Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)

Chapitre Seize

 

Même quand Roman était habillé de son costume noir de la plus belle facture, tout à fait approprié pour un mariage, il ne semblait pas civilisé. C’était comme s’il était un lion en cage, faisant les cent pas derrière les barreaux, prêts à se libérer à la première occasion.

Ce matin, elle avait la même impression. Comme si son attirance pour Roman était si difficile à maintenir sous contrôle, à contenir, qu’elle était sur le point d’exploser devant toute la famille.

Elle voulait le dévorer, sauter sur ses genoux et lui retirer son costume pour sentir ses muscles, sa peau, et enfin ses lèvres contre les siennes. Elle le voulait partout contre elle.

La nuit dernière, après qu’ils eurent terminé en quelques heures de faire les cupcakes et leur glaçage, elle avait été si fatiguée qu’elle avait eu envie de se rouler en boule dans un des canapés de l’auberge. Mais lorsque Christie les avait déposés à la maison de son père, elle avait à peine pu dormir en sachant que Roman était de l’autre côté du mur. S’il n’y avait pas eu ses frères et son père dormant au bout du couloir, elle se serait certainement retrouvée en pyjama devant sa porte pour le supplier de la laisser entrer pour qu’ils puissent terminer ce qu’ils avaient commencé dans le kiosque.

Pour le mariage d’aujourd’hui, elle avait choisi une robe bleue en soie à la fois élégante et sexy. Toute la matinée, elle avait attiré les compliments de sa famille et de ses amis. Au cours de la dernière semaine, elle avait été surprise de réaliser qu’elle commençait à être à l’aise en portant des choses féminines. Assez à l’aise que pour la première fois, elle ne repoussait pas instinctivement les compliments.

Mais pour l’instant, la seule appréciation – et la chaleur – qui comptait, était celle de Roman. Une appréciation et une chaleur qu’il repoussait si rapidement, qu’elle n’était pas certaine d’avoir été réellement décelée.

La veille, il lui avait dit qu’elle était éblouissante dans sa robe dorée. Aujourd’hui, ils avaient à peine échangé un mot en privé. Oui, ils avaient été entourés par sa famille dès les premières heures de la matinée. Mais c’était comme s’il était tous les deux au bord du précipice. Si près que même de simples mots pouvaient être trop à gérer, pour résister.

Quelque part en cours de route, son intention de le séduire pour le pousser à démissionner avait changé. Elle avait été attirée par lui dès le premier instant – une attirance chauffée à blanc contrairement à tout ce qu’elle avait pu connaître avant. Même encore plus maintenant qu’elle commençait à le connaître. Elle voulait désespérément passer outre sa cuirasse de garde du corps qu’il portait toujours, tout ce qu’il lui avait dit de son passé, de ses espoirs, de ses peurs, semblait être des pépites d’or.

Elle ne voulait pas, ni n’avait besoin, d’un garde du corps, mais si c’était le seul moyen pour qu’il reste…

Mon Dieu, elle avait réellement du mal à croire qu’elle pensait comme ça, mais franchement, elle l’acceptait. Elle prendrait tout ce que Roman voudrait bien lui offrir. Même si c’était seulement pour la possibilité d’avoir enfin ce baiser un jour – et de découvrir qu’il y avait plus, qu’il pourrait y avoir quelque chose de vrai entre eux.

Suzanne ne pouvait nier qu’une partie d’elle espérait que ce soit le cas. Après tout, en plus de la chaleur inéluctable entre eux, ils étaient liés de tellement de façons… Ils avaient tous les deux grandi sans mère. Ils aimaient tous les deux être à l’extérieur et rester actifs. Elle se sentait en sécurité avec lui – et pas seulement parce que c’était son métier.

Elle avait eu l’impression d’être spéciale à plus d’une occasion, avec rien de plus que quelques paroles adorables venant du cœur.

D’un autre côté, compte tenu de la raideur de Roman assis à côté d’elle en cet instant, gardant toujours une distance prudente pour qu’aucune partie de lui ne la touche, peut-être que sa gymnastique mentale le concernant était discutable.

Ce n’était pas parce qu’elle passait ses nuits à penser à lui qu’il en faisait de même. Elle voyait peut-être simplement trop de choses dans quelques regards, quelques paroles gentilles et ces demi-baisers. Roman avait de toute évidence l’habitude de prendre ce qu’il voulait réellement. Alors s’il voulait l’embrasser, ne l’aurait-il pas déjà fait, peu importe les limites que lui imposait sa profession ?

Toutefois, quand les premières mesures de La Marche Nuptiale s’élevèrent de la harpe, elle n’eut d’autre choix que d’être entraînée par la merveilleuse histoire d’amour de Smith et Valentina. Smith était debout au milieu du kiosque, avec sa mère, ses frères et ses sœurs en éventail à côté de la structure. Il était clair qu’il était sur des charbons ardents en attendant l’apparition de Valentina dans sa robe de mariée.

Quand cette dernière arriva au bord de la plage, elle était la plus belle mariée que le monde ait portée. Elle avait une simple robe fourreau allant jusqu’au sol et un voile de trois mètres se soulevant dans la brise tandis que le soleil brillait à travers lui ; le petit soupir que laissa échapper Suzanne arriva en même temps que sa première larme. Quand elle se tourna pour voir la réaction de Smith, elle remarqua qu’elle n’était pas la seule à pleurer.

C’était aussi le cas de son cousin. Une des plus grandes stars du cinéma était complètement anéantie par la femme ayant pris son cœur.

— Suzanne.

La voix de Roman se fit doucement entendre dans son oreille gauche avec une main effleurant à peine le bas de son dos.

— Ça va ?

Plus de larmes coulèrent sur ses joues quand elle regarda dans ses yeux sombres.

— Je suis seulement tellement heureuse pour eux.

Il sembla un instant confus, comme s’il ne pouvait pas concilier l’idée des larmes avec le bonheur, mais il hocha ensuite la tête.

— Moi aussi. Ce sont des gens bien.

Pendant un long moment, le temps que Valentina remonte dans l’allée gazonnée parsemée de pétales de roses de toutes les couleurs, Suzanne oublia de reporter son attention vers la mariée. Elle pouvait seulement fixer Roman. Et il la fixait en retour, comme s’ils étaient à nouveau seuls dans le kiosque, étant attirés l’un vers l’autre par une force plus grande et plus forte que tout ce qu’elle avait connu. Ce fut seulement les ooh et les aah des invités, quand Smith attira Valentina dans ses bras pour l’embrasser, qui ramenèrent Suzanne à la réalité.

Une où elle et Roman étaient tout sauf seuls – et où elle ignorait complètement ce qu’il ressentait réellement pour elle. Pour être honnête, elle ne savait pas non plus où elle se situait réellement. Après tout, elle avait passé toute sa vie d’adulte à s’assurer que ses relations correspondent à une liste de paramètres spécifiques et clairs, tout l’opposé de la manière dont les choses s’étaient passées entre sa mère et son père. Elle ne laissait jamais ses émotions prendre le contrôle. Aucun d’eux n’avait le droit de devenir obsédé par l’autre. Ils devaient rester rationnels en tout temps.

Ce qu’elle ressentait pour Roman brisait ces trois règles. Ses émotions étaient de vraies montagnes russes. Elle était plus qu’obsédée. Et elle avait réellement peur d’avoir perdu toute idée rationnelle lors de la première nuit, quand elle lui avait crié dessus sur le trottoir.

Elle devrait savoir à quoi s’en tenir.

Elle le savait, étant donné que de la terrible destruction de la relation de ses parents – et de leurs vies – n’était restée qu’un gros titre dans le monde des arts.

Mais savoir intellectuellement ce qu’elle devrait – ou pas – faire, ne rendait pas les choses plus faciles afin de comprendre le message de son cœur.

— Nous sommes tous réellement heureux et honorés que vous ayez pu venir à Summer Lake aujourd’hui pour assister au mariage de Smith et Valentina, dit Calvin dans le kiosque, où il officiait le mariage en tant que maire. Avant qu’ils échangent leurs vœux, ils voudraient dire quelques mots à l’assemblée.

Reculant contre la paroi arrière du kiosque, Calvin laissa toute la scène aux futurs époux.

Smith et Valentina se tenaient par la main quand ils se tournèrent vers leurs familles et amis. Ils souriaient tous les deux, ne semblant ni l’un ni l’autre anxieux devant ce qui les attendait.

Le cœur de Suzanne palpita dans sa poitrine, comme il le faisait toujours quand elle assistait à un mariage dans la famille. Quelle femme ne rêverait pas d’être à la place de Valentina un jour, debout main dans la main avec l’homme qu’elle aimait, prêt à lui faire une promesse éternelle devant les personnes ayant le plus d’importance pour elle ? L’historique familial de Suzanne l’inquiétait concernant toutes les manières dont l’amour pouvait mal tourner – pourtant ici, à Summer Lake, sous le ciel bleu avec le soleil faisant scintiller le lac derrière le kiosque, des émotions grandissaient en elle tandis qu’elle était témoin de combien l’amour pouvait réellement prendre la bonne voie.

Smith souleva la main de Valentina pour l’embrasser, leurs regards rivés l’un sur l’autre quand il embrassa sa peau. Puis, quand Valentina se tourna vers les invités pour parler quelques instants plus tard, les yeux émerveillés de Smith demeurèrent sur elle.

— Smith et moi ne pourrons jamais assez vous remercier pour tout avoir laissé tomber et venir assister à notre mariage de dernière minute.

Tout le monde rit, y compris les futurs époux.

— C’est très important pour nous que vous soyez ici avec nous aujourd’hui, pour faire partie de la journée la plus importante de nos vies à ce j…

Quand elle s’étouffa sur le mot jour, Smith l’attira plus près de lui et déposa un doux baiser sur ses lèvres.

— J’espère que vous savez à quel point nous sommes reconnaissants que vous ayez fait ce passage dans les Adirondacks pour que l’on puisse être avec toutes les personnes que l’on aime et apprécient le plus, dit Smith de sa voix profonde et envoûtante.

Une voix que la plupart des gens pouvaient reconnaître les yeux fermés.

— Et maintenant, je suis certain que vous comprendrez pourquoi nos remerciements sont assez brefs, je n’ai jamais désiré autant quelque chose que d’épouser Valentina.

Il se tourna vers sa femme.

— On y va ?

Rayonnante de bonheur, Valentina sourit et acquiesça.

— Ils sont si parfaits ensemble, murmura Suzanne en s’appuyant instinctivement contre les muscles fermes de Roman.

Bien qu’elle n’eût pas prévu le contact physique, elle ne pouvait nier comme cela semblait naturel, chaleureux et bon d’être aussi près de lui – même si elle se laissait aller seulement une seconde.

Calvin revint à sa place d’officiant.

— Valentina, Smith, en l’honneur de l’engagement que vous allez faire l’un envers l’autre, vous avez chacun écrit des vœux spéciaux. Smith, si tu commençais ?

Smith regarda Valentina avec émerveillement avant de commencer à parler.

— Il y a quatre cents ans, Shakespeare a écrit :

« Écoutez parler mon âme :

à l’instant où je vous ai vue,

mon cœur a volé à votre service »

J’ai prononcé ces mots des douzaines de fois sur scène avant de réellement les comprendre. Parce qu’à l’instant où j’ai posé les yeux sur toi la première fois, Valentina, mon cœur n’a pas seulement volé, il s’est gonflé.

Quand les larmes commencèrent à couler sur les joues de sa future épouse, il souleva leurs mains jointes pour les essuyer doucement. Il reprit :

— J’ai grandi avec une mère et un père dont l’amour était si fort que je pensais comprendre l’amour avec un grand A. Mais le jour où tu es entrée dans ma vie, je suis tout de suite tombé sous le charme de ta langue bien pendue, de ton intelligence et de ta passion pour la famille. C’est à ce moment-là que j’ai appris combien l’amour pouvait être profond et vrai. Il n’y a rien que je ne ferais pas pour te voir sourire, t’entendre rire, te rendre heureuse. Et je n’ai jamais désiré quelque chose avec plus d’ardeur que d’être ici avec toi, sachant que tu seras bientôt mienne à jamais.

Valentina posa ses mains sur le visage de Smith, les joues ruisselantes de larmes. Elle était si radieuse sous ses émotions que le cœur de Suzanne se serra.

— Je t’aime, murmura Valentina à Smith avant de lui donner un baiser si plein d’amour que Suzanne le sentit irradier jusqu’à elle.

Quand le couple se sépara enfin, Valentina reprit les mains de Smith. Elle inspira profondément, comme pour se ressaisir.

— J’ai toujours juré n’avoir peur de rien, qu’il n’y avait rien que je ne puisse gérer si je prenais la peine de travailler et de faire des efforts. Puis, je t’ai rencontré.

Ses lèvres tremblaient sous les émotions.

— Tomber amoureuse de toi était la chose la plus effrayante au monde, et te donner mon cœur plus terrifiant que tout ce que j’aurais pu imaginer. Jusqu’à ce que je réalise pourquoi j’avais si peur. Je croyais que j’allais me perdre en toi, alors qu’en fait j’ai trouvé avec toi tout ce qui compte réellement. Par ton soutien, ta foi en moi et ta conviction inconditionnelle et inébranlable que nous étions des âmes sœurs. Ton amour était, et est, la plus belle chose que j’ai connue. Et je te promets de t’aimer pour toujours et toujours et toujours et toujours et…

Les paroles de Valentina se perdirent quand Smith glissa une main dans ses cheveux et l’embrassa si passionnément que Suzanne dut se rafraîchir pour ne pas prendre un coup de chaud. Même Roman semblait sous le choc quand il dit dans sa barbe :

— Bonté divine.

Tout le monde dans le public se leva et applaudit quand le couple échangea leurs alliances.

— Par les pouvoirs qui me sont conférés par l’État de New York, je vous déclare maintenant mari et femme, dit Calvin.

Suzanne avait entendu des douzaines de vœux touchants, au cours des dernières années quand ses cousins de San Francisco et de Seattle s’étaient mariés les uns après les autres, mais aucun d’eux n’avait eu autant de signification que ceux d’aujourd’hui. Tout ce que s’étaient dit Smith et Valentina à propos des peurs et de voler, résonnait en elle.

Parce que dès qu’elle avait posé les yeux sur Roman, quelque chose au fond d’elle s’était gonflé.

Et rien ne pouvait lui faire plus peur.

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