Toungouska

Laurent Carstens · Chapitre 28 sur 54

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Toungouska

Chapitre 27

Nord-est de Vanavara, 9 juillet 2011, 04 h 26.

 

Les premiers rayons du jour caressaient la cime des mélèzes. Nous étions en vie. En soi, c’était déjà une forme d’exploit. La faible luminosité offerte par la lune nous avait conduits si près de la catastrophe à maintes reprises… Les égratignures sur nos bras et nos jambes pouvaient témoigner de notre calvaire : impossible de faire le compte du nombre de fois où nous avions trébuché sur des racines dissimulées par les herbes au risque de nous rompre le cou !

Nous avions mis cap au nord dès le départ. Iourlov avait pris cette décision et, dès lors, nous n’avions cessé de nous enfoncer dans la forêt. La lassitude nous gagnait peu à peu. Lorsqu’une trouée apparut au milieu des arbres, Elsa flancha :

— Je n’en peux plus, Ludo, gémit-elle, courbée en deux, regard épuisé. On pourrait s’accorder une pause, non ? Juste un moment.

Toute la nuit, nous n’avions fait que marcher. Encore et encore. Pour mettre le plus de distance possible entre nous et les sbires de Korotaïev. Car j’avais la certitude que ce type nous traquerait. Jamais il n’abandonnerait si facilement ses diamants. Je devais cependant reconnaître qu’il devenait urgent de faire une halte si nous voulions parvenir à rejoindre la ville. Elsa avait les joues creusées. D’épais cernes noirs marquaient le pourtour de ses yeux et j’imaginais aisément que je ne devais guère avoir meilleure allure.

— Tu as raison, Elsa. On ne tiendra jamais jusqu’à Vanavara sans nous reposer. De toute manière, je pense qu’ils vont surtout nous chercher le long de la route. Il faudrait être fou pour s’aventurer dans les bois, vous ne croyez pas ? glissai-je avec malice dans l’espoir que cela remonterait son moral et celui de Iourlov.

Elsa fit d’abord mine de protester, soufflant une seconde tout en haussant les épaules. Puis elle secoua la tête avant de me décocher un léger sourire. Ma boutade avait fait mouche. Même le visage de Iourlov finit par s’éclairer. L’étudiant n’avait pas ménagé sa peine et l’avantage de sa jeunesse ne l’avait mis à l’abri ni de la fatigue ni de la douleur. Avisant une souche presque plate, le jeune homme alla s’y asseoir et entreprit de masser son mollet endolori par la morsure du loup. Elsa le rejoignit. Elle posa la carabine au sol et se prit la tête entre les mains.

— On va y arriver, crois-moi ! assurai-je à ma compagne, m’agenouillant face à elle et effleurant sa cuisse.

— Bien sûr...

Elle se composa un visage moins triste et poursuivit :

— De toute façon, nous n’avons pas le choix, n’est-ce pas ? Il faudra bien que ça marche.

Elsa avait raison. Nous n’avions plus que trois options : rejoindre la rivière la plus proche pour rallier Vanavara en comptant sur la mémoire de Iourlov, retomber dans les griffes de Korotaïev ou nous perdre dans la taïga pour y mourir de faim, de froid ou dévorés par des animaux. Personnellement, la première option avait ma préférence. Allez savoir pourquoi…

Une pensée m’effleura l’esprit.

Les loups ! Nous auraient-ils suivis ?

Un peu nerveux, je jetai un regard circulaire à notre environnement et tendis l’oreille. Rien. Aucun bruit suspect ni l’ombre d’un mouvement aux alentours.

Elsa, qui avait deviné la raison de ma soudaine inquiétude, parut s’en amuser :

— Allons ! Ne t’en fais pas pour les loups. Jusqu’à présent, je n’en ai pas vu. Ni des ours, d’ailleurs.

Ben tiens ! Je les avais oubliés, ceux-là ! Ma main gauche se crispa sur la poignée du colt. Hors de question de le lâcher, désormais. Confiant, plus ou moins, inconscient, non !

— Quand même..., marmonnai-je au bout d’un moment. Mieux vaut rester sur nos gardes. Les loups nous ont permis de fuir, mais j’aimerais éviter de les recroiser.

— En parlant d’eux... Que penses-tu qu’ils faisaient dans ce camp ?

Je m’étais posé la même question. J’avais mon idée, mais je préférai m’en référer à Iourlov à ce sujet. Il connaissait certainement mieux l’animal que nous. L’étudiant confirma mes soupçons :

— Oh ! C’est assez simple à comprendre, je crois. C’est l’été. Les loups chassent en prévision de l’hiver. J’imagine qu’ils ont suivi notre piste depuis le crash de l’avion. Les morts laissés dans notre sillage constituaient une aubaine... (Le regard du jeune homme se perdit un instant dans le vague à l’évocation de nos amis disparus. Il se reprit néanmoins et poursuivit.) Et puis il y a eu aussi ce sang frais… Celui des blessés. Des prédateurs comme eux le repèrent à des kilomètres. Animaux, hommes, ils s’en fichent. Ce qu’ils savent juste d’instinct, c’est qu’une blessure est synonyme de faiblesse, de proie facile à capturer.

Machinalement, mon attention se porta vers l’étudiant.

— Comment va ta jambe, d’ailleurs ? Pas trop douloureuse ?

Elsa leva aussitôt les yeux au ciel.

Quoi ? Pas très subtil ? Oui, bon, j’admets. Mais je ne lui avais pas non plus demandé s’il saignait ! Et puis, après tout, mon inquiétude se justifiait. S’il flanchait, notre voyage était voué à l’échec puisque lui seul connaissait la configuration des cours d’eau.

— Ça ira, Professeur, ne vous en faites pas. C’est sensible, mais je peux continuer.

— Tant mieux ! Euh… Quand penses-tu que l’on rejoindra la rivière ? Dans la journée ?

Le jeune homme fit la moue avant de répondre :

— Je l’espère. De mémoire, comme le réseau fluvial est plutôt dense par ici, nous devrions atteindre l’un des affluents de la Toungouska avant la nuit. En tout cas, nous devrons tout faire pour cela.

— Pourquoi donc ? Pourquoi est-ce si important d’arriver avant la nuit ? relevai-je en fronçant les sourcils.

La voix de Iourlov trahissait une légère appréhension et, si nous avions vraisemblablement des hommes lancés à nos trousses, je doutais que ce fût la cause principale de ses craintes.

— Hé bien… Je pense d’abord à notre ravitaillement. On pourra capturer quelques poissons ou des grenouilles. Un repas ne sera pas un luxe pour poursuivre notre route.

Pas faux, songeai-je en avisant le visage éreinté d’Elsa.

Elle ne s’en était pas plainte, mais j’avais remarqué qu’elle s’était tenu le ventre à une ou deux reprises tandis que nous progressions dans la forêt. Quant à mon propre estomac, il commençait à se manifester de plus en plus bruyamment. Avec deux ou trois nuits fraîches en perspective et l’absence d’équipement pour les affronter, s’entêter à poursuivre à jeun pouvait nous coûter cher.

— Et puis, continua Iourlov, avec les animaux sauvages qui rôdent dans le coin, je préférerais n’avoir qu’un seul côté du bivouac à surveiller, si vous voyez ce que je veux dire…

Elsa se retourna pour faire face à l’étudiant, le dévisagea un instant en silence, puis reporta son attention vers moi. Il était clair qu’elle et moi partagions la même opinion en cet instant : ce jeune homme faisait preuve d’une étonnante sagesse pour son âge.

 

*****

 

La pause, aussi bénéfique qu’elle fût, dura moins de dix minutes. Songez à un ours qui vous envisage comme son futur repas et je vous garantis que vous retrouvez illico la motivation nécessaire pour rallier au plus vite un lieu sûr ! Même lorsque vous vous sentez épuisé ! Évidemment, pour ne rien arranger, la pluie se remit à tomber en fin de journée. Iourlov, rompu aux intempéries de l’été sibérien, s’en accommoda. Sans fléchir et malgré les détours que le terrain boueux nous imposait, il continua de nous guider à travers bois. Sa propension à tenir sa carabine avec fermeté trahissait néanmoins l’inquiétude qui ne l’avait pas quitté depuis notre évasion. Inquiétude que je partageais : tous mes sens en éveil, je fermai la marche avec la crainte permanente d’être suivis. Par deux fois, d’étranges bruits se firent d’ailleurs entendre dans notre voisinage et nous nous immobilisâmes instantanément. Heureusement, ce ne furent que de fausses alertes : des rennes sauvages qui croisèrent notre chemin et, surpris par notre présence, détalèrent pour se mettre à couvert. Mais plus que la peur d’une mauvaise rencontre animalière, c’était surtout celle de retomber dans les griffes des meurtriers de Richet et d’Obramov qui nous obnubilait.

— Méfiez-vous des pierres ! nous avertit soudain Iourlov. Elles affleurent par ici. Et la pluie les rend très glissantes.

Le terrain prit en effet un tour plus accidenté. L’eau, en ruisselant, faisait du moindre caillou placé sur notre route un traître potentiel. Malgré toutes nos précautions, Elsa n’échappa pas à l’un d’eux peu après l’avertissement de Iourlov. Posant le pied sur un rocher, elle dérapa et n’évita la chute que d’extrême justesse en se raccrochant à moi. À peine eut-elle retrouvé l’équilibre qu’elle nous interrogea :

— Vous entendez ?

Sa figure s’était subitement illuminée.

Je tendis l’oreille. Rien. Enfin rien d’autre que le bruit des branches mortes sur lesquelles mon pied venait de s’écraser. Iourlov fit de même et perçut le son qui avait intrigué ma compagne. Le visage radieux, il ne put contenir sa joie plus longtemps :

— La rivière ! On a réussi ! Elle est droit devant nous.

Encore un petit effort et nous pourrons souffler, songeai-je alors naïvement tandis que je discernai enfin le murmure de l’eau.

Je me trompais lourdement pour le repos. Lorsque nous atteignîmes le cours d’eau, je dus me rendre à l’évidence : bivouaquer sur la berge n’allait pas être aussi facile que ce que j’avais imaginé. Le rivage se réduisait en effet à une bande de galets de moins de cinq mètres de large, encombrée de branchages et de troncs charriés par la fonte des neiges printanières.

Bye bye le repos, pestai-je intérieurement. Il va falloir tout enlever pour aménager le camp.

— OK… Allons-y pour le nettoyage, soupirai-je avec amertume. Tu m’aides, Elsa ?

Iourlov apprécia l’initiative, la saluant d’un signe de tête avant d’ajouter :

— Excellente idée, Professeur ! Profitez-en pour rassembler de petites branches. Cela nous permettra d’allumer un feu avant la tombée de la nuit. Ce sera indispensable, car, croyez-moi, au bord de l’eau, il fera très froid dans quelques heures. Sans compter qu’avec cette pluie, mieux vaudrait nous sécher pour ne pas finir malades…

Elsa, qui s’était contentée d’observer les lieux jusque-là, intervint :

— Je me demandais… On ne pourrait pas construire une cabane avec tout ce bois ?

L’étudiant esquissa un sourire.

— C’est exactement ce à quoi je pensais, répliqua-t-il. Essayez d’assembler des troncs pour former l’ossature d’un tipi. On les recouvrira ensuite de branches vertes. De cette façon, la chaleur restera à l’intérieur et nous serons protégés de l’humidité durant la nuit. Pendant que vous dresserez le camp, je vais voir si je peux nous trouver de la nourriture.

— Comment diable ? m’inquiétai-je. On ne peut pas chasser. Si des hommes sont à nos trousses, ils entendront les tirs et nous retrouveront !

La même crainte traversa le regard d’Elsa. L’étudiant nous rassura immédiatement.

— Chasser ? repartit-il, l’air taquin. Non. Mais j’espère que vous aimez le poisson. Mon grand-père ne m’a pas uniquement enseigné l’art de me repérer dans la taïga, il m’a aussi appris deux ou trois choses pour les piéger. Souhaitez-moi bonne chance et je vous retrouve ici dans une heure ou deux avec le dîner, d’accord ?

La réponse fusa sous la forme de deux pouces levés au quart de tour.

La perspective d’un repas me plaisait. Celle du poisson beaucoup moins. Les poissons ne m’aiment pas. Pourquoi ? Aucune idée. Une vie antérieure conflictuelle avec eux, peut-être ? En tout cas, les faits parlent d’eux-mêmes : ces bestioles veulent ma mort. Je dois détenir le record du monde du nombre d’arêtes trouvées au centimètre carré ! Ceci dit, faute de grives... J’avais le ventre trop creux pour faire le difficile. J’allais simplement devoir me méfier une fois de plus.

Elsa et moi passâmes les deux heures suivantes à collecter, puis assembler des troncs et des branchages. Sitting Bull aurait objecté que nous étions de piètres constructeurs, mais nous n’étions pas peu fiers de notre œuvre pour autant. Le tipi tenait debout — un miracle — et, grand luxe, j’avais aménagé en son centre un foyer entouré de galets pour contenir les flammes.

Nous étions assis depuis une dizaine de minutes sous notre abri, lorsque nous entendîmes des branches craquer à quelques pas de nous. Mon cœur s’emballa. Apeuré, je sortis le colt de ma poche et visai l’entrée, prêt à faire feu si un inconnu surgissait. Heureusement, il ne s’agissait que de Iourlov.

— Ho ! Du calme, Professeur ! Ce n’est que moi. Le poisson est déjà mort, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué. (Il agita, façon breloque, deux gros gardons argentés qu’il tenait dans sa main droite.) Notre repas ! Mais… vous n’avez pas allumé le feu ?

— C’est à dire que...

— Que vous ne savez pas le faire ! fit Iourlov, dévoilant des dents blanches à rendre vert de jalousie les mannequins des publicités pour dentifrice.

Je haussai les épaules, la mine contrite. On peut parfaitement voyager à l’autre bout du monde avec la régularité d’une montre suisse sans savoir comment allumer un feu lorsque l’on n’a ni briquet ni allumettes. Quand je pars en Afrique pour mes recherches, je me débrouille pour avoir ce type de matériel à portée de mains.

— Pas grave. Je vais vous montrer comment procéder.

Iourlov sortit du tipi, s’éloigna de la rivière, puis se baissa au pied d’un sapin. Il y ramassa une poignée d’herbes desséchées et en profita pour récupérer de vieilles épines de pin. Il repéra également deux petites branches mortes. Il s’en saisit, les examina avec attention et glissa la plus courbe des deux dans sa poche arrière. J’observai son manège avec intérêt même si cela me semblait plutôt étrange. Enfin, il dénicha un bout de souche sèche et dure. Satisfait, il réintégra notre abri avec ses trouvailles.

— Vous avez un couteau, m’interrogea-t-il avant de se raviser. Oh... non, bien sûr. Tant pis. Je vais me débrouiller autrement.

Il jeta un regard rapide autour de lui, avisa un caillou et s’en saisit. Il lorgna ensuite mes chaussures, le front plissé, comme s’il cherchait à se rappeler quelque chose.

Qu’est-ce qu’elles peuvent bien avoir de si intéressant ? pensai-je en commençant à douter de lui faire confiance.

— Je peux vous emprunter un lacet ? finit-il par demander.

— Euh... Oui. Pourquoi ?

Ses traits s’illuminèrent. On aurait dit un gamin nous réservant une surprise qui anticipe déjà de voir nos têtes ébahies.

— Pour construire une perceuse manuelle. Donnez-le-moi, s’il vous plaît. Vous allez comprendre.

Je m’exécutai et lui tendis mon lacet. Elsa paraissait encore plus dubitative que moi, mais, curiosité scientifique oblige, nous ne pouvions qu’être captivés par l’expérience.

Iourlov cala la souche sous sa botte droite. Il sortit la branche courbe de sa poche, puis y noua les deux extrémités du lacet afin d’en faire une sorte d’arc miniature. Il se saisit ensuite de l’autre petite branche de pin et enroula la lanière autour d’elle. Fier du résultat, il examina la souche, repéra une aspérité et y plaça la pointe de son bâton. Protégeant la paume de sa main avec la pierre, il appuya fortement avec le caillou sur la tige de bois. Dans le même temps, il actionna l’arc avec un vif mouvement de va-et-vient. Le bâton se mit à tourner sur lui-même très rapidement. Iourlov ajouta ensuite quelques épines de pin et poursuivit. Un peu de fumée apparut. Il insista jusqu’à ce que des minuscules braises finissent par se former.

J’avais du mal à le croire, mais Iourlov était sur le point de réussir à faire du feu.

Il déposa les fines braises sur un lit d’herbes sèches, puis referma délicatement l’ensemble sur lui-même. Il souffla en douceur dessus et, très vite, les éclats rougeoyants des brindilles qui se consumaient s’animèrent. Il ne lui resta plus qu’à placer le tout sous les branches mortes disposées dans le foyer.

— Waouh ! m’exclamai-je quand le bois commença à brûler.

— Un autre truc que grand-père m’a enseigné.

Eh bien, moi, des grands-pères comme celui-là, j’en voudrais tous les jours ! Une question me taraudait néanmoins depuis que les flammes léchaient le cercle de pierres :

— Vous croyez qu’il est prudent de faire du feu ? Nos poursuivants pourraient apercevoir les braises et la fumée.

Elsa, trop heureuse de bénéficier d’un peu de chaleur, me décocha un regard réprobateur avant d’ironiser :

— Vraiment ? Tu es sérieux, là ? Tu as bien regardé autour de nous ? Avec l’épais rideau de branches de la cabane, je doute que quiconque puisse voir des flammes et tu le sais très bien. Quant à la fumée… Il fait nuit maintenant ! Personne ne la remarquera. Surtout ici, au milieu de nulle part !

Iourlov se tut, mais je devinai aisément qu’il pensait la même chose.

— Évidemment..., concédai-je après une courte hésitation. Tu as raison. On ne devrait pas s’en faire pour cela. Bon, dans ce cas, que diriez-vous de nous mettre bientôt à table ? Autant prendre des forces et nous reposer. Il nous reste encore du chemin à parcourir jusqu’à la ville.

Iourlov ne se fit pas prier pour aller vider ses prises et les fit cuire. Mieux, comme ses ancêtres le lui avaient appris, il nous confectionna des assiettes de fortune à partir d’écorces d’arbres. Rustique mais pratique. Comme prévu, le poisson tenta une fois de plus de m’assassiner, mais je repérai l’arête fatale avant qu’elle ne m’atteigne et nous passâmes une soirée qui, en d’autres circonstances, aurait été excellente.

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