Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)
32. Chapitre 32
C H A P I T R E 3 2
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NEEVE
— M on amour… je vais… je vais… Lenny n’a pas le temps d’en dire plus que la porte de la chambre s’ouvre soudain sur Karl et Eli.
— Lennox, je dois te par…
Le spectacle lui coupe la chique. Personne n’a donc jamais inculqué à cet homme de frapper avant d’entrer ? OK, c’est l’Alpha, mais tout de même !
Mes lèvres glissent lentement sur le sexe de Lenny et l’abandonnent, avant que mon visage ne s’oriente vers celui, effaré, de Karl.
— De la javel pour mes yeux ! Je veux de la javel pour mes yeux ! s’écrie Elinor en les couvrant avec ses paumes et en s’enfuyant dans le couloir.
L’Alpha est figé. Lennox tente de me repousser, l’air affolé. Moi, je suis penchée entre ses cuisses, les fesses à l’air, pleinement exposées au regard de notre chef de meute. Je soupire en me redressant.
— Ça peut pas attendre un peu ? lancé-je en haussant le menton.
Karl opine de la tête, mais ses yeux n’ont toujours pas cligné. Quand il referme la porte, j’inspire et me tourne vers mon amant.
— On en était où ?
Il me considère avec étonnement, puis éclate de rire. Il se lève et m’attrape par la taille, avant de me faire rouler sur le lit. Son visage surplombe le mien. Son sourire précède les baisers qu’il dépose sur mes lèvres. Son corps me recouvre, et de nouveau nous nous unissons.
Une bonne demi-heure plus tard, je parcours les couloirs de la tanière en sautillant. Quand je passe la porte du bureau de Karl, je le découvre devant la fenêtre en train d’embrasser Eli, une main douce lui caressant le ventre. Je me racle la gorge pour signaler ma présence. Leurs visages s’orientent vers moi. Je crois y discerner des vestiges de la surprise qu’ils ont eue un peu plus tôt.
— J’avoue, vous faites un tableau plus chaste, me moqué-je. Au fait, t’as trouvé la javel, Eli ?
Un sourire s’immisce sur les lèvres de l’Alpha. Elinor secoue la tête, puis s’approche.
— Je pense faire appel au pouvoir d’Oublieur de l’Amnistral pour que la vision de ta raie du cul soit déracinée à jamais de mon cerveau !
— Je peux m’en occuper tout de suite, si tu le souhaites, déclare Lennox qui apparaît derrière moi.
— Je t’en supplie, fais-le, dit-elle.
Je m’esclaffe, puis attrape Eli par la main.
— Salut, les gars, bonne réunion. Nous, on y va ! lancé-je, avant de la tirer à l’extérieur du bureau, direction la cuisine.
Quelques minutes plus tard, Popeye nous gratifie d’une accolade et dresse nos assiettes.
— Ah, mes chouchoutes !
— Ce look de pirate lui va super bien, tu ne trouves pas, Neeve ? me consulte Elinor.
— Carrément ! réponds-je, la bouche pleine de la salade que le cuisinier m’a servie.
— Ça lui donne l’air plus dangereux que celui du papy roublard qu’il se traîne depuis des lustres, commente son neveu, Clarence Parker, assis à table devant nous.
Popeye lui balance une tape derrière la tête. Parker manque de finir le nez collé sur son steak saignant. Eli coupe sa viande en morceaux, puis réprime un haut-le-cœur.
— Encore ces nausées matinales de grossesse ? m’enquiers-je.
— Hum… répond-elle, ou alors c’est parce que je t’ai vue entre les cuisses de Lennox, ch’ai pas.
Clarence ricane. Son oncle aussi.
— Ça vous apprendra, à ton mec et à toi, à ne pas vous annoncer, bordel !
— J’étais pas prête, Neeve. Pas prête du tout.
Je m’esclaffe.
— Mais ça fait du bien de te voir sourire, ajoute-t-elle.
— Je suis bien d’accord, approuve Popeye.
Dans leurs regards, je lis toutes leurs inquiétudes passées. Mes yeux se plantent dans ceux d’Eli. Je lui dois tout, comme à Lenny.
Justement, ce dernier nous rejoint en compagnie de Karl. Je sais que leur discussion avait pour sujet la menace qui plane sur la meute. Après son échec au manoir, il ne fait aucun doute que Raven déchaînera sa colère sous peu. Désormais, il ne peut plus contraindre Lennox ou le priver de ses pouvoirs d’Amnistral, puisque nombre de sorciers ont invoqué un sort de protection. Le Witchcraft de Virginie doit donc fomenter un nouveau plan, avec cette donnée à l’esprit. Lenny réfléchit à une manière de détruire le grimoire. Son envoûtement coûte la vie à de nombreuses louves. L’information a d’ailleurs largement circulé, et les meutes de tout le pays commencent à se rallier au clan Greystorm. De la même façon, la résistance des sorciers ne fait que grandir. J’ai bon espoir qu’on pourra battre cet enfoiré de Raven, mais il reste le problème Sixtine. Elinor doit deviner où me mènent mes réflexions puisqu’elle pose une main sur la mienne.
— On trouvera un moyen.
J’acquiesce, mais je ne suis pas convaincue. Drake doit crever. C’est la première étape. Cette fois, on ne le fera pas dans le dos de Karl, par contre, parce que j’ai encore en tête la soufflante qu’on s’est prise, avec Eli, après notre tentative avortée de tuer cet enfoiré. Mais les vampires ont disparu de la circulation depuis que les Shadow sont intervenus. Je songe à Sixt et imagine sa solitude, alors que je suis tout près d’Elinor, et toujours plus proche de Lenny. Ce dernier chasse cette pensée en posant ses doigts sur ma cuisse, avant de lentement la remonter, un rictus au coin des lèvres. Je souris et m’échauffe.
— Lennox… gronde Karl.
Mon amant se redresse d’un coup, ahuri. Popeye rigole, imité par Clarence.
— J’en ai déjà assez vu tout à l’heure, commente l’Alpha d’une voix sombre, et je te rappelle que tous les membres de la meute ne forment qu’un. Ce que tu ressens, je le ressens aussi, putain ! Apprends à cloisonner, merde !
Je pince les lèvres pour ne pas rire. Eli en fait autant, puis m’adresse un clin d’œil. C’est alors que Perry et Tyler se pointent, accompagnés de Julia, la louve du clan Parker.
— Popeye, c’est quoi, cette odeur ? lance Perry. Ça sent pas la bouffe, mais le sexe, ici !
Meeerde… J’aurais sans doute dû prendre une douche, après nos ébats avec Lenny, mais… j’avais faim ! Les loups et leur foutu odorat…
Il ne faut pas longtemps avant que les cousins s’orientent vers Lennox et moi.
— Oh, oh… je comprends mieux, déclare Tyler.
J’aurais pu redouter leur aigreur, mais je crois qu’ils ont saisi depuis un moment ce que mon cœur a toujours désiré, et cela même avant que je ne finisse sur un bûcher. J’aime ces deux hommes, de cela je suis certaine, car je n’aspire qu’à leur bonheur, comme ils souhaitent le mien. Un clin d’œil de Tyler ne fait que confirmer cette pensée. Il s’attable en donnant un coup de coude à Lennox.
— Dis, j’espère que t’as de la ressource ! Neeve du Nord est plutôt endurante, dans son genre.
Un grondement s’élève de la gorge de Lennox. Un vrai grondement. De celui qui remonte de loin. Celui d’un loup. So sexy…
— Enfin, Tyler, si elle l’a choisi, c’est qu’il assure, notre petit Lenny, lâche Perry, hilare.
— On ne vous a jamais dit de la fermer ? les interroge mon amant en réprimant un sourire.
— Non, disent-ils de concert.
Et je ris.
L’ambiance légère qui plane dans les cuisines de la tanière est agréable après les jours si sombres que nous venons de vivre. Je suis heureuse quand je découvre Elinor serrant Karl dans ses bras. Quand Perry déploie tout son charme sur Julia. Quand Clarence taquine son oncle. Quand mes parents et mon frère se joignent à nous. Quand Mark glisse sa main dans celle de Sybil. Quand Tyler charrie encore Lennox. Lui qui se moque de ce qu’a dit l’Alpha et caresse ma cuisse, avant de dangereusement remonter vers mes dessous. Et quand je contemple mon futur mari avec un sourire que je ne lui avais jamais vu.
— J’ai une annonce à faire ! clamé-je en me levant, ne remarquant pas que les manœuvres lascives de Lenny ont coincé ma robe à l’intérieur de ma culotte.
Ce sont les éclats de rire qui m’enjoignent à baisser le regard et à le constater. Lenny tire aussitôt sur le tissu, puis me fusille des yeux, me signifiant ainsi : « T’aurais pu attendre un peu que j’ôte mes doigts de ton string ! ». Ma mère soupire. Mon père se racle la gorge. Mon frère se tape le front avec sa main. Bref…
Une fois que les rires se tarissent et que j’ai toute leur attention, je peux enfin m’exprimer. Mais comme je ne suis pas douée pour tourner autour du pot, je dis simplement :
— Lennox et moi allons nous marier.
Les cris qui suivent cette annonce démontrent tout l’enthousiasme qu’elle leur inspire. Ma mère en a les yeux qui pétillent lorsqu’elle me serre dans ses bras. Mon père et Mark pleurent et essuient leurs larmes d’un revers de manche viril, avant de l’imiter. Lennox subit le même traitement. Eli me saute dessus et imagine déjà ma robe, mes chaussures, « pourquoi pas une cérémonie dans l’antre ? », elle parle de demoiselles d’honneur, tout ça… Elle me fait flipper.
Puis c’est à Perry et à Tyler de présenter leurs hommages. D’abord, ils serrent Lennox dans leurs bras. J’entends Tyler souffler « T’as intérêt à la rendre heureuse ou je t’arrache la bite avec mes crocs. ». Les yeux de Lenny sont écarquillés. Perry lui offre une accolade touchante et des tapes dans le dos. Quand ils se présentent à moi, leurs sourires en coin me rappellent avec émotion les souvenirs que nous partageons.
— Cet enfoiré a de la chance, lâche Tyler.
— L’enfoiré est juste derrière toi ! s’insurge Lennox.
Je pouffe. Perry glisse ses doigts dans ma main.
— On est heureux pour toi, Guenille. T’auras moins chaud avec Lenny qu’avec nous, mais bon…
— Je suis toujours là !
Cette fois, j’éclate de rire. Puis mon hilarité disparaît au profit d’une expression plus reconnaissante. Alors je m’approche et me fonds dans leur bras.
— T’es sûre de ton choix ? murmure Tyler.
— Absolument certaine, dis-je.
Ils s’écartent et j’ajoute :
— Et je suppute que vous avez aussi fait le vôtre. Surtout toi, Perry.
Mon regard coule vers Julia qui observe ce spectacle avec amusement. Si la jolie peau de Perry n’était pas si sombre, son visage serait écarlate.
— Il a eu un crush pour elle, lorsque nous sommes partis dans le Maryland.
— Je l’avais deviné, commenté-je. Mais, c’est… une imprégnation, un truc du genre ?
— Je l’ignore, dit Perry en la couvant de son attention pénétrante, je sais juste qu’elle… enfin… puis elle plaît à Tyler, alors…
Un sourire fleurit sur ma bouche. Il s’amplifie quand Lennox me prend la main que tenait plus tôt Perry. D’une légère impulsion, il m’intime de me reculer. Perry et Tyler secouent la tête, le taquinent encore un peu et s’en retournent vers Julia. Mon futur mari et moi nous contemplons un instant, et sa bouche effleure la mienne. Ses doigts parcourent mon dos, puis il me soulève, n’ayant cure de la présence des autres, et me porte vers la sortie. Désireux de profiter de chaque seconde ensemble avant que l’ultime bataille n’éclate, nous rejoignons notre cocon. Notre chambre et tout ce qu’elle promet pour notre couple enfin réuni.
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