Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)

Chapitre Trois

 

Suzanne était douée pour ignorer les distractions.

Effacez ça. Elle était un maître en la matière. Une concentration complète et totale l’avait rendue aussi douée pour l’encodage. Elle ne laissait jamais ses plans être influencés. Si elle voulait que le nouveau logiciel sur lequel elle travaillait fonctionne, elle ferait en sorte que ce soit le cas, peu importe le nombre d’heures qu’elle devrait passer devant son ordinateur.

Mais son grand objectif aujourd’hui n’avait rien à voir avec les codes informatiques. Elle cherchait plutôt à se débarrasser de son garde du corps, le plus vite possible. Non seulement parce que l’idée d’avoir un garde du corps était ridicule – mais aussi parce que ce serait réellement difficile de se concentrer sur ce qu’elle devait faire avec Roman montant la garde devant elle. Il était trop grand, trop ténébreux et trop beau pour sa tranquillité d’esprit.

Elle était restée éveillée tard la nuit précédente pour réfléchir à son meilleur angle d’attaque. Essayer de convaincre ses frères que tout cela était ridicule n’allait de toute évidence mener nulle part. Et Roman avait déjà prouvé qu’il était assez fort et intelligent pour gérer sa colère et sa frustration, alors cela ne servait à rien de gaspiller son temps et son énergie à tempêter comme une gamine mal élevée.

Alors, quelle est la seule chose qui provoquerait la démission de Roman ?

Elle avait pratiquement fait un trou dans son plancher à force de faire les cent pas pour trouver la réponse. Et aussi pour évacuer l’irritation d’avoir été attirée par lui. Chaque fois qu’elle pensait à sa réaction – celle d’en avoir l’eau à la bouche dès qu’il était entré dans la galerie –, elle était encore plus en colère contre elle-même.

Vers deux heures du matin, elle avait sombré dans un sommeil agité, seulement pour rêver de lui à la seconde même où elle avait laissé son esprit aller. Ses rêves tournaient autour de parties de sexe torrides et incroyablement acrobatiques, et elle s’était réveillée en sursaut avec son alarme de dix heures, encore plus irritée qu’elle ne l’avait été le soir précédent.

De tous les gars pour lesquels elle avait ressenti quelque chose, de tous les mecs dont elle aurait pu rêver, pourquoi l’avoir choisi lui ?

Elle entrait dans la douche quand la solution à son problème la frappa, comme tant de réponses lui venaient quand l’eau chaude coulait sur elle. Puisque Roman semblait proche de ses frères, il devait savoir qu’ils le tueraient s’il tentait quelque chose avec elle. Alors si elle ne parvenait pas à effrayer son garde du corps avec la raison ou la colère, elle réalisa soudainement qu’elle avait un bon point pour elle.

Le sexe.

Suzanne savait qu’elle n’était pas la femme la plus normale au monde, compte tenu de ses tendances à être accro au boulot, elle n’avait pas beaucoup d’occasions de sortir. Mais cela ne voulait pas dire qu’elle ne reconnaissait pas une attirance quand elle la voyait brûler dans les yeux d’un homme. La veille dans la galerie, elle était certaine que les étincelles n’avaient pas jailli seulement de son côté. Roman les avait ressenties aussi.

Elle n’avait jamais utilisé ses artifices féminins pour obtenir quoi que ce soit dans sa vie. Son esprit avait toujours été son meilleur outil. Mais des problèmes drastiques avaient besoin de solutions qui l’étaient tout autant. Aussi drastique que de rendre le garde du corps dont elle n’avait jamais voulu, mal à l’aise en mettant de l’attirance sexuelle entre eux, au point qu’il n’ait pas d’autre choix que de démissionner.

Une fois Roman parti, elle ne s’inquiéterait pas de renvoyer tous les remplaçants que ses frères pourraient lui envoyer la queue entre les jambes dès l’instant où ils la rencontreraient. Très peu de personnes auraient pu tirer la corde sensible comme l’avait fait Roman la veille, quand il lui avait parlé de la façon dont ses frères se souciaient d’elle.

Se sentant bien mieux maintenant qu’elle avait un plan réalisable, Suzanne sortit de la douche, s’enveloppa dans une serviette et ouvrit son armoire. Elle n’était pas particulièrement friande de beaux vêtements, mais quand ses cousines Lori et Mia venaient lui rendre visite de San Francisco ou Seattle, elles la sortaient toujours de son bureau pour faire les plus belles boutiques en ville. Ce n’était pas suffisant qu’elle leur tienne compagnie pendant leurs séances. Elles insistaient aussi pour qu’elle essaie les robes et les talons dispendieux qu’elles choisissaient pour elle. Elle avait appris assez tôt que c’était plus facile de leur faire plaisir plutôt que de soutenir qu’elle n’avait pas besoin de nouveaux vêtements. Bien qu’habituellement elle portât un jean sombre et un t-shirt pour aller au travail, grâce à ses cousines, elle avait de très beaux ensembles quand elle en avait besoin. Et le fait était que toutes les belles robes et les chaussures qu’elles l’avaient persuadée d’acheter, avaient été pratiques au cours des cinq dernières années, avec tous les mariages dans la famille et les fêtes de naissance.

Mais elle ne cherchait pas quelque chose de joli aujourd’hui. Elle voulait quelque chose de carrément sexy. Inapproprié serait presque mieux.

Elle savait exactement lequel serait parfait.

Pourtant, elle se retrouva à hésiter en prenant la robe ajustée violette que Lori l’avait persuadée d’acheter, même si elle savait qu’elle ne la porterait jamais en dehors de la boutique d’essayage de la boutique. Même si elle ne devait pas se sentir coupable de contrecarrer les projets de ses frères, de vouloir lui imposer un baby-sitter, une part d’elle l’était quand même. Roman avait raison quand il avait dit qu’ils voulaient seulement ce qui était le mieux pour elle, même si leur manière de le montrer n’était pas très avisée.

Suzanne se força à repousser sa culpabilité. C’était sa vie et elle voulait la vivre exactement comme elle l’entendait. Surtout qu’elle savait que ses frères ne réagiraient pas très bien si leurs situations étaient inversées. Ils repousseraient ses inquiétudes comme on chasse une mouche bourdonnant près de son oreille. Les hommes.

Retirant la robe de son cintre, elle prit son courage à deux mains pour l’enfiler avec les talons hauts ouverts que Mia lui avait pratiquement imposés avec. En se tournant devant le grand miroir, Suzanne émit presque un petit cri de surprise.

Elle avait oublié que la soie était si fine et épousait ses formes comme un film plastique. En plus, elle était assez courte pour qu’elle doive faire attention à ne pas donner un aperçu de sa petite culotte quand elle s’assoirait. Suzanne ne cherchait pas délibérément à cacher ses formes, mais elle les mettait rarement en valeur comme ça. Prendre l’ascenseur comme ça pour descendre de son appartement et aller sur le trottoir serait étrange.

Mais avec de la chance, si elle jouait la carte de la fausse séduction correctement, Roman cèderait avant elle. Surtout que de marcher avec ces talons trop longtemps la ferait certainement boiter.

Avec précaution, elle se dirigea vers le tiroir où elle conservait son maquillage rarement utilisé et son sèche-cheveux. Bien qu’elle attachât habituellement ses cheveux en queue de cheval et ne prenait pas la peine de mettre du blush ou du mascara, elle ne s’engageait jamais à moitié dans un projet. Soit elle faisait les choses bien, soit elle ne les faisait pas du tout.

Quand elle eut terminé de se sécher les cheveux et de se maquiller, elle se reconnut à peine. Quand elle entrerait dans le siège de Sécurité Sullivan dans une heure, ses employés la dévisageraient et se demanderaient si elle avait perdu un boulon.

Mais tout cela en vaudrait le coup si elle atteignait son but : exciter suffisamment Roman pour qu’il ait peur de perdre l’amitié de ses frères et la laisse enfin tranquille.

Étrangement, après avoir avalé son petit-déjeuner et transféré son ordinateur portable de son vieux sac en cuir dans un tout neuf qui lui avait été offert par un de ses cousins dans le Maine, elle avait presque hâte de se retrouver face à face avec Roman.

Serait-il un bon adversaire ? Ou allait-il s’effondrer aux premiers signes de difficultés ?

Son instinct lui disait que les choses penchaient vers le bon adversaire.

* * *

Un juron après l’autre défila dans la tête de Roman quand Suzanne sortit de son appartement et qu’il put respirer son délicieux parfum.

Merde. Il devait arrêter de remarquer comme elle sentait bon. Et il devait absolument arrêter d’être bouleversé par sa beauté.

Elle était déjà une bombe la veille dans son jean noir et ses bottes, et il avait assez travaillé dans la sécurité, dans le monde de la technologie, pour supposer qu’elle devait se rendre tout droit à son bureau. Mais il avait peut-être tort, parce que ce matin, elle s’était enveloppée d’un morceau de tissu qui lui faisait ressortir les yeux de la tête, comme dans les dessins animés.

Il ne savait pas où regarder. Ou plutôt, où ne pas laisser s’attarder son regard.

Grande et toute en courbes, Suzanne n’était vraiment pas le genre de geek un peu frêle. Si on lui demandait de décrire la femme parfaite, elle serait juste en face de lui.

Ses longs cheveux bruns ressemblaient à de la soie le long de son dos et sur sa poitrine. Il salivait et déglutit péniblement quand il détourna le regard de ses superbes seins… Seulement pour être frappé par la vue de ses jambes fermes et longues à n’en plus finir.

— Bonjour.

Ce simple mot s’échappa de ses lèvres d’une manière qui lui rappela la confiance innée de ses frères. Des frères qui le réduiraient en miettes s’ils savaient qu’il avait des pensées sexuelles en pensant à leur sœur.

Quand il parvint enfin à ramener son regard vers le sien, la commissure de ses lèvres était relevée d’un côté, comme si elle savait exactement à quoi il pensait malgré ses efforts pour lui cacher.

— Prêt à partir ?

Son ton était étonnamment joyeux. Mais elle n’avait pas pu changer d’idée et rejoindre le point de vue de ses frères aussi rapidement. Pas alors qu’elle avait été aussi furieuse la veille. Malheureusement, son esprit était si embrouillé par sa simple présence qu’il ne parvenait pas à trouver pourquoi elle était différente ce matin.

Lui offrant un sourire strictement professionnel, il lui montra l’ascenseur.

— Après toi.

Il réalisa trop tard qu’il aurait dû éviter le sourire. Parce que, quand elle fit de même, pour la première fois de sa vie il eut le souffle coupé, seulement en se tenant dans un couloir. Il pouvait escalader une montagne sans réellement suer, mais son sourire était éblouissant.

De la distance. Il devait garder de la distance entre lui et sa nouvelle cliente. Mais il avait été embauché pour faire tout le contraire. Là où Suzanne allait, Roman devait aller aussi. Peu importe comme leur proximité pouvait le mettre dans tous ses états.

Quand l’ascenseur arriva et qu’ils y entrèrent, il était réellement conscient du peu d’espace de la cage. Elle ne sentait pas seulement bon, son parfum était à se lécher les babines.

Un autre filet de juron défila dans sa tête. C’est assez. Il était professionnel. Il était temps d’agir en tant que tel à nouveau.

Dans une situation normale entre un client et son garde du corps, ils se seraient déjà assis ensemble pour détailler les menaces contre elle. Mais dans le cas présent, puisqu’elle avait été claire sur le fait qu’elle ne voulait pas de lui, il avait décidé qu’il serait plus sage de reporter cette conversation à un moment où elle serait plus réceptive.

— As-tu bien dormi ? demanda-t-il pour démarrer la conversation de manière inoffensive.

— J’ai travaillé quelques heures, mais j’ai fini par aller me mettre au lit.

Elle ronronna presque le mot lit, ce qui remit ses neurones en surcharge.

— Quand je me suis réveillée ce matin, j’avais une bonne idée pour atteindre mon plus gros objectif.

Bien que sa concentration fût uniquement monopolisée pour rassembler ses esprits – et son corps – loin de la pensée de Suzanne se glissant nue entre ses draps, il dit :

— On dirait que tu as pris un bon départ.

— Oh, oui, dit-elle d’un ton légèrement rauque qui le traversa comme une gorgée du plus fin des whiskys. J’ai un bon pressentiment. Les choses devraient bien se passer aujourd’hui.

Elle se lécha la lèvre inférieure, la laissant comme si elle venait d’être embrassée.

— Sur tous les fronts.

Se forçant à repousser toute idée de l’embrasser, il enchaîna :

— J’aimerais que tu me donnes tes projets pour la journée.

Ils sortirent de l’ascenseur, traversèrent le hall et arrivèrent sur le trottoir où elle leva son bras pour héler un taxi. Il trouvait intéressant qu’une femme ayant autant de succès que Suzanne louât un appartement à son cousin et prenait un taxi pour aller travailler. N’importe qui d’autre dans sa situation aurait une maison valant plusieurs millions de dollars avec du personnel pour faire le ménage et la cuisine, et aurait un chauffeur à temps plein qui exécuterait ses moindres désirs. C’était presque comme si tous les pièges de la richesse et du pouvoir n’avaient aucun sens pour elle, et qu’elle était simplement heureuse de se concentrer sur son travail. Si c’était le cas, elle était la femme la plus unique qu’il avait rencontrée – il n’avait jamais vu une femme qui n’avait pas l’esprit retourné par l’argent et le pouvoir.

— J’ai une réunion avec mes investisseurs ce matin, et je vais essayer différentes choses avec le nouveau logiciel sur lequel je travaille.

Le taxi s’arrêta en dérapant devant eux et quelques instants plus tard, elle se glissa sur la banquette arrière. Seul un moine aurait pu ne pas remarquer la manière dont sa robe à peine présente se resserrait sur ses hanches et remontait sur ses cuisses quand elle s’assit. Il serra assez les dents pour se casser une molaire quand il s’installa à côté d’elle.

Si seulement elle pouvait redescendre sa robe. Mais elle ne semblait pas se rendre compte qu’elle montrait plus de peau que si elle portait un short.

Si c’était ce qu’elle portait pour aller travailler, que pouvait-elle mettre pour sortir ? Il pria pour qu’elle n’ait pas trop de soirées chaudes pendant qu’il travaillerait pour elle. Il ne voulait pas couper la gorge de trop de mecs pour avoir osé la toucher.

En pensant à tous les hommes qu’il devrait s’obliger à ne pas réduire en miettes au cours des prochaines semaines – ou mois – pendant qu’il serait son garde du corps, il eut du mal à ne pas laisser échapper un grognement.

— Après ça, vas-tu continuer ta journée au gré du vent ?

Elle hocha la tête.

— S’il y a des urgences avec mes employées ou mes clients, je vais m’en occuper. Et ensuite, j’ai une réunion avec Rosa Bouchard et le personnel de son œuvre caritative à vingt heures.

Roman était impressionné que Suzanne dirige une aussi grande et puissante entreprise à seulement trente et un ans. Des investisseurs, des employés, des clients – elle avait tellement de gens à satisfaire. Sécurité Sullivan était l’une des entreprises de technologie les plus prospères au monde.

Pas étonnant qu’elle soit une cible.

— Par contre, poursuit-elle, si tout se passe bien, je vais peut-être essayer de glisser un jogging dans le parc au cours de l’après-midi.

Elle s’arrêta et en voyant son expression, il lui sembla qu’elle venait de se souvenir de quelque chose. Un moment plus tard, elle le regarda à nouveau avant de parcourir son torse des yeux ainsi que le reste de son corps.

— On dirait que tu t’entraînes beaucoup.

Mon Dieu. Elle n’avait même pas besoin de le toucher pour l’emmener à deux doigts de perdre l’esprit. Il avait déjà eu des clients difficiles, mais il ne doutait pas que Suzanne serait la pire de toutes. Il préfèrerait de loin qu’on lui crie dessus ou qu’on le traite comme un chien plutôt que de devoir contenir une attirance impossible. De plus, la plupart de ses clients ne lui posaient pas de questions. Premièrement parce qu’ils n’en avaient rien à faire de lui. Et cela lui convenait. Il n’était pas intéressé à l’idée de se confier à ses clients. Valait mieux garder son passé enterré là où il était.

Mais puisqu’elle attendait visiblement qu’il réponde, il se contenta de :

— Je m’assure de rester en forme pour faire mon travail.

Elle leva un sourcil et même ce simple mouvement était sexy.

— Ta version de rester en forme semble différente de la plupart des gens. Je n’ai jamais vu quelqu’un avec des muscles comme les tiens.

Sa peau rougie, comme si elle n’était pas habituée à dire des choses aussi directement. L’innocence de son rougissement ne correspondait pas à sa tenue du jour ni à la manière dont elle venait de le regarder, comme si elle voulait l’exciter. Suzanne Sullivan était plus mystérieuse qu’il ne le pensait. Une énigme qu’il souhaitait bien trop résoudre.

— Quand as-tu le temps d’aller à la salle de sport si tu suis tes clients tout le temps ?

— Je n’ai pas besoin d’une salle de sport pour rester en forme. Je peux faire tout ce dont j’ai besoin partout où je suis, sans utiliser de poids ni de machine, mais en utilisant le poids de mon corps pour faire résistance.

— J’aimerais apprendre comment tu fais ça. Je suis dans mon bureau pratiquement tout le temps. Et généralement, je ne peux pas en sortir.

Elle sourit à moitié.

— D’accord, je pourrais sûrement partir, mais je ne le veux pas, surtout quand les choses commencent à avancer sur mon code. Et je suis toujours convaincue que ça va arriver d’une seconde à l’autre si j’essaie encore cinq minutes.

Son demi-sourire se transforma en un autre merveilleux sourire lumineux. Il avait essayé de se préparer à l’impact, mais sans réel succès. Chaque fois qu’elle le regardait comme ça, son cœur battait la chamade comme s’il venait de faire un sprint sur une piste d’athlétisme.

— S’il y a quelque chose que je peux faire pour augmenter mon rythme cardiaque pendant que mon code se compile ou que je pense à un moyen de résoudre un bug, ce serait génial.

— Je peux te montrer.

Une seconde. À quoi pensait-il ? La dernière chose qu’il avait besoin de faire était de transpirer avec elle. C’était son sourire. Cela lui embrouillait tellement l’esprit qu’il n’arrivait pas à penser correctement.

Avant qu’il ne puisse revenir sur ce qu’il venait de dire, elle s’exclama :

— Génial !

Son sourire ensoleilla encore un peu plus l’intérieur sale du taxi.

— Alors tes frères avaient raison quand ils disaient que tu travailles tout le temps ?

À la mention de ses frères, son sourire disparu.

— Je te serais reconnaissante de les laisser hors des sujets de conversation. Je ne leur ai toujours pas pardonné pour leur coup bas, sournois, ridicule…

Elle marqua une pause et prit une grande inspiration.

— Désolée, tu me demandais pour mon emploi du temps au travail. Je travaille en effet beaucoup, mais parce que j’aime réellement ce que je fais. J’aime savoir que mes logiciels de sécurité électroniques aident les gens. J’ai toujours l’impression d’avoir un but. Tant que j’ai mon travail, je ne partirai pas à la dérive en ayant l’impression d’être perdue.

Pour son travail, Roman devait s’assurer de porter une attention particulière à tous les indices – à la fois de ses clients et des étrangers autour d’eux. Il ne pouvait rater la passion dans la voix de Suzanne quand elle parlait de son entreprise et le fait d’avoir un objectif. Le choix de ses mots était aussi intéressant, puisqu’il ne pouvait l’imaginer être à la dérive et perdue. Et pourtant, cela semblait être une forme d’inquiétude pour elle.

— Mes frères sont des accros au boulot aussi, dit-elle en oubliant temporairement qu’elle les avait bannis de la conversation. Je suis presque certaine que nous tenons ça de papa. Je présume que tu sais qui il est?

Roman n’acceptait jamais un travail sans avoir fait des recherches sur ses clients éventuels. Puisqu’il avait déjà travaillé avec l’entreprise d’Alec, il connaissait déjà les informations publiques sur les Sullivan.

— Votre père est un peintre célèbre.

— Il l’était. Jusqu’à ce que maman…

Elle prit une inspiration qui fit trembler légèrement sa poitrine.

— Tu es ami avec Alec et Harry depuis assez longtemps pour probablement savoir ce qu’il lui est arrivé, non ?

Ses frères ne parlaient pas beaucoup de leur passé, aucun d’entre eux ne le faisait, ce qu’appréciait Roman, puisqu’il n’avait pas l’intention de partager le sien avec quiconque maintenant qu’il l’avait laissé derrière lui. Mais celui de Suzanne n’était pas quelque chose pouvant être caché, pas quand son père avait tellement fait sensation à l’international qu’il avait fini en couverture du magazine Time.

Roman et Suzanne avaient tous les deux grandi sans mère. Mais alors que le père de Roman avait mis sa mère à la porte pour lui avoir menti et l’avoir trompé, Roman avait appris sur Wikipédia que la mère de Suzanne avait mis fin à ses jours alors qu’elle n’était qu’une enfant.

— Je suis vraiment désolée, Suzanne.

— C’était il y a longtemps. Je la connaissais à peine quand elle est partie.

Le chauffeur s’arrêta devant un gratte-ciel et il put voir le soulagement sur son visage quand elle put enfin abandonner ce sujet.

— On est arrivés.

Il avait payé le taxi avant qu’elle puisse le faire, et quand il sortit de la voiture, il lui tendit naturellement la main. Il ne réalisa son erreur que lorsqu’elle posa sa paume contre la sienne. Cela aurait pu être qu’une fraction de seconde électrique si un de ses talons ne s’était pas coincé dans le trottoir inégal.

Elle tomba sur lui et elle pressa ses formes contre ses muscles fermes. Ce fut presque suffisant pour qu’il oublie.

Oublie comment faire autre chose que de la regarder dans les yeux.

Oublie qu’elle était la définition même de l’interdiction.

Oublie qu’il était incapable de mettre une femme dans son lit sans la laisser le lendemain matin.

Oublie tout sauf combien il la désirait. Plus qu’il n’avait jamais désiré quelqu’un dans sa vie.

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