Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)

7. Chapitre 7

C H A P I T R E 7

 

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NEEVE

 

M ais bordel… c’est quoi, ça ! Je repousse la jeune femme évanouie dans mes bras en grimaçant de dégoût. La pauvre fille vole jusqu’à violemment heurter le mur. Je n’ai pas mesuré ma force, je n’ai pas… Mais qu’est-ce qui se passe ? En une fraction de seconde, mon esprit s’est révolté, enflammé. Des images s’y percutent. J’ai la nausée… Je… Mais… Où suis-je ? Qui suis-je ? Que suis-je ?

Mes yeux naviguent dans la pièce, puis se figent sur Sixtine, bouche bée. Son mec aux cheveux peroxydés m’observe comme si j’étais un putain d’animal de foire. C’est quoi, son problème ? C’est quoi, le… 

Non, non, non, non ! Ce sont des canines que je sens dans ma bouche. Mon estomac se tord, ma faim s’amplifie. Mon regard se reporte sur le corps de celle que j’ai éjectée à l’autre bout de la pièce. 

Ça palpite. Ça m’excite. Mes canines s’allongent encore. 

Je hurle. À m’en faire éclater les poumons. 

— Neeve, tu dois manger, déclare Sixtine.

Je me tourne vers elle. Sixt… Elle est pâle, magnifique, implacable. Puis je me souviens… C’est un cauchemar. Vampire, elle est vampire et… je suis aussi une vampire, c’est ça ?

Comment… Comment est-ce arrivé ? 

Mes pensées s’entrechoquent. Mes émotions me submergent. Des images défilent sous mon crâne. Des anciennes. Des récentes. Sixtine qui m’emmène sous la douche. Qui me lave. De la terre et du sang se mêlent à l’eau qui s’écoule dans le siphon. Mon regard apathique qui observe le phénomène. Ma conscience qui s’égare. Puis les souvenirs… 

Un bûcher. Deux loups condamnés pour avoir voulu me sauver. Les flammes. La douleur. Lennox. Puis plus rien. PLUS RIEN ! 

Mes yeux ahuris reviennent au mec tatoué, puis je distingue une petite blonde à l’allure de première de la classe derrière lui. Elle pouffe de rire. Quand mon regard se pose à nouveau sur Sixtine, je refoule mes horribles réflexions et me lève. Trop vite. Ma coordination n’est plus la même et je marque un moment de surprise.

— Tu m’as fait quoi, bordel ! lâché-je. 

L’effroi me saisit. J’effleure ma peau de mes doigts. Bah, tu m’étonnes que je sois glacée. Je suis une putain de vampire ! 

— Je t’ai sauvée. 

— Sauvée ? T’appelles ça « sauvée » ? Qu’est-ce qui va pas, chez toi ? 

— Tout doux, Roussette, me balance le blondinet.

Je le reconnais. C’est lui qui était dans la clairière lors des pourparlers de paix avec les loups et qui matait Sixt en se léchant les babines… Une expression adaptée si j’en crois la transformation radicale de ma meilleure copine… Et les autres ? 

Perry, Tyler… Que sont-ils devenus ? Lennox ? 

— Que s’est-il passé ? demandé-je à Sixt qui semble hallucinée. 

J’ai tellement faim. Instinctivement, mon visage s’oriente vers la fille. Vers cette alléchante jugulaire. Peut-être que… 

— Les loups ne sont pas morts, et Lennox, il est… Enfin, on peut dire qu’il a trouvé de nouveaux potes poilus.

— Des potes ? répété-je, ahurie par ce ton cinglant que je ne lui connais pas. 

— Ta copine Elinor l’a enlevé, explique Blondinet. Il ne fait pas un pli que l’Amnistral de Caroline du Nord est désormais un cabot. 

Quoi ? Mais… quoi ? 

Sixtine m’observe, incrédule. 

— Et toi… tu… bafouillé-je, sous le choc, tu m’as… transformée. Eli ne pouvait pas…

— Je ne t’aurais jamais laissée entre les mains de cette engeance puante ! 

Et c’est là que je vrille. Je me rue sur Sixtine, l’emportant dans ma chute et l’écrasant de tout mon poids. 

— Pourquoi tu m’as fait ça ? 

— Je t’ai sauvée ! crie-t-elle. 

J’enserre son cou avec force, mais elle réagit à peine. Évidemment, elle ne respire pas. 

— La faim te tenaille, Neeve. Il te faut du sang ! T’iras mieux, après ça. Enfin, il te faudra sans doute beaucoup plus qu’une humaine, mais… 

Du sang… 

Je saute avec agilité et me réceptionne sur mes pieds près de l’humaine en question. Wow, c’était classe, mais un peu flippant tout de même ! Je considère ma potentielle première victime. Ses veines palpitent et me rendent hystérique. Mon ouïe me laisse percevoir ses pulsations cardiaques et… j’en entends d’autres. Très faibles, très… Mon cœur… mon cœur bat encore ! Bordel, mais je suis quoi ? 

— Drake, mon chéri, lance Sixtine. Aide-la, s’il te plaît. 

Drake le peroxydé au regard de givre s’approche plus vite que l’éclair et cramponne l’humaine par les cheveux. Il place sa gorge à quelques centimètres de ma bouche. 

— Bois ! 

Mes yeux voyagent entre la femme et ce mec hyper bizarre. Le sang m’appelle et je me focalise sur la jugulaire. Mes lèvres s’entrouvrent. J’ai faim, j’ai si faim ! Mes canines s’allongent de nouveau. Je m’apprête à mordre, mais au dernier moment, et comme un peu plus tôt, une envie de vomir me saisit. Je recule, effrayée. Ma poitrine me fait souffrir. Mon ventre me torture. Ma tête va exploser. La soif me consume, mon corps hurle son désir de se nourrir et crie en même temps son aversion viscérale pour ce dont il a besoin. C’est insupportable. Le sang… La soif… Mordre… 

JE.NE.PEUX.PAS. 

Je me tourne vers Sixtine. 

— Je ne boirai pas de sang, bordel ! Je n’en ai jamais avalé et même si je suis une putain de vampire, je n’y goûterai pas. T’as craqué ou quoi ? 

— Elle déconne, c’est ça ? commente Drake, éberlué. 

— Enfin, Neeve, me dit Sixtine. Tu n’as pas le choix ! 

— Tu ne m’as pas laissé le choix ! Nuance !

— T’aurais préféré crever, c’est ça ?

— Ouais, bordel ! À quelle heure t’as cru que j’allais me réjouir de devenir… ça !

Ses sourcils se froncent. La petite blonde explose de rire derrière moi. Au moins une que ça fait marrer. Parce que ouais, tout ça n’est qu’une bonne grosse blague. Une putain de blague de mauvais goût.

— Drake, l’interpelle encore Sixtine, peut-être que le sang des animaux pourrait… 

— Mais t’as pas compris ! craché-je. Je ne veux pas de sang ! 

Mais dès que j’évoque l’hémoglobine, mon ventre me fait de nouveau horriblement souffrir. J’ai soif… soif… tellement soif ! Mon intention se reporte sur la fille. Je lutte, mais… NON ! 

Je fonce tête baissée dans un mur. Mon crâne le percute avec violence. 

Une fois. 

Deux fois. 

Trois fois. 

— Mais arrête ! hurle Sixtine dans mon dos. 

Je recommence. Que je m’évanouisse. Que je meure. J’ai si soif… 

— Drake, Nancy, aidez-moi !

Ma meilleure amie vampire pose une main sur mon épaule pour me retenir. Mon bras se tend et je la propulse en arrière. Et je continue… encore et encore. Un trou se forme dans le plâtre. J’ai mal à la tête, mais je ne saurais dire si c’est parce que je la cogne contre le mur ou si c’est dû à ce qui me tombe dessus. 

Pourquoi on ne m’a pas laissée crever ! Au moins, Lennox est entouré par des créatures vivantes, lui. Des créatures au sang chaud, des créatures dont le cœur bat. Car si le mien semble encore se manifester timidement, je n’ai aucun doute sur le fait que je suis foutue. 

On me tire en arrière. Mes hurlements s’amplifient. Je me débats. Je les insulte. Je les honnis !

— Que peut-on faire ? demande Sixtine à Drake qui m’a saisi les jambes. 

— À part l’enfermer, je ne vois pas. Elle doit s’abreuver ou elle va devenir timbrée ! 

— C’est pas pour dire, remarque la blonde, mais elle a l’air déjà cinglée, ta copine, Sixt !

Mes cris m’empêchent d’entendre le reste de leur discussion. 

Car je ne veux plus rien entendre. 

Je ne veux plus rien. 

Ou presque. 

Je veux mourir et ne plus jamais me réveiller. 

Un cachot dans les souterrains. Je me fais la réflexion que les sorciers, les loups et les vampires ont au moins ça en commun. Le sens de l’hospitalité. Je les ai toutes fréquentées, leurs putains de prisons. Question accueil, la palme revient aux loups, finalement. On m’a tirée des geôles de la Wiccard pour ensuite me faire griller. On m’a emmenée ici pour me forcer à me calmer. Les liens qui me retiennent semblent avoir été forgés dans un acier indestructible.

Au moins, j’avais Tyler et Perry, chez les loups. Alors ouais, ils ont été un peu lourds au début, mais… 

Je n’ai même plus mes pouvoirs pour me libérer. Le coven me les a arrachés avant le procès pour les enfermer dans une boîte. Ce simulacre de procès…

Je sens des perles humides dévaler mes tempes quand je pense à mes anciens amants. Puis soudain, je me cabre. J’ai mal, si mal… mon ventre me fait tant souffrir. Ma gorge se serre et je m’étrangle, la faim qui m’étreint est une telle torture. Tout est si confus. 

J’ai l’impression que mes souvenirs s’estompent. Je me raccroche à l’image de mes parents et de mon frère Mark pour ne pas sombrer dans les abîmes du désespoir. Puis je me remémore Lennox. Je le vois se jeter dans les flammes… et mes larmes me submergent. 

Parce que ça y est. Je prends la pleine mesure de ce qu’il m’arrive et je craque. Des gouttes silencieuses continuent de dévaler mes joues quand je me souviens de ce que j’ai perdu. De ce que je suis devenue.

Je ne les reverrai jamais. 

Ils ne voudront plus jamais de moi. 

— Neeve ? 

C’est la voix de Sixtine. Elle, je ne désire plus lui parler. Ni la revoir.

— Je sais que… commence-t-elle. Écoute, je… C’était insupportable de te laisser, je n’ai pas pu, j’ai cru que…

— T’as mal cru, rétorqué-je froidement. Tu as fait de moi un monstre. Je te déteste. 

Mes larmes ne se tarissent pas. Bien au contraire. Je ne pensais pas que les vampires pouvaient éprouver des émotions aussi fortes. Elles me ravagent. Me brisent en mille morceaux. Est-ce parce que je n’ai pas mordu de chair ni bu de sang ? Possible… La soif resurgit, plus dévastatrice encore, et je crie. 

— Je suis navrée, s’écrie Sixtine. Neeve, je suis vraiment désolée. Quand j’ai su que tu étais là-bas, je n’ai eu qu’une obsession : te sauver. Je pensais que tu serais heureuse d’être avec moi… 

Je clos les paupières, tentant de contrôler la souffrance qui m’arrache les tripes. La peine qui m’oppresse. La torpeur qui m’envahit. 

— Tu ne voulais surtout plus être seule, ici, avec eux, asséné-je. 

Elle ne dit rien. Car nous savons toutes les deux que je dis la vérité. 

— Je vais t’aider, Neeve. 

— Plante-moi un pieu dans le cœur, et qu’on n’en parle plus. De toute façon, je vais crever si je ne bois pas de sang, alors… 

— Neeve ! 

— Va-t’en, Sixt. 

Un silence. Le néant. Puis mes hurlements.

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