Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)

Laurence Chevallier · Chapitre 32 sur 46

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Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)

31. Chapitre 31

C H A P I T R E 3 1

 

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LENNOX

 

J ’élève les bras, me sentant soutenu par Neeve, Elinor, et tous les sorciers qui sont arrivés sur le tard, après avoir appris ce qu’il s’était passé dans les jardins du manoir Shadow. Paul et Lydia ont joint leurs mains à celles de Derreck, Josephine et Mark Forest, à Remus et à Agatha Moon, et à quantité des nôtres venus rallier nos rangs. 

Et je ressens la meute, tapie non loin, observant l’épais brouillard qui surgit de mes doigts en des milliers de filaments scintillants d’une couleur bleutée. Neeve m’a ramené, et désormais, j’éprouve l’intensité de la magie de mes pairs se mêlant à la mienne, ainsi que l’appui du clan Greystorm. Je me sens serein, apaisé, bien qu’encore chamboulé par ce que j’ai subi. Le grimoire maudit n’a plus d’emprise sur moi, mais je crains que ses sinistres enchantements puissent de nouveau s’imprégner sous ma peau, et dans mon cerveau qu’il n’a eu aucun mal à asservir. Il a failli me faire oublier… l’oublier. Je chasse cette pensée et rassemble tout ce qu’il me reste de puissance avant d’invoquer le sort dont seuls les Amnistrals sont dotés.

— Obliviscatur !

Les nébuleuses se projettent dans les cieux, se divisent encore et encore, et partent en quête des humains de cette ville. Ils en ont trop vu. On ne se montre pas. C’est peut-être l’unique loi valable parmi les trois qui régissent notre monde. Cette soirée l’a prouvé. Désormais, mon sort n’a plus qu’à remplir sa mission. Il effacera la mémoire des habitants, mais pas les vidéos réalisées durant l’attaque d’Elyris. Elles ont déjà circulé. Heureusement, la sorcellerie a altéré la qualité des images. Beaucoup ont cru à une mascarade, à un tournage de film de série B, à un canular. Qui pourrait imaginer que deux races magiques s’affrontent dans les rues d’une petite ville perdue de Caroline du Nord ? Personne. De toute façon, l’être humain a toujours préféré porter des œillères face à ce qu’il ne comprenait pas. Un adage qui se vérifie et qui nous arrange bien. 

Dans un silence presque religieux, les loups retournent vers la tanière. Les sorciers s’apprêtent à rentrer chez eux. Ils resteront sur le qui-vive, car nous savons tous que Raven ne s’arrêtera pas là. Il avait misé sur moi dans ce combat. Grossière erreur. Il a sous-estimé une force bien plus puissante que la sienne. Celle de l’attachement, du souvenir, et… de l’amour. Cependant, il ne fait aucun doute qu’il reviendra, et quand il le fera, ce sera pour nous achever. Nous ne le laisserons pas faire, mais l’affrontement s’annonce pire que celui que nous avons vécu ce soir. Pour gagner cette guerre, je ne dois pas prendre le risque d’être de nouveau asservi. Et il y a le problème des vampires…

— Tu es prêt ? s’enquiert Josephine. 

J’acquiesce. Derreck et Mark dessinent un pentacle dans la terre, à l’aide d’un bâton, puis me demandent d’approcher et de me placer à l’intérieur. J’obéis tandis qu’Elinor verse le sable qui délimitera le cercle où se cumulera la magie du sortilège de protection. Les sorciers se prennent par la main et m’entourent en fermant les yeux. Seuls ceux de Neeve restent ouverts. Les miens se baissent sur son sourire qui m’est destiné, et qui m’a sauvé. Sur cette bouche qui m’a couvert de baisers. J’inspire, empli d’un sentiment que je n’avais plus éprouvé depuis longtemps. Alors Neeve clôt les paupières à son tour, et les voix s’élèvent dans la forêt. 

« Amnistral, Amnistral, que ton corps et ta volonté soient protégés,

Amnistral, Amnistral, que tu te défasses du lien qui t’a piégé,

Amnistral, Amnistral, que du mal, ton âme soit préservée,

Amnistral, Amnistral, que ta magie, jamais ne te soit ôtée,

Amnistral, Amnistral, par ce sortilège, nous te lions à nous, 

Et que seule notre mort puisse rompre ce sort. »

Les paroles se répètent. Le vent se lève. Je sens une magie puissante s’infiltrer en moi. Je respire, mon cœur s’emballe, l’odeur de la forêt semble plus piquante, agréable, j’ai le vertige tandis que je suis traversé par toutes ces émotions positives et salvatrices. 

Et j’ouvre mes paupières pour rencontrer une nouvelle fois le regard aimant de Neeve. 

Entouré des membres de la meute, je dévore le contenu de mon assiette sous les yeux de Popeye. Enfin, celui qu’il lui reste, puisqu’un bandeau couvre le second. Il est arrivé à la fin des combats et doit sa blessure à un vampire qui voulait s’en prendre à un humain. Les cicatrices de la bataille du manoir Shadow se lisent encore sur les visages et dans la chair des survivants. Les Falck sont ici et m’observent, en compagnie de Sybil et de Mark Forest. Angus a le bras bandé, mais ses facultés de loup auront bientôt complètement guéri ses plaies. D’autres ont eu moins de chance. Leurs corps ont été brûlés dans la clairière après un discours émouvant de Karl et des Alphas des meutes de Virginie et du Maryland. 

Une main imposante se pose sur mon épaule. 

— Je suis heureux de te revoir parmi nous, Lennox, déclare Karl de sa voix profonde. 

Je lève les yeux sur l’Alpha. À son bras, Elinor m’adresse un sourire. Il est loin le temps où cette femme m’horripilait, bien que je ne sois pas prêt à le lui avouer. J’ai dans l’idée que nous ne nous épancherons jamais sur nos sentiments l’un envers l’autre. Ils ne se manifesteront qu’au travers de nos taquineries qu’elle ne se prive jamais de formuler. 

— Ton air dépressif m’avait presque manqué, dit-elle, confirmant d’une phrase cette pensée. 

Une virgule se dessine au coin de mes lèvres, puis je finis le plat concocté par le cuisinier spécialement pour moi. J’avais si faim. Je ne me rappelle pas avoir mangé entre le moment où je suis entré dans la salle de ce maudit grimoire et celui où je me suis rendu malgré moi au manoir Shadow. Depuis mon « réveil » et mon retour dans la tanière, j’éprouve un sentiment que jamais je n’aurais imaginé connaître. Je me sens enfin chez moi. 

Depuis petit, je vis en solitaire. À part ces quelques années passées aux côtés de Neeve, je n’ai pas vraiment grandi au sein d’une famille aimante. Mes parents n’étaient pas cruels, mais ils ne m’ont jamais prodigué cette tendresse que j’ai souvent observée chez les Forest, par exemple. La seule personne pour laquelle je comptais a toujours été Neeve. Aujourd’hui, dans cette tanière creusée dans la roche, entouré d’une multitude de loups, je ressens le lien qui nous unit. Après ce que je viens de vivre, je ne veux plus jamais le briser. 

— Tiens, ça va te requinquer ! lance Tyler en m’offrant un verre de vin. 

— Je ne bois pas beaucoup d’alcool, je ne suis pas sûr que… 

Mais je n’ai pas le temps de protester, que chaque loup présent dans la cuisine tend son verre afin de trinquer à mon retour. Avant que j’y trempe les lèvres, l’Alpha élève la voix. 

— Nous sommes un clan, nous formons un tout. Quand nous perdons des membres de notre meute, c’est un déchirement, car nous n’en laissons jamais un derrière nous. Lorsque tu as été enlevé, Lennox Hawk, c’était le chaos, et nous n’avons pas remarqué ton absence. Du moins, nous avons pensé qu’elle était de ton fait. Cela n’arrivera plus. Tes nouveaux frères sont ici, heureux de te compter parmi eux. Si le carnage a cessé au manoir Shadow, c’est bien parce que tu es revenu et j’ose croire que notre lien aura contribué à te rendre la raison, même si j’ai tout à fait conscience qu’une louve du clan Greystorm n’est pas étrangère à ce retour.

Quelques rires fusent lorsque Karl esquisse un rictus plein de sous-entendus. Je souris.

— La guerre est loin d’être terminée, ajoute-t-il, mais ce dont je suis certain, c’est que nous la gagnerons. Les Noctombes ne peuvent pas rivaliser avec l’esprit d’une meute, et je suis fier d’être le premier Alpha à compter des sorciers parmi les miens. J’aimerais donc trinquer aux membres qui nous ont quittés et qui nous manqueront terriblement, mais je souhaite aussi qu’on rende hommage à ceux qui ont évité que nos pertes soient plus élevées. À Elinor Moon, à Neeve Forest, et bien sûr, à Lennox Hawk ! 

Les verres s’entrechoquent et sont sifflés à la vitesse de l’éclair. On m’en ressert un deuxième, puis un troisième, avant que je ne réalise l’absence de Neeve. Tyler s’approche, laissant Perry avec une jeune louve du clan Parker. Mon sourire ne me quitte plus, grisé que je suis par l’alcool que j’ai si peu l’habitude d’ingurgiter. Quand Tyler me tape dans le dos, je manque de tomber. Pas que je sois en état d’ébriété, mais ce Bêta bénéficie d’une force colossale que je suis encore loin de posséder. 

— Huhu, Lenny ! Ça fait plaisir de te voir de si bon poil ! 

Je soupire d’amusement. Perry se joint à nous et plante sa main sur mon épaule. 

— Ouais, surtout qu’on a tous failli crever devant ce manoir. C’était génial quand t’as invoqué le sort de… Comment t’as dit ? 

— De pétrification, réponds-je. Mais tous les sorciers noirs n’ont pas pu être touchés, on aurait pu les achever si ça avait été le cas. 

— Sincèrement, je préfère m’en prendre à de la chair en mouvement. D’ailleurs, en parlant de chair en mouvement… 

— Cette vanne est naze, le coupe Tyler, alors que Perry jette un œil sur cette jeune louve du clan Parker, Julia. 

— Je ne l’ai même pas terminée ! s’offusque-t-il.

— Elle est naze. 

Je souris, tandis que mon regard embrasse la vaste cuisine où tout le monde est réuni. Je ne vois toujours pas Neeve, alors qu’elle était présente quelques minutes plus tôt. 

— Je vous prie de m’excuser, dis-je aux Falck. 

Perry et Tyler se mordent les lèvres comme s’ils se retenaient de rire, puis m’observent étrangement. 

— Quoi ?

— D’une, énonce Perry, personne ne prie qui que ce soit de s’excuser dans cette meute, Lenny. Je dirais même chez les loups en général. En vrai, il vaut mieux que t’évites de le faire partout au risque de passer pour un mec coincé du derche ! De deux, tu la trouveras dehors. 

— Hein ?

— Neeve, tu la trouveras dans la forêt. Je l’ai entendue avertir Eli qu’elle allait prendre l’air. Depuis qu’elle a retrouvé ses pouvoirs, elle veut entrer en communion avec la nature. 

— Y a pas qu’avec la nature qu’elle veut entrer en communion, ricane Tyler en me donnant un solide coup d’épaule. 

J’affiche un visage surpris, puis mes joues se colorent quand je saisis l’allusion.

— Mais tu… vous… 

Ils me regardent avec un sourire. 

— Nous voulons son bonheur et le tien, mon frère, affirme Perry. On t’aurait bien proposé de partager, mais… j’ai dans l’idée qu’un plan à quatre ne serait pas vraiment ton truc. 

Une image s’infiltre dans mon esprit et mes yeux s’écarquillent. 

— Clairement pas ! lâché-je, ahuri. 

Les Falck éclatent de rire puis Tyler déclare : 

— Qu’attends-tu pour la rejoindre ? 

Durant un court instant, je détaille le visage de ces deux cousins que j’ai tant haïs par le passé. Je sais qu’ils ont des sentiments pour Neeve, alors ce qu’ils disent là me touche bien plus que je ne peux l’exprimer. Ils ont risqué leur vie pour elle et je suis persuadé qu’ils la risqueraient encore s’il le fallait. Je les gratifie d’un sourire, comprenant à l’instant que ces deux hommes, qui m’ont apporté tout leur soutien depuis ma transformation, sont devenus de vrais amis. Je pose mes mains sur leurs épaules sans un mot, puis leur adresse un clin d’œil avant de vite filer vers la sortie. 

À peine ai-je passé le seuil de la tanière que je ressens la présence de Neeve. Je ne sais si c’est grâce à mes pouvoirs de sorcier ou à l’esprit de la meute, mais cette intuition me mène tout droit à un ruisseau où je la trouve, assise sur un tapis d’herbes sèches, le regard levé vers le ciel. Les couleurs safranées du crépuscule intensifient l’éclat de sa chevelure rousse qui dévale son dos. Elle prend une profonde inspiration, goûtant les effluves de la forêt, les paupières closes. 

— Tu sens le vin, dit-elle, alors qu’un sourire s’empare de son visage. 

J’imite cette expression en m’asseyant à côté d’elle. Sa robe longue et vaporeuse dissimule ses jambes et ne laisse que ses orteils nus à l’air libre. 

— J’ai fêté mon retour avec la meute. 

Elle se tourne vers moi. Sa beauté me coupe le souffle et je baisse les yeux. 

— Tu fais ton timide ? 

Je pouffe. 

— Non, je… j’ai peut-être trop bu. 

— T’as changé, Lenny. 

Je relève mon regard sur elle. 

— Je sais. Je le vois à présent. 

— Moi aussi, j’ai changé. 

J’acquiesce. Le silence qui suit est bien plus éloquent que des mots. Des mots que je n’ai jamais su véritablement exprimer. Pourtant, à cet instant, je désire lui parler. Lui dire ce que je ressens. Peut-être est-ce l’alcool qui me délie la langue, je ne pourrais l’affirmer, mais dès que je me lance, je suis décidé à aller jusqu’au bout. 

— Je regrette d’avoir tout gâché entre nous, après l’agression, je veux dire…

— Ne parlons pas de ça, c’est du passé, me coupe-t-elle en posant une main rassurante sur ma cuisse. 

Je place la mienne au-dessus, ancrant mes yeux dans les siens. 

— Laisse-moi finir, s’il te plaît, soufflé-je. 

Elle hoche la tête, sans fuir mon regard qui s’attarde sur son visage. 

— J’ai été un imbécile, têtu et arrogant. J’ignore si c’est la peine, la crainte de te perdre ou la jalousie de savoir que tu vivais une existence sans moi, mais ce dont je suis certain, c’est que mes sentiments pour toi n’ont jamais faibli. Pire, ils ont… évolué, m’ont rendu fou. Je n’ai jamais eu que toi à l’esprit. 

— Lenny…

— Je veux que tu partages ma vie. Je veux faire partie de la meute et passer mes journées dans cette forêt, avec la garantie de te trouver chaque nuit auprès de moi. Quand j’ai cru que tu étais morte, j’ai failli en crever. Je ne veux plus jamais prendre le risque de te perdre. Du moins, pas avant que nous devenions un vieux couple sénile. 

Elle rit. Ses yeux s’embuent de larmes, tout comme les miens. Ma gorge se serre. Mon cœur se met à battre plus rapidement. J’ai du mal à respirer quand je dis :

— Épouse-moi, Neeve. 

Sa bouche forme un O. La surprise fige ses traits, et cette fois, ses larmes débordent. Je lève une main et en essuie une sur sa joue avant d’y placer ma paume. 

— Je suis fou amoureux de toi. Laisse-moi te le prouver pour le reste de notre existence. 

Un sourire flotte sur ses lèvres. Lèvres dont je m’empare en les recouvrant des miennes. Je peine à dissimuler ma joie de l’avoir retrouvée dans ce baiser qui s’éternise. Ma langue se fraie un chemin et danse avec la sienne. Je ferme les paupières, mon buste se gonflant de cette sensation familière et pourtant inédite. Quand mes doigts se placent sous les bretelles de sa robe, elle s’écarte, des rougeurs parant son visage. Je ne saisis pas cette expression ni cette timidité que je ne lui connais pas. Et des doutes m’envahissent.

— Tu… tu ne me désires pas. 

Ses yeux se relèvent sur moi. 

— Je te désire plus que tout, Lennox Hawk, mais… 

— Mais, quoi ? 

— Mais, après toutes ces années, c’est étrange. C’est comme si c’était… 

— Notre première fois ? 

Elle acquiesce, et sa pudeur me ravit. Je ne pensais pas un jour lire cette expression sur ses traits. Alors, je pose mes mains sur ses joues, l’embrasse encore et ris contre ses lèvres que je dévore. Le bonheur que j’éprouve provoque une explosion dans ma poitrine. Les doigts de Neeve s’affairent à détacher ma chemise. Les miens achèvent ce qu’ils avaient commencé en la débarrassant de sa robe, et quand ses courbes sont entièrement dévoilées à ma vue, je prends un instant pour les admirer. 

— Tu es si belle. 

Ses yeux pétillent. Ses lèvres retrouvent les miennes, puis je suis nu, et c’est à son tour de détailler mon anatomie. J’en suis presque gêné. Nous avons fait l’amour à de multiples reprises, pourtant, je comprends ce qu’elle signifie en parlant de « première fois ». Mon cœur me martèle les côtes, sentant le sien palpiter. Nos peaux se rencontrent. Je plante des baisers dans son cou. Son rire me transporte. Je la serre contre moi et nos corps emmêlés se roulent dans la terre. Nous nous fichons bien de nous salir, nous nous fichons bien de tout, si ce n’est de nous. 

— Je t’aime. 

— Je t’aime. 

Ma bouche s’empare d’un téton, puis de l’autre, tandis que mes mains explorent ses formes, puis s’invitent sur son intimité. Elle gémit contre mes lèvres, et moi je peine à croire que c’est réel, qu’elle est bel et bien dans mes bras. Tout à moi. Ma langue se délecte de sa peau avant de se presser entre ses cuisses brûlantes. Ses doigts s’enfouissent dans mes cheveux quand elle se cabre sous mes assauts, alors je l’aspire et lui inflige une torture enivrante. 

— Lennox…

J’embrasse son ventre, retrouve ses seins rebondis et frémissants. Je goûte sa peau de miel. Hume son odeur délicieuse et si familière. Lorsque je me place devant son entrée, je prends appui sur mes coudes qui cernent son visage. Je dépose de multiples baisers sur ses lèvres avant de doucement la pénétrer. La sensation manque de me faire venir aussitôt, mais je me retiens et amorce lentement mes coups de reins, mes yeux arrimés aux siens. La nuit tombe sur nos corps enlacés. Nos gémissements se perdent dans la forêt. Le vent emporte bientôt ses cris. Et mon sourire… Depuis quand n’ai-je pas autant souri ? Je deviens plus ardent, et sa peau brûle contre la mienne. Si longtemps… Si longtemps que je rêvais ce moment que j’imaginais inaccessible. Plongé dans son regard noisette, je me demande si c’est possible de se sentir si heureux, moi qui ne me souvenais plus de cette émotion. Et mes à-coups s’intensifient. Neeve presse ses mains sur mes fesses et exige mes baisers, alors je rue plus vite en elle. Soudain, elle me fait basculer sur le dos. Au-dessus de moi, elle ondule. Sa chevelure cascade sur ses épaules et couvre ses seins. Je l’écarte, désireux de me repaître entièrement de la vision de son corps nu. Doucement. Lentement. Elle danse sur moi, son regard arrimé au mien, son sourire à l’image de celui que j’arbore. Elle accélère et je gronde quand je me redresse en position assise et que je la serre contre moi, réclamant ses lèvres contre ma bouche. Puis elle s’arrête, contemple un instant mon visage, et dit :

— Oui.

Submergé par le désir, le bonheur et le plaisir intense que j’éprouve, je ne comprends pas tout de suite ce que ces trois lettres signifient. Quand enfin je réalise, mon cœur explose. Mes mains se placent sous son fessier que je soulève, aidé de ma force lupine. Mon sourire est radieux alors que j’approche du ruisseau, Neeve dans mes bras, ma bouche sur la sienne. La morsure de l’eau fraîche nous arrache une grimace, mais je ne cesse de l’embrasser. Planté au creux de son ventre, je reprends mes assauts, me délectant de chaque seconde de cette union.

À nos gémissements se mêlent nos rires. À nos rires se mêlent nos sentiments. Ça déborde. C’est même si intense que je peine à croire que c’est réel. Pourtant, Neeve est bien dans mes bras. Lorsque sa tête bascule en arrière, éprouvant le point culminant de son plaisir, je contemple ses traits et ne tarde pas à la rejoindre dans son extase. 

Puis je resserre mon étreinte sous le flot incontrôlable des émotions qui me traversent. Après des années loin d’elle, je la tiens enfin tout contre moi. 

Aujourd’hui, je peux le dire. Je suis heureux et je ne laisserai plus jamais personne m’enlever cette femme dont je suis éperdument amoureux.

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