Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Un
Suzanne Sullivan n’avait pas besoin d’un garde du corps.
Personne n’avait jailli de l’ombre quand elle s’était dirigée vers la 22e rue Ouest vers d’Oro, la galerie de New York qui accueillait l’exposition de son frère Drake. Elle n’avait eu aucun appel anonyme ou d’attaques sur ses serveurs, qui auraient pour les mettre hors service au cours des dernières semaines non plus.
Ce soir-là, l’air était frais, les étoiles brillaient dans le ciel et elle se sentait vraiment bien. Comme si tout était possible – et que rien ne pouvait mal se passer. Surtout pas toutes les choses horribles qui inquiétaient tellement ses frères.
D’accord, au cours des derniers mois, elle avait été bombardée par des milliers d’appels anonymes et plusieurs attaques avaient été faites sur ses serveurs personnels et professionnels. Mais elle n’était pas une spécialiste des logiciels de sécurité numérique pour rien. Elle pouvait s’occuper d’elle et de son entreprise, peu importe ce que ses frères en pensaient.
Quand on travaille dans une industrie aussi concurrentielle, valant des milliers de dollars, tous les compétiteurs ne se montraient pas totalement honnêtes. Même si elle ne fonctionnait pas comme ça, elle comprenait mieux que – pratiquement – tout le monde, comment se défendre contre des cyberattaques. Quand elle avait été forcée par ses frères de leur donner plus d’informations quelques semaines plus tôt, elle leur avait dit que les appels provenaient certainement d’un de ses nombreux concurrents. Malheureusement, elle était trop occupée à travailler sur la sortie de son nouveau logiciel pour identifier un coupable. Ses frères, eux, étaient convaincus qu’elle avait affaire à plus que de simples frasques d’entreprise.
Ils s’inquiétaient que quelqu’un puisse en avoir après elle.
D’un autre côté, ils s’inquiétaient chaque fois qu’elle sortait avec un homme. Elle avait donc arrêté de leur dire quand elle sortait avec quelqu’un depuis longtemps.
Elle ne les blâmait pas pour être surprotecteurs, pas quand ils veillaient tous les quatre les uns sur les autres depuis qu’ils étaient enfants. Une mère partie trop tôt et un père absent émotionnellement pendant vingt-cinq ans après son départ, avaient uni la fratrie Sullivan plus que jamais. Par contre, elle aurait aimé que ses frères cessent de la harceler pour qu’elle embauche un garde du corps.
Dans tous les cas, elle était toujours aux anges après un merveilleux lundi au travail. Après avoir sué sang et eau pour créer un nouveau logiciel de sécurité numérique – si avant-gardiste, tout en étant si abordable, à tel point que les gens du milieu, de par le monde, avaient dit que ça ne pourrait jamais être réalisable – dont le nouveau code était enfin en place. Le lendemain matin, elle annoncerait la bonne nouvelle à ses investisseurs : Sécurité Sullivan était prêt à lancer le produit qu’elle avait appelé MavG1, alors en phase de bêta test. Les cinq millionnaires constituant le groupe Maverick étaient peut-être des amis de la famille, mais ils demandaient quand même le meilleur des entreprises dans lesquelles ils investissaient. Et elle ne rêvait de rien d’autre que de leur donner.
Bien qu’il lui restât encore un pâté de maisons à franchir, Suzanne pouvait voir une foule sur le trottoir, espérant entrer dans la galerie. Ce n’était pas étonnant puisque son frère Drake avait créé la douzaine d’œuvres d’art les plus éblouissantes que Suzanne ait pu voir.
Il était considéré comme l’un des meilleurs peintres de sa génération et ses expositions étaient déjà très achalandées. Ce soir, par contre, ce n’était pas seulement la qualité de ses peintures qui rendait les gens fous de son travail, c’était aussi le sujet. Rosalind Bouchard n’était pas seulement une célèbre star internationale de la télé-réalité – plutôt une ancienne star de la télé-réalité, maintenant qu’elle avait quitté l’émission –, elle était aussi la nouvelle petite-amie de Drake.
Après avoir passé du temps avec Rosa au cours des dernières semaines, Suzanne comprenait pourquoi son frère était tombé si follement amoureux d’elle, presque au premier regard. Elle était intelligente et incroyablement courageuse. La lumière vive de Rosa brillait sous chaque coup de pinceau des toiles de Drake. Si seulement Suzanne pouvait trouver un homme aussi intelligent, aussi loyal et beau que Rosa…
Malheureusement, la seule partie de la vie de Suzanne qui ne s’élevait pas était le côté sentimental. Plus d’une fois, elle aurait voulu modifier le mec avec qui elle sortait de la même manière qu’elle le faisait avec ses codes – jusqu’à ce que tous les bugs disparaissent. Mais à trente et un ans, elle savait à quoi s’en tenir. On ne peut pas changer les gens.
Et on ne peut pas les forcer à vous aimer sauf s’ils le veulent.
C’est pourquoi ses frères étaient aussi importants pour elle. Parfois ils pensaient peut-être savoir mieux qu’elle comment elle devait gérer sa vie, mais elle n’avait jamais douté qu’Alec, Harry et Drake l’aimaient pour elle : une geek surdouée qui avait des poussées d’adrénalines jusqu’à rester éveillée toute la nuit à écrire des lignes de codes comme d’autres femmes en avaient pour aller acheter des chaussures.
Dans tous les cas, les heures interminables qu’elle avait passées à travailler sur son ordinateur sur son nouveau code, l’avaient empêchée de sortir le soir. Elle était prête à s’amuser ce soir-là. Et qui sait ? Peut-être qu’elle pourrait cocher la dernière case sur sa liste en rencontrant M. Parfait et le faire passer sous le nez de ses frères avant qu’ils le fassent fuir.
— Suz, tu es là !
Rosa se jeta sur Suzanne quelques secondes après son entrée dans la galerie.
Drake était à ses côtés et ce n’est que lorsqu’il la délaissa après sa propre accolade qu’elle put lui demander :
— Comment se passe la soirée pour le moment ? Tout se passe bien pour vous deux ?
Suzanne savait combien Rosa avait été nerveuse d’afficher face au reste du monde le fait que Drake la peignait. Elle avait été convaincue qu’elle entacherait sa carrière, pas seulement avec sa réputation de mauvaise fille faite à la télévision, mais aussi à cause des photos d’elle nue, qui avaient été prises sans sa permission et avaient été divulguées dans la presse plus tôt dans l’année.
Drake attira Rosa contre lui au moment même où elle se blottit contre lui. Encore une fois, Suzanne fut saisie de constater comme ils allaient bien ensemble. Avoir à gérer le scandale des photos avait poussé Rosa à puiser dans une force intérieure dont elle ignorait elle-même l’existence. Mais Drake avait vu à quel point elle était merveilleuse et il l’avait soutenu fermement.
— Les gens ne se lassent pas de Drake et de ses peintures, s’exclama Rosa avec fierté.
Suzanne savait que la dernière chose dont se souciait Drake était d’impressionner une bande d’amateurs d’art. L’amour était tout ce qui lui importait maintenant, et le voir enfin heureux la remplissait de joie.
— Tout le monde a la meilleure des attitudes, dit-il à Suz.
Son expression était férocement protectrice tandis qu’il attirait Rosa encore plus près de lui.
— Ils ont intérêt à l’être, approuva Suzanne.
Personne ne devait dire un mot de travers à propos de Rosa. Tous les Sullivan la soutenaient. Surtout Suzanne, qui travaillait sur un logiciel pour la fondation anti-cyberharcèlement de Rosa, dès qu’elle avait une minute à elle.
Candance, l’agent aux airs de requin de Drake, apparut en coup de vent.
— Suzanne, tu es toujours aussi superbe. Je suis certaine que ça ne te dérangera pas si je te vole Drake et sa muse pour aller rencontrer un investisseur qui considère mettre une énorme enchère sur les douze peintures.
Drake lui lança un désolé silencieux par-dessus son épaule quand son agent les éloigna. En attrapant un verre de champagne à un serveur passant par-là, Suzanne profita des bulles sucrées dansant sur sa langue, se détendant pour la première fois depuis ce qui lui semblait une éternité. Elle commençait tout juste à regarder autour d’elle pour voir si elle connaissait quelqu’un d’autre quand son attention fut attirée par un homme passant la porte.
Wouah.
Ça, c’était bien un homme. Des cheveux et des yeux sombres. La mâchoire carrée. La peau bronzée. En tant que femme relativement grande, elle pouvait évaluer la taille d’un homme plutôt correctement. Un mètre quatre-vingt-treize semblait juste et si vous ajoutiez ses épaules larges dans son costume sombre et impeccablement fait sur mesure, tout le lot était sacrément délicieux.
Elle commença à avoir l’eau à la bouche tandis qu’elle le détaillait traverser la foule avec la grâce sauvage d’un lion musclé. Elle passa le bout de son pouce sur sa lèvre inférieure pour s’assurer qu’elle ne salivait pas vraiment.
— Roman, par ici.
Elle reconnut la voix de son grand frère, Alec. Il était debout à côté de son autre frère, Harrison. Ils le connaissaient ?
Roman. Même son nom était délicieux.
Tandis que les trois hommes se serraient rapidement la main et se prenaient nonchalamment dans les bras l’un de l’autre, elle fut tentée de se précipiter vers eux pour se présenter. Cependant les expériences passées lui disaient qu’il serait préférable d’évaluer la situation d’abord à distance pour pouvoir essayer de comprendre la relation entre Roman et ses frères.
Elle n’avait jamais entendu parler de lui, ce qui, selon elle, était une sacrée omission de leur part. Néanmoins, ses frères avaient toujours été mal à l’aise à l’idée qu’elle sorte avec leurs amis. Et par « mal à l’aise », elle voulait dire qu’ils avaient interdit à leurs amis de la voir comme une femme disponible dès qu’elle était entrée au lycée.
Malheureusement, rien n’avait changé au cours des quinze dernières années. Alec, Harry et Drake étaient plus catégoriques que jamais pour dire que personne n’était assez bon pour elle, et surtout pas les gars avec qui ils traînaient. La plupart du temps, elle ne pouvait pas discuter. Pas quand Alec avait la réputation d’être l’un des plus grands vilains garçons de la ville, alors s’il appelait quelqu’un d’autre un « joueur », cela signifiait que le type était sacrément horrible.
Suzanne n’était pas du tout contre le plaisir. Mais à trente et un ans, elle n’était plus particulièrement intéressée par les aventures d’un soir non plus. Elle voulait ce que Drake et Rosa avaient trouvé : un amour profond, réel et fort.
En dépit de l’apparence séduisante et assurée de Roman, il ne ressemblait pas à un « joueur » aux yeux de Suzanne. Il semblait trop attentif, trop vigilant envers tout et tout le monde autour de lui pour être en chasse.
Elle connaissait cette sensation ; elle avait passé une grande partie de sa vie loin de la foule, observant. C’était à la maternelle qu’elle avait réalisé pour la première fois qu’elle n’était pas comme les autres filles. Elle avait été plus intéressée par le fait de construire et créer des choses que par le fait de glousser sur le terrain de jeu ou de jouer à habiller des poupées. Son statut de laissée-pour-compte n’avait fait que s’intensifier avec l’âge. Alors que rêver de garçons avait consumé les autres filles, elle était tombée folle amoureuse de l’électronique et de la programmation. Ses meilleurs amis avaient été les autres enfants dans le club d’informatique et son premier baiser avait été avec un autre geek quand elle était entrée en seconde au lycée. Cela avait plutôt été une expérience pour eux deux qu’une relation romantique. À l’université, elle avait enfin appris à faire semblant d’être « normale » grâce à un coaching intense de la part de ses cousines, mais retourner à ses ordinateurs avait été un énorme soulagement. Elle n’était pas du tout vierge, cependant elle n’avait jamais eu de relation sérieuse non plus. Elle supposait que la phrase « mariée à son travail » n’était pas très loin du compte.
À ce moment-là, le regard de Roman croisa le sien… et toutes les pensées dans son cerveau plein à craquer s’effacèrent. Tandis que la lucidité revenait lentement, elle réalisa qu’elle n’avait jamais vu des yeux aussi intenses.
Le meilleur type d’intensité, pensa-t-elle tandis que l’attirance continuait d’étinceler, même de l’autre côté de la pièce. Il la fixa un peu trop longtemps et un peu trop intensément, mais ce n’était pas déconcertant.
C’était sexy.
Plus sexy que tout ce qu’elle ait ressenti depuis très longtemps.
Suzanne n’avait jamais appris à faire semblant d’être faussement timide. Elle ne se donna donc même pas la peine de s’empêcher de sourire. Ce n’était pas un sourire aguicheur. Elle n’avait pas vraiment appris à flirter non plus, peu importe à quel point ses cousines Mia et Lori avaient essayé de lui montrer les ficelles. Sauf qu’au lieu de lui rendre son sourire, le regard de Roman devint plus intense. Encore plus torride.
Soudain, elle aurait souhaité avoir eu le temps de changer son jean noir, son t-shirt et ses bottes, qui étaient ses vêtements ordinaires de travail. Surtout étant donné que toutes les autres femmes dans la galerie portaient des robes colorées avec des ourlets courts qui étincelaient et brillaient.
Tandis qu’elle faisait instinctivement deux pas en avant, elle réalisa qu’il se déplaçait vers elle aussi. Toutes les autres personnes de la pièce disparurent, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’eux deux. Et puis, il était là, si proche que tout ce qu’elle avait à faire, c’était tendre la main.
Elle pourrait le toucher si elle osait le faire.
— Suz.
La voix d’Alec la fit sursauter. Elle n’avait pas réalisé que ses frères avaient traversé la pièce avec Roman ; elle n’avait été consciente que de lui.
— On voulait te présenter notre ami Roman. Roman, voilà notre sœur, Suzanne.
— Salut, Suzanne.
Bon sang. Sa voix était aussi sexy que le reste de sa personne. En particulier quand il grondait son nom de ce ton profond. Elle n’était pas la personne la plus visuelle du monde, à moins qu’elle ne révise des lignes de code. Mais elle ne pouvait pas arrêter les images qui commencèrent à danser dans son esprit, des visions de la bouche et des mains de Roman sur sa peau nue, et les siennes sur lui…
Elle déglutit difficilement face aux images mentales vives. Peu importe qu’elle ait la trentaine. Ses frères l’enfermeraient dans une tour et jetteraient la clé s’ils savaient ce qu’elle pensait à ce moment-là.
Toujours incertaine de pouvoir se contrôler, ou plus particulièrement, de contrôler ses hormones, elle marqua une pause un moment pour se reprendre. Quand son pouls ralentit à un galop lent, elle tendit la main.
— Ravie de te rencontrer.
Roman agrippa sa main quelques secondes. Mais son contact électrique en plus de sa voix sexy et de son regard intense était une dose de sensualité plus grande que ce qu’elle était prête à supporter. En particulier quand ses frères regardaient tous ses faits et gestes.
— Comment est-ce que vous vous connaissez ?
Sa voix semblait enjouée. Trop aiguë. Heureusement, ni Alec ni Harry ne semblèrent le remarquer.
— Roman a travaillé un peu pour moi, expliqua Alec.
— Il n’est pas mauvais pour la joute non plus, intervint Harry.
C’était presque le plus grand compliment que son frère puisse donner à quelqu’un, étant donné que c’était un expert renommé de classe internationale en histoire médiévale, avec une collection d’armures digne d’un musée.
Enfin, voilà un homme que ses frères approuvaient, de toute évidence. Était-il possible qu’ils l’aient amené ce soir-là dans l’espoir que Roman et elle puissent avoir une connexion ?
— Je suis un ami de tes frères, dit Roman, sa voix grave résonnant dans toutes les cellules du corps de Suzanne. Mais ce n’est pas pour ça que je suis là ce soir.
Elle s’évanouit presque. La geek de l’informatique qui n’était jamais ne serait-ce que tombé dans les bras d’un homme était sur le point s’écrouler vers son torse grand et large. Et peut-être que si ses frères étaient enfin prêts à la voir heureuse avec un homme super qui était aussi leur ami, ce ne serait pas un problème si elle le faisait.
— Alors, pourquoi est-ce que tu es là ? demanda-t-elle, presque incapable de ne pas haleter.
Le regard sombre de Roman soutint le sien.
— Je suis ton nouveau garde du corps.
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