Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)

Laurence Chevallier · Chapitre 28 sur 46

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Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)

27. Chapitre 27

C H A P I T R E 2 7

 

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DRAKE

 

U n mouvement lourd de Sixtine m’arrache à ma contemplation du plafond. Elle dort encore profondément, épuisée par nos ébats passionnés. Depuis qu’elle et la louve alpha ont aplati Elyris, elle semble moins sur la défensive, moins préoccupée. Mon petit oiseau s’abandonne aux plaisirs de la chair sans retenue et me comble chaque jour un peu plus.

J’ai pourtant du mal à me satisfaire de cette situation. Bien que mon influence n’altère en rien sa personnalité, l’emprise que j’exerce sur elle et surtout sur ses souvenirs me laisse un goût amer. J’aurais préféré me passer de ce pouvoir, lui permettre d’exprimer seule ses sentiments à mon égard, mais le spectre de ce loup insignifiant plane toujours au-dessus de nos têtes. Malgré sa médiocrité et l’énergie que je déploie pour modifier sa mémoire, il resurgit trop souvent dans nos conversations. Même mort, cet abruti de Robin ne cesse de hanter ses pensées.

J’imagine que la réconciliation de mon phœnix avec ses horripilantes copines n’est pas étrangère à ces soubresauts de conscience. Moi qui croyais leur amitié définitivement révolue, enterrée avec l’humanité de Sixtine, je me suis fourvoyé ! En un sens, ça nous a permis de nous débarrasser de la capricieuse Elyris, mais il faut reconnaître que ça me complique singulièrement la tâche. Je n’ai pas que ça à faire, de farfouiller dans son cerveau !

J’observe ses traits crispés, même dans le sommeil. Ses lèvres rouges susurrent d’incompréhensibles paroles que je devine destinées à un autre.

— Robin…

Ce murmure à peine audible perfore une nouvelle fois mon cœur inerte.

Je dois me rendre à l’évidence, elle n’est mienne que parce qu’elle y est contrainte…

Qu’importe, je ne veux plus me passer d’elle. Elle passera l’éternité avec moi, quoi qu’il en coûte. Même si pour y parvenir, je dois l’aliéner.

Je frôle délicatement son épaule et la naissance de son cou.

Elle frissonne avant d’ouvrir les paupières et m’adresse un sourire. Les yeux grands ouverts, elle dépose ses lèvres charnues sur les miennes.

Putain, ça suffit à me foutre la gaule !

 

— Merci, Victor, remercié-je mon second pour son compte rendu détaillé des derniers affrontements à Fallen Creek.

Peu de pertes dans nos rangs, si ce n’est notre souveraine et sa cour qui avaient fait leur temps. Chez les loups et les humains en revanche, le bilan est plus lourd, ce qui nous offre un avantage psychologique évident. Tandis qu’ils pleurent leurs disparus, ils se détournent des préparations de la prochaine bataille qui s’annonce épique. Cette fois, ça m’étonnerait que les sorciers noirs ne soient pas de la partie.

Je sers un verre de sang tiède à ma colombe qui m’interrompt dans ma lancée.

— Il n’y aurait pas du Magic Blood, plutôt ?

Je reste interdit.

Qu’est-ce qu’elle vient de dire ? Elle ne va pas elle aussi se mettre à boire cet ersatz insipide !

Je fais mollement signe à Deborah d’exécuter sa volonté, puis me reporte sur ses lèvres frémissantes. Qu’est-ce qui la turlupine, cette fois ?

— Il y a quelque chose que je ne m’explique pas, commence-t-elle, visiblement plongée dans ses pensées. Comment s’y est pris Neeve pour quitter le manoir, déjà ?

Encore ? Elle me demande encore ce qu’il s’est passé ? Ne peut-elle seulement oublier, et ce de manière définitive ? Combien de fois devrai-je effacer ses doutes et modeler notre réalité ?

Je m’épargne un mensonge et m’insinue dans les tréfonds de sa psyché.

Neeve a dupé les nôtres et a préféré rejoindre les loups. Elinor. Et Lennox Hawk.

Puisque la plume est trop faible à s’imposer, j’imprime ces faits au burin. Je plante mon regard dans le sien afin d’établir la connexion entre elle et moi, son créateur, et les grave sans ménagement, désagrégeant au passage autant de souvenirs qu’il est en mon pouvoir de le faire. Moins elle se remémorera son existence de sorcière, moins elle luttera pour se libérer de mon influence. Elle n’a aucune chance de s’y soustraire.

D’ailleurs, il serait temps d’éradiquer ceux qui ont survécu au bûcher des Noctombes. À commencer par les Shadow. J’ai d’abord fait décrocher les portraits des ancêtres qui jalonnaient les murs de notre repaire. Je ne supportais plus leurs regards bovins. Sixtine ne s’en est pas offusquée outre mesure, elle aussi ne les tenait pas en haute estime. Concernant ses parents, en revanche, c’est bien plus compliqué. J’ai beau faire preuve d’imagination et de persévérance, mon hirondelle demeure opposée à l’idée de nous en débarrasser. À croire que les savoir à proximité lui procure une certaine stabilité, un incompréhensible réconfort.

Comme pour Neeve, je vais devoir m’en charger en secret. Elle ne devra jamais le découvrir. Je serai ainsi son soutien, l’unique pilier de sa nouvelle existence. Le seul sur qui elle pourra véritablement compter.

— Neeve est partie… répète-t-elle machinalement. Elle m’a abandonnée pour rejoindre Eli.

— Je suis là, ma colombe, tenté-je de détourner son attention en plongeant mon regard dans le sien.

Mais c’est la nostalgie qui emplit à présent ses yeux. Les regrets. Le manque.

Je suis là.

— Heureusement que tu es là, me sourit-elle tendrement en glissant ses doigts dans les miens.

C’était moins compliqué quand elle siphonnait tous ceux qu’elle croisait. Son addiction de nouvelle-née occultait ses troubles psychologiques. Et si c’était ça, la solution à mes problèmes ?

Tu es à moi.

— Je suis à toi, et tu es à moi, ne peut-elle s’empêcher de rajouter.

Si lui appartenir implique qu’elle fasse des folies de mon corps, je signe sans broncher !

Tu as soif.

— Sers-moi un verre. Ce truc est infâme, précise-t-elle en agitant la poche de Magic Blood apportée par Deborah. Vraiment une idée à la con !

À mesure que le liquide passe de la carafe à sa coupe, sa soif s’amplifie jusqu’à totalement s’emparer d’elle. Elle tremble d’envie.

Elle vide le verre cul sec, laissant couler quelques gouttes visqueuses sur son menton.

— Encore ! exige-t-elle.

Je verse lentement le breuvage.

Ses canines deviennent plus proéminentes, ses pupilles se dilatent au cœur du brasier de ses iris. Elle se noie dans son addiction, oblitérant ainsi toute sa volonté.

Je persiste.

Tu as soif.

D’une traite, elle vide de nouveau sa coupe et saisit la carafe. Elle pose ses lèvres à même le goulot et engloutit son contenu en quelques secondes à peine, tout en répandant le liquide nourricier sur ses vêtements.

— J’en veux encore ! tonne-t-elle.

Sa voix est si profonde et indomptée que les murs en tremblent, comme si le manoir était secoué par un séisme. Sa nature bestiale resurgit et avec elle son avidité et son irritabilité.

— Qu’est-ce que tu attends pour me rapporter un humain – ou non, deux ?

— J’y vais de ce pas, Sixt… répond l’un des serviteurs venus seconder Deborah.

Le bougre n’a pas le temps d’achever sa phrase ni de démontrer sa dévotion qu’elle le fait imploser. Il s’effondre sans même avoir pris conscience de ce qui lui arrivait. Il risque d’être un chouïa moins efficace, ainsi.

— À boire, bande d’incapables ! Apportez-moi à boire !

Elle se tourne vers moi, carnassière :

— Organise une chasse. J’ai besoin de me dégourdir les jambes.

J’acquiesce sans un mot.

Je n’ai rien à craindre d’elle, je la domine, mais j’aimerais autant éviter qu’elle décime les nôtres avant d’atteindre à la forêt.

— Tu resteras avec moi. Quand j’aurai fini, tu devras…

Un sourire suggestif s’affiche sur ses lèvres pulpeuses.

Une éternité de sang et de débauche, voilà une existence qui vaut d’être vécue.

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