Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Vingt-Deux
Il y avait un million de choses que Suzanne voulait dire à Roman durant leur trajet de retour à New York le jour suivant. Elle voulait tout lui avouer. Ses sentiments. Sa confusion. La manière dont son père lui avait tendu un miroir devant le visage pour qu’elle puisse voir la vérité : elle n’avait jamais été, et ne serait jamais, comme sa mère. Il lui avait rappelé à quel point elle était forte. Courageuse.
Elle avait toujours été partante pour prendre des risques avec ses logiciels et son entreprise. Maintenant, il était définitivement temps de prendre de plus grands risques avec son cœur. Mais Roman allait-il vouloir prendre un aussi grand avec le sien ? Surtout quand toutes les fois où ils s’étaient rapprochés, il avait toujours fini par reculer.
Malheureusement, quelques minutes après son réveil, après les trois heures de sommeil qu’elle avait réussi à voler, elle était déjà en ligne avec son équipe du Système d’Informations. Bien qu’on fût samedi, ils travaillaient à décoder un nouveau bug dans son logiciel MavG1. Elle avait promis aux Maverick qu’ils allaient faire les bêta tests tout de suite et ils s’attendaient tous à ce qu’elle honore sa promesse.
Dans l’heure, elle était complètement dans le travail. Pourtant, quand Roman frappa à la porte de sa chambre, son cœur sauta dans sa poitrine. Elle était déjà accro à le voir à la première heure le matin.
Dès qu’il ouvrit la porte, il entra, remarqua les deux ordinateurs portables qu’elle avait ouverts – ainsi que le fait qu’elle portait seulement un sweat par-dessus ses sous-vêtements. La couette sur laquelle elle était assise en tailleur la couvrait pas mal, mais elle était tout de même consciente de toute la peau qu’elle dévoilait.
Il se racla la gorge et retira son regard de ses jambes.
— Il y a un souci ?
Elle coupa le son de son appel.
— Il y a un bug dans le nouveau code, ce qui veut dire que je vais devoir retourner au bureau tout de suite. Et je vais devoir travailler dans la voiture si ça ne t’ennuie pas de conduire.
La voix de Suzanne était autant à bout de souffle que celle de Roman était rauque.
— Je vais prendre des provisions et du café pour la route. Concentre-toi sur ce que tu as à faire et je m’occupe du reste.
Elle savait déjà qu’avoir quelqu’un comme Roman de son côté pendant une crise serait un atout, mais à la façon dont il se déplaçait efficacement dans la chambre et la salle de bains pour remballer ses affaires lui donna envie de pleurer de soulagement.
— Merci. Je t’en dois une.
— Tu ne me dois rien. Je suis heureux de t’aider quand tu en as besoin.
Il marqua une pause avant d’ajouter :
— Et pas parce que c’est mon travail.
C’était la parfaite ouverture pour parler de ce qu’elle désirait tellement avoir. Mais son personnel l’attendait pour trouver un moyen de réparer le code.
À contrecœur, elle reprit la conversation.
— Je vais avoir besoin de quinze minutes pour prendre la route et ensuite vous aurez toute mon attention.
Elle réussit à dire un au revoir rapide à son père, la seule autre personne éveillée dans la famille, et retourna tout de suite à son appel avec son équipe dans la voiture, avec seulement une partie de sa concentration sur son travail.
Elle ne pouvait arrêter de penser à Roman. Ne pouvait s’empêcher d’être distraite par sa proximité, sa chaleur, son look diaboliquement sexy. Elle ne pouvait s’empêcher de désirer qu’il l’entoure de ses bras comme il l’avait fait la veille, quand il lui avait tellement donné l’impression d’être en sécurité. Réconfortée.
Avant ce matin, elle aurait été horrifiée de ne pas pouvoir se concentrer complètement sur son travail. Mais après être restée éveillée à ressasser tout ce que son père lui avait dit, elle n’était plus certaine que ce soit une mauvaise chose.
Son obsession pour les ordinateurs et les codes était-elle si différente de celle de son père de peindre sa mère ?
Pourrait-elle réellement perdre tout ce qui comptait à cause de ça ?
Quelle ironie de se poser cette question alors qu’elle travaillait dans la voiture à cent kilomètres heure à côté de l’homme avec qui elle mourrait d’envie d’avoir une conversation à cœur ouvert.
* * *
Après cinq heures intenses de travail par téléphone et sur son ordinateur, elle retira enfin ses écouteurs, referma son ordinateur et laissa sa tête retomber sur son appui-tête.
— On est presque sûr que le problème est réglé, mais je devrais probablement aller au bureau un petit peu, juste au cas où.
Elle aurait pu dormir pendant des jours. Et elle s’endormit peut-être quelques minutes, parce que quand elle ouvrit à nouveau les yeux, Roman était déjà passé devant son bureau.
— Où vas-tu ?
— À la maison. Tu n’as pas assez dormi la nuit dernière et tu travailles sans arrêt depuis que tu es réveillé.
Il fronça les sourcils et même ça, c’était si sexy qu’elle aurait pu exploser de désir pour lui.
— Tu travailles trop.
— Dis l’homme qui est devant ma porte aux aurores et ne va pas au lit avant moi.
Il n’argumenta pas avec elle. Il préféra hocher la tête après un moment de silence.
— Tu as raison. Je dois faire quelques changements aussi.
Alors que l’espoir grandissait en elle, elle repoussa son ordinateur et son téléphone de ses genoux. Elle avait donné assez d’attention à ces appareils pour aujourd’hui. Il était temps de se concentrer sur l’être humain chaleureux et merveilleux à ses côtés. Temps d’avouer les profondeurs de ses sentiments pour lui. Mais quand elle tendit la main vers lui, il jura.
Suivant la direction de son regard furieux, elle réalisa qu’ils étaient coincés derrière une demi-douzaine de camions de pompiers. Et ces engins étaient garés juste devant l’immeuble de son appartement.
Aveuglément, elle chercha à atteindre la poignée de la porte pour sortir et courir vers l’un des pompiers pour découvrir ce qu’il s’était passé. Roman devait avoir anticipé sa réaction parce qu’il lui prit la main et la tint fermement.
— Attends. Laisse-moi me garer et ensuite nous verrons ce qu’il se passe.
Il attendit jusqu’à ce qu’elle le regarde dans les yeux.
— Ensemble.
Ensemble. Aucun mot ne lui avait semblé plus doux auparavant.
— D’accord.
Sa voix lui paraissait étrange. Un peu aérienne et aigüe.
Il y avait peu de chance que le feu la concerne… Mais, et si c’était le cas ?
C’était ce « et si » qui faisait battre son cœur aussi vite.
— Je ne laisserai rien t’arriver.
Il laissa sa main lui caresser la joue. Elle s’appuya contre son contact.
— Je sais.
Elle prit une nouvelle grande inspiration, et elle fut prête à faire face à toutes les situations.
Une fois hors de la voiture et ayant une meilleure vue sur le champ des opérations, elle put facilement confirmer qu’en fait, c’était son appartement qui avait pris feu. Ses fenêtres étaient ouvertes et une échelle menait à celle de sa cuisine. Quand Roman lui prit à nouveau la main, elle la serra fort. Elle ne pouvait imaginer faire face à tout ça sans lui.
Elle arrêta le pompier le plus près qui s’avéra être le capitaine.
— C’est mon appartement. Que s’est-il passé ?
L’homme sembla compatissant.
— Vous êtes Suzanne Sullivan ?
Quand elle hocha la tête, il dit :
— J’essaie de vous joindre depuis une demi-heure.
— Je suis désolée, j’étais en téléconférence. Puisqu’elle n’avait pas reconnu le numéro comme appartenant à sa famille, elle l’avait ignoré, se disant que c’était certainement un autre appel anonyme.
— Avez-vous des animaux ? Des visiteurs ou des colocataires ?
— Non, seulement moi. Et j’étais hors de la ville depuis jeudi matin. Roman loge dans l’appartement voisin et il était avec moi tout le temps.
Le capitaine des pompiers remarqua leurs mains liées.
— Nos enquêteurs travaillent pour découvrir où le feu a démarré et pourquoi. J’ai peur de ne pas avoir de preuves concluantes pour l’instant.
Suzanne avait toujours une solution pour tous les problèmes qui pouvaient surgir, ou du moins, était capable de poser les bonnes questions pour trouver une solution. Mais tout ce qu’elle parvenait à faire, en cet instant, était de se demander, avec horreur, ce qui se serait passé si Roman et elle avaient été à la maison – ou si l’un de ses parents était resté à l’appartement pendant son absence. Elle ne pouvait supporter la pensée que quelqu’un d’autre aurait pu être blessé parce que quelqu’un voulait lui faire du mal.
Comme s’il pouvait lire dans son esprit, savait que sa bouche devenait sèche et que son esprit était bloqué, Roman l’attira à l’abri dans ses bras.
— Quand Suzanne pourra-t-elle retourner à l’intérieur ?
— Pas ce soir, c’est certain. Nous faisons de notre mieux pour sauver vos biens, mais il semblerait que le feu fumait depuis un moment avant de prendre. Heureusement, un voisin du bas a senti la fumée et a appelé les urgences.
Elle pouvait facilement lire l’inquiétude dans les yeux de l’homme.
— Je suis désolé que ça vous soit arrivé, mademoiselle Sullivan. Votre étage en entier sera inhabitable pour le moment à cause des dégâts causés par la fumée et l’investigation en cours. Avez-vous un endroit où dormir ce soir ?
— Elle restera avec moi, répondit Roman avant qu’elle puisse répondre qu’elle avait trois frères dans les environs.
Roman donna aussi au capitaine des pompiers son numéro de portable et de fixe.
— S’il vous plaît, appelez-moi pour me donner les nouvelles si Suzanne n’est pas disponible.
— Est-ce que ça vous va, mademoiselle Sullivan ?
Ça allait plus que bien.
— Oui. Roman veillera sur moi.
Après avoir serré la main du capitaine des pompiers, ce dernier s’éloigna pour parler à un membre de son équipe et Suzanne leva les yeux vers ses fenêtres. Un frisson la traversa malgré la chaleur de la météo en ville.
— Je supporterai d’avoir perdu mes vêtements et mes meubles. Des appels anonymes et des attaques sur les serveurs de mon entreprise sont une chose, mais si ce feu n’est pas un accident, si quelqu’un essaie délibérément de détruire les choses qui sont importantes pour moi : les peintures de mon père et mon frère, la couverture que tante Mary a tricotée pour moi, la sculpture que Vicki, la femme de mon cousin Ryan, a faite pour moi, les photos des réunions de famille qui me faisait toujours sourire quand j’étais assise au comptoir de ma cuisine…
Roman la serra plus fort contre lui, comme s’il voulait que son corps la protège de la vue des camions de pompiers et des hommes essayant d’éteindre le feu dans son appartement.
— Quand il s’agissait seulement de moi et mon travail, je savais que je pouvais m’occuper de tout ça. Mais l’appartement n’est pas à moi. Il est à mon cousin Ian. J’ai souvent des membres de la famille et des amis qui séjournent chez moi. Et si une personne que j’aimais avait été dans l’appartement pendant qu’on était parti ? S’ils avaient été blessés parce que quelqu’un voulait m’atteindre et qu’ils étaient sur le chemin ?
La colère éclata en elle à travers son choc et son épuisement.
— S’il s’avère que cet incendie n’était pas un accident, je vais me concentrer seulement à découvrir qui en a après moi et à les épingler. Ils s’en sont pris à la mauvaise femme.
— Oui, acquiesça Roman, je n’en doute pas.
Mais même si la détermination se consolidait en elle, les sentiments combinés de violation et de peur la frappèrent si fort qu’elle en eut les jambes tremblantes, le sang quitta son visage. Avant de s’en rendre compte, Roman l’avait gentiment guidée vers la voiture à nouveau et ils s’éloignaient déjà des camions de pompiers et des véhicules de police.
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