Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Vingt-Quatre
— Je n’aurais pas dû faire ça.
Mais Roman ne s’éloigna pas sous son contact et elle ne retira pas sa main de son visage.
— Si, tu le devais, dit-elle doucement. Dès que je suis entrée dans la voiture pour rentrer à la maison, j’avais prévu de te faire parler de ce qui s’est passé la nuit dernière… Et combien je voulais que ça se reproduise.
— Suzanne.
Il devait rester rationnel. Même si c’était la dernière chose qu’il voulait.
— On ne peut pas. Je ne peux pas.
— Pourquoi pas ? Et tu devrais trouver autre chose que l’excuse de mes frères et le fait que tu es mon garde du corps. Ces raisons ont cessé d’être bonnes il y a longtemps. Surtout maintenant que mes frères savent déjà pour nous et que je leur ai demandé de nous laisser de l’espace, sinon… Et n’essaie pas de mettre ça sur le dos de l’incendie de mon appartement non plus. Je ne vais pas nier que ça m’a ébranlée et effrayée, mais ça ne veut pas dire que ça a quelque chose à voir avec ce qu’il se passe entre nous.
Nous. Il aimait beaucoup trop cette idée. Il le voulait tellement qu’il put à peine repousser son désir ardent quand il parvint à se mettre hors d’atteinte.
— La façon dont je traite les femmes avec qui je couche… Je ne peux pas te traiter comme ça.
— Tu veux dire au lit ?
Elle se mordit la lèvre et la laissa glisser sous ses dents.
— Parce que je suis assez certaine que je ne serais pas contre essayer tout ce dont tu as envie. Même si c’est un peu osé…
— Non, réussit-il à dire d’une voix étranglée. Pas au lit.
Mon Dieu, il pouvait à peine penser après cette image à couper le souffle dans sa tête de Suzanne coquine au lit, au point de ne pas savoir s’il pourrait formuler une phrase cohérente.
— Je parle de tout le reste.
— Tu ne blesserais pas une femme physiquement sauf si elle est une menace pour un de tes clients. Et tu le regretterais aussitôt. Alors que peux-tu faire aux femmes avec qui tu sors qui soit si terrible ?
Il ne pouvait lui mentir, même si cela voulait dire qu’il la dégoûterait une fois qu’elle connaîtrait la vérité. Surtout quand c’était supposé être son objectif, non ? Il devait lui faire comprendre qu’être avec lui ne lui apporterait rien de bon. C’était exactement la promesse qu’il avait faite sur les quais la nuit précédente.
— Je m’en moque.
— Tu t’en moques…
Elle pencha la tête.
— De quoi, exactement ?
— D’elles.
Le mot tomba comme une pierre entre eux.
— Les femmes avec qui je sors. Avec qui je couche. Je me moque d’elles. Aucune d’elles n’a d’importance.
— Es-tu en train de me dire que tu n’as jamais été amoureux d’une des femmes avec qui tu es sorti ?
— Oui, mais c’est plus que ça. Je n’ai jamais eu le moindre sentiment pour aucune d’entre elles. Depuis que je suis adolescent, les femmes sont toutes du pareil au même pour moi. Tel père, tel fils.
— Je ne comprends toujours pas. Pourquoi dis-tu que tu es comme ton père ? Et en quoi ça entre en compte avec le fait que tu ne sois jamais tombé amoureux d’une fille avec qui tu es sorti ?
Suzanne méritait tellement de choses. Tellement plus que ce qu’il avait à offrir. Cela le poussa à lui révéler encore plus la vérité.
— Mon enfance a été un défilé de femmes interchangeables. Après le départ de ma mère, mon père n’a jamais pu faire confiance à aucune autre femme. Mais ce n’est pas parce qu’il ne leur faisait pas confiance que cela l’a empêché de coucher avec autant que possible. J’ai appris il y a longtemps qu’il ne changerait jamais ses habitudes. Et moi non plus.
Ses tripes se nouaient pendant qu’il s’efforçait de lui faire comprendre exactement ses explications.
— Les femmes ont toujours été et seront toujours interchangeables pour moi. Je ne supporte pas l’idée de te faire du mal, Suzanne. C’est pourquoi toi et moi ne pourrons jamais être plus que des amis.
La dernière chose à laquelle il s’attendait fut son sourire.
— Tu n’as jamais été ami avec aucune de tes amantes précédentes, non ?
— Non, en effet.
— Alors c’est déjà une différence, parce que tu l’as dit toi-même. Toi et moi sommes amis. Elle ne laissa pas son esprit la rattraper avant d’ajouter :
— Et si tu ne veux pas me faire du mal, ça veut dire que tu tiens déjà à moi.
Elle semblait triomphante.
— Ce qui veut dire que ta raison pour garder tes distances ne s’applique pas.
Il aurait dû savoir que cette conversation ne prendrait pas la tournure qu’il avait prévue. Il aurait dû s’attendre à ce que l’esprit surpuissant de Suzanne le surpasse. Mais ça ne voulait pas dire qu’il abandonnerait l’idée d’essayer de la convaincre.
— J’essaie de te protéger.
Et il ne se pardonnerait jamais s’il laissait quelque chose se passer ce soir et finissait par lui briser le cœur.
— Tu dois m’écouter.
— Non, toi, tu dois m’écouter.
Il n’avait jamais connu une personne aussi forte, aussi puissante tout en étant si douce et gentille, enveloppée par une beauté dévastatrice.
— Je vois comme tes yeux s’adoucissent quand tu me regardes. Et quand tu m’embrasses, c’est magique. Doux et merveilleusement magique.
Il vit sa peau rougir au souvenir des étincelles ayant explosé entre eux et il laissa la chaleur l’envelopper aussi.
— Peu importe tes efforts, tu ne peux pas cacher tes sentiments. Pas à moi.
Elle lui prit les mains, la farine des pâtes recouvrit sa peau quand elle glissa ses doigts contre les siens d’une manière scandaleusement sensuelle.
— Cela m’a pris du temps pour réaliser que les erreurs de mon père et ma mère sont les leurs, pas les miennes. Je viens de me rendre compte que je n’ai pas à reproduire leur histoire d’amour brisée.
Elle entrelaça ses doigts avec les siens avant de faire un pas en avant.
— Et toi non plus.
Tout ce qu’il voulait était croire que ce qu’elle disait pouvait être vrai. Il était plus que désespéré de l’attirer dans ses bras et poser ses lèvres sur les siennes. Chacun de ses désirs, chaque once de passion, s’enveloppait autour de l’idée d’avoir Suzanne nue, docile et haletant de plaisir dans ses bras.
En cet instant, il lui restait seulement un recours pour la sauver du désir implacable et inassouvi les taraudant tous les deux de part en part. Il avait essayé la franchise. Mais pas la grossièreté. Il ne l’avait pas choquée pour lui montrer ce que voulait dire : être avec lui, malgré qu’il ne pourrait jamais être l’homme qu’elle pensait qu’il était.
— Je te veux. Nous savons tous les deux combien je te veux.
Il lui avait laissé voir la vérité imprudente de son désir intense pour elle.
— Mais je ne peux pas te toucher ce soir tant que tu ne seras pas capable de me dire honnêtement qu’après avoir couché ensemble, tu ne seras pas anéantie que je ne te rappelle pas.
Il se détesta des milliers de fois pour lui avoir peint une image aussi brutale et triste, malgré son honnêteté.
— Peu importe tes efforts, tu ne peux pas cacher combien tu as envie d’un amour comme celui que Drake a trouvé avec Rosa, comme celui de Smith et Valentina, dit-il en reprenant ses paroles. Je ne vais pas nier que je ne veux pas te toucher, t’embrasser de milliers de façons différentes. Ni prétendre ne pas avoir envie de te retirer tes vêtements pour te prendre ici sur le comptoir, puis dans mon lit, dans la douche, contre le mur et de toutes les manières possibles. Mais ce n’est pas parce que je ne peux pas contrôler mon désir pour toi que je pourrai être le prince charmant que tu recherches. Je ne serai jamais cet homme.
C’était le moment où elle devait partir loin de lui. Celui où elle lui demanderait comment il pouvait oser lui parler comme ça. Où elle regarderait dans ses yeux et verrait le vide, les ténèbres dans son cœur après toutes les mauvaises actions de son passé.
Elle retira ses mains des siennes et les posa sur ses joues.
— Je te promets que je ne serai pas anéantie.
— Suzanne.
Son nom était une supplication.
— Ne me mens pas.
— Ce n’est pas ce que je fais.
— Moi non plus.
Il avait la voix tremblante d’émotions… et d’un désir inassouvi.
— Je ne veux pas te faire mal, mais si nous faisons ça ce soir, je sais que ce sera le cas.
— Non.
Elle caressa son visage du bout des doigts avant de se mettre sur la pointe des pieds pour être à sa hauteur.
— Tu ne l’as peut-être jamais voulu, mais tu tombes amoureux de moi. Tout comme je tombe amoureuse du garde du corps, après avoir juré de ne jamais l’avoir voulu.
Elle glissa ses bras autour de son cou et pressa son corps contre le sien.
— Mais maintenant, je ne pense pas pouvoir vivre sans lui.
* * *
Le cœur de Suzanne n’avait jamais battu aussi fort. Aussi vite. Mais ce n’était pas parce qu’elle était nerveuse. Comment pourrait-elle l’être alors que Roman était celui qu’elle attendait depuis toujours ?
Elle avait presque été trop effrayée par la profondeur et la vitesse de ses sentiments pour voir ce qui était juste devant elle. Mais après que son père l’a aidée à retirer ses œillères – et après les aveux de Roman, sur combien elle comptait pour lui et combien il ne voulait pas lui faire de mal – elle était certaine qu’il était le véritable amour, celui qu’elle était sûre de trouver un jour.
Elle aurait aimé qu’il le voie aussi clairement qu’elle. Mais si elle avait appris une chose après avoir passé des heures sans fin à retravailler un code, c’était que ça prenait du temps pour voir certaines choses clairement. Du temps, ainsi que des efforts de concentration et de détermination passionnées.
Ce soir, elle allait mettre en application toutes les leçons qu’elle avait apprises en dirigeant son entreprise pour quelque chose de plus important que tous les codes qu’elle avait écrits jusque-là, ou écrirait jamais.
L’amour de Roman méritait toute sa concentration, chaque once de sa détermination et chaque instant de passion.
Une passion, elle le savait déjà, qui allait durer toute une vie.
Mais avant, elle devait se montrer courageuse comme il lui disait toujours qu’elle l’était. Assez pour rester ferme et ne pas le laisser la repousser, peu importe les efforts mis en œuvre de son côté, peu importe ses dires. Elle ne se laisserait pas avoir peur, ne se laisserait pas fuir, peu importe à quel point son cœur battait la chamade quand elle s’ouvrait à lui. Corps, cœur et âme.
Le sexe n’avait jamais été autre chose que l’assouvissement de besoins physiques pour Suzanne. Être avec Roman ce soir changerait tout, elle en était persuadée.
Parce qu’elle ferait réellement l’amour.
— Le comptoir, ton lit, la douche, contre le mur…
Elle listait tous les endroits énumérés quelques instants plus tard.
— Je veux que tu me prennes partout, Roman. Je veux que tu m’aimes partout.
Avant de comprendre ses intentions, il la souleva dans ses bras et se dirigea vers les escaliers. Il ne parla pas en les montant quatre à quatre, et elle n’osa pas prononcer un mot non plus. Pas encore. Pas avant d’être absolument certaine qu’il ne reviendrait pas en arrière, ne tenterait pas à nouveau de s’éloigner.
En tant que femme grande et toute en courbes, elle se sentait rarement délicate. En tant que programmeuse, elle se sentait rarement féminine. Mais il était si grand, si fort… Elle avait l’impression d’être les deux ce soir. Il la transportait comme si elle était légère comme tout. Il lui donnait l’impression de ne jamais vouloir la laisser partir.
Enserrant ses bras encore plus fort autour de son cou, elle respira son parfum viril. Elle frotta son nez contre le début de barbe sur son cou et son visage, ayant poussée depuis leur départ du lac au matin. Respirer son parfum n’était pas suffisant par contre. Elle devait le goûter aussi.
Elle allait lécher sa peau quand elle se sentit soudainement tomber. Au milieu de son lit.
Quand elle leva les yeux vers lui, son visage était un masque qu’elle ne pouvait déchiffrer. Toutefois, puisqu’il n’avait pas nié avoir des sentiments pour elle – n’avait pas ri quand elle avait dit : tu tombes amoureux de moi – en disait déjà beaucoup. Et la manière dont il s’affairait à ouvrir sa chemise boutonnée et retirait ses bottes lui disait tout le reste.
Malgré ses croyances sur sa capacité à aimer, il n’allait pas se détourner d’elle ce soir.
OceanofPDF.com