Toungouska
Chapitre 22
Nord de Vanavara, 8 juillet 2011, 10 h 25.
Mains liées dans le dos, j’avais échoué sur la banquette arrière d’un gros 4x4 en compagnie de Iourlov. J’avais l’impression d’être assis à califourchon sur un dromadaire tant j’étais secoué, incapable de me cramponner à quoi que ce soit. Nos ravisseurs nous avaient séparés, Elsa et moi. Sûrement par crainte que nous échangeâmes en français des informations qu’ils n’auraient pas pu comprendre. J’avais peur pour elle, mais tentais de me convaincre que, puisqu’ils nous avaient gardés en vie jusque-là, ce n’était pas pour nous exécuter en chemin. Et puis Elsa n’était pas seule dans la voiture qui nous suivait. Obramov l’accompagnait.
Mais qui sont ces hommes ? ne cessai-je de m’interroger durant cet interminable voyage, cherchant dans l’habitacle un indice qui puisse me renseigner à leur sujet.
Je n’avais pas d’autre certitude que celle qu’ils voulaient récupérer les diamants découverts dans l’avion. Pourquoi nous avoir tendu ce piège, si ce n’était pas dans ce but ? Sauf qu’ils ignoraient complètement où les trouver. Avec cette carte en main, je me raccrochai à l’espoir de disposer d’un terrain d’entente pour que ce dramatique imbroglio prenne fin dès notre retour à Vanavara. Surtout si ces hommes étaient liés au gouvernement d’une manière ou d’une autre. Hélas, plus le temps passait, plus je devais me rendre à l’évidence : nous ne nous rapprochions pas de la ville. Bien au contraire.
Nous nous enfonçâmes plus avant dans la taïga, la piste terreuse se rétrécissant d’heure en heure. Elle disparut même momentanément sous la végétation à plusieurs reprises, ce qui nous obligea à ralentir notre progression. Mais cela ne troubla pas nos cerbères. Le conducteur et son copilote devisaient régulièrement entre eux d’un air tranquille, comme s’il s’agissait d’une banale promenade.
— Vous avez une idée de l’endroit où ils nous emmènent ? murmurai-je en me penchant vers Iourlov, frustré de ne pas comprendre un traître mot de leurs dialogues.
Le jeune homme secoua négativement la tête, scrutant avec anxiété une réaction de nos gardiens. Il n’en fut rien : le bruit du moteur et les grincements émis par la voiture à chaque écueil rencontré avaient couvert ma voix.
Destination inconnue. Super ! De quoi être rassuré…
Je l’interrogeai ensuite sur ce que Volsky avait voulu connaître avant de nous embarquer de force.
— Il m’a d’abord questionné sur ce que nous faisions dans le coin. J’ai répondu que nous étions des scientifiques à la recherche de la météorite de Toungouska et que vous étiez Français. Je lui ai aussi dit que nous avions vu l’avion s’écraser et que nous avions porté secours aux occupants. J’ai précisé que le pilote était le seul survivant, que nous le transportions à l’hôpital quand nous avons eu l’accident hier soir. Et que le malheureux était mort à ce moment-là.
— Rien de plus ?
Iourlov coula un nouveau regard apeuré en direction des types assis à l’avant. Comme ils ne bronchaient toujours pas, il murmura :
— Si. Après la fouille de nos voitures, il m’a demandé si nous avions trouvé quelque chose de spécial dans l’épave. Il n’a pas précisé quoi, mais je pense qu’ils cherchent un objet particulier. J’ai répondu que non, bien sûr, mais il ne m’a visiblement pas cru vu sa réaction...
— Tu as bien fait. Moins ils en savent (et toi aussi, songeai-je en le regardant), plus nous avons de chance de nous sortir de ce mauvais pas. Je parie que ce Volsky n’est qu’un sous-fifre. S’il en avait été le responsable, nous ne serions déjà plus là… J’imagine qu’ils nous conduisent auprès de leur supérieur. Je pourrai négocier notre libération avec lui, ne t’inquiète pas. Tout ira bien, ajoutai-je en lui adressant un sourire forcé.
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