Toungouska

Laurent Carstens · Chapitre 53 sur 54

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Toungouska

Épilogue

 

Notre sortie de Russie ne s’avère pas aussi compliquée que prévu. À ma grande surprise, le feu vert pour notre retour en France intervient dès le lendemain. Un 14 juillet. Tout un symbole pour notre liberté retrouvée. Je craignais que les services gouvernementaux ne nous permettent pas de quitter aisément le territoire : après toutes ses péripéties, nous connaissons désormais l’existence de Popigaï et les monceaux de diamants que le cratère recèle en son sein. Étrangement, Sasha Obramov nous avait rendu service. En subtilisant les véritables pierres précieuses avant que l’avion ne s’écrase, elle nous a privé des preuves de ce gisement. Tout ce dont nous pouvons témoigner, c’est que le Cessna transportait des faux diamants par dizaines, mais rien d’autre. Juste de la verroterie. Qui croirait alors aux élucubrations de deux chasseurs de météorites égarés dans la taïga, presque morts de froid et de peur quand on les a secourus ? Car c’est ainsi qu’on nous a bien fait comprendre que le gouvernement russe présentera les faits si, en dépit de leur mise en garde, nous décidons malgré tout de raconter notre histoire.

Je ne doute pas que la mine existe. Le Professeur Nikouline n’avait aucune raison de nous mentir à ce sujet. Un jour, elle sortira de l’ombre, j’en suis sûr. Comme je suis certain que quelque part, peut-être à Norilsk, là où l’avion a pris son dernier envol, quelqu’un sait dans quel coffre-fort séjournent encore les véritables diamants. Un employé de la douane complice, pourquoi pas ? Ce n’est probablement qu’une question de temps pour qu’on les récupère. J’ai en effet la conviction que Volsky essayera de négocier une remise de peine en livrant le reste de l’organisation et que Baskovitch profitera de l’aubaine pour boucler son enquête.

Tout cela n’est plus de notre ressort de toute manière. Je m’en fiche désormais. L’important, c’est qu’Elsa et moi sommes libres de rentrer en France.

J’ai enfin eu droit à un vrai café et subi mes derniers examens de santé ce matin. Ma vision devrait redevenir normale dans quelques jours. Même avec une certaine habitude maintenant, je ne regretterai pas la disparition du voile qui repeint la moitié de mon monde en rouge.

Au quatrième étage de l’hôpital, Elsa m’attend avec impatience. Elle aussi a passé divers tests médicaux.

J’entre dans une pièce blanche baignée d’une belle lumière naturelle. Je la découvre alitée et cela m’intrigue.

— Tu vas bien ?

— Approche, Ludovic... Prends la chaise, là-bas, et viens près de moi.

Je m’exécute, saisis la chaise métallique qui est près de la fenêtre par le dossier et la place à côté du lit pour m’y asseoir.

— Qu’y a-t-il ? Quelque chose ne va pas ? On doit reporter notre retour ?

Elle me prend la main et la pose délicatement sur son ventre.

— Non. C’est parfait. Au contraire.

Malgré les cicatrices et les traces violettes sur son visage, Elsa rayonne.

— Mais alors ?

— En venant ici, tu voulais bien savoir si nous pouvions fonder une famille ?

Une jolie lueur d’espièglerie traverse son regard.

— Je crois que nous avons notre réponse. Après toutes ces épreuves, si c’est une fille, que penses-tu de l’appeler... Victoire ?

Je reste sans voix.

Les nausées, les maux de ventre, l’humeur variable qu’elle montrait par instant, les émotions exacerbées... J’avais tout mis sur le compte de nos déboires. Des larmes envahissent mes yeux pendant que ma main commence à trembler. J’ai peur de faire mal à notre enfant.

C’est le plus beau jour de ma vie.

 

*****

La lettre de Vassily Nikonovitch est entrée au musée des sciences de Krasnoïarsk hier. Pour l’occasion, en mémoire de Simon Richet, du Professeur Nikouline et de ses étudiants, l’ambassadeur de France à Moscou a fait le déplacement en personne à l’invitation du ministre russe de la Culture, Piotr Potemkhine. Avec la vieille lettre oubliée derrière l’armoire, un pan sombre de l’histoire du pays s’est levé. Sasha Obramov n’a finalement pas tout perdu. Son combat pour la réhabilitation et la préservation des peuples autochtones de Sibérie continue. Sans elle. Pacifiquement. La géologie aussi y gagnera. Potemkhine l’a assuré : il y aura bientôt d’autres expéditions internationales autorisées à se lancer à la recherche de la météorite de la Toungouska. Le succès les attend.

 

FIN

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