Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Huit
— Bonjour, Suzanne.
Elle s’était réveillée plus qu’horrifiée par les rêves qu’elle avait faits à propos de Roman. Tous aussi torrides et acrobatiques que ceux de la nuit précédente… Mais il y avait aussi des émotions maintenant. Dans son rêve, ce n’était pas seulement un coup d’un soir. Ils avaient une relation.
Maintenant, tout ce dont elle avait besoin était d’entendre le vrombissement dans sa voix en prononçant son nom pour qu’elle sente de la chaleur la traverser.
Rassembler l’énergie nécessaire pour entrer dans la deuxième journée de son plan de maître pour le pousser à démissionner s’était avéré plus difficile qu’elle ne l’avait prévu. Ce n’était pas seulement à cause des longues heures qu’elle avait fait la veille. Elle était habituée à avoir ce genre d’emploi du temps.
Non, c’est seulement qu’elle n’avait pas le cœur à jouer la séductrice encore une fois. Elle était habituée à être elle-même, pas à faire semblant. C’est pourquoi elle trouva à peine la force de mettre une autre tenue sexy ce matin-là, alors que son t-shirt et ses jeans si confortables lui faisaient de l’œil.
Pourtant, même si la robe blanche aux fines rayures rouges n’était pas aussi près du corps ni aussi courte que celle de la veille, elle avait eu assez de volonté pour se forcer à mettre des talons. Sur des chaussures plates, elle pourrait filer à droite et à gauche comme elle le faisait habituellement, sans avoir à penser à son sex-appeal. En talon, elle aurait au moins un déhanché séduisant en marchant.
Et elle devait s’en tenir à son plan, merde. Peu importe comme elle aimait voir Roman dès le réveil… Et juste avant d’aller dormir.
Sachant qu’être à cran et bougon ne l’aiderait pas à atteindre son objectif, elle se força à sourire quand ils entrèrent dans l’ascenseur.
— Es-tu une personne du matin ?
— Non.
Sa réponse concise et venant du cœur la fit rire. Franchement, c’était un soulagement de le laisser l’envahir. Peut-être qu’elle pourrait se détendre ce matin, ça pourrait l’aider à faire avancer les choses dans la direction voulue plus tard. Parce qu’elle avait besoin qu’il franchisse la ligne avec un baiser…
— Tu aurais pu me faire croire le contraire, répliqua-t-elle avec un rire dans la voix. Alec tape toujours du pied et est de mauvaise humeur pendant quelques heures quand on le réveille trop tôt. Alors que tu es assez agréable ce matin.
— Je n’ai jamais entendu quiconque parler d’Alec Sullivan en mentionnant sa mauvaise humeur auparavant, commenta Roman sèchement quand les portes de l’ascenseur s’ouvrirent et qu’ils traversèrent le hall pour attraper un taxi et se rendre à son bureau. Je n’ai jamais entendu quelqu’un vivre assez longtemps pour le faire, du moins.
— Mon frère met beaucoup d’efforts à projeter une image de quelqu’un d’intimidant, dit-elle, mais la vérité c’est qu’en dessous, c’est un gros nounours.
— Un gros nounours ?
Elle pouvait voir que Roman essayait de ne pas rire.
— Si tu le dis.
— Fais-moi confiance, Alec peut jouer le rôle du coureur de jupons à la perfection, mais quand il va enfin tomber amoureux, il va devenir sentimental. Et ce sera génial de regarder sa chute.
Roman laissa enfin son sourire apparaître.
— Je connais pas mal de monde qui paierait cher pour voir ça.
Il était si beau quand il souriait que d’être seulement assise près de lui dans le taxi la rendait toute chose. Franchement, si on ne le lui avait pas collé comme garde du corps contre sa volonté, elle lui aurait fait sa fête quand il voulait. Surtout que ça faisait longtemps qu’elle n’avait rien fait. Une femme a des besoins après tout. Quelques fois par le passé elle avait couché avec un homme qu’elle connaissait, dans une autre entreprise, au cours d’une conférence, pour avoir sa dose. Aujourd’hui, cette pensée lui faisait plisser le nez. Elle ne voulait personne d’autre. Elle voulait Ro…
Mon Dieu. Non.
Bientôt, si elle jouait bien son jeu, Roman allait démissionner. Et ensuite, elle serait à nouveau seule, sans avoir quiconque à l’attendre devant sa porte tous les matins. Personne avec qui rire de ses frères. Personne avec des muscles à regarder du coin de l’œil au cours de la journée. Personne à exciter en portant les robes sexy et les talons dont ses cousines avaient rempli ses placards au fil des ans. Personne pour lui dire d’aller manger plutôt que d’aller directement à sa réunion suivante. Personne avec qui courir quand elle devait se vider la tête après une matinée de travail intense. Personne pour l’entourer de ses bras quand c’était tout ce dont elle avait besoin.
D’accord, alors peut-être que son départ ne semblait pas aussi bien quand on regardait les choses sous cet angle. Néanmoins, elle connaissait toutes les raisons pour continuer. Non seulement elle n’avait pas besoin d’un garde du corps et ne pouvait pas laisser ses frères gagner, mais aussi parce qu’elle avait toujours mis un point d’honneur à garder ses relations avec les hommes claires, nettes et sereines – tout le contraire de la relation destructrice de ses parents.
Mais Roman touchait Suzanne d’une façon qui lui était jusqu’alors inconnue. Il lui faisait ressentir des choses qu’elle n’avait jamais éprouvées auparavant. Alors elle ne pouvait le laisser rester ni prendre le risque de perdre le contrôle de ses émotions comme sa mère et son père l’avait fait ensemble. Ce qui voulait dire qu’elle devait se préparer à jouer la séductrice à nouveau.
Quand il s’agissait d’échanger sur des logiciels ou des projets de sécurité numérique, elle n’arrivait pas à faire taire son esprit. Mais essayer de trouver quoi dire pour être « sexy » lui donnait l’impression que son esprit était complètement vide.
Elle se serait moquée d’elle-même si elle n’était pas aussi irritée devant son incompétence. Mais avant qu’elle puisse rire – ou grogner – son téléphone sonna. Elle le sortit de son sac, et bien qu’elle ne connût pas le numéro, elle décrocha. Il n’y eut pas de réponse à l’autre bout du fil.
Elle savait déjà comment les choses allaient se passer au cours des prochaines heures. Un appel se transformerait en une centaine ou plus. Personne ne serait jamais à l’autre bout du fil et il n’y aurait pas de message non plus. Malheureusement, même son traceur le plus rapide n’avait pas eu de succès, parce que les numéros étaient générés de partout à travers le monde. Quand elle aurait rayé plus de choses sur sa liste des choses à faire au travail, elle déploierait définitivement plus d’effort pour approfondir ce qu’il se cachait derrière les appels anonymes et les attaques des serveurs.
Même si elle avait déjà mis son téléphone sur vibreur, elle ne pouvait pas le ranger ou l’éteindre. Pas quand un salarié dans son entreprise – ou un membre de sa famille – pouvait essayer de la joindre en même temps, tandis que le flot de faux appels faisait rage.
— C’est ce dont parlaient tes frères ? demanda Roman d’une voix sombre.
Elle avait tant espéré que ça n’arrive pas pendant qu’il serait dans les parages. Mais puisque son téléphone vibrait comme un fou, elle répondit simplement :
— C’est agaçant, mais ce n’est pas dangereux.
Elle savait qu’elle était sur la défensive, mais elle ne voulait pas qu’il pense qu’une poignée d’appels arrivant les uns après les autres d’un numéro inconnu, signifiait qu’elle avait besoin d’un garde du corps.
— Le harcèlement commence souvent par de l’agacement, avant de monter en puissance.
Aucune trace de son rire venant de la conversation précédente ne persistait dans sa voix.
— Surtout quand la cible ne répond pas comme le voudrait le harceleur.
Elle ne prit pas la peine de cacher ses yeux levés au ciel.
— Je n’ai pas de harceleur. Je te l’ai dit, mon secteur est très compétitif. Et on ne joue pas tous selon les mêmes règles.
— Tu ne jouerais jamais selon ces règles.
— Non, lui accorda-t-elle. Et ce n’est pas parce que je suis une femme.
— Je n’ai jamais parlé de ton sexe. Je parle du fait que tu as créé une entreprise qui fait l’envie de tous, dans le monde de la technologie. Je parle de qui tu es.
La manière dont il dit cela l’interrompit. À l’entendre, il pensait l’avoir cernée. Et elle aimait le fait que Roman la comprenne – la véritable elle – un peu trop bien.
— Ce n’est pas parce que j’emprunte le droit chemin avec mon entreprise que je suis naïve avec ceux qui voguent entre la ligne du bien et du mal. Ils ne me font pas peur. Leurs tactiques sont seulement un nouveau défi à relever.
— Comment vas-tu t’y prendre pour celui-là ?
Elle n’aimait pas la réponse qu’elle s’apprêtait à donner, mais puisque c’était la vérité, elle la donna quand même.
— J’ai été tellement occupée avec le nouveau produit que je ne lui ai pas encore prêté attention.
— Et maintenant que le lancement du produit se poursuit tout seul ?
— Si ça devient un plus gros problème, je le mettrais en haut de la liste des priorités.
— À quel point le problème doit-il être gros pour être sur ta liste des priorités, Suzanne ?
Ses paroles étaient faussement calmes et douces. Mais elle savait à quoi s’en tenir. Elle avait appris il y a longtemps, en grandissant tout en étant la seule fille dans une maison d’hommes, à lire entre les lignes.
— Je sais que ton travail est de regarder dans tous les coins pour trouver le pire, répondit-elle d’un ton tout aussi faussement calme, mais jusqu’à ce que je trouve une preuve que je suis personnellement en danger, je vais laisser les choses telles quelles.
— Et si la preuve du problème était un couteau ou une balle ?
Elle ne put contenir sa surprise.
— Tu rigoles, hein ?
— J’aimerais bien.
— Mes serveurs et mon téléphone sont les seules choses qui ont subi des attaques. Pourquoi quelqu’un s’en prendrait personnellement à moi quand ce n’est pas leur mode opératoire ?
— C’est à toi de me le dire. Après tout, c’est toi qui as créé une des plus grandes entreprises de sécurité numérique. Je fais seulement la même chose de mon côté. Faire tout ce qui est en mon pouvoir pour te garder physiquement en sécurité, peu importe ce qu’il se passe.
Il était trop tôt le matin pour avoir ce genre de conversations, surtout qu’elle n’avait pas assez dormi la veille. D’autant plus qu’elle avait eu des rêves torrides et romantiques avec lui. Heureusement, le taxi se gara devant son bureau un instant plus tard.
Pourtant, quand ils entrèrent en silence, elle ne pouvait nier que ses questions l’avaient touchée d’une manière dont ses frères n’avaient pas su le faire avec leur insistance. Avec Alec, Harry et Drake, elle avait toujours été capable de se raisonner en se disant qu’ils étaient hypersensibles parce qu’ils pensaient qu’ils devaient veiller sur elle.
Même s’ils avaient rempli la tête de Roman de leurs inquiétudes, son métier était de protéger les gens. Et il le faisait certainement très bien si Alec lui faisait confiance pour la protéger, elle. Ce qui voulait dire que le radar de Roman avait détecté du danger.
Un danger qu’il pensait réel.
Elle secoua la tête, forçant ses pensées ennuyantes à s’éloigner. Elle n’avait pas de temps pour ça aujourd’hui. Ou n’importe quel autre jour, d’ailleurs. Dieu merci elle avait sa réunion de six heures trente et tout le reste de son travail jusqu’au soir pour s’empêcher de ressasser tout ça.
Une chose était certaine, elle ne pouvait pas mettre en œuvre sa tentative de séduction pour le pousser à la démission maintenant. Non, aujourd’hui elle allait avoir besoin de toute son énergie pour ignorer les doutes dans sa tête.
Et pour oublier les sentiments qu’elle commençait à avoir pour Roman, qu’elle le veuille ou non ; surtout quand il montait la garde à moins de cinq mètres d’elle toute la journée.
* * *
Roman savait que Suzanne était en colère pour lui avoir fait voir la dure réalité de sa situation. Elle était l’une des personnes les plus positives qu’il ait rencontrées. Il détestait lui retirer sa foi en la nature humaine. Mais il ne pouvait pas non plus la laisser garder la tête dans le sable. Pas si ça voulait dire qu’elle serait blessée.
Sa matinée fut une répétition de la veille, enchaînant une réunion après l’autre. La seule différence était que son téléphone continuait de vibrer. Elle le donna à son assistante et demanda à Jeannie de regarder les appels dans l’éventualité où quelque chose d’important apparaissait parmi le flot de faux appels.
Cinq heures plus tard, son téléphone cessa enfin de sonner. Et c’est à ce moment-là que le sien commença – avec une flopée de messages venant de l’un de ses enquêteurs privés, contacté la veille.
Plutôt que d’aller au lit après avoir raccompagné Suzanne la veille, Roman avait mis des indics sur le dossier pour avoir les antécédents des personnes rencontrées dans les bureaux de Sécurité Sullivan et chez Rosa et Drake. Il avait aussi vérifié les plus grands compétiteurs de Suzanne et avait également envoyé leurs noms à ses contacts.
Sortant son téléphone, il lut les messages. Pas une fois, mais deux.
Merde. Pourquoi Suzanne ne lui en avait-elle pas parlé ?
Il savait qu’elle ne voulait pas qu’il soit là, mais elle lui avait paru sincère. Il comprenait que les femmes mentaient, mais après avoir passé du temps avec elle, il avait voulu la croire différente.
Sa mâchoire se serra de plus en plus fort pendant qu’il attendait qu’elle termine sa réunion actuelle. Dès qu’elle eut raccroché après sa téléconférence et que Jeannie eut passé la tête pour lui dire qu’elle allait retenir les autres appels jusqu’au milieu de l’après-midi pour que Suzanne puisse aller déjeuner, Roman sortit de sa position dans le coin arrière de son bureau.
— J’aimerais te parler de quelque chose que je viens d’apprendre.
Elle avait les mains posées sur l’arrière de son cou pour faire disparaître les nœuds après autant de réunions à la chaîne. Il dut repousser l’envie de le lui masser lui-même.
— Quoi, maintenant ?
Au cours des cinq dernières heures, elle avait été infailliblement polie avec toutes les personnes avec qui elle travaillait, même avec les quelques personnes qui ne lui donnaient pas les résultats qu’elle espérait. Elle avait un don pour encourager tout en étant ferme, sans les élans de colère qui faisaient la réputation de certains PDG. Mais il savait qu’il l’agaçait à tous les niveaux par sa simple présence.
C’était dommage, mais il allait le faire encore plus après ce qu’il venait d’apprendre.
— Il semble que tu aies omis de me parler de quelque chose d’important ce matin quand nous parlions de la raison pour laquelle une personne pourrait s’en prendre à toi personnellement.
Elle semblait si confuse que ça en était presque comique. Sauf que rien dans sa situation ne l’était. Pas si elle était en danger.
— J’ai omis quelque chose ?
Elle retourna son fauteuil pour lui faire face.
— De quoi tu parles ?
— Craig Boylan.
Ses yeux s’écarquillèrent et son visage se colora un peu. De toute évidence, elle savait pourquoi il lui parlait de cet homme en particulier. Peu après la surprise, vint la colère.
— Tu fouines dans ma vie privée maintenant ?
— Je ne fouine pas, clarifia-t-il. Faire des recherches sur les personnes avec qui tu travailles fait partie de mon travail.
— Un travail que je ne t’ai jamais demandé de faire.
Bien qu’il ne pût argumenter sur ce point, il devait tout de même en savoir plus.
— Parle-moi de ton association avec Monsieur Boylan.
— Craig est inoffensif, dit-elle en agitant la main.
Roman fit un pas de plus en avant.
— Craig est le cofondateur de CP Systems, un des plus grands adversaires de Sécurité Sullivan.
Il marqua une pause pour qu’elle comprenne à quel point c’était mal de lui avoir caché délibérément cette information.
— Et un ex.
Mais elle ne semblait pas coupable le moins du monde. En fait, tout ce qu’il tira d’elle fut des yeux levés au ciel.
— Je n’appellerais pas une personne avec qui j’ai couché deux fois un « ex ».
La jalousie lui retourna l’esprit avant qu’il ne pût la réprimer.
— Il pourrait ne pas être d’accord.
— Bien sûr qu’il l’est. Cela n’avait pas plus d’importance pour lui que pour moi. Nous étions à une conférence. On avait un peu trop bu. Une chose en a amené une autre. Le matin suivant on a continué notre route chacun de notre côté.
Elle était si spontanée sur tout ça, comme si elle n’avait pas repensé à cet interlude depuis que ça s’était passé. Alors que Roman savait que le mec devait toujours en pincer pour elle. Qui ne le ferait pas ?
— Tu as été avec lui plus d’une fois.
Enfin, elle se leva de sa chaise et vint vers lui. Assez près pour voir ses pupilles légèrement dilatées.
— Je n’arrive pas à croire que tu m’interroges pour avoir des détails, lui lança-t-elle. Si je ne savais pas à quoi m’en tenir, je pourrais penser que tu es jaloux.
Elle portait un autre de ses ensembles, qui aurait être illégal : une robe sexy qui épousait sa poitrine et sa taille, tout en flottant autour de ses cuisses, avec des talons rouge pompier, la cerise sur le gâteau. Elle était belle à couper le souffle, mais quand ses yeux lançaient des flammes comme ça, il lui était difficile de ne pas se laisser aller au feu qui rugissait en lui.
Néanmoins, il ne pouvait pas lui laisser voir comme elle avait vu juste en parlant de jalousie. Il n’avait aucun droit de se préoccuper des personnes avec qui elle passait la nuit. Il n’était pas son petit ami. Il n’était qu’une aide rémunérée. Malheureusement, ces faits clairs et froids n’atténuaient en rien ses sentiments.
Ignorant délibérément son commentaire, il égalisa sa voix autant qu’il le put avec son parfum qui l’entraînait toujours plus loin.
— Tu n’entraverais le travail de personne ici.
D’après sa réaction quand il avait prononcé le nom du mec, il comprenait maintenant qu’elle ne pensait pas réellement avoir gardé des informations pour elle dans le taxi ce matin-là, quand il lui avait demandé qui pourrait être une menace personnelle. Elle croyait réellement que ce mec avec qui elle avait couché deux fois était inoffensif. S’il y avait la moindre chance que ce ne soit pas le cas, Roman devait le savoir.
— Aide-moi à faire le mien.
— Je peux déjà te dire que tu cours après le mauvais lièvre, mais pour que tu ne penses pas que je te cache la moindre chose : la seconde – et dernière – fois où Craig et moi avons couché, on était à SecureCom.
Il pouvait sentir la bravade dans ses paroles, la manière dont elle essayait de faire comme si de coucher avec un mec avec qui elle n’avait pas de sentiments était normal. Mais Roman savait d’expérience comme ça pouvait créer un vide.
— Puisqu’il n’avait pas fait grand cas de la première fois, j’ai décidé de recommencer.
Dans sa fureur, elle s’était rapprochée assez près pour que sa poitrine soit contre son torse. Il pouvait sentir comme elle était douce et parfaite. Mon Dieu, il avait su que son travail ne serait pas facile, mais il n’avait aucune idée à quel point.
— C’est assez détaillé pour toi ? Ou tu veux aussi les positions ? demanda-t-elle.
L’image de Suzanne entremêlée avec un autre homme le frappa avec violence. Cela lui vrillait les tripes, alors qu’il parvenait à peine à détourner le regard de ses lèvres rouges et pleines. Des lèvres qu’il se retenait de goûter, de justesse.
De dévorer.
— J’ai tout ce qu’il me faut pour le moment, dit-il en serrant les dents.
Roman n’arrivait pas à croire qu’il avait passé vingt ans à aiguiser son contrôle sur lui-même pour laisser une femme, belle et brillante, le dénouer comme si c’était une balle de laine.
— Alors, c’est bon à savoir, dit-elle avec une bonne dose de sarcasme. Dis-le-moi si tu changes d’avis et je serai ravie de te raconter la moindre chose que nous avons faite au cours de nos deux nuits ensemble.
D’après ce que Roman avait pu voir, Suzanne ne croyait pas trop aux disputes – elle penchait plutôt pour une approche calme et rationnelle pour démontrer son point de vue. Mais quand elle décidait d’entrer sur le ring, elle était sans pitié. Son respect pour elle monta encore d’un cran même si la jalousie continuait de lui dévorer les entrailles après son coup bien placé.
Pour le moment, toutefois, il devait éclaircir le brouillard rouge de son esprit pour établir un plan et s’assurer de garder Suzanne en sécurité quelques heures, le temps de donner la frousse de sa vie à Craig.
Et pourtant, en cet instant, il ne voyait rien d’autre à faire que de franchir les derniers centimètres entre eux, comment pouvait-il éviter de l’attirer dans ses bras et poser ses lèvres sur les siennes.
Il avait presque les mains sur elle – il était à deux doigts de l’embrasser – quand on frappa à la porte. Elle bondit hors de ses bras presque refermés sur elle à l’instant où il se força à faire un pas en arrière.
Ils furent tous les deux surpris d’entendre la voix de Harry.
— Salut, Suz. Je peux entrer ?
Il regarda Suzanne se reprendre pour ouvrir la porte à son frère sans avoir l’air d’être sur le point d’embrasser son garde du corps.
— Bien sûr que tu peux.
Elle afficha un sourire et lui ouvrit les bras.
— Quelle belle surprise !
Harry lui rendit son accolade, mais fronça les sourcils en regardant de plus près son ensemble. Il sembla particulièrement surpris par les chaussures.
— Tu es…
Il secoua la tête comme s’il n’arrivait pas à en croire ses yeux.
— Je ne t’ai jamais vu porter de…
— Ces vêtements sont dans mes placards depuis des années.
— Désolé.
Harry sembla voir qu’il la contrariait.
— Tu es très jolie, petite sœur. Seulement un peu plus chic que d’habitude.
Devant son expression à peine adoucie, il arrêta de s’enfoncer.
— J’espérais que tu pouvais te libérer pour le déjeuner. C’est possible ?
Elle lui fit un petit sourire.
— J’adorerais ça.
Son sourire s’effaça quand elle se tourna vers Roman.
— Tu peux me faire confiance pour partager un repas seule avec mon frère, non ?
— Bien sûr. Je vais sortir pendant que vous mangez.
Il regarda Harry.
— Ce serait génial si tu pouvais rester avec Suzanne jusqu’à mon retour.
La bouche de Suzanne forma une ligne dure – tout en était toujours superbe.
— Je n’ai pas besoin d’une nounou.
— Je ne suis pas seulement venu pour manger, dit Harry cherchant de toute évidence à apaiser les choses avec sa sœur adorée. J’ai aussi besoin d’avoir ton point de vue sur une nouvelle recherche. Je voudrais trouver le meilleur moyen de la présenter à mes étudiants. Tu sembles toujours avoir le chic pour les comprendre.
Semblant un peu soulagée que son frère ait besoin de ses conseils, elle lui prit le bras et s’éloigna de Roman sans prendre le temps de lui jeter un regard.
OceanofPDF.com