Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Onze
Suzanne sut que c’était Roman qui frappait à la porte de son bureau seulement au son : solide, ferme et régulier. D’accord, alors peut-être qu’un coup frappé à la porte ne pouvait pas être sexy, mais d’une façon ou d’une autre, il avait réussi l’impossible.
Une partie d’elle voulait lui dire de partir. L’autre voulait ouvrir la porte d’un coup et l’embrasser avec toute la passion refoulée qu’elle essayait de repousser sans succès.
Mon Dieu. Pour la première fois de sa vie, elle était dans tous ses états pour un homme.
Elle prit une grande inspiration pour tenter de se remettre les pieds sur Terre, mais ce fut sans succès. Et elle ne pouvait pas le laisser debout à l’extérieur plus longtemps sans que Harry se demande ce qu’il se passait entre eux. Elle avait déjà peur d’en avoir trop dit pendant le déjeuner.
— Entrez.
Son bureau était grand et spacieux. Mais à l’instant où Roman entra et referma la porte, il domina toute la pièce. Et toute son attention.
— Je suis désolé d’avoir dû partir, leur dit Roman à tous les deux avant de se tourner vers Harry. Merci d’être resté avec Suzanne jusqu’à mon retour.
— Tout le plaisir est pour moi.
Harry se leva immédiatement du canapé.
— Merci pour le déjeuner, petite sœur.
Elle se leva aussi et il la serra dans ses bras pour lui dire au revoir.
— Tes idées sur la manière d’approcher mes nouvelles recherches sont excellentes, comme prévu. Je te jure, tu pourrais presque donner un cours à ma classe au point où tu en es.
— Je serais heureuse de te prendre au mot un de ces jours.
Elle avait toujours aimé les nouveaux défis et après avoir lu autant de livres d’Harry et des articles sur l’histoire médiévale au cours des ans, elle était presque aussi fascinée par le sujet que lui. Bien qu’elle sût que Roman écoutait, elle refusait de faire attention à ce qu’elle disait.
— Tu te souviens quand j’étais petite, comme je voulais toujours faire ce qu’Alec et toi faisiez.
Il sourit de la même manière qu’il le faisait quand elle le suivait à la partout avec ses cheveux sortant de sa queue de cheval et les ongles pleins de terre.
— Tu étais comme notre petite ombre.
— Imagine si j’avais continué comme ça. J’enverrais soit des gens sur de superbes avions comme Alec ou leur ferais des cours sur les batailles médiévales comme toi.
Elle sourit.
— En fait, les deux me semblent amusants.
— Les clients d’Alec te rendraient folle, remarqua Harry, et mes étudiants certainement aussi.
Il avait raison. Elle avait peu de patience avec les personnes très riches qui utilisaient les avions-privés d’Alec. Ils étaient trop nombreux à penser que le monde devait leur être servi sur un plateau incrusté de diamants. Et elle aurait été une très mauvaise professeure. L’enseignement n’avait jamais été son don. Elle était si impatiente de voir les résultats, qu’elle avait la mauvaise habitude d’être au bout du rouleau avec les personnes qui ne comprenait pas de quoi elle parlait.
— Appelle-moi si tu as besoin de quoi que ce soit, dit Harry et il partit en faisant un signe de tête à Roman, les laissant tous les deux, seuls.
Il y avait une douzaine de choses sur lesquelles elle devait travailler au cours de l’après-midi, mais quand elle leva les yeux et vit Roman la fixer avec son regard sombre et intense, elle ne pouvait réellement plus se rappeler une seule des choses sur sa liste. Tout ce qu’elle pouvait faire était se réchauffer de l’intérieur.
Et le désirer.
— Je viens de parler avec Craig.
La phrase inattendue de Roman la sortit de son état de catatonie. Son corps toutefois resta axé sur son désir.
— Tu l’as appelé pendant que Harry et moi avons déjeuné ?
— Je suis allé à son bureau et je l’ai confronté en face à face.
— Tu es allé le voir ?
Le choc qu’il ait agi aussi vite après leur conversation lui donna l’impression que son esprit était rouillé, comme si ses rouages avaient besoin d’être huilés.
— Pourquoi as-tu fait ça ?
— Après ce que tu m’as dit de votre précédente relation, il semblait évident qu’il devait être impliqué dans les attaques sur ton serveur et ton téléphone.
Elle n’avait pas réalisé qu’elle avançait vers Roman avant d’être à quelques centimètres de lui.
— Tu es fou ?
Elle devenait rarement aussi émotionnelle dans son bureau. Oui, elle était passionnée par ce qu’elle faisait, mais elle savait qu’elle ne devait pas laisser la colère l’emporter au travail. Seulement, avec Roman qui la poussait à bout tout le temps, comme jamais personne ne l’avait fait avant lui, toutes ces leçons disparaissaient.
— Je t’avais dit qu’il ne ferait jamais quelque chose comme ça seulement parce que nous avons couché ensemble deux fois. Pourquoi tu n’as pas voulu m’écouter ?
— As-tu la moindre idée de ce que ça fait à un homme de coucher avec une femme comme toi ?
La voix de Roman était basse. Crue.
— Sais-tu ce que fait ta beauté à un homme ? La manière dont ton rire le traverse de part en part. La manière dont il peut s’arrêter de respirer à l’odeur de son parfum ? Comme il peut toujours rester émerveillé devant ton intelligence et vouloir simplement voir le monde comme toi, ne serait-ce que pendant une seconde ? Parce que tu es la femme la plus brillante, la plus belle qu’il n’ait jamais rencontrée ?
Il franchit la courte distance qui les séparait encore.
— N’importe quel homme ayant la chance d’être avec toi ne voudrait pas te perdre. Sauf s’il est complètement fou, il va faire tout ce qui est en son pouvoir pour te convaincre de revenir. Et de rester.
Elle ouvrit la bouche pour répondre, mais aucun mot n’en sortit. Chacun des mots passionnés de Roman résonnait en elle.
Personne ne lui avait dit que son rire, son parfum et son esprit l’affectaient de cette manière. Et personne ne l’avait regardée de cette manière non plus. Comme s’il avait plus envie de l’embrasser que de prendre sa prochaine respiration.
Quand le regard de Roman tomba sur sa bouche, elle pouvait presque sentir son baiser, seulement à le regarder. Elle pouvait presque ressentir le chaud grésillement de sa peau contre la sienne.
Jamais elle n’avait désiré plus quelque chose que de sentir ses bras autour d’elle, ses mains s’emmêler dans ses cheveux et la pression de ses muscles contre elle quand il…
— Merde.
Son juron sortit une fraction de seconde avant qu’il fasse un pas en arrière. La fraîcheur de la climatisation remplit l’espace entre eux… Mais ce ne fut pas suffisant pour souffler les flammes en elle.
— J’ai dépassé les bornes, Suzanne.
Chacune de ses paroles semblait prononcée entre ses dents serrées.
— Je n’aurais jamais dû te dire ça. Rien de tout ça.
Elle voulait se rapprocher à nouveau, voulait lui dire qu’elle était heureuse qu’il l’ait dit. Qu’il lui donnait l’impression d’être spéciale comme jamais auparavant. Parce que personne ne l’avait remarquée comme lui. Pas seulement comme un cerveau. Ni seulement comme une femme.
Mais les deux à la fois.
— Ne t’excuse jamais d’être honnête avec moi, préféra-t-elle dire.
Sa voix était douce, mais sérieuse.
— Si c’est ce que tu ressens, ce que tu penses, je veux l’entendre.
— Tu ne voulais pas l’entendre avant.
Il n’avait pas pris un ton accusateur, il énonçait seulement les faits.
Elle laissa échapper un long soupir.
— Je sais que je peux être bornée.
À le voir, il était évident qu’elle n’avait pas à le lui dire puisqu’il avait déjà découvert ce côté de sa personnalité tout seul.
— Mais je change habituellement d’avis quand quelque chose a du sens.
— Alors tu es d’accord sur le fait que parler avec Craig était sensé ?
Elle hocha la tête.
— J’allais lui parler ce soir.
— En ma présence ?
Elle ne pouvait pas lire l’expression de Roman. Pas quand son masque de pierre était si bien en place.
— Ou sans ?
Elle lui avait demandé d’être honnête avec elle, ce qui voulait dire qu’il méritait le même traitement.
— Sans. Ce qui, je peux le voir, aurait été la voie de mon entêtement. Mais tu m’as devancé.
Sa colère avait presque disparu maintenant.
— Qu’a-t-il dit ?
— Il n’est pas derrière tout ça.
— Je te l’avais dit ! ne put-elle s’empêcher de lâcher.
— Je crois qu’il n’est pas la cause de tes problèmes, répéta Roman, mais tu avais tort quand tu pensais que tu ne représentais rien pour lui. Il voulait que tu reviennes, Suzanne. Plus qu’il ne voulait bien l’admettre.
Elle marqua un temps d’arrêt.
— Comment peux-tu le savoir ?
— Il me l’a dit.
Elle n’avait pas vu ça venir, n’avait pas supposé que les sentiments de Craig pour elle avaient pu aller plus loin que quelques heures de défoulement dans le noir.
— Que lui as-tu dit pour…, commença-t-elle en cherchant les bons termes, les problèmes que j’ai ?
— Je ne lui ai pas donné de détails. Mais il se sent assez concerné pour nous aider si on en a besoin.
On.
Le petit mot sauta vers elle. Ses frères, ses amis, avaient toujours été là pour elle. Mais elle n’avait jamais eu de nous avec un homme. La pensée de former un nous avec un Roman la remplit d’un désir fou. Même si c’était vraiment la dernière chose qu’elle devait désirer.
— La prochaine fois, se força-t-elle à dire malgré ses pensées conflictuelles, j’aimerais que tu me dises ce que tu prévois de faire pour que je puisse te convaincre de ne pas le faire ou pour que je vienne avec toi. Je suppose que ta conversation avec Craig n’était pas grand-chose.
Roman semblait mal à l’aise.
— J’ai été assez dur avec lui.
— Définis dur.
— Je l’ai plaqué contre le mur.
Il marqua une pause avant d’ajouter :
— En le tenant par le cou.
— Pourquoi ?
Elle n’arrivait pas à comprendre ce qui avait pu pousser Roman à aller aussi loin.
— Pourquoi as-tu fait ça ?
— J’ai besoin de te protéger.
— Tu dois bien voir que je ne suis pas fragile.
— Je sais que tu ne l’es pas. Tu es tout sauf fragile, Suzanne.
— Alors…
Elle avait l’impression de marcher sur un champ de mines, d’essayer de le traverser pour aller de l’autre côté. Et pourtant, elle ne pouvait pas rester là où elle était. Pas si atteindre l’autre côté valait le coup de prendre autant de risques.
— Pourquoi t’acharnes-tu à vouloir me protéger ?
Son téléphone sonna au moment où sa réponse aurait dû lui parvenir. Se tenant plus près de l’appareil sur le coin de son bureau, il regarda l’écran, certainement pour voir si c’était un autre des appels anonymes.
— C’est Smith, dit-il en lui tendant.
Bien qu’elle fût toujours heureuse d’avoir des nouvelles de son cousin – il était si occupé avec tous ses projets de films qu’elle déplorait de ne pas le voir assez souvent – elle ne put s’empêcher de regretter qu’il n’ait pas attendu encore cinq minutes pour appeler.
— Smith, comment vas-tu ?
— Je ne pourrais pas aller mieux, Suz. Penses-tu pouvoir venir à Summer Lake dans quelques jours ?
Elle ressentit un élan de joie quand elle supposa tout de suite la raison le poussant à lui téléphoner pour lui poser cette question de but en blanc.
— Est-ce que Valentina va enfin te retirer du marché pour de bon ?
— Je ne le suis plus depuis que j’ai posé les yeux sur elle pour la première fois.
Suzanne pouvait entendre l’amour de Smith pour sa fiancée dans sa voix.
— Et oui, nous avons enfin une date. Vendredi midi, ça marche pour toi ?
Puisque c’était déjà mercredi après-midi, elle devait boucler toutes les affaires urgentes, faire son sac et partir pour les Adirondacks à la première heure le lendemain. Elle avait une multinationale à diriger, une longue liste de choses à faire pour la fondation de Rosa et elle commençait seulement à accepter l’idée que les attaques sur ses serveurs et son téléphone méritaient qu’elle investisse plus de son temps.
Mais rien de tout ça n’était aussi important que de célébrer avec Smith et Valentina les vœux qu’ils échangeraient pour toujours.
— Ça me semble absolument parfait. Et je ne le dirai à personne. Personne ne m’accompagnera, personne sauf mon garde du corps, Roman.
Elle pouvait imaginer facilement Smith lever les sourcils.
— Je n’aime pas beaucoup ce que ça implique. Pourquoi as-tu un garde du corps ?
— Je vais tout t’expliquer quand je te verrai. Mais jusque-là, ne t’inquiète pas, je te promets que je suis en sécurité.
Roman, commençait-elle à le comprendre, ne permettrait rien d’autre.
— Je dois te dire que tu m’inquiètes, dit Smith. Si tu as besoin de quoi que ce soit…
— Je te jure, je vais bien.
Ses cousins étaient aussi surprotecteurs que ses frères. Elle les aimait tous, mais parfois ce n’était pas facile de faire partie d’une aussi grande famille avec autant de mâles dominants à tous les coins de rue.
— On en reparlera quand tu seras au lac, affirma Smith, pour s’assurer qu’elle comprenne qu’ils n’en avaient pas terminé avec cette conversation, même s’il ne poussait pas plus loin pour le moment. J’ai réservé la plupart des avions d’Alec pour que tout le monde puisse arriver à temps avec si peu de préavis, alors dis-lui à quelle heure tu veux partir.
— Merci, mais je vais certainement conduire.
Les avions de son frère étaient bien pour voyager, mais elle voulait la liberté de pouvoir aller et venir au cours des prochains jours.
— Dis à Valentina que je l’aime et que j’ai hâte de voir sa robe.
— Moi aussi, répliqua Smith. J’espère pouvoir toujours faire des phrases cohérentes quand je la verrai dedans. J’ai attendu tellement longtemps pour la faire mienne…
Suzanne soupira. Smith et Valentina étaient adorables ensemble. En tant qu’une des plus grandes stars du cinéma au monde, cela ne devait pas être facile pour lui de tomber si follement amoureux de quelqu’un. Mais Valentina était spéciale – la femme parfaite pour lui. Pas du tout intéressée par les projecteurs, mais elle voulait bien les braver pour l’homme qu’elle adorait.
Pendant quelques instants après avoir raccroché, elle savoura la douceur de savoir que Smith et Valentina allaient enfin franchir le pas. Il n’y avait rien de plus merveilleux que le véritable amour se transformant en amour pour toujours. Un jour, elle voudrait avoir la même chose.
Malgré la manière dont le mariage de ses parents avait fini, Suzanne croyait toujours en l’amour, espérait toujours trouver un homme qui la chérirait, qui l’apprécierait. Cet amour futur n’avait jamais eu de nom ni de visage. Jusqu’à aujourd’hui, quand pour une raison stupide, le visage de Roman – et toutes les choses à couper le souffle qu’il lui avait dites un moment avant – remplissait tous les espaces vides.
— Changement de plan, dit-elle à Roman. Mon cousin se marie vendredi. Puisqu’il est super célèbre, c’est super secret et fait sous l’impulsion du moment.
— J’ai deviné en entendant ta partie de la conversation.
Elle était reconnaissante que Roman ne prenne pas peur du fait qu’elle assiste au mariage de Smith Sullivan dans quelques jours. Tellement d’autres personnes avaient des étoiles dans les yeux quand il s’agissait de sa famille… Parfois, elle avait l’impression d’être seulement un tremplin pour les personnes qui espéraient avoir une partie de l’argent et de la célébrité de sa famille.
— Peu importe où tu vas, ajouta-t-il de sa voix profonde, je serai là.
Peut-être qu’elle aurait dû être irritée par le rappel que son travail était de veiller sur elle en tout temps, mais la vérité était qu’en cet instant, elle était plus rassurée qu’autre chose. Bien que rassurée ne fût pas le terme exact pour ce qu’elle ressentait.
Le simple réconfort de savoir que personne ne lui ferait du mal quand Roman était là était une chose. Mais les papillons dans son estomac à la pensée d’assister à un mariage dans sa famille avec lui à ses côtés, et l’anticipation de partager une danse avec l’homme le plus attirant et intrigant qu’elle ait connu, étaient complètement différents.
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