Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)

Laurence Chevallier · Chapitre 26 sur 46

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Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)

25. Chapitre 25

C H A P I T R E 2 5

 

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NEEVE

 

J ’admets que j’ai un peu trop picolé pour une discussion si sérieuse. Je me passe de l’eau glacée sur le visage tandis qu’Eli répète qu’il faut buter Drake. Évidemment, je suis d’accord avec elle, mais il m’aurait été plus facile de parler de ce plan sans avoir un coup dans le nez. Je reprends difficilement mes esprits et m’assieds sur un fauteuil en écoutant ma meilleure amie. Je m’affale, épuisée. Le combat, l’agitation qui règne dans la tanière, avoir apporté mon aide dans l’antre rempli de brancards où les blessés de la meute sont soignés, m’ont éreintée. Enfin, je n’ai pas vraiment apporté mon aide puisque Popeye s’est rapidement aperçu de mon état d’ébriété avancée et m’a sommée de quitter les lieux. Ingrat ! Cela étant dit, c’est agréable de retrouver le calme après la tempête. 

— Il y a de l’espoir pour Sixt, dit-elle, mais maintenant que la reine est morte, Drake a les coudées franches. On ne connaît pas ses projets et… 

— Drake est un grand malade, déclaré-je. Je ne suis pas certaine que tous ses actes soient motivés par un désir de domination ou un truc du genre, contrairement à Raven. Sa seule obsession, c’est Sixtine. 

— Justement ! Ses souvenirs lui échappent dès qu’il s’agit de lui ! Son emprise sur elle pourrait nous coûter cher. 

— Je suis bien d’accord, concédé-je en me passant la main dans les cheveux. 

Mes idées s’éclaircissent. Faut croire que les loups retrouvent plus vite leur sobriété, ou alors ce sont les vestiges vampiriques dans mon organisme qui font le job, ce qui est fort possible si Sixt ne ressent plus les effets de l’alcool. La pauvre… Une chose est certaine : quand j’étais simple sorcière, mes bitures s’éternisaient davantage. En parler au passé m’étreint le cœur. Je n’ai plus de pouvoirs, je dois m’y faire. Bientôt, le sang de Sixt aura disparu de mes veines. Ma rapidité et ma force faibliront. Or nous en avons besoin pour affronter l’avenir qui se profile. OK, on a vaincu Elyris. Son erreur stratégique, sans doute inspirée par son orgueil démesuré, nous l’aura offerte sur un plateau. Mais désormais, Sixtine est toute désignée pour prendre sa place, ce qui fait froid dans le dos quand on se rappelle ses petites chasses à l’humain, dont elle n’a pas l’air de vouloir se passer. Certes, elle montre une ouverture d’esprit singulière parmi ses semblables, mais il y a Drake. Ce taré doit disparaître. Je ne supporte pas que Sixt ne jouisse pas de son libre arbitre à cause de cet enfoiré. D’ailleurs, je réalise que c’est probablement aussi le cas de Nancy, puisque c’est ce psychopathe qui l’a transformée. 

On toque à la porte. Mark entre, le visage pâle et l’air inquiet.

— Comment va Sybil ? 

— Elle se remet, dit-il en s’affalant sur une chaise. 

Il semble épuisé. C’est la première fois que mon frère participe à un combat. C’est aussi la première fois qu’il tombe amoureux. Enfin, je crois. Non, il l’est, c’est sûr, sinon ses traits ne seraient pas ainsi rongés par l’angoisse. Je ne l’ai jamais vu dans cet état. Un état proche de celui que m’a décrit Eli après ma condamnation à mort. 

— Pourquoi n’es-tu pas avec elle ? m’enquiers-je. 

— Simona, la guérisseuse, elle… elle m’a viré de sa chambre. Je la stressais avec mes questions, d’après elle. Tu parles ! Elle n’aime pas les sorciers, cette femme. Voilà la raison ! 

— Mouais… lâche Eli. Ou alors t’as pas arrêté de lui dire comment faire son taf et elle en a eu assez de te voir t’agiter.

— Possible. 

J’esquisse un sourire. 

— T’as croisé Lenny ? demandé-je à Mark. 

— Non, pas depuis le piège de Fallen Creek. 

OK, les filles ont détecté que Lennox était en vie, mais… ce n’est pas normal. Ou peut-être que si. Depuis qu’il a surpris les cousins en train de me faire un câlin dans leur chambre, je ne l’ai pas revu. La situation m’échappe et il devient capital que je la règle une fois pour toutes. 

— Je vais vous laisser, annonce Eli. Karl doit m’attendre et je voudrais retourner auprès des blessés. Ma magie pourra les aider. 

— Je t’accompagne, lance mon frère. 

Et tous deux me quittent. Sans mes pouvoirs et vu mon état, je ne leur serai pas d’une grande utilité, et j’ai besoin d’être un peu seule. Mon esprit s’envole vers Lennox. C’est étrange qu’il ne soit pas là. En de telles circonstances, il devrait être parmi la meute et… près de moi, non ? Je me suis pris une raclée par Drake et il n’a pas levé le petit doigt. Après toutes les épreuves qu’il a surmontées pour me sauver, ce n’est pas logique, mais mon cerveau est trop embrumé pour réfléchir correctement. 

Depuis le bûcher, dont je préfère refouler les souvenirs au plus profond de ma mémoire, tout s’est passé si vite. L’enchaînement des événements m’a laissé peu de temps pour rassembler mes esprits. Et puis, il y a les cousins et… Lenny. J’ai failli crever, putain. J’ai été vampire, et maintenant je suis louve. À peine ai-je repris des forces qu’on a dû établir un plan pour contrer Sixt. Le problème Elyris est réglé, mais ne nous voilons pas la face, la nièce de Raven est bien plus dangereuse que la poupée blonde ultra-flippante. Et sous l’emprise de Drake, on n’est pas sorti des ronces ! Bordel, Sixt tue des humains pour s’amuser, et nous sommes là, comme si c’était… normal. Pire, inéluctable ! C’est quand même elle qui a créé le Magic Blood ! Pourquoi elle n’en prend pas ? Pourquoi elle ne l’impose pas dans sa communauté ? 

Parce que toute humanité l’a désertée, voilà. Cette humanité qui se réveille timidement au contact d’Eli et de moi, mais pour le reste… 

J’ai peur… Je suis terrifiée. Eli a raison, il faut que Drake meure, c’est la seule solution. Après, Sixtine devra rester sous notre étroite surveillance, car il est inutile d’essayer de la piéger. Elle se méfiera toujours de nous. L’avoir à l’œil, du moins le temps de s’assurer qu’elle ne part pas en vrille, nous donnera sans doute le loisir de la convaincre d’arrêter ses conneries. J’y suis arrivée, alors je veux croire qu’elle le peut aussi ! Sinon, que nous reste-t-il comme choix ? 

a. Drake mort. C’est la priorité. 

b. Raven mort. C’est la priorité ++. 

c. Sixtine qui s’enfile du Magic Blood. C’est pas gagné.

d. Non, en fait il n’y a pas de petit d. C’est la merde, voilà ! 

Je sors de ma chambre, dégrisée par mes pensées que j’ai quand même du mal à classer. Et puis, Lenny, où est-il, putain ? 

Les jours passent sans que je reçoive de nouvelles de Lennox. Même Karl semble inquiet de son absence. Nous sommes conscients que quelque chose ne va pas. Que Lenny ne se serait pas enfui de cette manière. Pourquoi l’aurait-il fait ? Parce qu’il m’a vue avec les cousins dans une chambre ? Qu’a-t-il cru ? Évidemment, je sais ce qu’il a cru, et comment l’en blâmer… Mais est-ce une raison suffisante pour disparaître ? Certainement pas ! 

— Guenille ! s’écrie Tyler en me soulevant dans ses bras. 

Le loup me tire de mes songes en éclatant de rire. Il a l’air heureux comme un pape. 

— Paraît que t’as combattu, l’autre soir ?

— Je me suis même pris une branlée ! lâché-je. 

— C’est ce que je vois, dit-il, tandis qu’il me repose et fait glisser ses doigts sur ma joue encore un peu tuméfiée. 

— Perry n’est pas là ? 

Tyler se gratte le crâne, manifestement gêné.

— Il… il est dans l’antre, avec les clans Lormont et Parker. 

— Ils sont venus ! m’écrié-je, enthousiaste. 

Avec des alliés, nous pourrons vaincre Raven. Si mes parents et les Moon parviennent à convaincre quelques sorciers de nous rejoindre, l’issue des affrontements pourrait nous être favorable. Une soudaine envie de tout raconter à Lennox me saisit. Pourquoi ? Je l’ignore. Enfin, si, je le sais. Depuis le début de cette affaire, Lenny est le seul à avoir mené une enquête cohérente. C’est lui qui a dévoilé les sombres projets de Raven. Il est sans doute le plus déterminé d’entre nous, parce qu’il a conscience que laisser le monde magique entre les mains du Witchcraft de Caroline du Nord signerait la mort de deux espèces, a minima. À présent que nous sommes tous les deux des loups, je sais qu’il sera heureux d’apprendre cette nouvelle. Des clans nous rejoignent ! La résistance se dévoile enfin. Peut-être qu’elle inspirera d’autres meutes, d’autres sorciers. Il le faut, putain ! 

Je suis Tyler jusqu’à l’antre, mais je le sens tendu et je m’interroge sur ce qui lui prend. S’est-il passé quelque chose durant son voyage ? Il ne semble pas blessé, et son absence n’a pas été bien longue. Hum…

— Balance, Tyler ! lâché-je, lasse de me poser ces questions. 

— Balance quoi ? 

— Ce qui te vaut d’être perdu dans tes réflexions ! Pas que tu ne cogites jamais, mais bon… À ce point, ce n’est pas si courant. 

Il se fige et éclate de rire, avant de m’attraper par la taille et de me chatouiller. 

— T’es qu’une vilaine petite louve, Neeve du Nord. 

Je m’esclaffe, et ça fait du bien. Oui, ça fait tant de bien, bordel ! N’empêche qu’il ne répond toujours pas à ma question quand il relâche son étreinte et que nous pénétrons dans l’antre. 

L’immense pièce est bondée. Je reconnais Clarence Parker, le chef de clan du Maryland, à la droite de Karl, et un autre type. Sans doute Noah Lormont, celui de Virginie. Une multitude de loups sont réunis, et la tension est palpable. Après la mort de quelques membres de la meute, certains ont soif de revanche. Ce qui m’inquiète, c’est que les vampires seront la cible principale de leur haine, alors que nous devrions désormais nous concentrer sur Raven. Je le crois plus dangereux que Sixt sur l’échelle universelle des emmerdes. J’avance vers Eli qui se tient près de son lié, une main posée sur son ventre. Un sourire me vient à cette vision. Cet enfant, c’est l’avenir. Voilà ce que nous devons protéger coûte que coûte. 

Je m’étonne de voir mon frère au milieu de la meute. Des œillades meurtrières lui sont adressées par certains des alliés de Karl. Pas difficile de deviner qu’ils ne se sont pas encore faits au mélange des races. Mais s’ils sont ici, c’est qu’ils n’ont pas d’autres choix que de l’accepter. À nous de les convaincre que c’est la seule solution envisageable, après des siècles de soumission à des lois liberticides qui n’ont mené qu’à la haine et à tout ce merdier. 

C’est alors que je vois Tyler rejoindre Perry. Je suis sur le point d’aller saluer le second quand je remarque une jeune femme près de lui, une louve qui semble attirer toute son attention. Je laisse un instant mon frère et vais le trouver. 

— Salut, dis-je, tandis que mes yeux se posent sur celle qui se tient tout près, très près même, des cousins Falck. 

Perry paraît désarçonné, puis m’adresse un immense sourire. 

— Tu n’es pas trop amochée, je suis rassuré. 

— J’aime pas le terme « amoché », ironisé-je. Ça veut dire qu’on devient moche, non ? Je n’ai pas envie de devenir moche. Je ne suis déjà pas une lumière, alors si en plus je suis laide, ce serait le pompon ! 

Perry se marre. Tyler aussi. Un sourire timide s’inscrit aux coins des lèvres de la jeune louve à ses côtés. 

— Je suis Neeve, me présenté-je, puisque je constate que Perry ne semble pas disposé à le faire. 

— Oh, c’est toi, Neeve ! dit-elle d’une voix claire et suave. Perry m’a beaucoup parlé de toi. 

Beaucoup ? Je peine à cacher ma surprise. Ils se connaissent depuis quand, ces deux-là ? Deux jours ? 

— Je suis Julia, ajoute-t-elle, de la meute Parker. 

Ses cheveux bruns sont coupés au carré. Sa peau est pâle, ses lèvres sont d’un joli rose. Elle semble affable, et ses yeux verts et rieurs ne font que confirmer cette impression.

— Ravie de te compter parmi nous, Julia.

Puis, alors que je m’apprête à la questionner davantage, voire à comprendre le comportement étrange de Perry, Karl élève la voix. Et je me tais. Place à l’Alpha.

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