Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)
33. Chapitre 33
C H A P I T R E 3 3
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SIXTINE
J ’ai bien essayé de me distraire sur notre terrain de chasse pour oublier les récents événements, mais mes interrogations me hantent et se déploient dans un tourbillon qui me file un mal de crâne insupportable. Que venaient faire les Noctombes au manoir ? Pourquoi ont-ils attaqué des vampires au lieu de se cantonner aux loups ? Il me semble que c’était le deal avec Elyris, pourtant : se débarrasser des cabots avec notre aide pour nous hisser à la tête d’un duo de communautés toutes-puissantes. À croire que je me suis fourvoyée, ou que la malencontreuse disparition de notre souveraine a changé la donne aux yeux de ces sorciers de pacotille.
Pourquoi a-t-il fallu que mes parents s’en mêlent ? Pourquoi leurs mots refusent-ils de s’extirper de ma tête ? Pourquoi cela fait-il si mal… ? En quoi mon existence d’immortelle les regarde-t-elle ? Pourquoi me jugent-ils au lieu de me soutenir ?
Ils m’ont abandonnée…
Mon décès n’aura finalement pas changé grand-chose, personne ne me comprend.
Sauf Drake. Drake, qui occupe toutes mes pensées.
Il est le seul à m’accepter. Il respecte ma différence et l’apprécie quand les autres la dénigrent et s’en offusquent. Peut-être est-ce parce qu’il est lui-même atypique. Méconnu. Méjugé. Manipulateur…
Nul doute que le destin n’est pas étranger à notre rencontre. Nous devions nous lier pour profiter de notre nature et ouvrir le monde à une plus grande tolérance. À une justice moins partiale qui échappera aux craintes infondées vis-à-vis de notre engeance. Nous sommes des prédateurs, c’est un fait. Qui oserait blâmer le lion de dévorer la gazelle ? En un subtil équilibre, notre communauté est essentielle à celle des humains qui prolifèrent sans limites et sans conscience. Sans nous, ils seraient déjà trop nombreux, telle une nuée de sauterelles dévastatrices.
— Est-ce que tout va bien, ma colombe ? me demande Drake en se glissant derrière moi pour m’étreindre.
La proximité de son corps contre mon dos me provoque un frisson délicieux.
— C’est étrange de se retrouver ici, tu ne trouves pas ? C’est comme… une régression.
— La Fang House est à toi dorénavant. Il ne s’agit pas d’une régression, mais d’une évolution.
Il me fait pivoter face à lui et glisse ses doigts entre les miens. Son regard bleu glacier pétille d’une lueur nouvelle, accompagnée d’un sourire qui étire à peine la commissure de ses lèvres. Malgré la situation, il semble enjoué, comme si ma qualité de reine autoproclamée n’était pas usurpée. Comme s’il parvenait à éluder le carnage de la guerre qui fait rage pour ne voir scintiller que les joyaux de ma couronne.
— Ça se défend, je lui réponds évasive.
Je ne peux plus me passer de toi…
— Arrête.
Je détourne mon regard de son emprise hypnotique. C’est une des rares choses à propos de laquelle Eli et Neeve ne s’étaient pas trompées : il s’insinue dans mon esprit, je le décèle à présent. Ce n’est cependant pas nécessaire, je sais qui il est, je le connais mieux que lui-même et la sincérité de ses sentiments pour moi ne fait aucun doute. Pourquoi dès lors s’acharner à altérer ma perception ? Quelques bribes m’échappent, mais je sais ce qui est vraiment important. Pourquoi s’encombrer de détails ? Nous nous aimons et l’éternité s’offre à nous. Aucune entrave ne s’interposera entre nous, ni sorcier, ni loup, ni humain. Aucune créature ne pourra nous atteindre. Et tant que nous serons ensemble, tout ira bien…
— Sixt, regarde-moi, insiste-t-il de sa voix chaude.
Sa main se glisse sous mon menton, me contraignant à redresser la tête. Il fond soudain sur mes lèvres et y dépose un baiser passionné que je lui rends avec fougue.
— Viens !
Il m’entraîne en courant dans les couloirs déserts de notre palais. Dehors, il fait jour ; les nôtres se perdent dans leurs songes, à cette heure. Sans personne sur notre chemin, je me sens privilégiée, véritable souveraine des lieux qui, ce matin, n’appartiennent qu’à nous.
— Attends-moi ici.
Lorsqu’il délie ses doigts des miens, le vide m’étreint. Même pour quelques secondes, je ne supporte plus la moindre distance entre nous. Derrière la porte qu’il a pris soin de refermer, je trépigne d’impatience. Je m’apprête à le rejoindre malgré ses instructions quand soudain, le battant s’ouvre à la volée sur la salle de bal. Une musique chaude et entraînante s’élève sous les voûtes sculptées : une valse tournoyante. Drake me tend la main, pour que j’y dépose la mienne.
— Attends une seconde. Je dois…
Je me suspends, inutile de parler, il va vite comprendre.
Je murmure quelques mots, ferme les paupières et entends le tissu se froisser autour de moi. Cette fois, je suis prête !
— Cette robe, mon hirondelle ! Fabuleuse ! s’extasie-t-il.
Il me dévore des yeux, consumé par l’envie.
Je baisse mon regard et avise cette tenue choisie spécialement pour ce moment : une robe dont le bustier de satin rehausse ma poitrine et dont les volants asymétriques traînent derrière moi tandis qu’ils dévoilent mes cuisses à mon cavalier. Un bijou de la mode. Des escarpins moirés et une rivière de diamants viennent compléter l’ensemble. Je m’améliore en formule fashion !
Je glisse finalement ma main dans la sienne et le suis au centre de la pièce. D’un geste désinvolte, je fais claquer les lourdes portes dans l’espoir de rendre cette bulle totalement hermétique.
— M’accorderiez-vous cette danse, Votre Majesté ? m’invite-t-il avec dévotion.
Je me plonge dans la contemplation de cet homme que j’aime éperdument. Le seul qui s’affranchisse des circonstances pour me chérir sans retenue. Sa chemise entrouverte dévoile ses tatouages ondulants et ses muscles saillants, ce corps qui épouse si bien le mien.
J’acquiesce, le sourire niais d’une adolescente qui vit sa première passion accroché sur mon visage. D’un pas expert, il m’entraîne. Au rythme de la musique qui grésille, je virevolte, gonflant les volants de ma robe divine. J’ignore combien de morceaux défilent, le temps file dans sa course effrénée, nous rendant plus avides encore de ce moment éphémère. Nos souffles se mêlent, nos gestes se coordonnent dans une symbiose parfaite. Plus que tout le reste, cet instant nous lie à jamais.
Lorsque la musique s’arrête, nous nous affalons, étreints par un sentiment de satisfaction, sur le tabouret du piano. Drake saisit un petit objet et l’éteint.
— Tu veux dire que la musique… ?
— Un MP4, pourquoi ?
— Moi qui trouvais le charme désuet du gramophone parfait pour rythmer ce bal !
Je ris. Comme je n’ai plus ri depuis longtemps.
— N’est-ce pas ? Mais disons que c’est moins fiable et plus contraignant. Qu’est-ce que tu croyais, j’ai beau avoir traversé les siècles, je vis avec mon époque !
Je presse mes lèvres contre les siennes et me délecte de sa peau tandis qu’il me dévore et plonge ses mains sous les plis de ma robe. Le jour est à nous !
Sa bouche chemine sur ma gorge tandis que ses doigts explorent mes formes fuselées. À l’envie irrépressible de ne plus faire qu’un avec lui s’ajoute celle de lui appartenir, et qu’il m’appartienne en retour.
— Mords-moi.
— Sixtine, tente-t-il de résister d’une voix enivrée par nos ébats.
Je repousse ma tête en arrière, offrant mon cou à ses baisers torrides.
— Mords-moi, supplié-je.
— Tu me rends fou !
Il presse mes seins sous ses paumes et fond sur ma jugulaire. Ses crocs s’enfoncent dans ma chair tendre, et bien que mon cœur ait cessé de battre, mon sang coule dans un petit bouillon de mon corps à sa bouche. Lorsqu’il s’écarte, ses lèvres plongent sur les miennes. Le goût de fer envahit ma bouche quand, de sa langue, il caresse la mienne. Dans la précipitation, nous chutons du tabouret, et je me retrouve à califourchon sur lui, mon intimité pressée contre son membre raide.
— Sixtine… gémit-il encore, souffrant visiblement que je le fasse attendre.
Le sang ruisselle dans mon cou. Il se faufile entre mes seins toujours compressés par mon bustier sur lequel il louche avec intérêt. Je me penche, lui offrant un instant une vue plongeante, lèche sa lèvre maculée d’hémoglobine, embrasse sa mâchoire et, à mon tour, le mords.
Le flot écarlate jaillit et coule dans un jet tiède. Dans mes veines, je sens la puissance se déployer, l’envie aussi. Quand, lassé d’attendre, Drake me retourne pour me dominer, mes crocs s’arrachent douloureusement de sa peau. J’en veux encore ! Mais lorsqu’il me pénètre, ma dépendance se reporte sur son corps qui complète si bien le mien. Prétendre que nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre serait une pure hérésie…
Je ne saurais plus me passer de lui.
Je ne veux plus me passer de lui.
Mon éternité, c’est avec lui que je choisis de la vivre.
Pour toujours, à jamais.
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