Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Vingt-Neuf
Suzanne était déjà debout et assise à l’îlot de cuisine de Roman derrière son ordinateur, quand on sonna à six heures trente le lendemain matin.
— On est là pour Suzanne, gronda Alec Sullivan sur le trottoir. Laisse-nous entrer.
À court de vêtements dans le sac qu’elle avait préparé pour le mariage de Smith et Valentina, elle avait décidé de porter une chemise à manches longues de Roman. Elle avait enroulé une de ses ceintures deux fois autour de sa taille et avait remonté les manches jusqu’à ses coudes transformant ainsi la chemise en quelque chose ressemblant à une robe. Une robe qu’il mourait d’envie de lui retirer. Savoir qu’elle portait un de ses boxers sous la chemise ne lui rendait pas la tâche facile pour ne pas la toucher.
Mais si Roman voulait avoir la moindre chance de convaincre sa famille de l’accepter comme petit ami de Suzanne – plutôt que comme le garde du corps qui avait dépassé les bornes – il savait qu’il ne devait pas être surpris en train de la peloter.
Il s’éloigna de la machine à café où il venait de leur préparer une dose de caféine plus que nécessaire. Mais plutôt que d’aller répondre, il posa une main sur Suzanne et il l’enserra par-derrière avant de déposer un baiser sur sa tête.
— Même si tes frères essaient de m’envoyer jusqu’en enfer pour m’éloigner de toi, je n’irai nulle part.
Il lui avait dit exactement la même chose chez son père au bord du lac. Mais c’était à l’époque où il essayait toujours de se convaincre que son je n’irai nulle part concernait seulement son travail pour la garder en sécurité. La vérité était que cela avait toujours eu une signification beaucoup plus profonde. Il était déjà amoureux d’elle, même s’il n’était pas prêt à l’admettre.
Suzanne se retourna dans ses bras.
— Crois-moi, ils ne t’enverront nulle part.
Elle glissa ses mains dans les siennes et ils entremêlèrent leurs doigts.
— Pas quand ils se rendront compte que tu es l’homme qu’ils voulaient pour moi depuis le départ.
Il n’était pas réellement convaincu que ses frères allaient l’accepter aussi facilement, mais puisque Alec, Harry et Drake attendaient en bas, il souleva leurs mains jointes à ses lèvres et les embrassa tour à tour. La sonnette retentit une demi-douzaine de fois rapidement avec des sons menaçants venant d’Alec.
— Même si les laisser entrer avant que mon frère pète un câble serait certainement un bon premier pas, dit-elle en retroussant ses lèvres.
Il la laissa partir à contrecœur pour appuyer sur le bouton déverrouillant l’épaisse porte en métal en bas.
— Montez.
Après avoir ouvert la porte de son loft, Suzanne vint à côté de lui pour lui prendre la main. Bien qu’il sût que l’union de leurs mains serait suffisante pour faire partir Alec en vrille dès qu’il entrerait, il ne recula pas. Il se rapprocha même d’elle.
Elle lui souriait quand sa famille sortit de l’ascenseur, ne semblant pas du tout inquiète de la fureur venant dans leur direction. Ses trois frères, son père et Rosa étaient tous là avec leur ami Calvin, le maire de Summer Lake. Ils étaient tous venus pour soutenir Suzanne.
Comme elle s’y attendait, Alec rugit immédiatement en voyant la main de Suzanne dans celle de Roman. Et quand il réalisa qu’elle portait une de ses chemises en tant que robe, il sembla au bord de l’apoplexie, étant donné que ce n’était pas le genre de choses qu’une femme faisait avec un ami. Seulement avec un amant.
Relâchant la main de Roman, Suzanne attira Alec pour lui faire une accolade avant qu’il puisse donner des coups de poing et elle réussit à le garder dans ses bras tout en saluant les autres d’une brève accolade. Elle avait peut-être dit à Roman qu’elle n’était pas inquiète sur le fait que les choses s’apaiseraient dans la matinée, mais elle ne pouvait ignorer l’éventualité de voir voler des poings.
Dès que le câlin groupé se termina, elle retourna directement dans les bras de Roman. Alec claqua la porte du loft de fureur, mais avant qu’il puisse parler, Roman avait besoin qu’ils comprennent tous ce qu’il aurait aimé avoir eu le courage de dire au lac, ce soir-là sur les quais.
— J’aime Suzanne.
Il s’assura de tous les regarder dans les yeux. Alec, Harry, Drake, Rosa, Calvin. Et surtout le père de Suzanne, qui avait quitté sa maison dans les Adirondacks pour revenir dans une ville qui le hantait pour aider sa fille.
William Sullivan n’avait pas été un père génial. Mais Suzanne l’avait aidé à comprendre qu’il n’avait pas à laisser ses erreurs du passé définir son avenir. Elle avait montré la même chose à Roman.
— Il n’y a rien que je ne ferais pas pour elle, dit-il au groupe. Je donnerais tout. Je combattrais pour elle.
Il n’avait pas prévu de le faire, mais ne réfléchit pas à deux fois pour faire ce qui lui semblait naturel, ce qu’il avait besoin de faire, ce dont elle avait besoin aussi. Roman embrassa Suzanne. Devant tout le monde.
Elle rougit et avait les yeux brillants quand il retira enfin ses lèvres des siennes. Elle lui sourit, un sourire si plein de joie et d’amour qu’il lui retourna le cœur.
— Je ressens exactement la même chose pour Roman, dit-elle à sa famille et ses amis en se blottissant davantage dans le creux de son bras. Nous avons beaucoup de travail à faire pour découvrir qui se cache derrière les attaques des serveurs, les appels et l’incendie. Alors si quelqu’un a quelque chose à dire, j’aimerais qu’il le fasse maintenant. Devant nous deux.
Alec ne perdit pas de temps pour intervenir, venant se mettre devant le visage de Roman.
— Tu es un putain de menteur. Tu as admis ne pas pouvoir changer. Tu as promis de mettre un terme à tout ça pour trouver une personne bien pour Suzanne. Quelqu’un pouvant la traiter comme elle le mérite. Et maintenant, tu as le cran d’être devant nous et nous dire que tu nous as menti ?
Roman ne pouvait reprocher à Alec de l’attaquer de la sorte. Il avait été si perdu au mariage de Smith et Valentina – profondément en conflit non seulement à propos de ce qu’il voulait et de ce qu’il pensait mériter, mais aussi de qui il méritait d’être.
— Je ne vous mentais pas seulement à vous, je me mentais à moi-même. Je mentais pour mes sentiments pour Suzanne parce que j’avais peur de ce que je ressentais. Je ne suis pas fier de mon passé. J’ai mal traité beaucoup de personnes. Pas seulement les gars que j’ai roués de coups sur le ring, mais aussi tous les cœurs de femme que j’ai piétinés sans y réfléchir à deux fois.
— Mais votre sœur n’en fera jamais partie. Elle pense que je mérite d’être avec elle et je vais tout faire pour lui prouver – vous prouver à tous – que je le suis. Tu me faisais confiance, Alec. Si tu peux me faire confiance à nouveau, crois-moi quand je te dis que je ne lui ferai jamais de mal.
Suzanne posa une main sur le bras de son frère.
— Je sais tout, dit-elle doucement. Je connais l’enfance de Roman. Je sais comment il a agi avec les femmes avec qui il a couché. Il ne m’a rien caché – et moi non plus. Je sais que vous êtes inquiets qu’il me brise le cœur, mais vous ne voyez pas que ce qui me le briserait réellement serait de ne pas être avec lui ?
Une palette d’émotions s’afficha sur le visage d’Alec.
— Merde.
Il tira Suzanne hors des bras de Roman pour la prendre dans les siens.
— Je pensais que tu serais moins pénible en grandissant.
— Tu plaisantes ? rit-elle entre les larmes coulant sur ses joues. Les petites sœurs n’arrêtent jamais de contrarier leurs grands frères.
En s’écartant, elle regarda tout le monde.
— Quelqu’un d’autre a un problème avec mon nouveau petit ami ?
Roman avait passé toute sa carrière à protéger les gens, seulement pour donner son cœur à une femme qui ne cessait de le protéger. La vie, commençait-il à réaliser, était amusante de cette manière. Peu importe combien on essaie de garder le cap sur la voie qu’on pense la bonne, parfois il suffit de quelques virages malencontreux pour se rendre compte qu’on est là où on devait être.
Dans le cas présent, cela voulait dire tomber complètement amoureux d’une femme si incroyable qu’il s’émerveillerait toujours qu’elle puisse être sienne.
Drake et Rosa sourirent et secouèrent la tête.
— Officiellement, mentionna Drake, je n’ai jamais eu de vrai problème avec le fait que vous soyez ensemble tous les deux.
— Même chose pour moi, acquiesça Harry. Les histoires comptent, mais comme je le dis à mes étudiants toute la journée, le tout est d’apprendre de ses erreurs pour mieux faire les choses la prochaine fois.
Il lança un regard sérieux à Roman.
— Seulement, pour être clair, cela ne veut pas dire que je te donne le droit de faire des erreurs avec ma sœur.
— Bien sûr que nous ferons des erreurs ! intervint Suzanne. Parce que nous sommes humains.
Elle se tourna vers Roman.
— Mais on s’aimera assez pour avancer malgré ces erreurs commises l’un envers l’autre, non ?
Comme il aimait cette femme.
— Oui.
Quand Suzanne regarda Calvin, Roman comprit qu’en tant qu’ami d’enfance – et membre honoraire de la famille Sullivan, d’après ce qu’il avait compris au mariage – l’opinion de Calvin comptait réellement pour elle.
— Trouver quelqu’un à aimer et se faire aimer en retour, c’est quelque chose. C’est presque le plus grand défi ici-bas. Surtout quand vous êtes tous les deux investis pour faire tout ce qu’il faut pour faire vivre cet amour.
De la tristesse traversa ses yeux pendant une fraction de seconde avant de leur sourire.
— Je suis heureux pour vous, Suz et Roman.
Ce qui laissait le père de Suzanne. Roman savait quel poids avait son approbation et il priait pour qu’ils l’obtiennent.
— Si j’avais été un meilleur père, dit enfin William avec une voix pleine d’émotion, tes frères n’auraient pas eu à intervenir pour veiller sur toi quand je n’étais pas là pour le faire. Mais je suis heureux qu’ils l’aient fait, parce que tu avais trois protecteurs au lieu d’un seul. Et maintenant, je suis encore plus reconnaissant parce que tu as un autre homme prêt à donner sa vie pour toi.
Roman avait accepté il y a longtemps qu’il ne pourrait jamais respecter son père, mais quand Suzanne se jeta dans les bras de William, il fut heureux qu’elle n’ait pas à faire de même. Il savait que son père ne cesserait de travailler pour regagner sa confiance, son amour, peu importe à quel point il devrait se montrer humble et combien ça pouvait être difficile.
Bien qu’Alec ne semblât toujours pas enchanté par la tournure des évènements, il ne semblait pas sur le point de frapper Roman non plus. D’un autre côté, il n’avait pas encore entendu les dernières nouvelles.
— Je ne travaille plus pour Suzanne en tant que garde du corps.
Harry fronça les sourcils, de toute évidence confus.
— Je savais que tu n’allais pas nous laisser te payer et on avait prévu de trouver une autre personne pour la protéger, mais maintenant que tout est dit…
— Elle n’a pas besoin de garde du corps.
Il rit presque devant l’air triomphant de Suzanne.
— Elle vous l’a déjà dit et je vais insister. Suzanne fait du très bon travail pour veiller sur elle. Tout comme vous le faites tous. Les problèmes qu’elle rencontre au travail – avec son téléphone, les serveurs et l’incendie – ne sont pas parce qu’elle est imprudente ou faible de quelconque manière. Elle n’a pas besoin d’un mec musclé pour la suivre partout vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept. Elle a besoin d’épingler ce connard au mur et de montrer clairement à quiconque essaierait de s’en prendre à elle qu’elle ne le supportera pas. Tout comme les personnes qui l’aiment. Je ne travaille plus, mais je vais être à ses côtés, comme vous tous.
William, serrant Suzanne, déposa un baiser sur sa tête. Puis, il regarda ses fils, Rosa, Calvin et Roman. Bien qu’il n’eût pas agi en père de famille depuis très longtemps, il était évident qu’il était prêt à endosser enfin le rôle qui aurait dû être le sien depuis longtemps.
— Allons-y.
Le sourire de Suzanne faisait un kilomètre de long en guidant tout le monde vers la table à manger où elle avait déjà posé les ordinateurs et les tablettes qu’elle avait avec elle dans ses sacs pour le mariage.
— Nous devons revoir trois mois de listing téléphonique, de rapports de serveurs et de faire converger les informations pour voir si des choses étranges apparaissent. Pour les attaques DDoS, j’ai relevé les adresses IP pour trouver les origines de chaque émission depuis le processeur…
Harry leva une main.
— En français, s’il te plaît.
— Désolée. Ce que je dis c’est qu’on doit trouver d’où proviennent les attaques envoyant toute cette nuisance capable de surcharger mes ordinateurs d’entreprise et personnels et qui empêchent le faire mon véritable travail. Alors pour chaque donnée téléphonique et de serveur, si vous pouviez noter la ville et le pays de chaque ligne, j’espère qu’on pourra trouver des indices sur la personne derrière tout ça.
Tout le monde s’assit derrière un écran et Drake laissa échapper un sifflement.
— Il y a beaucoup de lignes.
— Sans déconner, dit Alec. C’est pour ça que je me suis dirigé vers les avions, pas les ordinateurs.
— Maintenant, vous comprenez pourquoi je ne voulais pas passer du temps à revoir toutes ces lignes avant maintenant, mentionna Suzanne au groupe. C’est le travail le plus ennuyeux au monde.
— Un travail que nous sommes ravis de faire, dit Rosa, étant de toute évidence un membre de la famille même si elle n’avait pas encore de bague à son doigt.
Suzanne avait dit qu’une fois qu’on tombe amoureux d’un Sullivan, toute la famille était avec vous. Mais ça allait dans les deux sens – Roman et Rosa étaient aussi complètement avec les Sullivan.
— Merci.
Suzanne semblait plus que reconnaissante.
— Dès que j’aurai appelé le capitaine des pompiers, je vous rejoindrai pour éplucher les données. Si on s’y met tous, avec de la chance, on pourra trouver un mode opératoire avant que nos cerveaux se liquéfient.
Son téléphone vibra sur le comptoir à côté de Roman et ce dernier reconnu le numéro qui s’affichait sur l’écran. C’était celui que le capitaine des pompiers leur avait donné la veille.
— C’est le capitaine. Il lui tendit son téléphone.
— Bonjour, Suzanne Sullivan à l’appareil. Avez-vous des nouvelles ?
Elle écouta sa réponse.
— D’accord, on arrive tout de suite.
Elle raccrocha et regarda Roman.
— Il aimerait qu’on vienne à l’appartement pour voir quelque chose que l’enquêteur a trouvé.
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