Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)

Chapitre Sept

 

Ne la laisse pas filer, Roman. Elle est parfaite pour toi.

Jerry était-il fou de lui dire ça au moment où ils quittaient le restaurant ? De toute évidence, il avait regardé le joli visage de Suzanne et avait perdu l’esprit.

Ne pouvait-il pas voir qu’elle était hors d’atteinte ? Et pas parce qu’elle était trop intelligente et avait trop de succès pour lui, dont le seul refuge avait été de venir travailler dans cette pizzeria. Suzanne méritait un homme qui lui offrirait une relation sérieuse. Un homme qui aurait grandi en connaissant l’amour de ses deux parents et auprès de qui il serait heureux.

Roman ne serait jamais cet homme.

Cette constatation n’aurait pas dû avoir tant d’importance. Il était son garde du corps, pas un rendez-vous à l’aveugle arrangé par ses frères. Mais après avoir passé toute la journée en étant chaque fois plus impressionné par elle en sa compagnie – et ce, pour la première fois depuis longtemps –, il aurait aimé que les choses soient différentes. Qu’il soit différent.

À trente-six ans, Roman était assez âgé pour être brutalement honnête sur ce qu’il était. Il avait profité de la compagnie de nombreuses femmes. Mais il n’avait jamais laissé les choses devenir sérieuses avec aucune d’elles. Les hommes Huson ne le faisait jamais. Pas après avoir vu son père commettre l’erreur de tomber amoureux d’une employée de bureau, qui lui avait mené la vie dure jusqu’à donner naissance à Roman, avant de se lasser, le tromper et partir. Tommy Huson ne perdait jamais une occasion de rabattre ces faits à la maison et il insistait pour que son fils ne commette jamais la même erreur. Roman avait fait d’autres erreurs au cours de ses trente dernières années, mais faire confiance à une femme avec son cœur n’en était pas une.

Leur trajet en taxi se fit dans le silence puisque Suzanne semblait aussi troublée. Il aimait parler avec elle plus qu’avec n’importe quelle femme, mais ce silence était mieux. Plus sûr. Pour tous les deux.

Ils arrivèrent rapidement à l’appartement de Drake.

— Rappelle-moi, c’est une réunion pour quoi ?

— Rosa a récemment lancé une fondation pour se battre contre le harcèlement en ligne et je l’aide sur mon temps libre.

— Temps libre ?

Il en rit presque quand elle dit ces mots.

— Tu en as ?

Après avoir passé une seule journée avec elle, il pouvait voir comme son emploi du temps était chargé. Pas étonnant que ses frères voulaient quelqu’un pour s’occuper d’elle. Roman n’était pas certain qu’elle prenne le temps de prendre soin de sa personne, du moins pas quand les autres avaient besoin d’elle.

La porte s’ouvrit avant qu’elle puisse répondre, et elle fut attirée dans une accolade.

— Je suis désolée, je suis en retard, Rosa.

Bien sûr, il reconnut la femme serrant Suzanne dans ses bras. Rosalind Bouchard était sans conteste la plus célèbre des stars de télé-réalité au monde. Il avait entendu dire qu’elle avait récemment quitté cette industrie – il supposait que cela avait quelque chose à voir avec le scandale des photos d’elle, nue. Il ne savait pas grand-chose sur elle mis à part les grands titres qui s’affichaient sur Internet, mais il ressentait de la compassion pour toutes les personnes traversant ce genre d’exposition non voulue.

Il ne savait que trop bien ce que ça faisait d’avoir une personne malhonnête profitant de soi pour son propre profit – surtout quand c’était la dernière chose qu’on voulait.

— Je suis contente que tu aies pu nous trouver une place dans ton emploi du temps, Suz.

Rosa tint Suzanne à bout de bras.

— Tu es magnifique dans cette robe. Tu as un rendez-vous plus tard dans la soirée ?

— Un rendez-vous ? C’est quoi ? plaisanta Suzanne, mais il connaissait maintenant assez bien les différents tons de sa voix pour sentir la pointe de tristesses derrière ce trait d’humour tandis qu’elle parlait de son célibat.

Rosa le remarqua soudainement.

— Oh, bonsoir !

— Rosa, voici Roman.

Avant que l’autre femme puisse faire de fausses présomptions, Suzanne ajouta :

— C’est mon garde du corps. Je suis certaine que Drake t’a raconté ce qu’ils ont fait dans mon dos, non ?

— Oui, et j’étais très en colère contre lui.

Elle se renfrogna.

— J’ai dit à Drake qu’ils n’auraient pas dû embaucher un garde du corps sans ta permission.

— Je suis d’accord. Mais comme tu peux le voir… ce qui est fait est fait, ajouta Suzanne en montrant Roman d’un signe de tête.

— Tu es beaucoup plus gentille que ce que je m’étais imaginé, mentionna Rosa.

Elle se tourna à nouveau vers Roman.

— Dans tous les cas, je suis enchantée de faire ta connaissance. Entrez et mettez-vous à l’aise. Il y a beaucoup à manger et à boire. Laissez-moi vous présenter tout le monde.

Cinq minutes plus tard, Roman avait mémorisé une autre demi-douzaine de noms et de visages. Il s’assurerait de vérifier tous leurs antécédents ce soir pour être certain qu’aucun d’eux n’était une menace potentielle pour Suzanne.

Drake ne perdit pas de temps pour l’emmener dans la véranda pour lui parler en privé. Roman s’assura de se tenir à un endroit où il pouvait voir directement Suzanne.

— Alors, comment ça se passe avec Suz ? Puisque tu es toujours là à la fin de ton premier jour, ça doit vouloir dire quelque chose.

— Elle n’est pas contente que je sois dans les parages, mais elle a été si occupée aujourd’hui que je ne pense pas qu’elle ait eu le temps de faire quoi que ce soit pour se débarrasser de moi.

— Elle est plus intelligente que nous tous ensemble, dit Drake de toute évidence très fier de sa sœur.

— Je ne veux pas t’offenser toi ou tes frères, mais je suis d’accord avec toi sur ce point, répondit Roman. Je n’ai jamais vu l’esprit de quelqu’un aller aussi vite. Ses collègues sont continuellement en train de courir pour la rattraper.

— Je ne suis pas trop dans les ordinateurs, mais les choses sur lesquelles elle travaille sont vraiment intéressantes, non ?

— Oui. Tout le monde dans son entreprise est jeune, énergique et intrépide. Ta sœur l’est encore plus.

C’était pourquoi Roman avait besoin que Drake sache quelque chose.

— Il y a eu une nouvelle attaque sur ses serveurs cet après-midi. Une grosse, d’après ce que j’ai compris.

En marmonnant un juron, Drake se retourna pour regarder sa sœur avec inquiétude. Elle était déjà en train de faire des planifications avec les autres autour de la table basse.

— Je présume que puisqu’elle est là, elle a déjà réglé le problème.

— Oui.

— Je sais qu’elle est convaincue que c’est seulement un truc sans importance, probablement en provenance d’une des entreprises dont elle refuse les offres de rachat…

— Ne t’inquiète pas, le rassura Roman. Même si elle considère ces attaques sur ses serveurs plus comme un défi qu’autre chose, tu peux dire à Alec et Harry que je n’irai nulle part tant que nous ne serons pas allés au fond des choses. Je ne laisserai rien lui arriver.

Drake sembla peser ses mots pendant quelques instants.

— Alec dit que tu es le meilleur.

— En effet.

Roman n’était peut-être pas fier de certaines choses qu’il avait faites dans sa vie, mais il l’était de la manière dont il dirigeait son entreprise. Personne n’avait jamais été blessé sous sa garde. Personne ne le serait jamais.

— Je te promets qu’elle sera en sécurité avec moi.

* * *

Quand ils quittèrent l’appartement de Drake et Rosa, Suzanne était bien trop épuisée pour ne serait-ce que songer à poursuivre son rôle sexy. Elle ne prit même pas la peine de remettre ses chaussures, elle les portait à la main tout en tâchant de rester éveillée assez longtemps afin d’entrer dans le taxi.

Elle se blottit sur le siège de la voiture en frottant ses pieds et en bâillant.

— J’ai une réunion à six heures trente demain matin, alors je vais partir une heure avant.

— Est-ce que tu fais toujours les choses aussi vite ?

Ses yeux s’étaient refermés et elle n’avait pas eu la force de les rouvrir pour répondre :

— Tu veux dire la vitesse d’un paresseux ?

Elle n’entendit pas sa réplique ni ne se souvint du reste du trajet en taxi. Elle se réveilla seulement avec la main de Roman sur son bras.

— On est à la maison.

Des années plus tôt, elle avait appris à faire des petites siestes au cours de ses journées interminables. Elle venait de toute évidence de le faire dans le taxi. Cela lui prenait toujours une bonne minute pour se réveiller complètement. Elle était très contente que Roman soit là pour l’aider à sortir de la voiture et entrer dans le hall de son immeuble, la main posée sur le bas de son dos pour s’assurer qu’elle garde le cap dans son état de somnolence.

C’était un peu étrange de rentrer à la maison avec Roman comme ça. Ce n’était pas comme se faire raccompagner après un rendez-vous. Mais pas non plus comme si c’était seulement quelqu’un qui travaillait pour elle. Dans tous les cas, elle était trop fatiguée pour trouver du sens à ses sentiments pour le moment.

Alors qu’ils montaient dans l’ascenseur, elle dit :

— T’avoir avec moi aujourd’hui n’était pas aussi mal que je le pensais.

Elle était de toute évidence trop fatiguée pour garder sa bouche fermée aussi.

L’écho de son rire inattendu la traversa comme si elle avait pris une gorgée de bon vin. Comme la veille, il vérifia rapidement son appartement. Mais contrairement à la nuit précédente, elle n’était pas irritée. Une part d’elle espérait même qu’il reste un peu plus longtemps.

— Bonne nuit, Suzanne.

La manière dont sa voix prononçait son nom lui donna la même impression que son rire plus tôt, une grande vague de chaleur.

— Je t’attendrai ici demain matin.

— Tu es sûr que cinq heures trente ce n’est pas trop tôt pour toi ?

— Je serai là quand tu auras besoin de moi.

Elle comprenait qu’en tant que garde du corps, il devait dire ça. Mais une partie secrète en elle ne pouvait s’empêcher d’espérer que ça voulait dire plus. Sa famille avait toujours été là pour elle, peu importe la situation, mais aucun des hommes avec qui elle était sortie n’avait voulu franchir le pas comme ça avec elle.

Il attendit dans le couloir, près de sa porte, jusqu’à ce qu’elle fût rentrée. Après avoir posé son sac sur l’îlot de la cuisine et laissé tomber ses chaussures sur le sol, elle se dirigea tout de suite vers le canapé du salon. Le lit était bien trop loin.

Elle s’était endormie dans le taxi seulement parce qu’elle savait que Roman ne laisserait rien lui arriver sous sa garde. Maintenant qu’elle était étendue sur le canapé, toujours vêtu de sa robe violette, son esprit dériva vers le moment dans la pizzeria où ils avaient été si proches qu’elle avait pu sentir sa chaleur irradier jusqu’à elle.

Quand elle avait touché son visage, ses yeux étaient devenus si sombres. Si sexy. Si intenses. Elle aurait pu parier qu’il l’aurait embrassée à cet instant – il semblait vouloir dévorer sa bouche autant qu’elle désirait qu’il le fasse. Mais le contrôle qu’il avait sur lui-même était trop bon, trop solide et l’instant était passé.

Elle avait perdu sa chance de mettre le point final à son plan ce soir. Mais c’était plus le fait de ne pas avoir eu la chance de sentir la caresse de ses lèvres sur les siennes qui la chagrinait.

Si elle avait été moins fatiguée, cette réalisation l’aurait secouée jusqu’au plus profond d’elle-même. Cela aurait dû la réveiller afin qu’elle mette en place un meilleur plan pour qu’il démissionne bientôt. Parce qu’elle ressentait pour Roman était fou. Et Suzanne n’avait jamais de sentiments fous pour les hommes. Après tout, après ce qui était arrivé à ses parents, quand leurs folles émotions avaient emporté le meilleur d’eux-mêmes. Sa mère s’était tuée et son père était devenu un reclus.

Mais avec toutes ses défenses tombées ce soir, Suzanne n’avait plus l’énergie de penser clairement à l’idée de se protéger d’un homme qui lui faisait ressentir tellement de choses confuses, torrides et conflictuelles. Tout ce qu’elle pouvait faire était de se laisser aller au sommeil en rêvant de ses baisers.

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