Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)
Chapitre Dix-Sept
Roman se tenait près de la piste de danse pendant que Suzanne dansait un slow avec son père. Elle avait dansé sans arrêt avec des membres de sa famille et ses amis depuis que le groupe avait commencé à jouer. Bien qu’il tentât de se montrer discret, il n’avait pas pu détourner les yeux de la manière dont ses hanches remuaient comme si elle était née pour danser plutôt que de programmer des ordinateurs.
Voyant comme elle avait été sensuelle au cours de la chanson précédente, son esprit avait dérivé dans des directions interdites. Là où il serait celui qui le tiendrait dans ses bras. Où il vivrait dans un monde où il pourrait être avec elle. Où il serait assez bien pour elle. Où il mériterait de savoir si elle faisait l’amour avec autant de passion que tout ce qu’elle faisait dans la vie.
Il repoussa cette pensée pour la millième fois pour se reconcentrer sur les bonnes choses – s’assurer que les invités ne faisaient aucun geste suspicieux envers elle. Le tout en surveillant de près Buck.
Au cours des quinze dernières minutes, durant lesquelles la star de cinéma l’avait regardée, Roman ne s’était préoccupé du regard des autres hommes. Il la désirait, c’était une évidence. Après avoir appelé ses détectives privés pour Buck, Roman en savait plus qu’il ne le voulait sur les tendances sexuelles du mec. Rien d’illégal, mais rien dans quoi Suzanne avait besoin de tremper.
Buck Elroy coucherait avec Suzanne après lui avoir passé sur le corps.
Christie semblait un peu stressée tandis qu’elle traversait la piste de danse vers Suzanne et son père. Roman avait appris la veille le rôle majeur joué par William Sullivan dans la préparation de ce mariage. Non seulement il avait construit les structures temporaires sur la plage et la pelouse, mais il s’était aussi occupé de l’illumination et de l’électricité sur tout le site. Après avoir posé une main sur le bras de William pour attirer son attention, Christie pointa la rangée d’ampoules sur le porche de l’auberge. Un des câbles pendait à moitié du plafond.
Roman pouvait facilement supposer que Suzanne disait à son père qu’elle pouvait l’aider à arranger ça, alors qu’il l’encourageait à continuer de danser. À cet instant précis, Buck avança vers eux, pensant de toute évidence que c’était le moment parfait pour s’immiscer.
Jamais de la vie.
Avant que Roman puisse y réfléchir à deux fois, il se tenait devant Suzanne et son père.
— Avez-vous besoin de quelqu’un pour prendre la relève ?
— Oui, Roman.
William posa une main d’avertissement sur son épaule.
— Prends bien soin de ma fille.
Il lui adressa un sourire frôlant la menace.
— Je ne voudrais pas que tu marches accidentellement sur ses orteils.
Cela aurait dû être suffisant pour l’éloigner de Suzanne. Il devait les éloigner de la piste de danse et les emmener dans un endroit plus en sécurité où il n’y aurait aucun contact physique, rien pouvant attiser les flammes brûlant déjà en lui.
Il préféra s’abandonner au désir qu’il ne pourrait pas contenir plus longtemps et l’attira dans ses bras.
Bien qu’il sentît la surprise de Suzanne devant ses gestes impulsifs, dans la rigidité de ses épaules et le haut de son dos, il la sentit rapidement se détendre en posant ses bras autour de son cou et posant la tête sur son épaule.
Comment pouvait-il ne pas l’attirer encore plus contre lui ? Ses courbes et son parfum étaient tous les deux enivrants. Et quand ils se mouvaient ensemble, il savait qu’aucune autre femme ne pourrait être plus parfaite pour lui.
Roman aurait fait n’importe quoi pour arrêter le temps et faire durer cette danse pour toujours. Mais ces quelques précieuses minutes avec Suzanne dans ses bras étaient déjà plus que ce qu’il pouvait penser obtenir.
Quand la chanson se termina, la laisser partir était la dernière chose qu’il désirait. Il put à peine forcer ses bras à lui obéir pour desserrer l’étreinte autour de son corps et s’éloigner d’un pas.
— Reste.
Sa voix était basse dans le vacarme des autres invités, mais il la regardait avec tellement d’intensité qu’il pouvait facilement lire sur ses lèvres. Sa peau avait rougi, ses lèvres étaient humides, elle devait les avoir léchées pendant leur danse.
— Danse encore avec moi, Roman. S’il te plaît.
Tout dans sa vie était clair et net. Il y avait un temps pour tout, le travail et le jeu, et son cœur n’avait jamais été impliqué, il ne s’était jamais attaché. Mais ces lignes précises avaient commencé à devenir floues quand il avait rencontré Suzanne. Et maintenant, même s’ils se trouvaient au milieu d’une piste de danse bondée et entourée de toute sa famille, avec tout le monde comptant sur lui pour la protéger, il pouvait à peine penser assez clairement pour se souvenir qu’ils n’auraient pas dû danser du tout.
Ils ne pouvaient rien avoir du tout.
Il devait s’éloigner de tous ces couples romantiques, de la musique sexy, du cadre à couper le souffle. Il ne pouvait prendre le risque de danser à nouveau avec elle. Pas quand la première l’avait presque brisé au point de le faire devenir amoureux.
— Tu as à peine touché à ton repas et tu dois avoir soif après toutes ces danses.
Il pouvait entendre à quel point il était ridicule en répondant à sa requête en lui disant qu’elle avait l’air assoiffée.
— Pourquoi on n’irait pas attraper quelque chose sur les plateaux d’un des serveurs ?
— Pourquoi tu fais toujours ça ?
Ses joues étaient encore plus rouges maintenant, mais pas après l’effort cette fois-ci.
— Pourquoi recules-tu chaque fois que nous nous rapprochons ? demanda-t-elle un peu plus fort.
Une autre danse, un autre moment de rapprochement comme celui qu’ils avaient partagé sous le kiosque serait tout ce qu’il faudrait pour que Roman fasse plus que l’attirer dans ses bras.
Il la dévorerait sur place.
Il n’avait jamais été aussi près de perdre le contrôle de lui-même et sur ses émotions qu’il avait pris soin de garder sous bonne garde pendant toute sa vie d’adulte. Mais Suzanne le poussait au bord de la folie.
La dernière chose qu’il souhaitait était la blesser, mais il devait enfermer cette attirance et atténuer les étincelles une bonne fois pour toutes. À travers ses dents serrées, il se força à dire à voix basse pour qu’elle soit la seule à l’entendre.
— Parce que je suis ton garde du corps, pas ton petit ami.
* * *
Aïe.
La dernière fois où Suzanne avait eu aussi mal était la fois où elle avait accidentellement heurté un lampadaire. Elle pensait à un problème sur son code plutôt que de regarder où elle allait et elle n’avait pas réalisé qu’elle était tombée avant de se retrouver sur le dos sur l’asphalte. Elle ne s’était rien cassé ce jour-là, mais elle avait eu de belles contusions.
Elle n’aurait aucune marque sur son corps cette fois-ci, mais la blessure que les paroles de Roman avaient faite s’immisçait plus profondément que les bleus qu’elle avait pu avoir lors de sa chute dans le parc.
Elle savait déjà qu’elle entendrait parce que je suis ton garde du corps, pas ton petit ami en boucle quand elle fermerait les yeux. Il l’avait dit comme s’il ne pouvait même pas imaginer être avec elle. Comme si elle n’était rien d’autre qu’une cliente agaçante refusant de comprendre qu’elle dépassait les bornes.
Quand il l’avait pris si soudainement dans ses bras pour danser, elle avait eu l’impression que c’était la chose la plus romantique qui lui soit arrivée. Il semblait submergé par la passion, comme un héros sortit tout droit d’un des films romantiques qu’elle regardait tard le soir après une dure journée, lorsqu’elle avait du mal avec son code.
Maintenant, toutefois, en regardant dans ses yeux sombres et ne pouvant lire aucune trace d’émotion en eux, elle pouvait voir qu’il avait transformé la moindre chaleur qu’il pouvait ressentir pour elle en glace.
Comme tout le monde, elle avait craqué pour des hommes qui eux ne l’aimaient pas au fil des années. Mais elle avait toujours pu repousser ces rejets parce qu’ils venaient d’hommes qui ne signifiaient rien pour elle.
Quand il était question de Roman, par contre, elle ne savait pas comment passer outre le rejet. Elle ne pouvait empêcher ses tripes de faire des nœuds quand elle repensait à la manière dont il s’était éloigné d’elle, sautant dans la direction opposée, pas une seule fois, mais plusieurs fois depuis leur rencontre.
— Suzanne, j’espère que je n’interromps rien.
Elle ne s’était pas rendu compte que Buck était venu vers eux.
— Tu es la danseuse la plus populaire ici, mais maintenant qu’il y a une petite pause dans la file de tes admirateurs, j’espérais pouvoir te voler à ton garde du corps et te convaincre de danser avec moi.
La dernière chose qu’elle voulait était de continuer à danser. Elle voulait retourner dans la maison de son père et se rouler en boule dans son lit.
Non. Non. Elle n’était pas comme ça. Elle n’était pas le genre de femme à s’effondrer à cause de l’amour. Elle n’était pas comme ça mère, merde.
Se forçant à sourire à la star de cinéma, Suzanne dit :
— J’adorerais danser avec toi, Buck.
Elle espérait que ses mots et ses mouvements, en prenant la main tendue de Buck, n’étaient pas aussi rigides qu’elle en avait l’impression. Il était sympa, et il ne méritait pas d’être un pion pendant qu’elle essayait de récupérer de l’estime pour elle-même. Mais parfois, peu importe à quel point on veut être rationnel, juste et gentil, on n’y parvient pas. Elle ne regarda pas Roman et quand elle laissa Buck les entraîner plus profondément dans la foule de danseurs. Elle ne voulait pas lui donner la satisfaction de voir à quel point il l’avait blessée.
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