étage. Ses talents d’interprète lui étaient toujours utiles ici, à des milliers de kilomètres de Rome.

Ben et Risa avaient tout fait pour la dissuader de s’installer en Thaïlande. « Tu seras seule ! avaient-ils dit. Tu vas sacrifier ta carrière, tes contacts ! » Mais, après tout, les réfugiés du camp avaient plus besoin d'elle que les diplomates américains et les hommes d'affaires italiens, qui l’avaient sans doute remplacée en quelques minutes. Il lui aurait été impossible de rester à Rome après avoir quitté Jean-Paul. Servir d'interprète dans des réunions élégantes tenues dans des bureaux ou des bâtiments luxueux, rentrer chez soi le soir sans avoir rien d'autre à faire qu'à réfléchir à ses bourdes... Jamais elle n'aurait pu le supporter. Ici, en Thaïlande, elle pouvait au moins se rendre utile.

Arrivée à l'étage, elle entendit le bourdonnement des conversations et aperçut, en haut de l'escalier, un groupe de gens manifestement venus de l'extérieur, car ils étaient mieux vêtus que ceux qui travaillaient au camp. Elle les dévisagea, à la recherche de gens familiers — Gianni d'Adamo était là, qui dont était cette femme à côté de lui ?

Elle sentit sa présence avant même de l'avoir vu, et recula comme si on l'avait frappée. Jean-Paul était à une dizaine de mètres, il discutait avec le principal administrateur du camp. Il lui tournait le dos, mais elle le reconnut aussitôt à son épaisse chevelure, et se hâta de rebrousser chemin, ne se sentant pas prête à l'affronter aujourd’hui. Le serait-elle jamais, d’ailleurs ?

Elle savait que Jean-Paul avait pour principe de venir chaque année travailler au camp pendant un mois. Quand, l'an dernier, il ne s’était pas montré, elle avait pensé qu’il ne reviendrait peut-être plus. Avait-elle été soulagée ou malheureuse ? Les deux, se dit-elle. Mais il lui était impossible, pour le moment, de le revoir. Elle avait tant lutté pour le chasser de ses pensées, pour dissimuler ce qu’elle ressentait — aussi bien à lui qu’à elle-même.

Quand elle redescendit les marches et quitta le bâtiment, elle n'avait qu'une idée en tête : pendant un mois, elle resterait aussi loin que possible du centre de soins.

 

Pour revenir du campement des Khmers rouges, il fallait marcher sur plus de trois kilomètres. Il doit faire près de quarante degrés, songea Kailey en s’épongeant le front avec un mouchoir. Elle avait beau se sentir parfaitement chez elle en Thaïlande, jamais elle ne pourrait s’habituer à son oppressante humidité. Quand venait la mousson, il tombait pendant des semaines entières de lourdes pluies qui obligeaient les réfugiés des camps à se blottir dans leurs huttes. De rares élus avaient droit à des constructions de bois montées sur pilotis, afin de résister aux trombes d'eau.

Une fois tous les deux mois environ, Kailey se contraignait de marcher jusqu’aux abords de la zone khmère rouge, pour y rencontrer deux frères qui faisaient partie des proches de Pol Pot. Les Li avaient des cousins dans le camp où elle travaillait, et pouvaient accéder à ses requêtes — pourvu qu’elle y mît le prix : nourriture, cigarettes, étoffes, tout ce qui pourrait peut-être décider les Khmers rouges à déposer moins de mines aux environs : un enfant risquait de perdre une jambe ou un bras s’il s'aventurait ne serait-ce qu’à quelques mètres de l’entrée du camp. Une fois, elle avait même réussi à convaincre un haut dirigeant, qu’ils avaient amenés avec eux, de renoncer à attaquer les lieux. Le tout pour cinquante livres de riz et plusieurs milliers de dollars d’antibiotiques. Les Khmers demeuraient insensibles aux considérations humanitaires, comme à la triste situation de leurs compatriotes cambodgiens. Mais, de temps à autre, la livraison de certains produits précieux pouvait les fléchir — pour un petit moment.

Le silence fut rompu par un bruit familier : celui des coups de feu. Terrifiée, Kailey se hâta de se mettre à l’abri derrière un bosquet d’arbres, et s’assit en silence. Des partisans de Hun Sen rôdaient dans la région par petits groupes, et sans doute étaient-ils tombés sur des Khmers rouges. C’est de cette façon que nombre de réfugiés avaient perdu la vie, pris entre deux factions rivales, victimes innocentes d’une guerre civile interminable. Elle attendit que le feu cesse, puis regarda autour d’elle, et se rendit compte qu’elle était à quelques centaines de mètres du camp.

Kailey contempla longuement le soleil qui se couchait à l’horizon, en respirant profondément pour se calmer un peu. Ses visites au campement khmer provoquaient toujours en elle une angoisse qu'elle contrôlait à grand-peine. Elle se dit que, ce soir, elle rentrerait sans difficulté : le camp était proche.

Tout était redevenu tranquille. Elle se mit en marche, toujours tendue — puis aperçut brusquement un spectacle qui ne lui était que trop familier. À quelques mètres d’elle, un homme gravement touché au bras était étendu sur le sol, baignant dans son sang. Kailey le connaissait : il se mit à geindre lorsqu’elle l'appela par son nom. Elle s’agenouilla, l'aida péniblement à se relever, et à regagner le camp. Cent mètres, cinquante... Elle crut pleurer de joie quand elle reconnut Henri Stern, qui discutait avec un garde.

— Henri ! hurla-t-elle en agitant la main.

Il courut vers elle et tous deux portèrent l’homme jusqu’à l'infirmerie, où ils le déposèrent sur un lit de camp.

— Apparemment, dit Henri après l’avoir examiné, il n’a été touché qu’au bras. Vous avez dû arriver juste après qu'il a été blessé.

Kailey demeura immobile tandis qu'Henri nettoyait la blessure et y cherchait des projectiles, sans cesser de réconforter le blessé. Elle ne vit donc pas entrer Jean-Paul, qui s’arrêta net en l'apercevant.

Ce n'est que lorsqu'une jeune femme enceinte arriva en courant, hurlant de douleur et saignant en abondance, que Kailey fit demi-tour. Jean-Paul se précipitait déjà vers la nouvelle venue, qu'il installa doucement sur une table d'examen tout en lui posant des questions.

— J’ai besoin d’aide, lança-t-il à Kailey. Je vais devoir procéder à une césarienne.

— Je n’y connais rien, je ne sais pas ce qu’il faut faire...

— Elle n’en a peut-être plus que pour dix minutes, dit-il brutalement, avant d’ajouter, d’un ton plus calme : Henri ne peut pas m'aider, et il n'y a que toi ici. Contente-toi de faire ce que je te dis, apporte des serviettes, et vite !

— Que s'est-il passé ? demanda-t-elle en lui obéissant avec empressement.

— Une mine antipersonnel ! C’est l’une des femmes que les Khmers rouges utilisent quand ils pénètrent de quelques kilomètres au Cambodge : ça leur permet de repérer les mines...

Kailey frémit : elle avait déjà entendu parler de ces malheureuses obligées de marcher à une cinquantaine de mètres devant les soldats. Souvent les Khmers rouges tuaient leurs maris avant de les contraindre à ces opérations suicides. Il était rare qu’elles survivent. Cette femme devait avoir été très forte, pour avoir ainsi marché jusqu’à la frontière thaïlandaise...

— Imagine ! dit-il. Elle parvient jusqu’ici vivante et saute sur une saleté de mine au moment où elle arrive au camp !

La femme se mit soudain à gémir, et Jean-Paul se raidit.

— Kailey, elle va mourir. Il faut que je sorte l’enfant immédiatement. Place-toi de l’autre côté, vite!

Ils se mirent à l’œuvre avec frénésie, aspergés de sang. Kailey tenta d’apaiser la femme, mais c'était inutile : elle avait perdu conscience. Jean-Paul pratiqua l'incision et, au moment même où il sortait le bébé, la mère eut un ultime hoquet et ne bougea plus. Tranchant le cordon ombilical, il passa le nouveau-né à Kailey, avant de ranimer la femme.

Kailey nettoya le bébé — c'était un garçon. C'est incroyable, se dit-elle, fascinée, qu'un si bel enfant, si parfait, si exquis, ait survécu à une telle épreuve. L'enveloppant dans une serviette propre, elle le serra contre elle, tentant de calmer ses cris. Elle regarda Jean-Paul, qui restait immobile : la femme était morte.

Kailey berça le nouveau-né, se sentant soudain très lasse. C'était un sentiment tellement unique, pourtant, que de tenir un bébé, d’apaiser sa souffrance, de l'accueillir dans le monde. Elle laissa son esprit remonter le temps, sans chercher à endiguer le flot d'émotions qui la submergeait. Elle se souvenait... Bonnie, sa Bonnie, plus de vingt ans auparavant, sa petite fille...

— Il a un père ? demanda-t-elle à Jean-Paul.

— Plus maintenant. Elle a eu le temps de dire qu'ils l'avaient exécuté avant de l'envoyer elle-même en mission patriotique.

Kailey contempla le nouveau-né, la douce courbe de ses joues, les oreilles minuscules, toute cette perfection en miniature. Cela faisait des années qu'elle ne s'était plus permis d'aimer un enfant. Celui-là n'avait plus personne. Peut-être le temps était-il venu.

— Je vais l'adopter, Jean-Paul. Tu crois que cela posera des problèmes ?

— Non, je ne pense pas, répondit-il d'une voix qui ne trahissait rien de ce qu'il pensait.

Elle fit demi-tour et chuchota à l'enfant : « À partir de maintenant, ce sera toi et moi. » Je l'appellerai Daniel, se dit-elle, en souvenir de mon père.

— Kailey ! lança le médecin alors qu'elle parvenait à l’entrée.

Il s’était donné tant de mal pour ne plus y penser, mais il ne pouvait pas la laisser partir ainsi. Il fallait qu'il sache.

— Kailey, je veux la vérité. Que s’est-il passé ?

Elle s’immobilisa, sans le regarder, et dit d’une voix à peine audible :

— C’est... difficile à expliquer.

Il marcha vers elle et posa la main sur son épaule, comme pour l’empêcher de s'enfuir.

— Difficile ? Tu as détruit ma vie, tu m’as menti, tu m’as brisé le cœur !

— Tu ne comprends pas. Je t’ai quitté à cause de nous deux. Il faut que tu me croies.

Il la lâcha et, révulsé, fit volte-face.

— Tu m’as quitté parce que ça t’était égal.

— Je t'aimais.

Il s’arrêta net. Depuis deux ans, il avait combattu son souvenir, il s’était contraint à ne plus voir en elle qu’une femme glaciale, incapable d’aimer. Mais, en la voyant bercer cet enfant, il comprit qu’il s’était menti à lui-même.

— Si tu m’aimais, pourquoi t’es-tu enfuie ? demanda-t-il d’un ton un peu radouci.

Kailey tenta de se dominer. Revoir Jean-Paul, entendre sa voix, avait ranimé son désir. Depuis deux ans elle s’imaginait le toucher, le sentir... Mais rien n’avait changé. L’aimer était toujours aussi risqué.

— Il fallait que je parte, dit-elle d’une voix tremblante.

— Il fallait que tu partes ! répéta-t-il, furieux.

Puis, sans prévenir, il la saisit par la nuque et l’attira contre lui, l’embrassant, la défiant de ne pas répondre, avant de s’écarter, puis de placer sa main sous les siennes, de telle sorte que tous deux berçaient l’enfant.

Kailey fut incapable de retenir ses larmes.

— Jean-Paul, tu ne comprends pas à quel point c'est dangereux.

— Chérie, les mines, les Khmers rouges sont dangereux. Mais pas l’amour, ni la passion.

Kailey recula légèrement pour le voir, avec sa force, sa tendresse. Il avait raison. Cameron et ses menaces paraissaient à des millions de kilomètres. Rien ne pouvait être plus dangereux que de perdre de nouveau Jean-Paul.

— Nous l’élèverons ensemble, dit-il.

Elle ne pouvait y croire. Elle avait été certaine de ne plus le revoir, d’avoir détruit a jamais toutes ces occasions de bonheur. Combien de fois était-elle revenue sur la terrible soirée où elle avait refusé de l’épouser, en se demandant si elle aurait dû lui dire la vérité, le laisser décider quels risques il était prêt à courir ? Et voilà qu’elle se voyait offrir une nouvelle chance. Non, comprit-elle en serrant le bébé contre elle, deux. Une d’aimer Jean-Paul, une d’élever cet enfant. Il était temps de tout lui raconter.

— Jean-Paul, il y a tant de choses dont j’ai peur, tant de choses que tu ne pourras comprendre. J’avais peur pour toi, pour ton hôpital.

Prenant sa main, elle le conduisit vers sa petite chambre, à l’arrière, et tous deux s'assirent sur le lit.

— J’ai été mariée à Cameron Hawkes, commença-t-elle, et nous avons eu une fille appelée Bonnie.

II ne lui fallut qu’une demi-heure pour dire tout ce qu’elle avait si peur d’évoquer, pour narrer les événements qui avaient détruit plus de vingt ans de sa vie. Quand elle eut terminé, Jean-Paul lui prit doucement le bébé, puis l’attira contre lui.

— Cameron Hawkes n'a plus aucune importance pour nous, désormais. Il n'est pas de notre monde. Tout cela est arrivé à des milliers de kilomètres, il y a si longtemps... Toi, moi, cet enfant sommes ici, en ce moment, et c'est la seule chose qui compte. Pas le reste. Quoi qu’il puisse arriver, nous sommes ensemble. Et je ne laisserai jamais personne te faire du mal, je te le jure.

 

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