Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)

Chapitre Vingt-Et-Un

 

Quand Roman rattrapa Suzanne au mariage, il avait repris son attitude sans émotion de garde du corps, essayant de faire comme s’ils ne s’étaient jamais embrassés. Il gardait ses yeux sur elle, tout en gardant ses distances.

Elle avait toujours été fière d’être le genre de femme parlant d’une façon raisonnable pour sortir d’une situation difficile plutôt que de tempêter. Mais si elle allait vers Roman tout de suite, elle allait soit lui donner un coup de poing ou l’embrasser. Ou les deux ! Elle ne regretterait pas un autre baiser… Mais elle regretterait peut-être de le mettre au tapis devant tout le monde.

Un groupe de ses cousines de la côte ouest parlaient ensemble près de la tonnelle rose. C’était toujours amusant d’être avec elles et Suzanne se sentait aimée en leur compagnie. Elle en avait besoin plus que d’habitude ce soir. Elle se dirigeait vers elles quand Buck Elroy l’intercepta.

— Je te cherchais. Veux-tu toujours boire un verre avec moi ?

Elle l’avait complètement oublié. Elle ne lui avait pas accordé la moindre pensée depuis que Roman et elle étaient partis dans les bois.

Se sentant mal de la manière dont elle l’avait traité, elle dit :

— Je suis heureuse d’avoir appris à te connaître, et je me suis bien amusée en dansant avec toi, mais je ne voulais pas te donner une mauvaise impression. Même si je n’aurais pas la prétention de croire que je peux t’intéresser le moins du monde.

— C’est le cas.

— Oh.

Cela la souffla assez longtemps pour réaliser que Roman avait eu raison. Si elle avait été partante pour une histoire le temps du mariage, Buck était plus que partant pour la rejoindre.

— Alors le fait est…

Elle ne put s’empêcher de regarder Roman qui était debout près de la fontaine et fusillait tout le monde du regard. Surtout Buck.

— Je ne suis pas réellement sur le marché.

Parce que même si elle et Roman étaient à la croisée des chemins, elle ne se détournerait pas de ses sentiments pour lui.

— J’aimerais essayer de te faire changer d’idée, Suzanne.

Buck était adorable. Elle savait comme les relations hollywoodiennes pouvaient être difficiles, mais elle espérait qu’il trouverait une femme merveilleuse avec qui être, comme Smith avait Valentina.

— Je suis désolée, Buck.

Elle n’avait pas le sentiment qu’il laissait beaucoup de choses l’abattre, mais ce soir, il s’inclina simplement et lui donna un baiser sur la joue.

— Cet homme a de la chance.

Buck venait à peine de s’éloigner quand les membres féminins de sa famille lui firent signe d’approcher.

— Crache le morceau, dit sa cousine Lori à la seconde où Suzanne s’assit.

Elle avait retiré ses talons et se détendait sur les canapés extérieurs avec une tasse de thé pendant que la nuit défilait. La peau de Lori brillait de sa grossesse qu’elle portait si bien, comme tout le reste d’ailleurs.

La jumelle de Lori, Sophie, hocha la tête. Elles étaient belles toutes les deux, mais aussi différentes que possible. Lori était toujours en mouvement là où Sophie réfléchissait toujours avant de prononcer le moindre mot et était toujours heureuse de passer des heures avec un livre. Leur surnom – Vilaine et Gentille – leur allait à la perfection. Le mari de Sophie, Jake, avait emmené leurs jumeaux de trois ans pour les mettre au lit depuis un moment.

— Habituellement, tu sais que je dirais à Lori de la fermer, mais je meurs d’impatience de savoir ce qu’il se passe entre toi, Buck Elroy et ton garde du corps. Même maman est intriguée par ton triangle amoureux, non ?

Mary Sullivan parut un peu coupable.

— Désolée, chérie.

Mia arriva, la curiosité brillant dans ses yeux.

— Êtes-vous en train de questionner Suz sur tous les hommes qui la désirent ?

Quand Lori hocha la tête, elle se tourna vers Suzanne.

— Je n’ai pas raté la meilleure partie, hein ? Dis-nous tout. Sérieusement, ne laisse rien de côté.

Suzanne grogna presque à voix haute.

— Premièrement, il n’y a absolument rien avec Buck. Il est gentil, mais je ne suis pas intéressée.

— Bien sûr que tu ne l’es pas, dit Mia. Je veux dire, Buck Elroy est bel homme, mais je te jure, je pourrais tuer Ford pour ne pas avoir dit qu’il connaissait un garde du corps aussi exceptionnellement beau, sans parler que Roman travaille pour toi. Alors… Il se passe quoi entre vous deux ?

— Tout ce que je sais, dit Suzanne, c’est que je ne le voulais pas dans les parages, mais après j’ai comme changé d’idée, puis j’ai pensé qu’on se rapprochait, mais il n’arrêtait pas de reculer… On s’est embrassés ce soir, c’était le meilleur baiser de ma vie, et…

— Le meilleur baiser de ta vie ?

Lori s’éventa.

— Je le savais. Regarde-le.

Elle n’était pas le moins du monde subtile en le lorgnant. Mais elle se dit qu’une femme mariée et enceinte pouvait s’en tirer.

— Comment pourrait-il en être autrement ? Ce qui amène la question suivante : qu’est-ce que tu fais ici avec nous quand tu pourrais échanger plus de baisers torrides avec ton garde du corps super sexy ?

— Parce que juste après m’avoir embrassée, il s’est excusé d’avoir dépassé les bornes et il a essayé de démissionner.

Suzanne essayait de ne pas laisser ses lèvres esquisser un sourire féroce.

— Je ne l’ai pas laissé faire. Et je n’ai pas laissé mes frères le licencier non plus.

— Les frères.

Lori, Sophie et Mia soupirèrent le mot à l’unisson.

— Ne m’en parlez pas, lança Suzanne sans pouvoir retenir son grognement.

— Quand tu étais petite, dit Mary, Alec ne te laissait jamais quitter son champ de vision. Pas pour aller jouer avec ses amis ou te laisser jouer avec les tiens. Il insistait même pour te déposer à l’école et venir te chercher tous les jours.

Elle posa une main sur celle de Suzanne, les doigts toujours élégants et forts même si elle avait plus de soixante-dix ans.

— Il souhaite tellement que tu sois heureuse.

— Je le sais.

Suzanne serra la main de sa tante bien-aimée. Si seulement elle avait pu avoir une mère comme Mary. Elle ne pouvait toutefois pas retourner en arrière et changer les choses. Personne ne le pouvait. Tout ce qu’il lui restait était d’avancer de la meilleure manière possible.

— Alec a été le meilleur grand frère qu’on puisse avoir. Tout comme Harry et Drake. Mais si Roman me rend heureuse et qu’ils refusent de le voir ?

Mary la serra contre elle comme si elle était une de ses filles.

— Depuis que je te connais, tu n’as jamais laissé quiconque se mettre sur ton chemin. Peu importe ce que tu décides pour Roman, je te garantis que nous serons tous à cent pour cent avec toi. Même tes frères. Et si les baisers de Roman sont aussi bien que tu le dis…

Suzanne porta ses doigts à ses lèvres qui picotaient au seul souvenir de ses baisers.

— Ils le sont.

— Bien, répondit Mary avec un grand sourire. À mon avis, toutes les femmes méritent un homme qui sait bien embrasser.

— Amen, tante Mary, lança Mia en levant son verre.

Et alors que les autres femmes se joignirent au toast, Suzanne remercia silencieusement le Ciel d’avoir la meilleure famille au monde.

* * *

Les cousines de Suzanne la raccompagnèrent avec Roman à la maison de son père pour qu’elle puisse offrir un hochet à Lori et des LEGO DUPLO qu’elle avait achetés pour ses jumeaux. Lori, comme c’était à prévoir, harcela Roman tout le long du chemin avec des questions invasives sur ses autres clients. Il était poli, mais ne divulgua rien.

Quand ses cousines partirent, Suzanne se rendit compte qu’elle était complètement épuisée. Trop fatiguée pour essayer de savoir ce qu’il se passait entre elle et Roman – et ce qu’elle voulait faire. Oui, elle voulait qu’il soit son amant. Mais même s’il pouvait oublier ses règles à propos des relations entre un client et un garde du corps assez longtemps pour lui faire l’amour, est-ce qu’une nuit torride avec lui pourrait être suffisante ?

Quand il l’eut raccompagnée à sa chambre, la seule chose dont elle était certaine c’était qu’elle voulait qu’il la serre dans ses bras. Elle savait comment demander un baiser, mais pas ça. Mais quand ils s’arrêtèrent devant sa porte, et qu’elle leva les yeux vers les siens, sombres et sérieux, il le sut. Il ouvrit à peine les bras qu’elle se précipita dedans.

Être proche de lui, le toucher, était comme toujours électrisant, mais quand il lui caressait les cheveux, il y avait aussi du réconfort. Tellement de chaleur et de soulagement qu’elle aurait pu jurer pouvoir s’endormir debout s’il la tenait comme ça.

— Va te reposer, Suzanne.

Sa voix grave la caressa comme elle aurait aimé que ses mains le fassent.

— Je serai là demain matin.

Malgré la manière dont ses frères avaient toujours veillé sur elle, ou peut-être parce qu’ils restaient toujours près d’elle, elle avait passé toute sa vie à prouver qu’elle était solide. À l’épreuve des balles. Mais ce soir, il semblait que Roman voyait en elle. Elle était humaine après tout. Et parfois, on avait besoin de quelqu’un sur qui s’appuyer.

Seul le fait de savoir qu’il ne disparaîtrait pas au milieu de la nuit pouvait lui donner la force de le laisser partir. Prenant une dernière bouffée de son parfum viril, elle se força à quitter ses bras. Mais plutôt que de la laisser partir complètement, il remontra ses mains posées sur sa taille pour prendre son visage.

— Personne n’a jamais pris mon parti comme tu l’as fait ce soir. Je ne voudrais jamais m’interposer entre tes frères et toi, mais je veux que tu saches comme ça compte que tu les aies affrontés pour moi.

Comme elle aimait quand il la touchait comme ça. Quand il la regardait comme si elle l’émerveillait. Ne pouvait-il pas voir qu’il l’émerveillait aussi ?

— Ils ont tendance à oublier de rester rationnels quand ils sont en mode surprotecteur.

Elle voulait dire tellement plus. L’inviter dans sa chambre pour continuer ce qu’ils avaient commencé dans la forêt avec le baiser de toute une vie. Mais Roman ne se pardonnerait jamais de coucher avec elle dans la maison de son père avec ses frères au bout du couloir.

Il était l’une des personnes les plus respectueuses et honorables qu’elle ait rencontrées. Même si elle le désirait réellement, avait besoin de lui, ce ne serait pas juste de lui demander de franchir plus de limites ce soir. Ou de briser plus de ses règles. Surtout quand elle n’avait pas encore bien défini ses propres limites, ses propres règles, le concernant.

Son cœur n’avait jamais été en péril auparavant. Et bien qu’elle clamât n’avoir peur de rien, elle était terrifiée en ce moment.

Il effleura son front d’un baiser quand il retira ses mains.

— Bonne nuit, Suzanne.

— Bonne nuit, Roman.

Quand elle entra dans sa chambre et alluma, elle reconnut à peine la femme qui la regardait dans le miroir de son armoire. Ses yeux avaient-ils déjà été aussi brillants ? Sa peau aussi rougie ? Son expression si pleine de désir ?

En se détournant du miroir, elle défit sa robe et se força à la suspendre plutôt que de la laisser en boule sur le sol en pin verni. Quand elle eut terminé de se brosser les dents, ses yeux étaient presque fermés. Portant seulement ses sous-vêtements, elle se glissa sous les couvertures. Mais le sommeil dont elle avait si désespérément besoin ne vint pas.

Vers trois heures, Suzanne n’en pouvait tellement plus de se tourner et se retourner dans son lit qu’elle enfila un survêtement qu’elle gardait dans l’armoire de sa vieille chambre, pour aller se faire un goûter et se poser devant un nouveau code sur l’ordinateur dans la cuisine. Si elle ne pouvait pas dormir, autant travailler.

Après avoir concocté un sandwich avec le délicieux pain de la boulangerie de Summer Lake, elle se dirigea vers la véranda surplombant le lac. Elle s’était posée sur la balançoire à deux places sous une couverture quand elle vit une ombre se déplacer sur le sable devant la véranda.

Elle se figea, le cœur battant la chamade. Ses frères avaient-ils raison ? Quelqu’un en avait-il réellement après elle ? Quelqu’un qui l’aurait traquée jusqu’au mariage de son cousin dont la nouvelle avait enfin fuité dans le reste du monde ?

Merde, non. Elle n’allait pas rester assise ainsi comme une victime. Elle allait se battre comme une lionne.

Mais avant qu’elle puisse crier ou sauter hors de la balançoire pour donner quelques coups de poing, les rayons de la lune éclairèrent le visage de son père.

— Papa, c’est toi.

Elle se réadossa, la main sur sa poitrine, comme si ça l’aiderait à faire descendre son rythme cardiaque.

— Chérie, je ne voulais pas te faire peur.

Il monta rapidement vers la véranda et se glissa sur la place à côté d’elle sur la balançoire.

— Je n’arrivais pas à dormir, alors je suis allé marcher sur la plage.

Il regarda le sandwich dont elle n’avait pas encore pris une bouchée.

— Tu n’arrivais pas à dormir non plus, hein ?

Elle secoua la tête. Elle montra son assiette.

— Tu veux la moitié ?

— Bien sûr.

Il la prit avant de poursuivre.

— Tu veux parler de ce qui te tracasse ?

Habituellement, elle dirait que tout va bien, qu’elle était debout parce qu’elle avait un souci avec son code. N’importe quoi pour s’assurer que son père ne s’inquiète pas pour elle. Mais elle ne le pouvait pas ce soir. Pas après ce baiser.

Et pas quand elle avait attendu un moment comme celui-là toute sa vie.

Elle posa le sandwich sur une table à côté.

— Je suis confuse.

— À propos de Roman ?

Cela ne devrait pas la surprendre qu’il ait compris, alors que toutes les personnes avec qui elle avait parlé ce soir avaient remarqué les étincelles entre eux. Même Buck, avec qui elle avait dansé la moitié de la nuit, avait immédiatement accepté l’idée qu’il ne pouvait pas se battre contre les sentiments qu’elle éprouvait pour Roman.

Quand elle hocha la tête, son père posa son sandwich sur une autre table.

— Que s’est-il passé ?

Il ne lui avait jamais posé une question aussi directe. Elle espérait que les choses étaient réellement en train de changer entre eux.

— Je ne voulais pas de Roman au début, du moins, pas en tant que garde du corps. Mais j’en suis venu à vraiment l’apprécier et le respecter. Et…

C’était assez étrange de parler comme ça avec son père, mais elle ne voulait pas se retenir maintenant qu’il semblait réellement vouloir recoller les morceaux.

— Alors, il y a une attirance entre nous qui ne part pas, même s’il s’acharne à garder notre relation client/garde du corps strictement professionnelle. Mais bien qu’il soit l’un des hommes les plus honorables que j’ai rencontrés, il s’est passé quelque chose ce soir.

Son père se tendit à côté d’elle tandis qu’elle s’aventurait sur le chemin où elle pouvait en dire trop, mais il ne prit pas tout de suite peur ni ne commença à se mettre en colère comme Alec. Il resta plutôt silencieux, la laissant mettre de l’ordre dans ses pensées. Il lui rappelait Harry, qui n’empiétait jamais sur le silence comme elle ou Alec le faisaient si souvent.

— J’ai empêché Roman de démissionner après qu’il m’a embrassée. Et j’ai empêché les gars de le renvoyer aussi.

Elle avait le cœur au bord des lèvres.

— Je ne supporte pas l’idée qu’il parte. Ou de ne jamais le revoir.

Son père resta encore une fois silencieux pendant qu’elle essayait de comprendre tous les sentiments qui tourbillonnaient en elle.

— Toute ma vie, j’ai été si rationnelle, surtout quand il s’agissait des hommes avec qui je sortais. Mais avec Roman, je ne me suis jamais sentie aussi peu rationnelle. Je me demande presque si le mariage ne m’embrouille pas l’esprit. Parce que même si j’aime tous ces mariages dans la famille, chaque fois que j’assiste à l’un d’entre eux, je ne peux m’empêcher d’avoir envie d’avoir une personne spéciale dans ma vie. Quelqu’un à qui dire ces adorables vœux. Quelqu’un qui voudrait aussi me les dire.

Elle se serait moquée d’elle si elle le pouvait.

— Et si c’était tout ce qu’il y a ? Seulement des désirs post-mariages ?

Comme s’il avait compris qu’elle avait tout dit, son père parla enfin.

— Penses-tu réellement que c’est tout ce qu’il y a ?

— Je ne sais pas.

— Je suis désolé de ne pas avoir toujours été là quand tu étais enfant…

— Papa, tu n’as pas à continuer à t’excuser.

— Je le dois et je le ferai. Mais pour le moment, j’essaie d’être le père que j’aurais dû être depuis longtemps en te rappelant que les mots, je ne sais pas, ne font pas partie de ton vocabulaire. Plus que tous les autres enfants – bien plus que toutes les personnes que j’ai connues – tu ne t’arrêtes pas jusqu’à ce que tu obtiennes exactement ce que tu veux.

Cela la fit réfléchir.

— J’aimerais avoir les idées claires et rationnelles à propos de Roman comme je le suis avec tout le reste.

— L’amour ne fonctionne pas comme ça, chérie.

Elle se retourna si vite pour voir s’il était sérieux qu’elle se rompît presque le cou.

— L’amour.

Le mot sortit presque comme un coassement.

— Tu penses que je suis amoureuse de Roman ?

— Quand tu étais au lycée, tu étais la seule fille plus passionnée par les ordinateurs que les garçons. Je m’attendais à ce que ça change, mais ça n’a jamais été le cas. Pas avant que Roman entre dans ta vie. Parce que je ne t’ai jamais vu regarder comme ça un homme avec qui tu es sorti. Je ne t’ai jamais entendu parler comme ça de l’un d’entre eux. Et je n’ai jamais vu aucun d’entre eux te regarder comme il le fait.

Cela rendrait peut-être son père mal à l’aise qu’elle lui demande ça, mais elle devait savoir.

— Il me regarde comment ?

— Comme s’il ferait absolument tout pour toi. Comme si le soleil et la lune tournaient autour de toi.

Son père esquissa un sourire.

— Comme s’il t’aimait aussi.

Du désir et de la panique s’entrechoquèrent en elle quand son père lui prit les mains pour les serrer fermement.

— J’aimerais que les choses soient différentes pour tes frères et toi. J’aurais aimé que ta mère et moi ne gâchions pas tout. J’aurais aimé vous montrer comme l’amour peut être bon, doux et sain pour que vous puissiez le reconnaître quand vous le voyez.

— Je le vois chez mes cousins. Avec Drake et Rosa.

— Je suis heureux que tu puisses voir que l’amour peut fonctionner. Que tu puisses croire que c’est possible.

— J’ai toujours cru que l’amour pouvait fonctionner. C’est pourquoi j’ai toujours pris soin de m’assurer d’y aller doucement et de penser à tout avec toutes les personnes avec qui je suis sortie. Parce que je veux m’assurer que rien ne pourra aller de travers… comme entre maman et toi. Mais avec Roman… Ce n’est pas ce qu’il se passe. Rien ne va doucement. Et je peux à peine avoir des pensées cohérentes quand il est dans les parages.

Elle ne pouvait plus nier la vérité plus longtemps.

— J’ai peur, papa. Je suis absolument terrifiée de ce que je ressens pour lui – et la vitesse à laquelle ça m’a frappée.

Son père lui serra la main.

— Je sais comme ça peut être terrifiant, mais ça ne veut pas dire que rapide ou irrationnel soit mauvais.

— Ça l’était pour maman et toi.

Elle se sentit désolée en le regardant dans les yeux.

— C’était horrible.

— Oui. Mais tu n’es pas ta mère. Oui, tu as le même grand cœur qu’elle, mais tu n’as jamais été aussi rebelle, tu as les pieds sur terre. Là où elle était anxieuse, tu es confiante. Là où elle était perdue quand elle n’avait personne pour la guider à chaque étape du chemin, tu es une brillante exploratrice, bravant toujours de nouveaux territoires pour les conquérir.

L’émotion submergea son visage et sa voix.

— Si tu aimes Roman et qu’il t’aime, j’espère sincèrement que tu ne laisseras rien ni personne vous empêcher d’être ensemble.

— Ne t’en fais pas, dit-elle avec un rire humide de larmes, je ne laisserai pas Alec me ruiner la vie.

— Je ne parle pas seulement d’Alec.

Son père prit une grande inspiration comme s’il avait peur de dire quelque chose qu’elle ne voudrait pas entendre.

— Je sais que tu aimes tes ordinateurs. Mais crois-en quelqu’un qui connaît les retombées de l’obsession, profite de ton travail. Sois fière d’être la meilleure dans ce que tu fais, mais souviens-toi toujours qu’au bout du compte, l’amour et la famille sont les seules choses qui ont vraiment de l’importance.

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