Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Quatorze
Roman était un garde du corps parmi une douzaine travaillant au mariage. Smith Sullivan et sa fiancée, Valentina, avaient beaucoup d’amis célèbres, plus de noms et de visages de vedettes que Roman avait pu en voir réunis ensemble depuis qu’il avait vu le dernier film Marvel. Quatre des cinq Maverick étaient là aussi avec leurs enfants, femmes et fiancées. Roman ne pouvait imaginer la fortune nette de la foule. Plus que celle de certains pays, probablement.
Summer Lake était une petite ville avec tout ce dont les gens avaient besoin pour être heureux – de l’eau, du soleil, du sable et des montagnes. Néanmoins, le client précédent de Roman, qui n’avait pas la moitié de la fortune de Smith Sullivan, aurait méprisé l’idée de se marier dans un tel endroit. Ce qui était intéressant, toutefois, aucun membre de la famille Sullivan ne semblait ne pas être à sa place à Summer Lake.
Smith Sullivan était de toute évidence aussi heureux qu’un homme puisse l’être, tout cela parce qu’il était fou amoureux de Valentina. Tous les Sullivan de San Francisco, de Seattle et du Maine, à qui Suzanne l’avait présenté pour le moment, étaient absolument transis d’amour pour leur partenaire.
Étaient-ils réels ? Comment autant de Sullivan avaient-ils réussi à trouver le véritable amour, celui durant toujours, alors que pour les autres c’était n’importe quoi ? Surtout les parents de Roman. Cela ne le réconfortait pas réellement de savoir que, de toutes les familles ici présentes, les parents de Suzanne n’avaient pas fonctionné non plus. Encore une fois, il aurait souhaité qu’elle puisse n’avoir rien d’autre que du bonheur en grandissant.
En parlant de bonheur – bien qu’il eût travaillé pour assez de grandes stars dont l’égo surpassait tout, tout le monde autour de lui semblait attentif et détendu.
Et attaquer Suzanne.
Au cours des dernières heures, Roman avait dû faire preuve d’une grande maîtrise de lui pour empêcher ses mains de former des poings – et d’abîmer quelques jolis minois de star qui la draguait les uns après les autres. Il aurait dû rester dans le coin de la pièce principale à surveiller sa cliente comme les autres gardes du corps, rester hors du chemin et discret. Mais elle avait insisté pour qu’il reste au milieu avec elle.
— C’est ma famille, avait-elle dit avant qu’ils entrent dans l’auberge. Je suis en sécurité ici, ce qui veut dire que tu peux te détendre. Et puisque Alex, Harry et Drake sont tes amis, ils ne voudraient pas que tu sois aux aguets à chaque seconde pendant que tout le monde passe du bon temps.
— Bien sûr qu’ils s’y attendent, avait-il répliqué. Peu importe l’évènement, je dois quand même faire mon travail. Je dois toujours te protéger.
Elle se braqua, comme il s’y attendait.
— Comment puis-je m’amuser si tu fronces les sourcils en regardant tout le monde ? Si je te promets de ne pas disparaître en douce et de m’attirer des ennuis pendant le mariage, pourrais-tu au moins essayer de t’amuser ?
Comment pouvait-il lui refuser ça ? Comment lui refuser quoi que ce soit, quand tout ce qu’il voulait était de la voir sourire et entendre son rire ?
Merde. Il devait se reprendre. Suzanne Sullivan était faite pour être avec une star de cinéma comme Buck Elroy, qui flirtait actuellement avec elle.
Malheureusement, Roman ne savait pas comment prendre assez de recul quand l’homme lui dit :
— J’espère que vous me garderez une danse demain.
Elle pencha la tête sur le côté, de surprise, comme si elle venait seulement de réaliser qu’il flirtait avec elle.
— Vous voulez danser avec moi ?
Mon Dieu, elle l’ignorait réellement, hein ? Elle se voyait toujours comme une intello plutôt que comme une femme adorable, intrigante et attirante, faisant converger tous les regards d’hommes sans attache.
— Bien sûr que je veux danser avec la femme la plus exquise ici, répliqua Buck.
Son rire résonna, attirant encore plus l’attention des hommes. Malgré le fait que Roman ne voulait pas que quiconque soupçonne la profondeur de ses sentiments, dépassant ceux d’un garde du corps veillant simplement sur sa cliente, il ne put s’empêcher de froncer les sourcils en les regardant tous.
— C’est gentil de votre part, dit-elle comme si elle ne croyait pas un mot de ce qui sortait de la bouche de Buck. Je suis certaine que je vais avoir assez de danses demain si vous en voulez une, c’était très agréable de parler avec vous. Je devrais aller voir Christie, la femme qui dirige l’auberge, pour voir si elle a besoin d’aide pour quoi que ce soit.
Bien que la star de cinéma semblât un peu déconcertée que Suzanne ne soit pas submergée de bonheur à l’idée de passer plus de temps avec lui, il la joua en douceur.
— Le plaisir était pour moi.
Une femme aux cheveux châtain clair fit signe à Suzanne depuis une porte qui semblait être la cuisine.
— Voilà Christie, dit Suzanne. Roman, le pensais-tu quand tu as proposé ton aide plus tôt ? Je suis certaine qu’il y a un millier de détails de dernière minute dont il faut s’occuper.
— Bien sûr que je le pensais, dit-il en s’efforçant de ne pas paraître trop content de lui en voyant que Suzanne avait déjà oublié la présence de Buck.
Le sourire qu’elle lui fit aurait pu illuminer le ciel le plus sombre. Ils quittèrent la pièce principale et se dirigèrent vers les cuisines de l’auberge où les deux femmes se firent une accolade.
— Christie, c’est bon de te revoir. Je te présente Roman. Roman, Christie dirige l’auberge avec son fiancé, Wes.
Après qu’ils se furent serré la main, Suzanne poursuivit.
— Je n’ai pas vu Wes encore. Est-il occupé à tout préparer pour demain ?
— Malheureusement, il avait des projets en dehors de la ville et il n’a pas pu les changer. Il est vraiment désolé de rater ce mariage. Il serait ici s’il le pouvait.
— C’est pourquoi je suis venu à la rescousse, plaisanta un homme aux cheveux bruns et aux larges épaules en entrant dans la cuisine par une porte de l’autre côté de la pièce.
Suzanne eut droit à une nouvelle accolade, une qui vrilla les tripes de Roman un peu plus que dans la salle principale, où les stars de cinéma avaient essayé de la faire sienne. Parce qu’il était évident qu’elle était proche de cet homme. Et il n’entendait pas de sonneries, ce qui voulait dire qu’il pouvait concentrer toute son attention sur Suzanne.
— Roman, voici Calvin, le maire estimé de Summer Lake. Sauver les personnes en ville est son métier.
Suzanne sourit à Calvin en le présentant, le traitant comme s’il n’était rien de plus qu’un ami. Maintenant, Roman savait qu’il ne devait pas penser que les gars avec qui elle passait du temps ressentaient la même chose. Ce n’était pas parce qu’elle était aveugle devant sa propre beauté que tout le monde l’était. Roman se prépara mentalement à un second round à la Buck Elroy.
Étrangement, le sourire que lui rendit Calvin n’avait toutefois pas plus de chaleur, ni plus de désir, ni plus d’étincelles que le sien. Et il ne regardait pas Roman comme un rival potentiel.
— Je suis enchantée de faire ta connaissance, Roman. Je me suis toujours demandé quand Suzanne trouverait enfin un homme à sa hauteur.
— Oh, non, dit Suzanne en rougissant, ce qui la rendit encore plus belle. On ne sort pas ensemble.
Alors que Christie et Calvin semblaient confus, elle clarifia.
— C’est mon garde du corps.
Ils avaient eu cette conversation toute la soirée, c’était toujours aussi étrange pour Suzanne, tout en étant extrêmement inquiétant pour les personnes qui l’aimaient. Smith l’avait questionnée pendant une bonne trentaine de minutes avant d’accepter le fait que Suzanne et Roman s’occupaient de tout.
— Dites-nous ce qu’on peut faire, dit Christie.
— Comment peut-on vous aider ? demanda Calvin en même temps.
— S’il vous plaît, ne vous inquiétez pas.
Suzanne tendit les mains pour toucher les leurs.
— Tout va bien.
— Nous avons tout sous contrôle, ajouta Roman pour rassurer encore plus ses amis. Suzanne est parfaitement en sécurité.
Il voulait la toucher, poser un bras autour d’elle et la serrer contre lui. Il les mit toutefois dans ses poches tout en essayant de dévier la conversation des problèmes de Suzanne.
— On aimerait aider pour les préparatifs du mariage. Dites-nous ce qu’on peut faire.
Même si Calvin et Christie semblaient toujours inquiets, ils considérèrent heureusement les paroles rassurantes de Suzanne et Roman pour argent comptant, du moins pour le moment.
— Les fleurs viennent d’arriver pour le kiosque, annonça Christie. Le fleuriste nous a assuré qu’elles seraient belles pour les trente-six prochaines heures, alors j’essayais de trouver un moyen de m’éclipser ce soir pour commencer à décorer le kiosque.
— J’ai suivi un cours d’arrangement floral il y a quelques années, annonça Suzanne.
Calvin sembla choqué.
— Comment avons-nous pu être amis toutes ces années sans savoir que tu as une passion cachée pour les fleurs ?
— C’est une bonne chose que ton travail soit de diriger la ville, répliqua-t-elle en riant, car comme ça, tu crois tout savoir. Ce qui est le cas, la plupart du temps. Alors je suis heureuse d’avoir réussi à te surprendre avec mon secret sur l’arrangement floral.
Encore une fois, Roman fut saisi par le fait que Suzanne et Calvin semblaient être des amis de longue date et qu’aucun d’eux ne paraissait vouloir plus. Roman ne comprenait pas pourquoi Calvin n’avait pas tenté quelque chose avec Suzanne, mais il ne pouvait nier qu’il était heureux que l’autre homme se contente d’être son ami.
— En tout cas, poursuit-elle, j’ai lu quelque part que le travail créatif comme l’arrangement floral peut aider à trouver des solutions pour des problèmes analytiques. Ça m’aide vraiment quand j’ai des soucis avec mon code.
— Super, alors je sais que Smith et Valentina sont entre de bonnes mains, lança Christie avec un sourire.
— N’importe quelles mains autres que les miennes sont bonnes quand il est question de fleurs, remarqua Calvin. Merci de retirer ça de notre liste de choses à faire. Cela dit, je dois aller parler avec le personnel au bar pour qu’ils se concentrent sur le travail plutôt que de passer leur temps à flirter avec les invités.
Il secoua la tête en regardant Suzanne.
— Vous, les Sullivan, vous êtes doués pour distraire les gens.
— Pourquoi j’ai le sentiment qu’Alec compte pour la moitié du problème, avec ton personnel féminin ? demanda Suzanne.
Christie, qui semblait être une femme très gentille et tempérée, grogna presque en entendant le nom d’Alec.
— J’aime ton frère, vraiment, mais dans des moments comme celui-là, quand j’essaie de faire des choses, je suis tentée de l’enfermer dans un placard jusqu’à ce que tout soit terminé.
— Le connaissant, il aurait certainement une femme cachée là, juste au cas où, compatit Suzanne, ce qui les fit tous rire.
Christie fouilla sous le comptoir en acier inoxydable et en sortit deux grandes lanternes.
— On laisse les lumières extérieures éteintes pendant qu’on termine les préparatifs pour que tout le monde s’émerveille demain. Ce qui veut dire que vous allez devoir prendre ces choses avec vous si vous voulez voir ce que vous faites. Les fleurs que nous allons utiliser pour le kiosque sont contre ce mur. Le fleuriste a fait une esquisse rapide de la manière dont on devrait les arranger. Elle fronça les sourcils en regardant sa tablette.
— Merde, où est cette photo.
— Ne t’inquiète pas, Christie.
Suzanne se dirigeait déjà vers les fleurs.
— On va te rendre fière.
Après que Suzanne et Roman aient pris plusieurs seaux de fleurs avec eux, ils se dirigèrent tous les deux dehors, quand Christie cria.
— Au fait, superbe ta robe, Suz. Si j’étais vingt-cinq centimètres plus grande avec des jambes à perte de vue, je te demanderais où tu l’as achetée.
Suzanne rougit comme elle le faisait toujours quand on la complimentait.
— Une de mes cousines me l’a envoyée, mais tu peux l’emprunter quand tu veux.
Encore une fois, il voyait comme elle n’avait aucune idée de combien elle était belle, mais il semblait aussi que sa manière de s’habiller dernièrement n’était pas habituelle. Comme si elle essayait d’attirer un amant.
Elle n’essayait certainement pas d’attirer son regard. Parce qu’elle n’avait pas besoin de talons hauts ou de robes ajustées pour ça. Seulement un regard. Un sourire. Une journée à l’écouter être aussi brillante ou gentille, réunion après réunion.
Non, cela n’avait aucun sens qu’elle veuille qu’il se retourne sur son passage alors que tout ce qu’elle voulait depuis le début était qu’il parte.
Mais d’un autre côté… Peut-être que c’est ce qui rendait son approche aussi brillante. Parce que s’il ne pouvait cesser de la regarder, cela ne serait pas un trop grand pas à franchir pour qu’il perde le contrôle et l’embrasse. Et si cela se produisait, il n’aurait pas d’autre choix que…
— As-tu déjà travaillé avec des fleurs ?
Sa question le sortit du tourbillon de questions jaillissant dans sa tête.
— Je n’ai pas vraiment la main verte, alors je vais avoir besoin que tu me dises précisément quoi faire.
— Tu me demandes quoi faire ? Comme c’est bon à entendre.
— Ne t’y habitue pas.
Elle rit, ce qui le réchauffa intérieurement encore plus que le simple fait d’être près d’elle.
Quand ils commencèrent à travailler sur le kiosque, cela ne prit pas longtemps à Roman pour voir que Suzanne n’avait pas seulement un sens inné pour le placement des fleurs, elle savait exactement comment combiner les couleurs et les tailles.
— Tu n’as pas suivi le cours d’arrangement floral seulement parce que tu pensais que ça t’aiderait pour coder, hein ?
Elle s’arrêta en entourant une rose à la longue tige autour d’un pilier.
— Pourquoi tu dis ça ?
— N’importe qui avec ton instinct pour ce genre de chose serait devenu fleuriste.
Il soutint son regard sous la faible lumière des lanternes.
— Ou peintre.
— Je suis affreuse avec un pinceau à la main.
— Je parie que ce n’est pas vrai.
Il savait qu’il devait prendre du recul. Que chaque mot sortant de sa bouche se rapprochait de la ligne rouge clignotant pour signaler le danger. Il savait qu’il devait faire machine arrière et rester tristement professionnel et s’excuser d’avoir abordé ces choses avec elle. Mais, merde, il voulait connaître les réponses.
Il voulait la connaître, c’était aussi simple que ça.
— Bien que seul Drake soit devenu peintre, quelque chose me dit que Harry, Alec et toi auriez pu devenir aussi des artistes, non ?
— Drake n’a pas connu notre mère. Il ne les a pas vus ensemble. Il n’était qu’un bébé quand elle est partie.
— Tout comme toi.
— J’étais assez grande pour me souvenir.
Bien qu’elle le regardât toujours, ses yeux perdirent de leur concentration quand elle sombra dans ses souvenirs.
— Il y avait tellement de passion. Tellement d’émotion. Et d’angoisse. Et tellement de tristesse quand elle est partie.
Elle déglutit péniblement.
— Peindre signifie tout ça pour moi. Alors que les ordinateurs sont sûrs.
Dès que les mots sortirent de sa bouche, elle se raidit. Elle sembla abasourdie quand elle répéta :
— Les ordinateurs sont sûrs.
— Non seulement ils le sont et c’est évident que tu aimes tout ce qui a trait à la technologie. Je ne connais pas le coding, mais je suppose que ça pourrait figurer dans un musée quelque part.
La surprise la fit glousser.
— Je suis presque sûre que mes clauses if:then:else ne seront pas encadrées pour être affichées dans un avenir proche.
— D’autres personnes avec ton talent meurent d’envie d’en parler à tout va pour montrer comme ils sont géniaux de toutes les manières possibles. Mais les Sullivan que j’ai rencontrés pour le moment sont tous très modestes. Surtout toi, Suzanne. Regarde comme Buck Elroy faisait des pieds et des mains pour flirter avec toi. Tu n’avais réellement aucune idée qu’il était intéressé par toi, hein ?
Des lucioles avaient commencé à voler dans le noir autour d’eux. Une brise souffla sur le lac. Des rires et des conversations leur parvenaient de l’auberge, mais tout ce dont Roman était conscient était la femme avec lui dans le kiosque.
— Cela n’a aucun sens, répondit Suzanne. Il pourrait avoir n’importe qui. Ce n’est pas de la fausse modestie. Je connais mon visage, mon corps – ils ne sont pas si mal. Mais je ne suis pas le genre de beauté qu’était ma mère, ou que sont mes cousines, Lori, Sophie et Mia ou ma tante Mary. J’ai vu tellement de fois la façon dont tout le monde s’arrête chaque fois qu’elles entrent dans une pièce. On les fixe. Et parce qu’elles sont toutes aussi adorables, cela les rend encore plus intéressantes.
Elle eut un sourire en coin.
— Personne ne me regarde comme ça. Personne ne s’arrête. Personne ne reste bouche bée. Et franchement, j’en suis heureuse.
Son sourire s’effaça.
— Mes cousines et mes tantes sont toutes assez fortes pour laisser leur apparence les laisser de marbre, mais ma mère ne l’était pas. Elle n’en supportait pas le poids. Et…
Elle soupira.
— Je ne suis pas certaine que mon père ait pu voir derrière sa beauté. Pas complètement du moins. C’est comme s’il était tellement hypnotisé par son visage et sa silhouette qu’il ne pouvait pas réellement voir ce qu’il se cachait derrière.
Roman voulait poser les mains sur elle pour la secouer, pour lui faire comprendre qu’elle était aussi attirante que sa mère, ses cousines et sa tante. Encore plus quand un mec passait son temps à essayer d’entrer dans sa tête intense et brillante.
Mais ce n’était pas la vérité. Il voulait poser les mains sur elle, point. N’importe où. Partout. Suzanne n’était plus une simple attirance.
Elle devenait rapidement une obsession.
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