Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Dix-Huit
Suzanne ne dansa pas une fois avec Buck, mais dix. Peut-être plus, Roman avait perdu le compte dans les brumes de la jalousie qui l’enserrait de plus en plus chaque fois que Buck la touchait ou la faisait rire. Pendant plus d’une heure, Roman se battit contre lui-même pour ne pas surgir sur la piste de danse et l’éloigner de ce mec. Mais il ne pouvait pas faire ça. Pas parce qu’il avait peur des retombées sur sa carrière avec des clients potentiels au mariage, mais parce qu’il avait suffisamment blessé Suzanne. Il ne voulait pas l’embarrasser non plus.
En l’état actuel des choses, il n’oublierait jamais son regard quand il lui avait dit, je suis ton garde du corps, pas ton petit ami. Chaque fois qu’il lui faisait du mal, cela renforçait sa conviction qu’il devait garder ses distances. Elle méritait l’amour véritable qu’avaient Smith et Valentina, sans la dévastation émotionnelle que Roman avait vue entre sa mère et son père.
Encore et encore, il se rappela que Suzanne et Buck ne faisaient que danser. Puisqu’il était hors de questions que Roman laisse la star de cinéma pousser les choses plus loin, il devrait repousser sa jalousie irrationnelle pour le reste de la soirée et se concentrer sur le travail pour lequel on l’avait embauché.
Enfin, Suzanne et Buck n’enchaînèrent pas directement avec la danse suivante. Elle pointa les toilettes, alors que Buck indiqua le bar, espérant de toute évidence qu’elle le rejoigne pour boire un verre. Quand elle hocha la tête pour montrer son accord, Roman grogna – assez fort pour surprendre un des invités près de lui.
— Il y a un problème, demanda-t-elle de toute évidence inquiète qu’un des gardes du corps soit aussi contrarié.
— Non, m’dame.
Et il n’y en aurait pas tant que Buck ne tenterait pas de faire plier Suzanne avec de l’alcool pour qu’il puisse tenter sa chance.
Roman laissa un bon trois mètres entre eux quand elle sortit de la piste de danse tout en s’assurant ne pas la perdre de vue jusqu’à ce qu’elle entre dans les toilettes des dames. Même si elle devait désirer s’éloigner de lui plus que tout, il savait qu’elle ne reviendrait pas sur sa promesse de ne pas fuir pendant le mariage.
Pendant qu’il attendait sous l’érable, plusieurs femmes lui sourirent. Mais Suzanne était la seule femme lui faisant envie.
Suzanne le remarqua tout de suite quand elle quitta les toilettes. Elle n’avait pas regardé dans sa direction depuis qu’elle avait accepté l’invitation à danser de Buck, donnant à Roman l’ignorance qu’il méritait largement. Mais plutôt que de partir pour aller boire un verre avec la star de cinéma, elle se dirigea directement vers lui.
— Dois-tu me suivre partout ?
Elle connaissait déjà la réponse et il savait qu’elle évacuait simplement, ce qui voulait dire que la réponse professionnelle était seulement de laisser courir. Mais elle n’était pas la seule à avoir besoin d’évacuer.
S’assurant que personne ne pourrait les entendre, il répondit.
— Oui. C’est pourquoi tu devrais me dire si tu as l’intention de coucher avec une star de cinéma ce soir, que je puisse faire mes recherches d’antécédents avant que tes vêtements ne volent partout.
Les yeux de Suzanne s’écarquillèrent comme si elle ne pouvait pas croire ce qu’il disait. Merde, il ne le croyait pas lui-même. Il n’avait jamais parlé à un client de cette manière auparavant. Loin de là.
— Viens-tu réellement de me demander si j’ai prévu de coucher avec Buck ce soir ?
Sa question était assez forte.
— Sauf si tu veux que les gens jasent, on ferait bien de poursuivre cette conversation dans un lieu un peu plus intime, proposa Roman.
— J’ai hâte d’en finir.
Il la suivit derrière le bâtiment et dans un bosquet de bouleaux. Bientôt, les branches autour d’eux furent si épaisses que le son du groupe et des invités n’était plus qu’un lointain bourdonnement.
Elle se retourna pour lui faire face.
— Je te l’ai déjà dit, je coucherai avec qui je veux quand je veux. Et seulement pour que tu le saches, je n’ai pas la moindre envie de coucher avec Buck. Mais maintenant que tu m’y fais penser…
Elle haussa les épaules et montra les dents dans une tentative de sourire.
— Peut-être que ça serait une bonne idée de libérer les tensions avec quelqu’un qui ne me repousse pas tout le temps et semble me désirer.
Il savait qu’il aurait dû compter jusqu’à dix avant de répondre. Qu’il aurait dû laisser redescendre son rythme cardiaque. Qu’il aurait dû essayer de rassembler les moindres éclats de professionnalisme restants. Mais il n’avait aucun moyen de se retenir.
Pas quand il avait l’impression de le faire depuis une éternité avec elle.
— Combien de fois je dois te dire que tous les hommes ici te désirent !
— Pas toi !
Roman n’avait jamais crié sur un client auparavant. Mais Suzanne avait cessé d’être seulement une cliente presque depuis le début. Et qu’il le veuille ou non, il n’était pas seulement son garde du corps non plus. Il avait toujours été trop près des limites avec elle. Plus près de passer de l’autre côté que jamais auparavant.
Il devait se retirer. Trouver un autre garde du corps pour le remplacer. Partir sans jamais se retourner. Sortir toute pensée de Suzanne de sa tête – et le désir hors de son corps – pour toujours.
Mais il ne le pouvait pas. Pas quand la femme la plus intelligente au monde semblait croire quelque chose d’aussi stupide. Complètement idiot.
— Tu rigoles ? Bien sûr que je te désire. C’est le cas depuis que j’ai posé les yeux sur toi. Ta bouche, ton esprit, ton corps… Tout chez toi est irrésistible.
Il ne pouvait empêcher les mots d’affluer.
— C’est pourquoi je m’acharne à rester ton garde du corps. Parce que tu as besoin de quelqu’un pour veiller sur toi, quelqu’un pour s’assurer que tu ne finisses pas avec le mauvais mec. Un comme moi qui ne te mérite pas.
Il était à bout de souffle comme s’il avait fait un tour de piste.
— Mais ne pas t’embrasser est la chose la plus difficile que j’ai faite.
Il n’avait pas réalisé à quel point elle était devenue immobile avant de se taire. N’avait pas compris avant qu’il ne soit trop tard que ses aveux avaient transformé la lueur dans ses yeux, passant de la colère au désir.
— Fais-le.
Alors que lui n’avait pas pu moduler sa voix pour qu’elle ne soit pas un rugissement, la sienne était à peine plus qu’un murmure.
— Embrasse-moi, Roman.
Elle se lécha les lèvres et se rapprocha.
— Pour que je puisse en connaître les sensations.
Elle baissa son regard vers ses lèvres.
— Connaître le goût que tu as.
À chaque instant depuis le soir dans la galerie d’art où il avait commencé à travailler pour elle, il s’était battu. Contre son désir pour elle. Pour se rappeler toutes les raisons pour lesquelles il ne pouvait pas l’avoir. Pour se convaincre qu’il ne devait pas franchir les limites entre un garde du corps et son client.
Mais ce soir, après un mariage chargé du genre de romance qu’il pensait impossible, après avoir vu Suzanne si proche de sa famille, après avoir été dévoré par la jalousie en la regardant danser avec un autre homme, il ne pouvait plus continuer.
Pourtant, alors qu’une de ses mains se glissait dans les cheveux de Suzanne et que l’autre enveloppait ses hanches, il se laissa aller à tenter une dernière chose.
— Tu vas le regretter.
— Non, ça ne sera pas le cas.
Elle était à bout de souffle. Excitée.
— Tout ce que je veux, c’est que tu m’embrasses.
Comme il le voulait aussi. Et pourtant, maintenant qu’elle était enfin dans ses bras et qu’il la touchait, il ne put que lui caresser la joue. Il voulait mémoriser les accrocs dans sa respiration quand cette dernière s’accélérait.
— Tu es magnifique, Suzanne.
Il respira son parfum doux et épicé.
— Si belle que je ne peux arrêter de te regarder ni arrêter de vouloir te toucher alors que je sais que je ne le devrais pas.
Elle le toucha aussi, posa ses mains sur ses biceps, puis les laissa courir sur ses épaules et son dos. Ses muscles frémissaient sous son contact.
— C’est toi qui es beau.
Elle posa une main sur ses abdos qui se tendirent sous ses doigts.
— Une œuvre d’art.
Elle se lécha les lèvres.
— Je n’ai jamais désiré quelqu’un comme je te désire. Je n’ai jamais fait ce genre de rêve avec quiconque, sauf toi. Fous. Sexy. Tu ne sais pas à quel point je te désire ardemment le matin, et savoir que je ne peux pas te traîner dans ma chambre et rendre ces rêves réels…
Son gémissement en entendant qu’elle avait des rêves érotiques avec lui fut étouffé quand il caressa sa joue de la sienne. Elle était si douce. Si chaude. Comme si d’être simplement dans ses bras comme ça, était plus que suffisant pour la réchauffer partout.
Il n’avait jamais été aussi fasciné par quiconque, jamais aussi à l’écoute de chacun des battements de cœur d’une femme, à chacune de ses respirations, à la manière dont son corps fort et agile tremblait contre le sien quand elle pressait ses courbes appétissantes encore plus contre lui.
Enfin, il posa ses lèvres sur elle, déposant le plus léger des baisers contre la courbe de son oreille. Elle ronronna et elle posa ses mains autour de ses hanches pour attraper la laine noire de son pantalon et sentir les palpitations de son excitation contre son ventre.
Le petit bois s’enflamma quand il se saisit enfin de sa bouche avec la sienne et la dévora. Et elle le dévora en retour, deux âmes affamées prenant enfin le baiser dont ils avaient tellement envie.
Elle avait le goût des rayons du soleil.
Du péché.
De la plus douce des gourmandises au monde.
Roman n’avait jamais cru que le temps puisse s’arrêter, que la Terre pourrait changer son axe, que toute sa vie pouvait changer en un instant. Pas avant ce baiser, quand le plaisir d’être avec Suzanne était la seule chose qui comptait. Il avait enfin trouvé sa raison d’être. Toutes les douleurs, les limites qui avaient été entre eux s’effaçaient complètement tandis qu’ils se rapprochaient le plus possible l’un de l’autre.
Roman ne pouvait plus penser. Prévoir. S’arrêter. Rien d’autre que s’abandonner au plus grand plaisir qu’il ait connu, avec rien de plus qu’un baiser de cette femme dans ses bras.
Sa bouche était un cadeau, un qu’il voulait passer des heures à explorer. Des jours. Des semaines. Il ne put s’empêcher de laisser courir ses lèvres sur sa mâchoire pour y lécher la peau sensible de son cou.
La toucher, la goûter comme si elle représentait bien plus que ce qu’il pensait pouvoir vivre. Mais maintenant que son désir refoulé commençait enfin à jaillir des fissures de sa maîtrise de lui-même, les digues étaient sur le point de rompre. Une poignée de baisers parfaits n’étaient pas suffisants pour satisfaire sa faim d’elle. Il en voulait plus. Avait besoin de plus.
Tellement plus quand elle dit :
— Je ne serai jamais rassasiée de toi.
Il perdit définitivement le contrôle et tendit les mains pour atteindre l’arrière de sa robe.
Trouvant facilement la fermeture éclair, il la sentit frissonner quand il la fit descendre le long de son dos, le bout de ses doigts effleurant sa peau douce. Puis la robe tomba, et elle fut nue devant lui. Il y avait assez de rayons de lune passant à travers les arbres pour qu’il puisse voir qu’elle portait à peine une culotte.
Des talons.
Rien d’autre.
Suzanne ne se montra pas timide quand il dévora son corps nu des yeux et elle ne se mit pas à prendre la pose comme tant d’autres femmes. Elle resta simplement là, le laissant la dévorer des yeux.
Elle le laissa tendre les mains vers ses seins comme un homme possédé.
Le laissa prendre les doux renflements de son corps dans ses grandes mains.
Laissa le bout de ses doigts rugueux effleurer ses mamelons tendus.
Le laissa abaisser sa bouche et sa langue pour la parcourir.
Le laissa faire pleuvoir des baisers sans fin sur un sein puis l’autre, pendant qu’elle s’arquait sous ses mains et sa bouche. Elle murmurait son nom et emmêlait ses doigts dans ses cheveux pour le maintenir près d’elle.
Il voulait se mettre à genoux devant elle. Voulait vénérer chaque centimètre de son corps. Voulait retirer les derniers morceaux de tissus qui lui cachaient le reste de son corps. Voulait presser des baisers torrides entre ses cuisses jusqu’à ce qu’elle ne fasse pas seulement que murmurer son nom, mais le crie.
Il était parti si loin et était déjà à moitié engagé dans cette voie, déposant des baisers sous ses seins, ses côtes et la peau délicieuse au-dessus de son nombril, les genoux presque au sol, une branche craqua sous un de ses pieds. Assez fort pour percer le désir qui l’avait rendu aveugle à toute raison, à tout bon sens.
Mais que faisait-il ?
La question se répercuta en lui et il revint enfin à la raison. Assez pour se rendre compte que non seulement il embrassait Suzanne, mais qu’il lui avait retiré ses vêtements à l’extérieur, juste à côté d’un mariage de célébrités où n’importe qui pouvait sortir et les surprendre.
Il avait dit à ses frères : elle est en sécurité avec moi. Je ne laisserai rien lui arriver. Mais il venait seulement de tourner en dérision ses promesses.
Il avait promis de la protéger.
Au lieu de ça, il avait presque ruiné sa réputation.
OceanofPDF.com