Pour un corps à cœur: La Famille Sullivan, New York, tome 2 (French Edition)

Chapitre Vingt-Trois

 

 

Roman n’avait jamais vu Suzanne comme ça. Malgré ses mots furieux, et la conviction du garde du corps sur le fait qu’elle allait l’emporter, elle était sans aucun doute en état de choc tandis qu’il les conduisait à son appartement. Il lui tint la main tout le temps sans jamais vouloir la laisser partir.

Il voulait réduire en miettes toute personne étant responsable de l’avoir rendue si pâle et silencieuse, il voulait faire payer cet individu pour avoir causé ne serait-ce qu’un moment de stress à Suzanne. Elle avait déjà plus qu’assez à gérer entre son entreprise, son travail bénévole et sa grande famille. Elle n’avait pas besoin de stress supplémentaire. Surtout pas un garde du corps qui s’était trop rapproché. S’était trop attaché.

Il avait prévu de la convaincre d’accepter un autre garde du corps pendant leur trajet de retour, mais elle avait travaillé si dur qu’il n’avait pas eu le temps de parler. Et quand ils avaient vu les camions de pompiers devant son appartement, Roman avait accepté qu’il ne pourrait pas la quitter avant d’avoir neutralisé la menace.

Il venait tout juste de la déposer sur son canapé avec un grand verre de vin quand elle dit :

— Ne dis rien à mes frères et mon père pour le moment.

— Ils doivent savoir.

— Oui. J’ai seulement besoin d’un peu de temps avant qu’ils s’empressent et deviennent encore plus surprotecteurs et dominateurs que jamais. En plus, ils vont insister pour que je reste chez l’un d’eux. Je ne veux pas te laisser, Roman. Pas ce soir.

Bien que son instinct lui dictât dès le départ d’appeler Alec pour lui parler de l’incendie, Roman comprenait pourquoi Suzanne voulait une nuit pour accepter ce qu’il s’était passé. Non seulement elle devrait être sur le pied de guerre pour gérer les quatre Sullivan – mais il était impossible pour Roman de la laisser dormir chez quelqu’un d’autre ce soir. Et pas seulement parce que son appartement était aussi sécurisé qu’une forteresse.

Il avait besoin de pouvoir la regarder, la toucher, s’assurer qu’elle était en sécurité.

Parce qu’elle était devenue tout pour lui.

— Demain. On leur dira demain.

Bien que ce fût contre ses principes, il ne put pas prendre une autre décision.

— Merci de m’héberger ce soir, dit-elle doucement.

— Plus de mercis, lança-t-il de sa voix bourrue pour mettre de la distance entre eux plutôt que de se rapprocher. C’est ce que font les amis.

Le regard d’espoir sur son visage en entendant le mot amis lui donna envie de la toucher. Mais il savait que s’il le faisait, ça ne s’arrêterait pas à une accolade. Ni à un baiser.

S’il la prenait dans ses bras ce soir, il ne serait plus jamais capable de la laisser partir.

Une ancienne cliente lui avait dit qu’il était un superhéros. Mais Roman ne s’était jamais senti plus héroïque avant cet instant, tandis qu’il utilisait chaque once de maîtrise de lui pour s’éloigner d’elle et entrer dans la cuisine.

Ils ne s’étaient pas arrêtés pour manger sur le chemin du retour et elle avait travaillé avec trop d’ardeur pour grignoter une des collations qu’il avait apportées pour elle. Elle avait besoin de quelque chose pour absorber le vin qu’elle buvait déjà, mais il ne lui demanderait pas si elle avait faim. Après le choc qu’elle venait de subir, elle dirait probablement non, mais s’il pouvait poser de la nourriture devant elle, il pourrait d’une façon ou d’une autre la convaincre de manger.

Roman envoya plusieurs messages à ses enquêteurs pour leur demander de fouiller dans les canaux souterrains de la ville pour voir s’ils pouvaient trouver des informations sur le feu dans l’appartement de Suzanne, puis il sortit de la farine et des œufs pour faire des pâtes fraîches, des tomates et des herbes pour la sauce. Quand il se retourna, il fut surpris de la voir sortir une planche à découper.

— Je m’occupe de préparer le dîner, lui dit-il. Pourquoi ne vas-tu pas t’assoir et te détendre ? Voire même faire une sieste en attendant que ce soit prêt ?

Le regard entêté sur son visage l’aurait fait sourire s’il n’avait pas été aussi furieux – et aussi terrifié – pour elle. Si elle avait été endormie dans son appartement quand le feu était passé de la fumée aux flammes…

Non. Il ne pouvait pas s’aventurer sur cette voie. Il ne pouvait même pas imaginer un monde sans son rire, son intelligence et sa beauté.

— J’ai toujours géré les choses de front, expliqua-t-elle en attrapant une tomate et un couteau à dents. Mais après la dispute avec mes frères hier soir sur le quai et avoir trouvé des pompiers chez moi aujourd’hui…

Elle arrêta de faire des tranches.

— J’ai seulement besoin de quelques heures pour être normale, tu vois. Préparer le repas avec toi. Peut-être regarder un film avec un bol de pop-corn. Tu en as, non ? Oh, attends, de la glace au chocolat serait encore mieux.

Il serra si fort le rebord du comptoir pour s’empêcher de la serrer dans ses bras qu’il fut étonné qu’il ne craque pas.

— Je peux faire en sorte que tu aies de la glace et du pop-corn.

Il ne la laisserait pas seule une seule seconde, bien sûr.

— Il y a un gamin au coin de la rue qui fait des courses pour moi parfois.

Eddie était le fils de quinze ans dont le Roman adolescent avait tellement réduit en bouillie le père qu’il en avait perdu un œil. Roman aidait sa famille de toutes les manières possibles depuis, ce qui incluait de garder un œil sur lui et s’assurer qu’il n’avait pas d’ennuis.

— Je vais lui envoyer un message pour lui dire qu’on a besoin de pop-corn allant au micro-ondes…

— Avec une double dose de beurre.

— Tu le mangerais comment sinon ?

Il était heureux de la revoir sourire. Il était petit, mais c’était un sourire tout de même.

— Quel genre de glace ? demanda-t-il.

— Aussi ressemblant que possible à du fondant au chocolat avec des morceaux.

— Je n’avais pas remarqué que tu aimais les sucreries.

Son sourire s’agrandit.

— C’est parce que je n’étais pas encore prête à te le dire.

Elle était tellement à couper le souffle à sourire dans sa cuisine malgré sa mauvaise journée, que ses doigts cafouillèrent sur l’écran de son téléphone quand il envoya le message à Eddie. L’adolescent répondit si vite que Roman n’eut même pas le temps de poser le téléphone.

— Il est sur le coup. Il dit qu’il sera ici avec les courses dans une dizaine de minutes.

Semblant soulagée de savoir que les gourmandises étaient en chemin, elle trouva son bol à salade en bois, mis les tranches de tomates dedans, puis elle lava le céleri et commença à le couper. Non seulement c’était la première fois qu’une femme s’installait dans sa cuisine comme si c’était la sienne, mais c’était aussi la seule fois où une femme était entrée chez lui, point. Puisqu’il n’avait jamais prévu de laisser une femme rester, il était plus facile de ne pas les laisser venir du tout. Les repas et le sexe se passaient toujours en ville ou chez elles.

Mais avoir Suzanne chez lui semblait tout à fait normal.

Réaliser ça lui rendit la tâche difficile de garder les mains fermes pendant qu’il préparait la pâte.

— Raconte-moi la chose la plus drôle ou la plus étrange qu’il se soit passé dans ton travail, demanda-t-elle.

Bien qu’elle fît de son mieux pour le cacher, il pouvait voir comme elle était toujours tremblante.

— Je promets que je ne répéterai pas cette histoire.

N’importe quel autre de ses clients aurait été en larmes ou écrasé par tout ça. Mais Suzanne n’était pas comme tout le monde. Elle était plus forte. Plus résistante. Et pourtant, en même temps, elle était aussi plus émotionnelle que toutes les personnes qu’il avait connues. Elle était si près de se briser qu’elle cherchait délibérément une chose pour la faire rire à la place.

La vie privée de ses clients était sacrée pour Roman, mais Suzanne ne répéterait rien de ce qu’il pourrait lui dire. Et elle avait besoin de se changer les idées de tout ce qu’il se passait pendant un moment.

— Par le passé, j’ai travaillé pour un prince.

— Un vrai prince ?

Elle semblait impressionnée.

— Oui, un vrai prince. C’était un mec amical, dans la vingtaine, et sa famille m’avait dit que des menaces lui parvenaient par courrier. Mon travail était de le suivre, mais aussi d’intercepter tout paquet qu’on pouvait lui envoyer ou lui donner en main propre, et de les donner ensuite au responsable de la sécurité du palais pour inspection. Ses parents, le roi et la reine, avaient été très clairs, personne d’autre n’était autorisé à voir ce qu’il y avait dans les paquets. Pas même lui.

— Étrange.

— Vraiment étrange.

Quinze ans plus tôt, il était un vrai bleu. Un bleu, mais si heureux de se créer une nouvelle vie qu’il était prêt à prendre à peu près n’importe quel boulot se présentant à lui. Le pire des clients valait mieux que de gagner sa vie avec ses poings dans les combats illégaux où soit tu brisais… soit tu te faisais briser.

— Sa famille faisait vraiment tout son possible à cette époque pour lui trouver une épouse royale.

— Tu arrives à imaginer épouser une personne dans la monarchie ? Je veux dire… Je suis consciente qu’il y a des avantages comme les bijoux et les jolies robes, mais je ne voudrais pas être toujours en alerte.

Roman acquiesça.

— Le mariage est déjà assez difficile sans avoir ce genre de pression. Les bijoux sont assez attirants pour la plupart des gens, par contre.

Suzanne s’arrêta de couper et écarta les doigts.

— Je n’ai jamais pu porter de grosses bagues ou de bracelets parce qu’ils me gênent avec les ordinateurs. Les boucles d’oreilles par contre, c’est une autre histoire. Elle sourit. J’ai toujours été sensible aux rubis, si jamais tu te posais la question.

Roman fut frappé par une image de Suzanne portant des boucles d’oreilles en rubis et rien d’autre. Il pourrait lui en acheter sans problème, l’argent n’était pas le souci. C’était le fait que ce serait tout à fait inapproprié qu’il lui achète des bijoux. Parce que, merde, il n’était pas son petit ami.

La crise au travail et le feu dans son appartement l’avaient forcé à mettre la promesse qu’il avait faite à ses frères en attente pour le moment. Il aurait aimé pouvoir la laisser en attente pour toujours…

— En tout cas, dit-elle, je ne voulais pas interrompre ton histoire.

De quoi parlaient-ils avant qu’il soit entraîné par le rêve éveillé de Suzanne nue dans son lit portant seulement des rubis ? Ah, oui, le prince.

— J’ai intercepté une bonne demi-douzaine de paquets et les ai rendus. Personne ne me disait ce qu’il y avait dedans, mais il était évident que la menace était du plus haut niveau. Le prince participait à différents évènements tous les soirs et je le surveillais de près. Rien ne devait lui arriver sous ma garde.

— Bien sûr que non, remarqua Suzanne comme si cette idée était absurde.

La dernière nuit où j’ai travaillé pour lui, un de ses amis de l’université est venu lui rendre visite. J’ai fait une recherche d’antécédents sur le gars et quand elle est revenue irréprochable, je les ai laissés aller dans une suite privée, avec la valise de son ami.

Il secoua la tête en pensant à sa propre stupidité.

— Je n’ai pas pensé que le sac privé d’un visiteur puisse être un problème. Surtout pas venant d’un ami proche.

— C’est toujours eux qu’on soupçonne le moins, non ?

— C’est souvent le cas, concéda-t-il. Je ne me souviens pas pourquoi j’ai dû les interrompre. Un membre du personnel avait désespérément besoin d’une réponse pour la mère du prince certainement. Mais je n’oublierai jamais ce que j’ai vu.

— Je sais que tu as dit que cela allait être drôle, mais à la manière dont tu racontes cette histoire, je commence à être un peu inquiète maintenant.

— Des paillettes.

— Pardon ?

Elle riait à moitié déjà.

— Viens-tu de dire que tu as trouvé des paillettes dans la pièce ?

— Il s’avère que le prince était fan de paillettes. Il en aurait recouvert le chien de la famille s’il l’avait pu. Heureusement, Fido savait qu’il valait mieux éviter cette aile du palais.

Ils gloussaient tous les deux maintenant.

— Il m’a supplié de ne dire à personne ce que j’avais vu. De toute évidence, les paquets confisqués étaient pleins de paillettes. Sa famille était terrifiée à l’idée que quiconque découvre son fétichisme pour les paillettes avant de lui trouver une épouse, sinon, personne n’aurait accepté l’union.

— Un peu de paillettes entre un mari et son épouse ça peut être amusant, non ? Bien que ça doit dépendre de l’endroit où finissent les paillettes, songea-t-elle avec un petit sourire en coin.

Il grimaça.

— Je peux t’assurer qu’il y a réellement des endroits où tu ne veux vraiment pas en avoir collé.

Quand elle éclata à nouveau de rire, le son était si doux qu’il l’embrassa presque à travers l’îlot de la cuisine. Seule la pâte entre ses mains et le couteau dans les siennes pouvaient l’arrêter.

— Où ?

Son rire embellissait son monde.

— Sur ton visage ?

Il secoua la tête.

— Tes bras ? Tes mains ? Ton torse ?

Il secoua trois fois la tête.

Ses yeux s’écarquillèrent.

— Tu ne l’as pas laissé te mettre des paillettes sous la ceinture, hein ?

Il avait juré d’être six pieds sous terre avant d’admettre ce qu’il s’était passé au palais cette nuit-là. Mais il ferait n’importe quoi pour la faire rire à nouveau.

— Est-ce que j’ai mentionné comme le prince pouvait être persuasif ? Et que j’étais un jeune garde du corps stupide qui ne savait pas à quoi s’en tenir, en particulier quand son client insistait en disant que c’était le seul moyen de le sauver de son obsession ? Il s’avère que les paillettes sont assez petites pour passer même dans les plus petits interstices de tissus. J’en retrouvais encore sur moi des jours plus tard.

Elle riait encore plus fort quand on frappa à la porte. Si Eddie était arrivé seulement quelques minutes plus tôt, Roman aurait pu éviter de lui raconter l’histoire des paillettes. Mais le bonheur de Suzanne valait toutes les histoires idiotes. N’importe quoi pour s’assurer qu’elle ne soit plus en état de choc ni effrayée à nouveau.

— Roman, voilà les courses que tu as d…

L’adolescent ravala le reste de sa phrase quand il vit Suzanne dans la cuisine.

— Waouh. Tu es sexy.

— Eddie.

Roman avait enseigné au jeune de meilleures manières. D’un autre côté, Roman avait eu le souffle coupé aussi la première fois qu’il l’avait vue, alors il supposait qu’il ne devait pas trop en vouloir au jeune pour avoir oublié ses bonnes manières.

— Son prénom est Suzanne, mais tu peux l’appeler mademoiselle Sullivan. Après t’être excusé.

— Pas besoin d’excuses, dit-elle en agitant la main. Nous donner les courses sera plus que suffisant.

Eddie trébucha presque en allant vers elle.

— Deux paquets de pop-corn pour le micro-onde avec une double dose de beurre et le plus gros pot de glace saveur fondant au chocolat, avec éclats de brownie et pépites de chocolat.

Suzanne serra Eddie dans ses bras comme s’il venait de lui apporter la lune dans un sac en papier. Roman ne savait pas s’il devait rire devant les yeux exorbités de l’adolescent… ou l’éloigner de sa femme.

Sans remarquer comme elle avait bousculé le monde d’Eddie – et lui avoir fourni certainement assez de matière pour ses fantasmes pour les dix prochaines années – elle recula, retira le couvercle de la glace et sortit trois cuillères.

— J’ai toujours été du genre à manger le dessert d’abord. À sa première bouchée sucrée, elle ferma les yeux et elle émit un gémissement de plaisir. Mon Dieu, comme il voudrait l’entendre à nouveau – sauf que cette fois, ce serait dans son lit et pendant qu’il lui faisait l’amour.

Eddie prit plusieurs grosses bouchées à la suite et resta bouche bée devant Suzanne comme un chiot en mal d’amour, Roman posa sa propre cuillère.

— Je suis certain que ta mère t’attend pour le dîner.

— Elle me laisserait certainement manger avec vous.

— Désolé, mec, dit Roman, pas ce soir.

Quand les épaules de l’adolescent s’effondrèrent, il savait que Suzanne allait dire qu’un troisième couvert n’était pas un souci. Mais Roman souhaitait qu’elle se détende ce soir, pas qu’elle se sente obligée de faire la conversation avec un gamin de quinze ans, tombé amoureux d’elle d’un simple regard.

— Peut-être la prochaine fois.

— La prochaine fois ? Alors ça veut dire que tu vas revenir ? demanda Eddie à Suzanne. Parce que je n’ai jamais vu de filles ici.

Elle leva les sourcils.

— Jamais ? Pas même une ?

— Non. Roman a cette règle de ne pas faire venir des filles chez lui. Maman dit que c’est étrange. Elle va être super contente d’entendre parler de toi.

— Vraiment ?

Elle lança un regard interrogateur à Roman.

— Alors je suis la première femme à être entrée chez toi ?

— À l’exception de ma mère, clarifia Eddie, mais elle ne compte pas parce qu’elle est mariée à mon père.

— J’espère revenir.

Elle regarda Roman droit dans les yeux. Longtemps. Elle lécha sa cuillère, rendant par mégarde Roman et Eddie un peu plus fous, avant de recouvrir le pot de glace et le mettre dans le congélateur.

— Merci pour les courses Eddie. Et d’être un mec sympa.

— Quand tu veux. À bientôt.

Eddie lança le même regard que Jerry lui avait fait. Un disant : Ne merde pas avec elle, mec.

Comment les gens pouvaient penser que Suzanne était à sa portée, il ne le comprenait pas. Son frère Alec avait raison, il était loin d’être assez bien pour elle. Mais compte tenu des circonstances qui l’avaient poussé à partager son appartement, il allait devoir chercher encore plus loin dans ses ressources pour s’empêcher de l’embrasser comme il l’avait fait au lac. Chaque nuit depuis qu’il avait commencé à travailler pour elle, il avait été bien conscient de sa présence à quelques murs de là. Mais plus tard dans la soirée, quand elle serait dans son lit et lui sur le canapé…

Il ne savait vraiment pas comment il allait tenir jusqu’au matin sans la toucher, l’embrasser, la serrer contre lui.

— Désolé pour la grande gueule d’Eddie, s’excusa-t-il une fois la porte fut refermée derrière lui. Je travaille sur ses bonnes manières, mais parfois ses quinze ans ont le dessus.

— Je l’ai trouvé adorable. Et je trouve aussi adorable que tu le prennes comme ça sous ton aile. Tu dois être très proche de ses parents.

— Oui, répondit Roman en se détestant pour les choses qu’il ne lui disait pas.

Des choses qui atténueraient la lumière dans ses yeux quand elle le regarderait.

Il était sur le point d’ouvrir le tiroir près d’elle pour récupérer le laminoir, mais il fit l’erreur de la regarder dans les yeux à la place.

Leurs regards se croisèrent. Se rivèrent.

Puis avant qu’il s’en rende compte, elle passait le bout de ses doigts sur sa lèvre inférieure.

— Tu as du chocolat juste là.

Ce fut tout ce qu’il fallut pour laisser l’homme affamé en lui gagner. Il perdit le contrôle assez longtemps pour se laisser aller à lécher le chocolat sur les doigts de Suzanne.

À l’instant où sa langue entra en contact avec sa peau, tout se figea. Les rires, les histoires drôles – tout disparu en un instant.

La puissante attirance frémissant sous la surface était tout ce qui importait.

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