Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Quatre
Ce fut seulement par la force de sa volonté, aiguisée par l’entraînement, qu’il put transformer la chaleur en lui en glace. Cela lui permit de retirer ses mains des hanches de Suzanne, mais aussi de mettre une bonne trentaine de centimètres entre eux.
Suzanne ne s’écarta pas tout de suite, toutefois. Elle le fixait comme si elle le voyait pour la première fois. Les petites taches d’ambre de ses yeux l’hypnotisèrent juste assez longtemps pour qu’il mette quelques instants pour faire coopérer sa bouche – et son esprit.
— Quel étage ?
— Quel étage ?
Elle cligna des yeux comme si son esprit avait les mêmes problèmes que le sien. Puis, elle secoua la tête.
— Mon bureau est au dixième.
Il avait présumé qu’elle serait au dernier, comme la plupart des fondateurs et des PDG, pas au milieu de l’immeuble. C’était un bon rappel : il ne devait jamais faire l’erreur de présumer quoi que ce soit quand il s’agissait de Suzanne.
En se dirigeant vers les portes vitrées de l’entrée de son immeuble, les talons qu’elle portait semblaient la faire trébucher un peu. Encore une fois, il se demanda pourquoi elle était habillée différemment par rapport à la veille à la galerie. Y avait-il un homme qui l’intéressait ? Il n’avait aucune raison de se sentir jaloux.
Il s’était déjà retrouvé dans des espaces de travail high-tech auparavant et le hall, les couloirs et les salles de pauses de Sécurité Sullivan étaient tout aussi lumineux et engageants qu’il pouvait s’y attendre après avoir rencontré la fondatrice de l’entreprise. Bien qu’il ne fût pas surpris par l’espace de travail, il le fut quand ils passèrent devant une table de ping-pong et lorsqu’une employée demanda à Suzanne si elle voulait jouer ; Suzanne posa tout de suite son sac et sauta sur le jeu.
Elle rit quand sa première balle frappa le filet, puis s’exclama quand elle marqua un point. Roman s’attendait à ce que ses employés se couchent. Après tout, elle était la grande patronne et leurs carrières étaient dans le creux de sa main. Mais personne ne semblait avoir peur d’elle, alors même que la valeur de son entreprise avait beaucoup de zéros.
L’énigme que représentait Suzanne continuait de grandir. Encore plus quand une femme d’une vingtaine d’années en jean et en baskets intervint.
— Je n’aurais pas cru que tu jouerais aussi bien avec ces talons. Ils font quoi, une dizaine de centimètres ?
— Plutôt vingt. Du moins, c’est l’impression que j’ai.
— Je ne savais même pas que tu avais des talons, dit une femme en frissonnant, montrant bien ce qu’elle en pensait. Il doit y avoir quelque chose de spécial pour que tu te fasses belle comme ça.
Suzanne lança un regard à Roman, l’expression figée, comme si elle avait été prise la main dans le sac. Puis elle haussa les épaules.
— Je me suis dit que je devrais porter des trucs qui prennent la poussière dans mon armoire.
Bien que la femme hochât la tête, elle semblait toujours confuse. C’était leur cas à tous, en fait. C’était encore plus flagrant chez les hommes dans la pièce qui essayaient d’agir comme s’ils n’avaient pas remarqué la silhouette de leur patronne dans la robe.
Roman leur souhaita bon courage. Dieu savait qu’ils en avaient tous réellement besoin.
— Tu veux jouer ? demanda la femme en tendant la raquette à Roman.
Il secoua la tête.
— Non, merci.
Malgré le fait qu’elle ne le voulait pas dans les parages, Suzanne le présenta poliment.
— C’est Roman.
Elle énuméra les noms de la douzaine de personnes les plus proches d’eux et il les mémorisa rapidement. Étant donné que la menace pouvait tout aussi facilement venir de l’intérieur et que l’extérieur de l’entreprise, il avait besoin d’être attentif partout où allait Suzanne.
— Tu vas rejoindre l’équipe de recherche et développement ? demanda un homme avec des lunettes aux montures épaisses.
— Non.
Roman regarda Suzanne, sachant qu’il serait mieux de la laisser répondre aux questions concernant le libellé de son poste.
Son expression se durcit une fraction de seconde avant de s’attendrir, pour afficher un sourire forcé à ses employés. Contrairement à son frère Alec, elle n’aurait pas été douée pour jouer au poker. Tout ce qu’elle pensait et ressentait semblait s’afficher sur son visage. Avec de la chance, sa transparence rendrait son travail plus facile.
— Roman travaille dans la sécurité, mais pas numérique, dans la sécurité personnelle.
Une blonde pointa la tête de derrière une paroi de box grise.
— Tu es un garde du corps ? demanda-t-elle les yeux grands comme des soucoupes.
Quand il hocha la tête, elle les écarquilla encore plus.
— Pour qui ?
Elle se tourna vers Suzanne.
— Est-ce que ton cousin Smith vient aujourd’hui ? Son dernier film était fabuleux.
Suzanne rit et grogna à moitié.
— Non. Roman n’est pas là pour protéger Smith.
Elle serra les lèvres comme si elle ne voulait pas à avoir à le dire.
— Il est là pour me protéger.
— Toi ?
Le mot résonna en chœur en provenance de plusieurs personnes, toutes avec la même incrédulité.
Il s’attendait à ce que Suzanne soit d’accord avec eux et affirme ne pas avoir besoin de garde du corps. Elle préféra seulement hocher la tête.
— Oui, Roman est là pour travailler avec moi. C’est une longue histoire et je ne veux pas ennuyer tout le monde avec ça, mais ne vous inquiétez pas. Tout va bien. Je vais bien.
Tout le monde les regarda tour à tour, se demandant clairement pourquoi il était là si tout allait réellement bien.
— J’ai une réunion avec le groupe Maverick dans quelques minutes, mais j’espère passer le reste de la journée à travailler sur le code, alors je serai dans les parages si quelqu’un a besoin de moi.
Sur ce, elle continua le long du couloir et tourna vers l’arrière du bâtiment.
— Bonjour, Jeannie, dit-elle à une petite femme aux boucles rousses assise derrière un grand écran d’ordinateur. Je te présente Roman. Il est mon garde du corps et aura besoin d’un accès complet au bâtiment. Peux-tu lui faire un badge ?
— Absolument.
L’assistante de Suzanne sourcilla à peine devant sa requête et elle ne réagit pas non plus de manière déplacée devant la tenue de sa patronne.
— Les Maverick ont confirmé qu’ils étaient toujours partant pour ta réunion dans dix minutes. Il y a plusieurs messages sur ton bureau à regarder avant la réunion et j’ai mis en avant les mails prioritaires dans ta messagerie. Jeannie marqua une pause avant d’ajouter.
— Rien d’urgent ni sortant de l’ordinaire.
Un éclair de soulagement traversa le visage de Suzanne.
— Super, merci.
Roman voulait comprendre à quoi sortant de l’ordinaire pouvait ressembler pour Suzanne. Mais elle était sur le point d’entrer en réunion – et il n’était pas certain de savoir où elle en était avec toute cette situation de garde du corps – il se dit qu’il devait tout regarder attentivement à partir de maintenant.
Bien que son bureau ne fût pas grand, il avait une superbe vue sur Central Park. Elle avait un grand bureau, un canapé en cuir et une table en verre dans un coin pour les réunions en face à face. La grande différence par rapport aux autres PDG avec qui il avait travaillé était que plus d’une douzaine d’ordinateurs, de tablettes, de téléphones étaient parsemés à travers toute la pièce – sur son bureau, sa table basse, la table en verre et ses étagères.
— Je dois tester mes logiciels sur tous les appareils possibles, dit-elle avant qu’il pose la question. Tu n’es pas la première personne à te demander pourquoi j’ai assez de choses ici pour remplir un magasin d’électronique. En plus, les ordinateurs sont ma drogue de choix.
— Quitte à parler de drogue, elle semble assez saine.
— Pourrais-tu dire ça au dernier gars avec qui je suis sortie ? Il a jeté un œil dans mon bureau et m’a prise pour une folle.
— S’il n’a pas compris, il ne te méritait pas.
Elle posa une main sur un ordinateur.
— Et toi ?
Elle se lécha les lèvres.
— Tu me comprends ?
Se disant que sa question ne devrait pas être si lourde de sens, il hocha la tête.
— Bien sûr.
Elle était peut-être une énigme, mais elle était un livre ouvert quand il s’agissait des choses qu’elle aimait – les deux principales étant sa famille et les ordinateurs.
Le grand écran devant son bureau commença à sonner.
— Ma réunion va bientôt commencer. Tu peux t’assoir où tu veux.
— Je préfère rester debout.
Tous les gardes du corps dignes de ce nom pouvaient facilement passer douze heures debout sans le sentir. On peut réagir beaucoup plus facilement aux menaces potentielles quand on est déjà debout.
— Comme tu veux, répondit-elle en haussant les épaules, mais je peux te garantir que personne ne va faire irruption ici avec une machette.
Elle s’assit sur son fauteuil en cuir, retira ses talons avec ce qu’il pourrait qualifier d’un gémissement de soulagement, puis appuya sur la télécommande pour accepter l’appel vidéo. Elle sourit quand quatre hommes apparurent dans quatre cadres différents à l’écran.
— Bonjour. Il est tôt pour ceux d’entre vous qui sont en Californie.
Un des hommes rit.
— Une réunion à cinq heures est une bonne excuse pour voir le soleil se lever.
— Es-tu installé sur ton ponton, Will ?
Il tourna sa caméra pour qu’elle puisse voir qu’elle avait raison.
— C’est une superbe vue, dit-elle en regardant les grands séquoias et les collines avec l’océan en arrière-plan.
— Harper et Jeremy espèrent que tu pourras nous rendre visite bientôt, répliqua Will. Avec de la chance, ça va t’attirer.
— Charlie a la même idée, dit un autre homme. Est-ce qu’on peut sceller notre accord si j’ajoute une sculpture ?
— Et Noah meurt d’envie de te montrer comme il sait bien nager maintenant qu’il n’a plus ses flotteurs, ajouta un autre Maverick.
— Je ne vais pas refuser la vue splendide, Will, ni une des incroyables œuvres de métal de Charlie, Sebastian. Et dis à Noah que j’ai hâte de pouvoir nager avec lui, Matt. Je n’ai pas besoin de pots-de-vin pour venir passer du temps avec vous dans le nord de la Californie. Seulement une petite accalmie.
— C’est compris, concéda un homme avec une barbe. Je n’arrête pas de me dire que je pourrai aller au lac Tahoe pour travailler sur mon chalet, mais je n’arrive jamais à aller dans les bois.
Roman le reconnut comme étant Daniel Spencer, le fondateur de Top-Notch DIY, une chaîne de magasins destinée à améliorer les maisons. Il reconnaissait chacun des Maverick : tous étaient partis de rien et étaient maintenantmillionnaires, cela les avait rendus tous les cinq célèbres au cours des ans. Leur trajectoire avait été assez impressionnante pour nourrir la détermination d’un gars comme Roman qui venait aussi d’un milieu difficile.
Peu de personnes s’étaient sorties de ce monde – et même quand c’était le cas, aucun ne pouvait espérer faire autant d’argent que lui. En tant qu’adulte, il avait travaillé dur pour enfermer la partie de lui entraînée pour gagner à tout prix. Mais le fait était que vu sa taille et son passé de boxeur, devenir garde du corps avait été le meilleur moyen de se sortir d’un mauvais quartier pour aller vers un avenir meilleur.
Des millions de dollars auraient été bien, mais Roman en possédait bien assez maintenant pour avoir le sentiment de faire le meilleur travail à sa disposition, afin d’aider les autres. Notamment des gens comme Suzanne et ses frères. Heureusement, il avait assez d’économies et avait investi assez au cours des ans, ainsi il n’avait plus à travailler pour des connards.
De manière assez intéressante, malgré leur argent et leur pouvoir, les Maverick ne semblaient pas en être. Et ils n’étaient de toute évidence pas de simples investisseurs pour Suzanne. Avec ces hommes, elle parlait de leurs enfants et de leurs moitiés. Les Maverick ne donnaient pas l’impression de lui communiquer autre chose que de l’affection et elle non plus. Ce serait un mariage arrangé parfait – une Sullivan épousant un Maverick – mais ce genre d’étincelles n’étaient pas présentes.
Roman était soulagé malgré lui. Malgré le fait que Suzanne n’était pas sienne, et ne pourrait jamais l’être.
— Doit-on attendre Evan avant de commencer cette réunion ? demanda-t-elle.
Les quatre Maverick semblèrent échanger un regard sur l’écran avant de répondre.
— Il va devoir faire l’impasse sur celle-ci. Mais on va lui faire un rapport. Quelles sont les nouvelles pour le MavG1 ?
Un sourire éclaira son visage.
— Toutes bonnes. On doit mettre quelques touches pour rendre le code un peu plus joli et nous serons prêts à le soumettre à une série de bêta tests. Je crois que nous pourrons lancer ça au plus tard vendredi.
Sebastian siffla.
— Tu as au moins six mois d’avance sur le planning.
— Sans mentionner que tu as déjà fait l’impossible en réalisant ce que tout le monde disait impossible, nota Daniel.
— Tout est allé de soi.
Elle semblait extrêmement satisfaite. En fait, je prends déjà des notes pour rendre ce produit encore plus abordable.
Pendant les dix minutes qui suivirent, Roman l’observa pendant qu’elle éblouissait chacun des Maverick avec ses idées. De toute évidence, ils étaient calés en technologies, ils posaient les bonnes questions et étaient impressionnés par ses réponses.
— Seule toi pouvais t’en sortir avec ça, Suzanne, s’enthousiasma Matt. Ton esprit est une merveille.
— Vous savez que j’aime quand vous soufflez sur les braises, répondit-elle avec un sourire, mais, et si je commençais par vous rendre votre investissement sur le nouveau produit avant que vous me hissiez au rang de superhéroïne numérique ?
Ils bavardèrent quelques minutes de plus à propos de ses frères et de son père et raccrochèrent. Puis, Jeannie sonna.
— J’ai la responsable technologie du groupe Kaizen au Japon en ligne si tu es disponible.
— Passe-la-moi.
Suzanne s’installa plus confortablement dans son fauteuil en mettant son casque pour prendre l’appel pendant qu’elle allumait plusieurs écrans sur son bureau. Elle était si à l’aise dans son élément qu’il avait le sentiment qu’elle l’avait oublié après que les deux premières réunions de la journée se furent transformées en une demi-douzaine d’autres.
C’était son travail de disparaître dans le décor, mais il n’aimait pas devoir admettre que ça heurtait presque sa fierté masculine de voir comme c’était facile pour elle de l’occulter. Surtout quand lui avait vraiment du mal à occulter la moindre chose chez elle. C’était plus que son allure spectaculaire dans sa petite robe ou ses jambes si longues.
Son esprit, se surprit-il à réaliser, était aussi attirant que son corps. Et quand elle riait…
Merde. Il ne savait pas gérer la manière dont son rire le transperçait. Tout ce qu’il savait, c’était qu’il voulait plus que jamais s’assurer que rien ne pouvait l’effrayer ou lui faire du mal, pour qu’elle continue de rire comme ça.
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