Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Dix
Roman couvrit les quelques pâtés de maisons le séparant du siège social de l’entreprise de Craig Boylan en un temps record. Il savait qu’il ne devait pas laisser ses émotions prendre le dessus. Les batailles étaient toujours mieux menées dans le calme.
Mais la seule pensée de Suzanne couchant avec un homme faisait bouillir son sang. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas utilisé ses poings pour faire du sport, mais en passant les brillantes portes noires de CP Systems, il les avait serrés.
Là où le hall de Suzanne était lumineux et accueillant par sa simplicité, celui-ci essayait réellement d’impressionner avec son marbre noir partout. Il était évident que ce mec essayait de compenser quelque chose.
Et pourtant, Suzanne avait couché avec lui.
Elle n’appartenait pas à Roman. Elle ne serait jamais sienne. Mais cela ne rendait pas l’idée qu’elle couche avec quelqu’un d’autre moins douloureuse.
— J’ai besoin de voir Craig Boylan, dit-il à la femme derrière la réception. Maintenant.
Troublée par sa demande sèche, la jeune femme ouvrit et referma la bouche à quelques reprises avant qu’un son puisse sortir.
— Je suis désolée, pouvez-vous me donner votre nom ?
— Roman Huson. Je travaille pour Suzanne Sullivan. À quel étage se trouve Monsieur Boylan ?
— Si vous voulez bien me donner un instant pour que j’appelle son assistante…
Mais Roman passait déjà le portail de sécurité et entrait dans l’ascenseur. La réceptionniste courut vers la porte, mais elle se ferma devant son nez. Roman se dit que Craig serait au dernier étage. Un siège très décoré allait de pair avec un bureau au dernier étage. Tout comme être assez amer après avoir perdu Suzanne pour l’attaquer de façon technologique. Pour commencer, du moins.
La réceptionniste du rez-de-chaussée aurait certainement appelé le bureau de Craig avant que les portes de l’ascenseur ne s’ouvrent au dernier étage. Mais Roman n’allait pas se laisser arrêter par un homme de la sécurité en uniforme noir lui disant : « Je vais devoir vous escorter en bas, Monsieur Huson ».
Un regard rapide dit à Roman que l’homme en face de lui n’était pas un garde du corps. Il faisait seulement ses horaires de neuf heures à cinq heures et avait comme travail extrêmement ennuyant de s’assurer qu’aucun des employés ne vole quoi que ce soit.
Roman dépassa cet homme et se dirigea vers une femme aux airs sévères, dans la cinquantaine, qu’il supposa être l’assistante de Craig.
— Monsieur Boylan ne m’attend pas, mais je travaille pour Suzanne Sullivan et je dois parler de sa sécurité avec lui.
— Est-ce qu’il est arrivé quelque chose à mademoiselle Sullivan ?
Elle semblait sincèrement inquiète.
— Va-t-elle bien ?
— Oui, et en tant que son garde du corps, je prévois de m’assurer que les choses restent ainsi.
Décidant qu’il avait donné assez de temps à l’assistante de Craig pour le prévenir de sa présence, il se dirigea vers les portes fermées, pas très loin du bureau de celle-ci.
— Craig.
Il y avait trois hommes dans le bureau, mais Roman déduisit immédiatement lequel était sa cible. Malheureusement, ce n’était pas le petit homme maigre. C’était celui que la plupart des femmes auraient qualifié de grand, beau et ténébreux.
— Je suis ici pour notre réunion.
Boylan hésita à peine avant de se tourner vers les autres hommes.
— Si vous voulez bien m’excuser, dit-il avec un fort accent irlandais, j’apprécierais si nous pouvions poursuivre cette réunion plus tard cet après-midi.
Ils furent rapidement seuls avec les doubles portes fermées derrière eux.
— J’ai compris que vous travaillez pour Suzanne Sullivan.
Il avait le culot d’agir comme s’il ne savait pas pourquoi Roman était là.
— Y a-t-il une raison en particulier pour laquelle elle ne vient pas personnellement discuter du problème ?
Roman fit délibérément un pas menaçant en avant.
— Je suis ici en guise d’avertissement, duquel j’espère, vous serez assez intelligent pour en tenir compte.
Il fut une époque où il avait régulièrement utilisé sa taille et sa force pour bousculer les gens. Pour leur faire du mal. Mais même s’il avait beaucoup travaillé pour être différent et meilleur – se battant seulement quand c’était strictement nécessaire – dans des moments comme celui-là, il était plus que content d’être intimidant physiquement. Et il n’hésiterait pas à rouer ce mec de coups s’il devait en arriver là.
— Un avertissement ?
Le froncement de sourcils de Craig devint plus prononcé mais il eut la présence d’esprit d’avoir l’air un peu effrayé.
— Gardez vos distances avec Suzanne. Ne l’appelez pas. Ne pensez même pas à elle. Et gardez vos sales pattes loin de son entreprise.
Craig le fixa, sous le choc.
— Je peux voir que vous êtes en colère. Je ne sais seulement pas pourquoi.
Il secoua la tête.
— Je n’ai rien fait à Suzanne.
Roman s’avança si près du visage de Craig, que ce dernier n’eut d’autre choix que de lever la tête.
— Nous savons tous les deux ce que vous lui avez fait, gronda Roman. Vous ne méritez pas de toucher un cheveu de sa tête. Elle a peut-être fait l’erreur de coucher avec vous, mais je ne vais pas vous laisser la faire payer pour vous avoir laissé.
Le visage de l’homme devint rouge sous sa barbe parfaitement coupée.
— Vous êtes ici parce que nous avons couché ensemble deux fois ? Je pensais que vous aviez dit être son nouveau garde du corps, pas son petit ami.
Le sang de Roman battait fort à cause de sa jalousie, et il était si investi à l’idée de repousser toutes les menaces dirigées contre Suzanne, qu’il plaqua l’homme contre le mur.
— Vous allez me promettre tout de suite que vous la laisserez tranquille.
— C’est le cas, s’étouffa Craig. Je le fais.
— Vous avez bien raison. Elle a perdu assez de temps avec vos attaques.
— Des attaques ?
L’autre homme s’étouffa sur le mot.
— Quelles attaques ?
Quand Roman était jeune, son père lui avait appris à jouer des poings d’abord et à s’arrêter seulement quand son adversaire était complètement hors-jeu. Au cours des vingt dernières années, il s’était toujours assuré de s’arrêter et de penser clairement avant d’utiliser ses poings, surtout au travail. Mais il était si investi avec Suzanne qu’il ne parvenait pas du tout à penser clairement. Il n’avait pas voulu voir pendant tout son interrogatoire que Craig paraissait plus abasourdi et confus qu’en train de lui cacher des choses.
Baissant brusque les mains, Roman recula.
— Vous ne savez vraiment rien de ce qui lui arrive, hein ?
Posant une main sur sa gorge, Craig secoua la tête.
— Vraiment pas, mais je peux voir que ça doit être vraiment sérieux puisque vous pensiez devoir m’agresser dans mon propre bureau. Qu’est-ce qui se passe ?
— Je ne peux pas vous le dire. Mais je tiens à m’excuser pour mon comportement. Je vois maintenant que j’ai fait de fausses hypothèses basées sur votre ancienne relation avec Suzanne.
— Je ne vais pas vous mentir, il y a eu une époque où j’attendais plus d’elle que quelques nuits ensemble. Beaucoup plus. Alors je comprends pourquoi vous êtes ici.
L’autre homme alla derrière son bureau et s’assit, étonnamment posé et maître de lui-même à nouveau.
— Mais peu importe ce qui lui arrive, je ne suis pas responsable.
Il pointa une photo encadrée de lui avec un bras entourant une jolie blonde, que Roman aurait dû remarquer auparavant.
Mon Dieu. Il avait réellement merdé sur ce coup. Suzanne était déjà furieuse contre lui quand il avait quitté son bureau. Quand il rentrerait et lui dirait où il avait été, elle serait complètement livide. Tant pis pour les efforts pour la convaincre que l’avoir en garde du corps n’aurait aucune incidence dans sa vie.
Il sortit une carte et la posa sur le bureau de Craig.
— Si vous pensez à quiconque pourrait lui vouloir du mal, j’aimerais avoir leur nom.
À cet instant, un autre homme passa la porte. Là où Craig avait une apparence un peu rude, l’autre homme était impeccable de la tête jusqu’à la pointe de ses chaussures polies valant au moins un millier de dollars.
— Craig, il y a un problème ? Éloise a dit que tu avais un visiteur inattendu.
Roman pouvait entendre la pointe d’accent irlandais dans la voix de l’homme. D’après les recherches qu’il avait faites sur les antécédents des adversaires de Suzanne, il se souvenait que ces deux hommes s’étaient rencontrés à l’université en Irlande, avant de venir en Amérique pour faire fortune dans la technologie. Ils ne créaient pas seulement des logiciels de sécurité numérique, ils s’étaient aussi aventurés avec succès dans l’automatisation des maisons. Leurs unités étaient dans la plupart des maisons chic de la ville.
— Roman, dit Craig, je vous présente mon associé, Patrick O’Conner. Patrick, Roman travaille pour Suzanne Sullivan. Il avait des questions pour moi à propos de quelques conférences auxquelles Suzanne et moi avons assisté l’an dernier.
Patrick regarda Roman d’un air suspicieux, voulant de toute évidence poser plus de questions. Mais quand son téléphone sonna, peu importe qui appelait, c’était de toute évidence assez important pour qu’il parte prendre l’appel.
Quand Roman se retourna pour partir, il fut surpris d’entendre Craig dire :
— Hé, Roman. Si jamais j’ai besoin de quelqu’un pour veiller sur ma future épouse, je vous appellerai. Malgré les bleus que j’aurais certainement demain, j’apprécie le fait que vous fassiez tout ce qu’il faut pour protéger votre cliente.
Craig avait raison. Roman ferait tout ce qu’il fallait pour protéger Suzanne. Et pas seulement parce qu’elle était sa cliente.
Mais parce que, malgré lui, il commençait à se soucier d’elle.
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