Passion

Cynthia Victor · Chapitre 26 sur 32

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Passion

Chapitre 25

 

— C'est quand même incroyable ! dit Cameron d'un ton où perçait une fureur froide. Il faut quand même que vous prouviez que son histoire est vraie ou fausse !

— Je suis désolé, Mr. Hawkes, répondit Jack Milford à l'autre bout du fil. J'ai fait de mon mieux, mais je n'arrive pas à établir de lien. Le pire, c'est qu'un moment j'ai bien cru que j'y étais arrivé — grâce à une religieuse, vous vous rendez compte ? Mais ça n'a rien donné.

— Et qu’avez-vous comme autres indices ? demanda sèchement Cameron, peu soucieux des excuses du détective.

— Rien d'autre, monsieur, dit Milford avec la résignation de celui qui sait qu'il va perdre un de ses meilleurs clients. Susannah Holland est peut-être la fille de Dorrie Gordon. Ou peut-être pas. Je ne peux pas remonter plus loin que cet orphelinat.

Cameron raccrocha. Incroyable ! Allait-il devoir se demander indéfiniment si elle disait la vérité ? À certains moments il était sûr qu'elle mentait, à d'autres il se disait que toute l'histoire était trop invraisemblable pour qu’elle l'ait inventée. Et d'ailleurs elle n'avait demandé qu'à prendre part au concours photo. Était-elle à ce point arriviste qu'elle se donnerait tant de mal dans le seul but de se faire connaître ? Il frappa son bureau du poing. En attendant, c'est lui qui passait pour un imbécile et se laissait manipuler.

La voix de Marianne résonna dans l'Interphone :

— Votre réunion commence dans cinq minutes.

Enfin, pour le moment, il avait d'autres chats à fouetter. Il devait discuter du logo de Little Angel, qui n'avait pas changé depuis la création de la compagnie, au début des années soixante. Il avait demandé aux responsables du marketing de lui présenter de nouveaux projets, cet après-midi à quatorze heures. C’était une question délicate, et coûteuse, de surcroît : il faudrait donc qu’il ait les idées claires.

En sortant, il eut la désagréable surprise de croiser Olivia, qui manifestement se dirigeait vers son bureau.

— C'est toi que je voulais voir ! s'écria-t-elle. Papa, tu as une seconde ?

— Que se passe-t-il, Olivia ? demanda Cameron en faisant un effort pour dissimuler son irritation, et se demandant pourquoi diable elle ne prenait jamais rendez-vous. Qu'elle soit sa fille ne lui donnait en aucun cas le droit de le déranger quand elle en avait envie.

— J'ai discuté avec certains de nos responsables, et il me semble que nous devrions faire circuler davantage d’informations sur la nutrition des nouveau-nés, ce serait utile à de nombreuses mères.

— Nous avons déjà un numéro vert pour ce genre de chose.

— Mais les plus pauvres n’appellent pas, elles ne sont pas au courant. Nous pourrions les informer par l’intermédiaire des groupes paroissiaux ou communautaires.

— Olivia, nous distribuons déjà énormément de prospectus là-dessus, nous faisons des publicités dans les magazines, nous offrons des produits aux hôpitaux.

Cameron jeta un coup d’œil à sa montre. Il détestait être en retard à ses réunions, et tenait à ce que ses employés soient aussi ponctuels que lui. Il était deux heures cinq.

— Nous consacrons déjà des millions de dollars à des causes charitables, ajouta-t-il en appuyant sur le bouton de l’ascenseur. Regarde le Forum international : cela attirera l’attention du monde entier sur la situation des enfants.

— Pas ceux qui ont faim, protesta Olivia. Il ne s’agit pas de ça. Papa, tu sais aussi bien que moi que le Forum a pour fonction de donner une meilleure image de la compagnie.

— Écoute, ça suffit, dit Cameron d’un ton sec. J’essaie de te parler en adulte, mais tu n’as pas l’air de comprendre. Je vais donc te donner ma réponse : non.

La porte de l'un des ascenseurs s'ouvrit : Cameron entra et appuya sur un boulon, pensant déjà à autre chose. La conversation était terminée.

Olivia vit la porte se refermer, en se demandant combien de fois il avait repoussé, avec le même agacement, une idée qu'elle était venue lui soumettre. Hormis les crèches, il n'avait jamais considéré la moindre de ses suggestions. Elle ne put s'empêcher de comparer sa situation à celle de Susannah Holland. Il ne savait même pas si c'était vraiment sa fille ou une simple arriviste, mais il lui témoignait plus de respect et d'attention qu'à aucun des membres de sa propre famille.

Olivia fut envahie par un sentiment de jalousie, qui la surprit elle-même, car elle éprouvait finalement beaucoup d'affection pour Susannah, encore plus depuis qu'elle avait compris combien Evan l'aimait. Et, si son frère pensait qu'elle était digne de lui, c'est qu'il ne doutait pas de sa sincérité. Olivia commençait à se demander si l'histoire de Susannah pouvait être vraie. Une moitié d'elle-même souhaitait avec ferveur que oui ; ce serait un tel bonheur de découvrir qu'elles étaient vraiment apparentées, de nouer des relations qui unissent deux sœurs. Mais l'autre moitié souhaitait tout aussi ardemment qu'elle disparaisse à jamais. Elle avait déjà gagné l'affection d’Evan et de Cameron. Olivia se souciait peu que son demi-frère lui préférât Susannah. Mais son propre père... L’idée même lui était insupportable.

Honteuse d'elle-même, elle fit demi-tour en direction du couloir.

 

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