Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Quinze
— Je n’ai pas connu ta mère, et bien que je vienne tout juste de rencontrer ton père, je suis désolé de ce qui leur est arrivé. Toutes mes sympathies pour ta perte.
Il devrait arrêter de parler. Mais pour la première fois de sa vie, il ne pouvait garder ses sentiments enfermés comme il l’avait toujours fait.
— Je vois bien pourquoi tu crois que tu n’es pas aussi belle que ta mère puisque ça a causé sa chute. Mais le fait est que les gens s’arrêtent quand tu entres dans une pièce. Peu importe combien tu veux croire que tu n’es qu’une intello invisible, les faits sont là, Suzanne. Ta beauté, ta douceur, ton esprit. Tu as raison, Buck Elroy pourrait avoir qui il veut. Mais il est assez intelligent pour te vouloir, toi.
Elle se lécha les lèvres, semblant à court de mots alors que lui en avait à revendre ce soir.
— Les femmes avec qui tu es sortie ont de la chance.
C’était la dernière chose à laquelle il s’attendait de sa part et si loin de la vérité.
— Tu as tort, aboya-t-il.
Secouant la tête, elle énuméra sur ses doigts.
— Premièrement, tu m’as défendu moi et mon choix vestimentaire devant Alec. Deuxièmement, tu l’as poussé à s’excuser ce qui est presque impossible. Troisièmement, tu viens de me dire pourquoi une star de cinéma voudrait être avec moi. Je suis seulement ta cliente, alors si tu étais un tant soit peu comme ça avec tes petites amies…
— Je ne l’étais pas.
Il appuya sur chaque mot.
— Je ne le suis pas.
Et elle était loin d’être seulement une cliente.
Elle fit une grimace, du genre trop adorable pour sa tranquillité d’esprit.
— Je trouve ça difficile à croire.
Il aurait pu raconter un nombre incroyable d’histoires sur les femmes avec qui il était sorti et avait laissé tomber au cours des ans. La manière dont elles entraient et sortaient de sa vie les unes après les autres. Mais il ne voulait pas les lui raconter parce qu’il ne voulait pas atténuer la lumière dans ses yeux quand elle le regardait. Même s’il était peut-être un mec bien, après tout.
Il sortit une autre rose du sceau, si fort que les feuilles s’arrachèrent de la tige.
— On devrait reprendre le travail avant que Christie commence à s’inquiéter qu’on ne soit pas à la hauteur de la tâche pour décorer cette chose.
Suzanne le fixa quelques instants avant de prendre deux autres fleurs et de se remettre au boulot. Pendant qu’ils continuaient en silence, des voix et des rires s’élevèrent vers eux grâce aux brises de vent venant de la plage, qui était vide auparavant. Un couple marchait au clair de lune, enlacé. Quand ils s’arrêtèrent pour s’embrasser, quelque chose palpita dans la poitrine de Roman, dans un endroit où il était toujours resté insensible et sans émotion.
Suzanne méritait un homme qui la vénèrerait, comme l’homme sur la plage adorait de toute évidence la femme avec qui il était. Et pourtant, la pensée qu’elle puisse être avec quelqu’un d’autre le dévorait.
— Je me demande à quoi ça ressemble, dit-elle à voix basse. D’être avec quelqu’un avec qui on peut partager toutes ses peurs. À qui on peut confier ses plus sombres secrets. Quelqu’un qui te fait toujours rire. Quelqu’un avec qui on a hâte de se réveiller tous les matins. Quelqu’un qui te prend la main sur la plage la nuit et t’embrasse comme s’il ne pouvait pas vivre sans toi.
Roman avait partagé plus avec Suzanne qu’avec quiconque.
Il lui avait fait confiance avec son côté sombre, qu’il n’avait jamais révélé à personne.
Elle l’avait fait rire depuis le début.
Il avait hâte de la voir tous les matins.
Et il mourrait d’envie de lui prendre la main sur la plage et l’embrasser.
Roman avait toujours présumé que la pire erreur qu’il puise faire était de coucher avec une de ses clientes. Mais il avait acquis en sagesse. Bien que franchir cette limite était sans aucun doute une mauvaise chose, perdre son cœur en le donnant à Suzanne le briserait.
— Es-tu déjà tombé amoureux, Roman ? Être si fou de quelqu’un que tu ne peux penser à personne d’autre ?
Oui. Le mot lui brûlait la langue. Avec toi.
Mais il ne pouvait pas lui dire. Il ne pouvait pas lui avouer qu’il commettait le péché capital de tomber amoureux de sa cliente. Ce mariage, tous ses cousins si merveilleusement heureux avec leur moitié, savoir qu’elle était hors d’atteinte, être aussi près d’elle pendant de si longues heures, toutes ces choses devaient jouer avec les folles pensées qu’il avait.
Roman ne tombait pas amoureux. Il n’avait jamais été près de le faire auparavant. Alors, penser que ça pouvait arriver aussi vite ? Et avec une femme qui était tout le contraire de toutes les autres avec qui il était sorti ?
Non. Il ne pouvait pas s’aventurer sur cette voie.
Il ne se laisserait pas prendre cette direction.
Et pourtant, alors qu’il fixait Suzanne dans les yeux, il savait que tous ces mensonges envers lui-même ne changeraient rien. Parce qu’elle était tout pour lui. Quelque chose de grand qui ne partirait pas comme toutes les autres femmes ayant été de passage dans sa vie.
Voyant qu’il ne répondait pas à sa question, elle n’insista pas, il aurait dû être soulagé. Il aurait dû être heureux que les mots suivants soient :
— Peux-tu venir ici pour attacher l’autre côté de cette tige sur la poutre du toit ? Je pensais que j’étais assez grande, mais je me suis trompée.
L’espace était si réduit que pour atteindre la longue tige, il devait se caler contre elle, son torse contre sa poitrine, leurs hanches et leurs cuisses se frôlant. Il gémit presque d’être aussi près d’elle, sentant ses muscles fermes et ses douces courbes contre lui.
Quand il tendit la main vers la tige qu’elle avait partiellement attachée au toit, il avait les mains tremblantes et un désir à peine réprimé, son cœur battait fort sous des émotions dont il ne savait pas quoi faire.
— Si tu entortilles la tige autour de la poutre et la coinces dans le joint, dit-elle légèrement à bout de souffle, j’espère que ça tiendra.
Ne se faisant pas confiance pour parler à nouveau quand il avait besoin de toute sa maîtrise de lui pour ne pas abaisser ses mains sur ses courbes – et sa bouche sur la sienne – il fit ce qu’elle demandait. Rapidement, pour s’éloigner le plus vite possible.
Mais quand il eut terminé de coincer la tige entre les poutres et qu’il pensait être libre, elle souleva une poignée de fleurs.
— Peux-tu faire celles-là aussi ?
Qui aurait pu penser qu’une question totalement innocente sous les rayons de la lune serait ce qui le ferait perdre conscience de tout ? Son rôle en tant que garde du corps. Le fait que ses frères étaient des amis – des amis qui lui faisaient confiance avec leur sœur. Même s’il était loin d’être assez bien pour elle et n’avait pas ce qu’il fallait pour lui donner ce qu’elle méritait.
Un baiser.
Il en avait besoin.
Il devait savoir quel goût elle avait.
Entendre le son qu’elle faisait quand elle sombrait dans le plaisir.
Il avait envie d’elle.
— Roman.
Son nom n’était plus qu’un murmure entre ses lèvres. Un qui l’attira encore plus près dans le noir, conscient de rien d’autre qu’eux deux et le baiser qu’ils étaient enfin sur le point d’échanger.
— Suzanne ? Roman ?
La voix de Christie les fit sursauter loin l’un de l’autre comme deux adolescents surpris en train de s’embrasser… Même s’ils n’avaient pas atteint ce stade.
Roman se cogna la tête et les épaules contre les poutres les plus basses du kiosque, mais il méritait bien plus que cette douleur pour ce qu’il était sur le point de faire.
À quoi pensait-il, en tentant quelque chose avec Suzanne ici ? Une poignée de secondes de plus et tout aurait été terminé. En fait, n’importe qui aurait pu les surprendre comme ça. Pas seulement ses frères et son père, mais aussi ses cousins, ses amis de Summer Lake.
— On a presque fini avec les fleurs, lança Suzanne à son amie. Tu as besoin d’aide pour autre chose ?
— Oui, si ça ne vous ennuie pas.
Bien qu’elle essayât de toute évidence de le minimiser son angoisse, Christie semblait stressée.
— Et c’est assez urgent.
— On arrive tout de suite.
Plutôt que de quitter le kiosque tout de suite, Suzanne se tourna toutefois vers Roman. Et quand elle le fit, il put voir tout le désir sur son visage – et les émotions conflictuelles – qu’elle ressentait aussi. Il aurait aimé savoir quoi dire pour changer les choses, pour qu’elle soit seulement une cliente et lui un simple garde du corps. Il aurait voulu savoir comment arrêter de la désirer.
Mais aucune solution ne venait pour aucune des deux.
— On devrait aller aider, dit-il enfin.
— Oui, on devrait, acquiesça-t-elle.
Et pourtant, aucun des deux ne bougea, restant au milieu du kiosque à se fixer. Jusqu’à ce qu’une portière de voiture claque et brise le charme que le lac, la nuit et le mariage approchant avaient créé autour d’eux.
Mais Roman savait que c’était plus que le simple fait d’être ici, loin de la ville, de la vraie vie, qui avait changé les choses. C’était leur lien, tellement plus profond que ce qu’il avait connu avec toute autre femme.
En prenant silencieusement les seaux de fleurs vides et les lanternes, ils rentrèrent vers la cuisine de l’auberge pour retrouver Christie, les mains et les genoux au sol. Elle leva les yeux vers eux, en larmes.
— J’ai accidentellement renversé du comptoir les mini-cupcacke que le pâtissier a livrés pour demain. Tous les cupcakes.
En regardant de plus près, Roman réalisa qu’il devait y avoir environ trois cents mini cupcakes écrasés sur le parquet.
— On peut en faire assez pour les remplacer, affirma Suzanne. Hein, Roman ?
Suzanne avait besoin d’une pause. De se détendre. Elle avait passé tellement de temps cette semaine à se donner à fond. Mais ses amis et sa famille étaient tout pour elle. Elle préférait préparer trois cents cupcakes dans une cuisine chaude jusqu’à minuit plutôt que d’être dans la salle principale à siroter des cocktails avec des stars de cinémas. Et elle ne semblait pas non plus se préoccuper d’être dans une robe élégante et en talons hauts quand elle remonta ses longs cheveux en un chignon sur sa tête.
Il tendit la main à Christie et la remit sur pieds.
— Laisse-moi terminer de laver le sol pendant que vous trouvez une recette et rassemblez les ingrédients.
— Merci, merci, merci !
Christie les serra tous les deux dans ses bras et ils se retrouvèrent tous les trois serrés les uns contre les autres. Il essaya de ne pas remarquer comme les courbes de Suzanne lui paraissaient douces, chaudes et parfaites, mais il perdit cette bataille.
Dès l’instant où il avait posé les yeux sur elle, il avait été mis au tapis par sa beauté. Le premier jour où il était allé avec elle au travail, il avait été ébloui par son intelligence. Sur la route en allant au lac, il avait réalisé que la perte de sa mère l’affectait toujours, tout comme lui. Cela faisait partie des raisons pour lesquelles il avait été tenté de l’embrasser sous le kiosque. Mais ce n’était que la partie immergée de l’iceberg.
Parce que pendant que tout le monde profitait de la fête, elle préparait des cupcakes pour aider une amie, la lèvre inférieure entre les dents, sous la concentration. Elle avait accepté une ancienne star de la télé-réalité comme Rosalind Bouchard dans sa famille à bras ouvert sans jugement. Non seulement ça, mais elle voulait donner à son père une autre chance d’être le parent qu’il aurait dû être depuis le départ.
Suzanne avait le plus grand cœur que Roman ait connu.
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