Toungouska

Laurent Carstens · Chapitre 49 sur 54

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Toungouska

Chapitre 48

 

Le corps du géant s’affaisse lourdement dans mon dos.

Je ne comprends pas vraiment ce qu’il se passe, mais je réalise que c’est sans doute notre dernière opportunité de fuir qui se présente. Si des hommes de Korotaïev se rebellent, autant en profiter ! Je plonge sur le côté et renverse Elsa au passage. Elle roule au fond de la tombe, laissant échapper un cri où perce la surprise. C’est une chance, car brusquement des balles se mettent à siffler tout autour de nous. Les bords surélevés du tombeau la protègent. La terre s’envole, soulevée par les projectiles.

Les deux gardes s’écroulent sans un mot. Volsky se baisse aussitôt. Il paraît perdu. Allongé au sol, je le vois se tourner vers la lisière de la forêt. Il cherche du regard l’origine des tirs.

Quelqu’un donne l’assaut ! Ce n’est pas une mutinerie ! me dis-je, en entrevoyant enfin notre délivrance.

J’aperçois une silhouette qui se déplace avec agilité sous les conifères, bientôt suivie par une autre. Elles sont rapides, presque invisibles. Je reste au sol, les mains sur la tête pour me protéger.

Volsky panique. Il est seul maintenant. Il scrute les alentours, s’efforce de trouver une échappatoire. En vain. Le terrain est trop découvert.

Il se ravise, rampe jusqu’au trou où Elsa se terre. Il l’empoigne par les cheveux et la hisse de toutes ses forces, se redressant en même temps qu’elle, bien abrité derrière dans son dos. Elsa crie. Elle résiste, essaye de se débattre.

Elle ne lui servira pas de bouclier. Je ne le lui permettrai pas.

Je m’époumone à m’en crever les alvéoles jusqu’à ce que Volsky s’immobilise. Et ça fonctionne. Il cherche à me mettre en joue, mais je ne lui en laisse pas le temps : j’ai déjà lancé mon pied de toutes mes forces contre ses genoux. Le gauche encaisse le coup de plein fouet. Mal. La rotule cède dans un sinistre craquement. Volsky hurle de douleur. Il lâche son arme et libère Elsa tandis qu’il bascule sur le côté pour s’aplatir lamentablement au sol. Je pense avoir enfin eu le dessus, mais ce salopard se ressaisit. Lui aussi joue sa vie. Avant que je puisse l’en empêcher, il récupère son arme. Ses yeux n’expriment plus que de la fureur. Grimaçant, il parvient à poser son genou valide au sol et vise ma tête. Je regarde le canon. Une balle lui traverse l’épaule au même instant. L’impact le renvoie au sol.

Sans hésiter, je bondis sur lui.

Les tirs ont cessé de ce côté-ci du camp. Je m’en fous. Comme je me fous de mes blessures, de mes douleurs. Je lui plaque mon avant-bras sur la gorge et pèse de tout mon poids sur lui. L’enfoiré s’agite, essaye d’ôter la pression sur sa trachée. J’appuie plus fort. Sa résistance s’amenuise, ses mouvements deviennent saccadés. Un spasme le secoue, ses yeux se révulsent et son corps devient mou, immobile. Enfin.

Une main se pose brusquement sur mon épaule. Je détourne la tête, prêt à balancer mon poing.

Elsa.

— Arrête ! me supplie-t-elle, les genoux plantés dans la terre humide. Arrête ! Il a son compte...

Volsky ne bouge plus. Il a perdu connaissance. Je relâche la pression, même si je garde un œil inquiet sur lui. Sa poitrine se soulève doucement. Il est vivant, mais ce salaud ne nous fera plus de mal.

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