Toungouska
Chapitre 11
Rive droite de la Toungouska Pierreuse, nord de Vanavara, 7 juillet 2011, 13 h 38.
Oleg Tchaïka avait pris les commandes de l’avion dès son décollage. Son copilote en avait profité pour s’endormir après une demi-heure de vol. Pilote expérimenté, Tchaïka effectuait le trajet pour la seconde fois. Comme pour son précédent voyage, il avait reçu l’ordre d’embarquer passagers et bagages sans poser de questions. Destination l’aéroport de Vanavara. C’était tout ce que l’équipage savait. Leur discrétion ayant été achetée à un tarif indécent, mieux valait se conformer aux exigences des commanditaires et ne pas se montrer curieux...
Devant lui, un océan d’arbres glissait en douceur sous le fuselage blanc du Cessna Citation. De temps à autre, Tchaïka pouvait apercevoir, au milieu des monotones forêts de conifères vides de toute vie humaine, les méandres d’une rivière bleutée. Tout semblait si calme dans la taïga. Le pilote profita de la tranquillité pour se retourner et jauger les trois hommes en costumes sombres qui s’étaient assoupis derrière lui, sanglés sur leurs sièges. Sous la veste du plus grand, par un pan écarté, il entrevit un holster. La crosse d’un colt en dépassait. Un regard furtif à ses compagnons lui suffit pour discerner des renflements caractéristiques sous leurs vêtements. Tchaïka ne s’y attarda pas, juste conforté dans l’idée que d’autres armes se trouvaient à bord. Il repéra la mallette noire posée aux pieds de l’échalas. Un attaché-case. Le genre de modèle passe-partout.
Trois types pour convoyer une si petite mallette… Et ces messieurs sortent l’artillerie lourde, tout en voyageant léger. Je préfère vraiment ne pas savoir ce qu’elle contient, pensa-t-il une seconde, avant de s’en détourner et reporter son regard clair vers les instruments de vol.
Cinq minutes s’écoulèrent encore. L’altimètre affichait imperturbablement deux mille cinq cents pieds tandis que les arbres défilaient toujours sans discontinuer.
— Tout va bien ?
La voix, forte, fit tressaillir Tchaïka, réveillant également en sursaut le copilote.
Anatoli Pomodolsky, l’homme au holster, venait d’émerger d’un demi-sommeil. Sans un bruit, il s’était levé et les avait rejoints dans le cockpit.
— Euh... Oui. Aucun souci. Nous devrions atteindre l’aéroport de Vanavara d’ici quelques...
Une alarme retentissante se déclencha dans le poste de pilotage avant que Tchaïka ne termine sa phrase. Au même instant, sur le tableau de bord, un voyant rouge se mit à clignoter avec frénésie.
— Bordel ! C’est quoi ça ? s’exclama Anatoli, incapable de masquer son inquiétude.
— Je n’en sais rien ! On dirait...
D’un geste précis de la main, Tchaïka désigna à son second l’indicateur de pression du moteur droit. Elle était au plus bas, signe que quelque chose clochait dans le circuit d’alimentation du réacteur. Son second hocha la tête et, sans s’affoler, appuya sur un bouton pour faire taire l’alarme. Le témoin d’alerte situé à proximité immédiate de la jauge cessa de clignoter aussitôt. L’équipage semblait rompu à ces aléas de vol. Tchaïka resserra néanmoins son emprise sur le manche à balai, car, avec une propulsion déséquilibrée, l’appareil vibrait plus qu’à l’accoutumée.
— Retournez vous asseoir et attachez-vous ! lança le pilote d’un ton autoritaire. Nous rencontrons un léger problème de puissance pour l’un des moteurs. Mais ne vous inquiétez pas : l’avion a deux réacteurs. Tout ira bien.
Le gaillard acquiesça et, vert de peur, regagna son siège sous les regards anxieux de ses comparses.
Il n’eut pas le temps de boucler sa ceinture.
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