Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)

Laurence Chevallier · Chapitre 20 sur 46

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Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)

19. Chapitre 19

C H A P I T R E 1 9

 

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KARL

 

N ous ne gagnerons pas. C’est impossible. Pas contre les vampires et ces putains de sorciers renégats, obsédés de pureté.

Nous ne sommes pas assez nombreux. 

Avec lassitude, je regarde sortir les éclaireurs de mon bureau. C’est à peine si je parviens encore à masquer mon abattement. Pourtant, quoi que je pense, quoi que je ressente, il va bien falloir que je me reprenne. 

Mais quelques minutes plus tôt, les informations catastrophiques qui m’ont été communiquées par mes loups m’ont un peu plus accablé. Cet enfoiré de Raven a établi sa domination sur la Caroline du Nord, alors que son emprise était déjà totale sur la Virginie. Plus rien ne semble pouvoir l’arrêter depuis son coup d’État. D’autres Witchcrafts sont en lien avec lui et envisagent de sauter le pas. De leur plein gré ou non, là n’est plus la question. La vérité est qu’au lieu de s’unir contre lui pour avoir une chance de le contrer, ils courbent l’échine, offrent leur nuque. Et Raven en profite pour marquer et étendre son territoire. 

Lennox me l’a confié, les sorciers noirs sont partout, et les différentes communautés ne s’en aperçoivent que maintenant. Je ne les en blâme pas, personne n’a rien vu venir. L’oncle de Sixtine a eu trois décennies pour recruter, former, embrigader ses Noctombes. Les plier à sa volonté d’airain et à ses sombres desseins. 

Et ces sombres desseins, je les devine. Dans le monde que nous prépare Raven, il n’y a plus de place pour les loups, j’en suis certain. Il fait confiance à Elyris pour tenir ses suceurs de sang en laisse. Et une fois que les loups seront éradiqués comme de la vermine, plus aucun sorcier ne pourra se mélanger. Nul doute que le tour des vampires viendra en son temps, un homme de la trempe de Raven ne permettra à personne de se mettre en travers de son chemin. 

Cependant… Sa propre nièce peut être le grain de sable qui enrayera l’impitoyable machine sur le point de nous broyer. Qui nous a déjà fait tant de mal… Je repense à ma mère, fauchée par une cruelle maladie, et à toutes ces louves disparues. Certaines femelles de la meute attendent que le couperet tombe pour elles, c’est insupportable. Et si ma mère est morte des suites de ce mal mystérieux, alors le sang Greystorm contient sans doute des gènes sorciers issus d’un métissage d’une autre époque. D’un autre siècle. Qu’en sais-je ? Quel sera l’avenir de mon bébé à naître si c’est une fille ? Elle sera traquée par les sorciers noirs. Et si j’en ai d’autres, la maladie pourrait me les enlever. J’ai toujours voulu une grande famille, mais Eli… Et avec tous ces dangers, comment puis-je même y songer ?

Je secoue la tête en grognant. Ne pas réfléchir à ça. Me concentrer pour trouver des solutions, si elles existent. 

Sixtine… Oui, Sixtine. Il paraît que de nombreux vampires seraient prêts à grossir ses rangs et qu’Elyris n’est plus en Caroline du Nord. Erreur stratégique qui ouvre le chemin à la nouvelle venue. Car Sixtine a fait tomber la nuit en plein jour. Elle a offert une liberté inédite à sa communauté. Et les nouvelles se propagent comme un incendie à travers tout le pays…

Agacé, torturé par ces réflexions qui se heurtent aux parois de mon crâne, je me lève pour faire les cent pas, comme à mon habitude. 

J’ai besoin d’alliés. De beaucoup d’alliés. 

En deux enjambées, j’atteins la porte de mon bureau, l’ouvre à la volée. Derrière, comme je l’avais senti, se tiennent mes deux fidèles Bêtas, les Falck. Depuis le réveil de Neeve, ils se trimballent partout avec un sourire rayonnant. Personnellement, je les étoufferais bien avec. C’est pas possible d’être aussi joyeux quand tout menace de s’écrouler autour de nous.

— Entrez, tous les deux. 

Ils s’exécutent sans mot dire. Je repasse derrière mon bureau, contemple quelques secondes le panorama. Hors de question que je m’avoue vaincu. Quitte à mourir, autant le faire avec honneur. 

— Vous allez partir sur-le-champ.

Ils restent silencieux, attendant la suite, mais je constate avec satisfaction que j’ai leur attention pleine et entière. Déjà ça. 

— Nous avons besoin de nouer des alliances. Vous allez commencer par la meute Lormont, en Virginie. Depuis le duel qui m’a opposé à son frère, c’est Noah l’Alpha, et il m’avait l’air d’un type raisonnable. Et avec Raven à l’œuvre, lui aussi a tout à perdre. Il faut le convaincre de sortir du bois. 

Perry acquiesce. Tyler me fixe d’un regard intense. 

— Ensuite, direction Baltimore. D’après ce que vous m’avez dit, le neveu de Popeye, Clarence Parker, s’est montré relativement coopératif lors de votre visite… surprise. Si ces deux meutes nous rallient, il est possible que d’autres le fassent. C’est notre seule chance. Cette mission est vitale, vous me comprenez bien ? 

Apparemment, oui. C’est limite s’ils ne sont pas au garde-à-vous. Ils se comportent souvent comme des louveteaux, mais je peux bien le leur pardonner. Je n’ai jamais eu à me plaindre d’eux, même si je déplore parfois leur impulsivité. Comme quand ils se sont rués à la Wiccard pour défendre Neeve. Résultat, ils ont fini eux aussi sur le bûcher. Néanmoins, je ne peux leur reprocher cet acte fou. J’aurais agi de même pour sauver Elinor. 

— Sortez maintenant. Vous partirez dès que possible.

Un instant, je crains qu’ils ne protestent, car Neeve vient à peine de nous rejoindre et je sais qu’ils tiennent à elle. Mais non. Ils sont toujours à la hauteur de mes espérances. À pas rapides, ils quittent mon bureau pour préparer leur voyage. 

Quant à moi, je m’affaisse de nouveau. Je ne le leur ai pas montré, parce que je n’en ai pas le droit, mais je doute. De tout. J’ai bafoué tant de lois. On ne se mélange pas ? Je me suis mélangé. On ne trahit pas ? D’une certaine façon, je l’ai fait également. Il ne reste plus qu’un article fondateur.

On ne se montre pas. 

Eh bien, je crois que celui-ci aussi, il va me falloir le fouler aux pieds. Le piétiner, le jeter aux orties. L’heure de s’afficher au grand jour a sonné. Nous ne resterons pas terrés dans nos forêts, nous débusquerons nos ennemis, les vampires, puis les sorciers et ce maudit Raven, sur leur propre terrain. Et au diable les conséquences. 

Et c’est ainsi que je commence à réfléchir autrement. En dehors des sentiers battus. En dehors de ces règles que l’on nous a toujours imposées. Sixtine est la clé de cette tragédie, j’en suis persuadé. Si nous parvenons à la piéger, et peut-être à la neutraliser… 

Brusquement, je me lève à nouveau. Je dois voir les familles Moon et Forest. 

C’est Angus qui est allé les chercher et les a ramenés dans notre cuisine. Ils semblent s’y plaire beaucoup. Apparemment, ils reviennent d’une sorte de réunion… Je suis certain que ces familles de sorciers ont de louables intentions, mais en revanche, est-ce réellement une bonne idée de créer un mouvement en faveur des mélanges interraciaux ? On devrait plutôt songer à sauver nos fourrures, sinon, nous passerons l’hiver en carpette sous les pieds de Raven. 

 

— Je vous ai fait venir ici, dis-je d’une voix grave, car comme vous le savez, nous courons tous un grand danger. Et… j’ai quelque chose à vous suggérer.

Agatha Moon, ou plutôt devrais-je dire « belle-maman », me fixe de son regard presque aussi clair que celui de sa fille. Elle que l’on m’a décrite comme une femme discrète, voire effacée, semble se révéler dans cette crise. Avec Josephine Forest, elles forment une équipe du tonnerre. Et honnêtement, je n’aimerais pas avoir à les affronter. 

— Voilà, je… Nous savons qu’il n’y a pas de temps à perdre, donc je ne vais pas y aller par quatre chemins. Je vous propose de piéger Sixtine et… de l’enfermer. 

Seul le silence me répond. Atterré pour Eli, mais pensif pour le reste de l’assemblée. 

— Karl… tu ne peux pas faire ça ! souffle ma liée. 

— Tu ne seras pas concernée par tout ça, c’est bien trop dangereux, dans ton état. Et puis, Sixtine ne te supporte plus, de toute façon, lui assène sa mère, protectrice, sans comprendre que le problème n’est pas là. 

— Agatha, tais-toi, la reprend Josephine, qui garde son regard planté dans le mien. 

Moi, je sais qu’Eli a peur pour Sixtine. Certes, sur le papier, son ancienne amie est surpuissante. Mais elle, Neeve et moi sommes conscients que son séjour dans nos geôles l’a profondément meurtrie. Et elle ne souhaite pas lui faire revivre une telle trahison. 

Néanmoins, Josephine ne reculera pas devant la porte de sortie que je lui offre. Et moi non plus. Elinor m’en voudra, mais je ferai tout pour les protéger, elle et mon enfant à naître.

— Karl, j’ai peut-être une solution qui te plaira. Mais il me faut Neeve pour la mettre à exécution.

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