Toungouska
Chapitre 9
Krasnoïarsk, Bureau de la cellule antiterroriste, 22 février 2011, 17 h 34.
Deux jours s’étaient écoulés depuis l’attentat qui avait visé la Maison des Officiers de Krasnoïarsk. L’enquête piétinait au grand dam des autorités, lesquelles ne se privaient pas de harceler la cellule antiterroriste plusieurs fois par jour pour le rappeler.
Baskovitch appuya sèchement sur le bouton de l’interphone de son bureau.
— Savez-vous où se trouve Zaytsev ? s’enquit-il d’une voix ferme. Oui ? Excellent. Demandez-lui de me retrouver immédiatement, merci.
Quelques minutes plus tard, l’agent fit son entrée dans la pièce. Baskovitch, assis dans son fauteuil, ne le salua même pas tant il l’attendait de pied ferme. Front plissé et regard dur, il attaqua sans préambule :
— Des nouvelles ? Le maire vient encore de se plaindre de notre prétendue incapacité à boucler l’enquête… Et son ton ne me plaît guère !
— Peut-être..., avança timidement son subalterne. Le Gouverneur de Krasnoïarsk a reçu une revendication par courrier ce matin.
— Quoi ? Et vous ne me le dites que maintenant ? s’indigna Baskovitch, passablement énervé par tant d’inaction. Bon sang ! Mais vous attendiez quoi pour m’en informer ?
— Je vérifiais l’authenticité du message, bredouilla Zaytsev. Aucune adresse postale ni signature. Ni empreintes, évidemment. On l’a récupéré à l’endroit indiqué par un coup de fil passé d’une cabine publique de la ville. C’est le secrétariat de la Gouvernance qui a reçu l’appel. Il… semble qu’il soit crédible. La lettre découverte émane d’un nouveau groupuscule. Le Front Populaire de Libération Évenk. Le texte revendique officiellement l’attentat au nom des Évenks.
— Les Évenks..., soupira le commandant. Encore de foutus idéalistes qui veulent une autonomie totale, je parie…
Zaytsev se contenta d’approuver sobrement d’un hochement de tête.
— Bon. Au moins, nous savons désormais dans quelle direction orienter l’enquête. J’aurais déjà cela à répondre au maire quand il rappellera. Concentrez-vous sur cette piste. Cherchez tout ce qui pourrait se rapporter de près ou de loin à ce mouvement. Peu importe les moyens que vous emploierez pour identifier les responsables. Tout ce qui m’intéresse, c’est d’aller vite et d’obtenir un résultat. Et, surtout, tenez-moi au courant de la moindre avancée cette fois.
Au fond de lui, Baskovitch n’avait pas considéré d’un si mauvais œil la renaissance de ces diverses rébellions ethniques. Évenks, Tchétchènes, Ouzbeks, il s’en contrefichait de leurs motivations. Des années de formatage au sein du Bureau antiterroriste vous forgeaient un caractère plutôt hermétique à la compréhension de leurs revendications. Ce qu’il voyait, après tout, c’était son gagne-pain. C’était à lui que revenait la tâche de mettre un terme à ces velléités séparatistes. L’attentat de Krasnoïarsk ne tombait pas si mal, tout compte fait, pour le commandant. En jouant correctement sa carte, au-delà de la satisfaction d’une nouvelle enquête résolue, un succès pouvait parfaitement servir ses intérêts personnels. Car il n’en doutait pas une seconde : s’il parvenait à démanteler ce réseau, c’était un retour en grâce assuré. Hors de question de laisser passer cette chance.
OceanofPDF.com