Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Deux
— Mon nouveau garde du corps ?
Suzanne resta bouche bée devant Roman.
— C’est impossible.
Il n’était pas surpris de sa réaction. Ses yeux écarquillés et son souffle coupé sous le choc étaient parfaitement sensés puisque ses frères l’avaient embauché pour la protéger sans l’informer… jusqu’à maintenant.
La seule chose qui étonnait Roman était sa propre réaction à la présence de sa nouvelle cliente.
À la seconde où il était entré dans la galerie, il l’avait remarquée. Pas seulement parce qu’elle était une femme superbe, poussant les hommes à se retourner pour lui jeter un nouveau regard affamé grâce à son jean noir et son t-shirt enveloppant ses courbes de la plus belle des manières. Mais simplement parce que toutes les cellules de son corps s’étaient mises en alerte à l’instant même où ils s’étaient retrouvés dans la même pièce.
Faisant attention à ne pas trahir sa réaction, il ne se laissa pas aller à la fixer. Ses clients lui avaient souvent dit qu’il devait avoir des yeux derrière la tête parce qu’il ne ratait jamais rien. Lors de soirées comme celles-ci, il était heureux d’avoir cette habileté. Cela voulait dire qu’il pouvait continuer à la regarder sans que personne ne le remarque.
Ses frères lui avaient dit que Suzanne était une brillante développeuse de logiciels, qui avait des ennuis dernièrement et était trop confiante pour assurer son propre bien. Les recherches qu’il avait faites en ligne lui avaient montré à quel point elle avait du succès. Mais c’est ce que tout le monde avait omis, qui assomma Roman.
Il avait été avec de nombreuses femmes séduisantes, assez pour pouvoir normalement se contenir pour la soirée. Seulement, il ne se souvenait pas de la dernière fois où une femme lui avait semblé aussi adorable et sensuelle à la fois.
Sans mentionner le fait qu’elle lui était aussi interdite qu’aucune autre femme ne l’avait été.
Premièrement, elle était sa nouvelle cliente, et les frontières entre un garde du corps et sa cliente étaient sacro-saintes. Deuxièmement, et tout aussi important, ses frères le tueraient pour la regarder d’une manière aussi déplacée. Et il ne pouvait pas le leur reprocher.
La dernière chose qu’il souhaiterait pour sa petite sœur, s’il en avait une, serait de finir avec un homme comme lui.
Durant la poignée de minutes durant lesquelles il avait parlé avec Alec et Harry dans la galerie, Roman s’était rappelé silencieusement qu’il était un professionnel accompli et entraîné pour faire taire ses sentiments afin de faire son travail. Surtout quand il s’agissait de femmes. Il n’avait jamais été tenté le moins du monde par une de ses clientes, même celles qui avaient paradé nues devant lui pour le faire fléchir face à sa règle dure comme le fer de maintenir une relation professionnelle.
Quand il avait enfin regardé directement Suzanne, il était certain que son masque de fer était bien en place. Mais quand elle avait souri…
Un sourire superbe et lumineux fut suffisant pour lui voler les derniers restes de sa maîtrise de fer.
Accepter ce boulot était une mauvaise idée.
Cette pensée le frappa violemment dans la poitrine. Assez pour qu’il considère refuser le travail. Malheureusement, ce fut à ce moment que Harry avait dit :
— La sécurité de Suzanne est tout pour nous. On ne pourra jamais te remercier assez pour ça.
Il ne pouvait pas laisser tomber ses amis parce qu’il était émerveillé par sa beauté. Et il n’aimait pas l’idée de la laisser tomber non plus. Pas quand elle avait besoin de ses services plus qu’elle ne voulait bien l’admettre, d’après ce qu’il avait appris.
Pour le moment, elle était de toute évidence plus qu’en colère. De la fumée lui sortait presque par les oreilles quand elle le fusilla du regard.
— Pourquoi on n’irait pas tous les quatre dans un endroit plus discret pour parler de tout ça ? suggéra-t-il pour éviter une dispute familiale en public.
— Non, siffla-t-elle.
Puis elle l’occulta complètement pour se tourner vers ses frères.
— Mais à quoi vous pensiez tous les deux ? Vous pensiez réellement que vous pouviez embaucher un garde du corps pour moi et que je dirais, bien sûr, mes frères, tout ce que vous jugerez le mieux pour moi ?
Roman était impressionné par la manière dont elle affrontait ses frères. Elle n’était pas une craintive, ça, c’était certain. Par contre, ça ne voulait pas dire qu’elle n’avait pas besoin de protection. Même les personnes les plus fortes ont parfois besoin de soutien.
Alec et Harry ne semblaient pas le moins du monde surpris par sa réaction. Et il ne semblait pas vouloir revenir sur leur décision dans un avenir proche non plus. Alex répliqua :
— On sait ce qu’il se passe avec tes appels sans fin et ces attaques sur tes serveurs. Qui sait quand ils vont passer à la vitesse supérieure et s’en prendre à toi ? On doit se montrer intelligent, Suz.
— Intelligent ?
Si Roman la pensait en colère avant, il était loin du compte.
— Vous pensez que je ne suis pas intelligente ?
C’était comme si Alec venait de lui jeter l’ultime insulte. Elle enfonça un doigt dans le torse de chacun de ses frères.
— C’est à vous qu’il doit manquer de la matière grise si vous pensez que je ne peux pas m’occuper de moi-même.
Après avoir travaillé avec l’entreprise d’Alec une douzaine de fois pour la sécurité de personnes riches et célèbres louant ses avions privés, Roman savait que son ami pouvait être une tête brûlée. Malgré ça, Alec était le premier millionnaire avec qui Roman s’était lié d’amitié. Il était sûr de lui, mais il n’était pas un connard. En fait, il était étonnamment normal, malgré tous les membres de sa famille ayant de l’argent et leurs liens avec des stars de cinémas et des athlètes professionnels.
Roman avait grandi avec les personnes les plus en bas dans l’échelle sociale. Maintenant, bien qu’il désirât une carrière lucrative en travaillant avec les plus fortunés, il restait toujours le combattant du Bronx. Au cours d’évènements comme celui-là, il devait souvent s’empêcher de tirer sur sa cravate parce qu’elle lui semblait trop serrée.
— Suz, intervint Harry en ayant l’air un peu coupable, ce n’est pas pour te mettre en colère.
Roman l’avait rencontré à une fête d’Alec quelques années auparavant et il savait qu’il avait tendance à être plus mesuré dans son approche de la vie qu’Alec. Cela ne voulait pas dire qu’il était un froussard, par contre. Au contraire, Harry avait des talents, appris grâce à la pratique du combat médiéval dans le cadre de ses études, pouvant couvrir de honte un combattant régulier.
— On sait que tu peux t’occuper de toi-même, poursuivit Harry, mais tu ne te sentirais pas mieux de savoir qu’il y a quelqu’un qui veille sur toi pendant que tu vas au fond des choses pour savoir qui te harcèle et pourquoi ?
— Je me sens déjà très bien, merci beaucoup. Et nous savons tous que vous ne l’avez pas embauché pour que je me sente mieux, lança-t-elle en montrant Roman du pouce avec irritation. Vous l’avez embauché pour que vous vous sentiez mieux. Je vous l’ai dit un millier de fois : je gère. Je n’ai pas besoin que vous preniez des décisions concernant ma vie. Et je n’ai réellement pas besoin d’un garde du corps.
Et elle tourna les talons pour se diriger vers la porte. Alec et Harry commencèrent tous les deux à la suivre, mais Roman les arrêta.
— Je vais m’en occuper à partir d’ici.
Harry semblait toujours en conflit avec la manière dont ils avaient géré les choses, mais Alec semblait encore plus convaincu que jamais que sa sœur avait besoin d’un garde du corps.
— On sait que tu vas gérer.
Suzanne était rapide, mais Roman avait une pratique professionnelle de poursuite. Quand il sortit, elle dévalait déjà le trottoir, tellement en colère que les passants devaient lui céder le passage pour ne pas se faire bousculer. Les gens prennent de mauvaises décisions sur le coup de la colère, Roman en savait quelque chose. Il devait trouver un moyen pour lui prouver que de l’avoir dans les parages n’était pas une mauvaise chose.
Il l’avait presque rattrapée quand elle s’arrêta net et se retourna si vite qu’il se retrouva presque nez à nez avec elle.
— Arrête de me suivre !
Ses yeux lançaient des flammes.
— Tu ne m’as pas entendue ? Je n’ai pas besoin que tu veilles sur m…
Le taxi arriva de nulle part, filant au coin de la rue, si vite que le conducteur en perdit momentanément le contrôle, se dirigeant droit sur eux. Roman attira Suzanne dans ses bras et la poussa le plus loin possible sur le trottoir avant de sauter dans la même direction et la couvrir de son corps. Ils se retrouvèrent pressés l’un contre l’autre contre un mur de briques.
Le conducteur appuya enfin sur les freins, au moment où le véhicule se trouvait à un cheveu du talon de Roman.
Aussi près qu’il pouvait l’être de Suzanne hors d’une chambre, Roman pouvait sentir son cœur battre aussi vite que le sien. Sa poitrine se soulevait, mais elle ne pleurait pas comme l’auraient fait la plupart des gens.
— Dieu merci.
Il ne put pas entendre clairement ses paroles au départ. Le sang rugissait à ses oreilles comme un ruisseau d’eaux vives. Mais quand il entendit le taxi passer la marche arrière et reculer, il comprit que le danger était passé.
Ce qui voulait dire qu’il devait la laisser partir.
Il avait protégé ses clients avec son corps des dizaines de fois. Mais il n’avait jamais été si réticent à s’éloigner de l’un d’eux. Il n’avait jamais ressenti le besoin désespéré de parcourir chaque centimètre de leurs corps pour s’assurer qu’ils allaient réellement bien.
— Suzanne. Ça va ?
Il recula enfin pour pouvoir regarder son visage.
— Oui.
Elle déglutit péniblement en clignant des yeux, ils étaient si clairs et si beaux lorsqu’elle les posa sur lui, qu’ils lui auraient coupé le souffle s’il en avait encore eu après cet accident évité de justesse.
— Grâce à toi.
Comment peut-elle avoir le parfum d’une matinée printanière, au milieu d’un trottoir sale de Manhattan ? se demanda-t-il. Et pourquoi remarquait-il quelque chose de ce genre à propos d’une de ses clientes ? Une cliente totalement réticente, qui plus est. Roman n’avait jamais aimé prendre des contrats de cette manière. C’était toujours mieux d’être embauché directement par le client que par un tiers. Mais d’un autre côté, il comprenait les inquiétudes de ses frères. Garder Suzanne en sécurité était ce qui leur importait – même si cela voulait dire qu’il aurait besoin de travailler un peu plus pour la persuader de voir les choses clairement.
Il n’était pas du tout content que le taxi les ait presque renversés sur le trottoir. Mais il se pouvait qu’il y ait un bon côté à leur mésaventure, si elle pouvait être convaincue qu’il pouvait la protéger, peu importe d’où provenait le danger.
Il fit un pas en arrière quand elle posa une main sur son bras.
— Et toi ? Ça va ?
Quand elle se lécha les lèvres, il ne put éloigner son regard de sa bouche brillante.
— Le taxi était si près. J’étais certaine que tu…
— Ça va.
Les deux mots sortirent plus bourrus qu’il n’en avait l’intention, tandis qu’il mettait une distance d’environ un mètre entre eux. Ce serait une bonne distance avec Suzanne – assez près pour la protéger peu importe ce qu’il se passait, sans jamais être assez près pour perdre le contrôle.
— Alors maintenant, tu vois que m’avoir dans les parages peut être une bonne chose.
Seulement quelques minutes après avoir failli être écrasé par un taxi, la dernière chose à laquelle il s’attendait fut qu’elle grogne.
— Merci de m’avoir sauvé la vie. Je te suis réellement redevable pour ça. Mais ce n’était qu’un accident. Peu importe ce que pensent mes frères, je n’ai toujours pas besoin d’un garde du corps.
Elle s’éloigna du mur de brique.
— Bonne nuit, Roman.
Bien que ses frères ne l’eussent pas préparé à sa beauté époustouflante, il l’avait fait pour son côté têtu. Et à partir de ses recherches, il avait compris que ce trait de sa personnalité l’avait aidée à construire une entreprise de technologie à la croissance rapide.
— Ma soirée n’est pas encore terminée, l’informa-t-il. Je vais te raccompagner.
Le pas de Suzanne ne fléchit même pas.
— C’est un pays libre. Si tu veux marcher sur le même trottoir dans la même direction, fais comme chez toi.
Il ne s’impliquait jamais personnellement avec des clients et il s’assurait toujours de garder ses émotions en dehors, mais il put à peine réprimer un sourire. Ses frères lui avaient mentionné qu’elle était fougueuse, mais ils avaient dissimulé combien elle était adorable. Le problème était qu’elle ne serait pas heureuse d’apprendre où il logerait désormais. Sachant qu’il devait le lui annoncer, son demi-sourire disparut instantanément.
Décidant que la franchise était sa meilleure option, il se lança.
— Je vais vivre dans l’appartement voisin du tien pendant que je travaille avec toi.
Elle s’arrêta à nouveau d’un coup net. Pendant quelques secondes, elle ne dit rien, le fixa simplement comme s’il venait de lui pousser trois têtes et que chacune d’elles parlait un langage différent.
— Je vais tuer mes frères.
Chacun de ses mots était précis. Et à donner des frissons. Quand elle se retourna, il sut qu’elle devait avoir envie de retourner à la galerie pour les pourchasser.
— Suzanne, dit-il en lui barrant le chemin, je comprends que tu ne veuilles pas de moi dans les parages. Mais tes frères ne m’ont pas engagé pour te faire du mal. C’est la dernière chose qu’ils veulent. J’ai protégé bien des membres de différentes familles au cours des ans, et je peux voir qu’ils se soucient plus de toi que la plupart des gens ne se soucient d’autrui durant toute une vie.
Il passa une main dans ses cheveux.
— J’ai travaillé pour Ford Vincent pendant un moment au cours d’une de ses tournées et il disait toujours la même chose – les Sullivan se serrent les coudes et se soutiennent toujours, peu importe la situation.
Il espérait qu’une des choses qu’il disait ferait la différence.
— Alex, Harry et Drake veulent seulement s’assurer de protéger tes arrières.
— Bon sang.
Ses mots furent prononcés doucement, mais néanmoins avec passion.
— Comment peux-tu savoir exactement ce qu’il faut me dire ?
Parce que je te connais.
Cette folle pensée lui vint de nulle part. Il l’avait rencontrée ce soir pour la première fois, alors cela n’avait aucun sens. Une attirance à peine réfrénée rendait les choses floues dans son esprit parfaitement rationnel, habituellement.
Essayant de repousser complètement cette folie, plutôt que de répondre à sa question, il dit :
— Mon travail est de m’assurer que rien ne puisse t’arriver. Mais c’est beaucoup plus difficile si tu continues de te battre contre moi à tout bout de champ.
— C’est dommage parce que je ne vais pas arrêter de me battre, lui répondit-elle. Tu as peut-être remporté la première manche en disant exactement ce qu’il faut au bon moment, mais je te garantis que la prochaine est pour moi.
Sur ce, elle s’élança d’un pas rapide en direction de son appartement. Sachant qu’il était plus malin de ne pas la titiller davantage en essayant de marcher à côté d’elle, il resta un pas derrière elle. Assez près pour sentir son parfum frais et devoir travailler très dur pour ne pas fixer ses courbes mises en valeur par son jean noir.
Quand elle arriva dans son immeuble et qu’il monta dans l’ascenseur avec elle, elle marmonna :
— Note à moi-même : ne jamais vivre dans un immeuble appartenant à la famille. Surtout quand aucun des membres ne semble connaître la signification des mots intimité et autonomie.
À la seconde où la porte de l’ascenseur s’ouvrit, elle se précipita vers sa porte d’entrée, ayant de toute évidence l’intention de filer à l’intérieur et de le laisser dehors.
— Suzanne.
Elle n’allait pas aimer ça, mais ça devait être fait.
— Je dois vérifier rapidement ton appartement pour m’assurer qu’il n’y a pas de menaces à l’intérieur.
Il n’avait pas besoin de voir son visage pour savoir comme il venait de la rendre furieuse. Son langage corporel le disait pour elle.
— Bien.
Elle entra le code de son verrou électronique et ouvrit la porte d’un coup de pied.
Sa fouille fut aussi rapide qu’il le put. Malheureusement, il ne put s’empêcher de remarquer la touche de Suzanne partout dans son appartement, en commençant par la pile d’ordinateurs et de tablettes sur la table basse, puis en voyant les courtepointes aux couleurs vives et les couvertures qui avaient dû être confectionnées par des proches, jusqu’au grand mur avec des photos de famille dans le couloir menant à sa chambre.
Mon Dieu, c’était la pièce la plus difficile où entrer. Sachant qu’elle retirerait bientôt ses vêtements et entrerait dans le l…
Merde. Il ne pouvait pas laisser son esprit prendre cette direction.
Elle était debout dans l’encadrement de la porte. Elle avait l’air irritée quand il termina son inspection.
— Tout est bon.
— Bien sûr que c’est le cas.
Elle lui ouvrit la porte.
— Bonne nuit.
Il ne put s’empêcher d’admirer sa personnalité féroce à nouveau.
— Bonne nuit, Suzanne. J’attendrai dehors demain matin.
Elle ne répondit pas, elle le fusilla seulement du regard, puis lui claqua la porte au nez.
Roman ne serait pas surpris si son cousin Ian, le millionnaire de Seattle et propriétaire de l’immeuble, se fasse remonter les bretelles dans la soirée par Suzanne pour lui avoir loué l’appartement voisin. Mais malgré toutes ses récriminations, il savait qu’elle devait aimer sa famille. Ce serait son cas à lui, s’il avait grandi avec autant de monde à veiller sur lui comme ils le faisaient avec elle.
Il ne laisserait pas tomber Alec, Harry ou Drake.
Roman avait commencé par raccompagner Suzanne en sécurité. Il allait continuer en gardant son esprit loin de son bas-ventre… Et en évitant de la toucher.
Peu importe ce qu’il se passerait.
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