Toungouska

Laurent Carstens · Chapitre 52 sur 54

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Toungouska

Chapitre 51

 

L’hélicoptère, un Mil Mi-8, nous attend au milieu d’une clairière. C’était lui que j’avais entendu dans la matinée sans y prêter attention. Pour que l’effet de surprise soit total dans le camp, il s’était posé à environ cinq kilomètres au sud de l’ancien goulag.

Je monte avec difficulté dans l’appareil. La marche m’a épuisé. Elsa me suit de près, aidée par Baskovitch et ses hommes. Direction l’hôpital de Krasnoïarsk. Nous avons besoin d’être examinés par des médecins au plus vite. Volsky a été attaché avec le reste des prisonniers au fond de l’hélicoptère. Comme nous tous, il s’accroche comme il peut alors que la carlingue tremble de tous ses boulons.

Le Mil ravitaille brièvement à Vanavara et redécolle. Nous ne parlons pas durant le vol : trop de vibrations et de bruits assourdissants. À chaque trou d’air, j’ai l’impression de vomir le déjeuner que je n’ai pas pris. Je serre plus fort Elsa contre moi et cela suffit à mon bonheur. Elle est pâle, nauséeuse. Mais je suis persuadé que tout ira bien maintenant.

L’appareil se pose sur la piste à vingt heures trente-six. De lourds véhicules noirs s’approchent. Volsky sort en premier, un soldat le poussant devant lui. On va l’embarquer dans l’une de ces voitures et je sais que je ne le reverrai jamais plus. C’est l’heure de lui faire regretter tout ce qu’il a fait.

Je demande une faveur à Baskovitch.

— Vous pourriez attendre une minute avant de l’emmener ? J’aimerais lui montrer quelque chose. (D’un signe de tête, j’ai désigné Volsky.) Cela devrait également vous intéresser.

Le commandant me jette un regard suspicieux. Il tergiverse, puis hausse les épaules et se plie à ma requête.

Le temps qu’il réfléchisse, j’ai saisi la main d’Elsa pour l’entraîner avec moi. Elle aussi doit savoir.

Je viens me planter devant Volsky, que deux soldats encadrent maintenant et qui le tiennent solidement.

— Puis-je avoir votre arme, s’il vous plaît, Commandant ? Déchargée, si vous préférez.

Il reste interdit une seconde. Personne ne comprend ce que je m’apprête à faire. Intrigué, il s’exécute, ôte le chargeur de son arme de poing et me la tend.

Je la prends, me baisse, glisse la main dans ma chaussette, puis en sors le diamant que j’avais conservé. Des regards curieux saluent la pierre qui scintille entre mes doigts. Je la pose au sol devant moi, lève le bras et, sous leurs yeux ébahis, abats dessus la crosse de toutes mes forces.

— черт возьми 19 ! s’exclame Baskovitch en examinant les miettes de verre qui jonchent le tarmac.

Le visage de Volsky se décompose. Lui qui pensait sûrement avoir pris le risque d’éliminer son chef pour devenir riche au passage venait de voir s’écrouler ses dernières illusions en une seconde. Les coups encaissés, la traque dans la taïga, les brimades, tout cela, c’était pour rien ! Les Obramov les avaient tous bernés depuis le début.

— Eh oui... Du verre. Rien que du verre. Il n’y avait aucun diamant dans l’avion. Juste des imitations. J’imagine que Sasha Obramov a conservé les vrais pour le compte de son organisation.

— Et c’est pour ça que l’appareil a été saboté..., murmure Elsa. L’épave n’aurait jamais dû être retrouvée. Sasha Obramov y aurait veillé. C’est pour cela qu’elle ne voulait pas qu’une fausse pierre refasse surface.

— Exact. D’où son étrange manège pour savoir si j’avais gardé un diamant. Il ne fallait pas qu’on la soupçonne.

— Mais... mais comment étais-tu au courant ?

— Simon. Simon Richet s’en était rendu compte dans la voiture. C’était juste avant que Nikouline et les autres ne disparaissent dans le trou béant de la piste. Simon l’avait examiné et avait découvert la vérité. D’un air goguenard, il m’avait soufflé dans l’oreille que ce serait son cadeau pour notre mariage, un jour…

— Et tu as conservé ce secret jusque-là...

— Je n’avais pas le choix, Elsa. Si Korotaïev ou Volsky l’avaient su, ils nous auraient immédiatement abattus. On ne leur aurait servi à rien.

— Mais alors..., lâche Baskovitch après réflexion. S’il n’y avait que des faux diamants dans l’avion, où sont passées les véritables pierres précieuses, celles qui étaient censées s’y trouver ?

Je lui souris.

— Ça, je vous laisse le découvrir, Commandant.

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