Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)

Laurence Chevallier · Chapitre 17 sur 46

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Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)

16. Chapitre 16

C H A P I T R E 1 6

 

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LENNOX

 

M es bras encerclent mes jambes recroquevillées. Mes yeux fixent le sol nu de mon cachot. Mes pensées me ramènent sans cesse aux dernières paroles de Neeve. Celles qu’elle a prononcées avant de m’éjecter à travers une fenêtre dans le but de me sauver. 

« Je t’aime ».

Depuis un mois, ces trois mots virevoltent dans mon esprit. Tant d’années sans exprimer nos sentiments et voilà que ce que j’espérais depuis si longtemps arrive au moment où tout amour devient impossible entre elle et moi. Je suis même convaincu que Neeve ne se serait jamais livrée de cette façon s’il y avait eu encore une chance entre nous. 

L’avoir vue dans cet état proche de la démence m’a rendu dingue à mon tour. Je ne fais qu’y penser. Ça m’obsède. Le temps n’a sûrement rien arrangé pour elle, et j’en crève. 

Je n’ai que la solitude de ma prison pour me laisser aller à mon désespoir. Quand je suis parmi les loups, leurs émotions me submergent, au détriment de celles que j’éprouve au souvenir de Neeve. Je ne peux pas le permettre. Je suis mieux ici, isolé de tout… Enfin, presque.

Elinor vient de partir. Je suis soulagé, mais j’aimerais que les cousins Falck l’imitent. 

— Et c’est comme ça que Perry a failli se geler la bite ! déclare Tyler qui en termine avec son histoire improbable. 

Perry éclate d’un rire ravi. 

Je souhaiterais pouvoir dire que mes lèvres frémissent d’amusement, mais ce n’est pas le cas. Ces deux mecs me racontent leur vie depuis quatre semaines. Et quand ce n’est pas eux, c’est Elinor. Je suis à bout. 

Le thème de discussion favori des Falck est leur sexualité. Ils me disent que je les comprendrai quand mes hormones lupines se réveilleront. Sachant qu’ils ont tous deux couché avec Neeve, ça m’horripile de les entendre m’abreuver de leurs histoires scabreuses et surtout, qu’ils s’imaginent que je pourrai un jour me reconstruire avec une autre que celle dont je suis amoureux depuis toujours. Certes, ils ne parlent jamais d’elle et je suppose qu’ils se montrent aussi joviaux pour mieux dissimuler leur peine. Mais je n’en ai cure. Neeve ne sera jamais à eux comme elle ne sera jamais à moi. C’est la seule à l’avoir compris. Pourquoi sont-ils encore là ? Ne voient-ils pas que je suis une cause perdue ? Jamais je ne me fondrai dans cette meute ! Jamais je ne me pardonnerai de ne pas avoir été là à temps, lors ce maudit bûcher. Je me rappelle le mensonge de Cornelius Kane :

« Ne vous inquiétez pas, Lennox. Le procès n’aura lieu que demain. Nous avons tout le temps du monde ! »

Comme j’aimerais me venger… J’aimerais me téléporter jusqu’au bureau de l’Amnistral de Virginie et le tuer de mes mains. J’aimerais enserrer le cou de Raven entre mes doigts et presser si fort que ses yeux jailliraient de leurs orbites. 

Mais ici, que puis-je faire à part obéir à l’esprit de la meute ? Rien ne doit la mettre en danger sauf si l’Alpha en décide autrement. Neeve est perdue, à présent que le manoir déborde de vampires. Son cœur faible ne survivra pas à ce qu’elle subit. Et comme elle ne s’abreuvera jamais de sang humain, elle ne deviendra jamais une créature de la nuit. Elle va seulement mourir.

Si je l’admirais avant, je l’admire encore plus maintenant. Résister, dans sa situation, relève de l’impossible. Mais impossible n’est pas Neeve. Un petit sourire se forme au coin de mes lèvres à cette pensée. Mon esprit s’envole vers elle, comme à chaque putain de seconde que je passe dans ce trou. 

Je lève les yeux sur les barreaux argentés de ma cellule, puis les pose sur les pierres magiques qui m’empêchent de me téléporter. La rancœur m’enveloppe telle une couverture bien chaude. Je n’ai qu’elle à ce jour pour me tenir en vie et pour agrémenter ma solitude. Qu’on me laisse pourrir seul ! 

— Allez-vous-en, marmonné-je. 

— Oh, putain, Perry ! Lenny a dit quelque chose ! 

— Mais oui, Tyler ! Il… parle ! Quel miracle ! 

— Je ne vous autorise pas à m’appeler Lenny. 

— Et en plus, il plaisante ! s’exclame Perry. 

— Quel boute-en-train, ce Lenny ! ironise Tyler.

Pourquoi leur ai-je adressé la parole ! 

Je suis prêt à me replonger dans mon mutisme quand Angus débarque à l’entrée du cachot. 

— Venez ! crie-t-il aux deux loups avant de se tourner vers moi. Et libérez-le, Elinor le demande. 

Je discerne au regard que s’échangent les cousins toute leur surprise. Angus semble nerveux. 

— Karl est d’accord avec ça ? s’enquiert Tyler. 

Le premier Bêta de l’Alpha acquiesce tandis que Perry déverrouille ma cellule. 

— S’il veut le juger pour ce qu’il a fait, ajoute Tyler, il sait que mon cousin et moi nous y opposerons. Je ne suis pas certain que… 

— Il ne s’agit pas de Lennox, rétorque Angus. 

Tyler le considère un instant. Personnellement, j’aimerais être jugé afin d’être banni ou tué par l’Alpha. Je n’ai rien à faire ici, dans cette meute. Je n’ai plus rien à faire nulle part. J’aurais dû crever sur ce putain de bûcher. Mais les cousins Falck et Elinor me protègent. J’imagine qu’ils pensent que je leur suis redevable. C’est tout le contraire. Dans la mort, je retrouverai Neeve. Sans elle, ma vie n’a aucun sens. Quand est-ce qu’ils vont le comprendre ? 

Tyler et Perry enfilent leurs bracelets qui neutralisent ma magie et m’attrapent par les bras pour me redresser. Je les laisse faire. Ma lassitude est à son paroxysme. Je ne songe pas à m’échapper. Comme si la torpeur et l’amertume me figeaient dans cet état catatonique dans lequel je me complais depuis un mois. Même mon désir de vengeance n’y résiste pas. Je me fais honte, mais j’assume. 

On me traîne dans les couloirs de la caverne. Je n’ai pas eu assez de temps en liberté dans cet endroit pour savoir où l’on me conduit. Cela m’importe peu, d’ailleurs. Angus est devant nous et ses pas sont rapides. Je ressens l’excitation qui le traverse. Tyler et Perry sont aussi dubitatifs que moi alors que nous nous présentons face à une porte dans le secteur résidentiel de l’immense tanière. Fait-on tout ce cinéma pour que j’emménage dans une prison plus confortable ? 

Angus ouvre. Les cousins et moi pénétrons dans la pièce. Nos souffles se coupent. 

Neeve ! 

Je m’arrache à la poigne de Tyler et de Perry et me rue sur le lit où Neeve repose, endormie. J’entends son cœur battre faiblement. Elle a survécu et son corps ne présente pas les stigmates qu’un régime sans sang aurait dû lui infliger. Comment est-ce possible ?

— Que s’est-il passé ? demandé-je tandis qu’Elinor se place à mes côtés.

Mes yeux se tournent vers elle. Les siens sont embués de larmes. Une lueur d’espoir apparaît sur son visage, en même temps qu’un sourire ébahi. 

— J’ai reçu une visite à la tombée de la nuit, affirme Karl. C’était l’enfoiré qui a assassiné mon frère. Il m’a proposé une trêve. 

— Une trêve ? répète Eli. 

— Hum, marmonne Karl. 

Je ressens en lui la haine qui le dévore pour ce vampire peroxydé aux yeux turquoise. Celui qui a tué Robin pour s’approprier Sixtine. 

— Il m’a assuré qu’il ferait son max pour contenir les désirs d’ambition de Sixtine si nous le débarrassions d’un élément encombrant… d’un parasite, comme il a dit, ajoute-t-il. 

Les rouages dans mon cerveau se mettent en branle. Mon regard se pose à nouveau sur Neeve, tandis que Karl observe Elinor.

— Conscient qu’il ne possède pas le pouvoir d’imposer une trêve, vu que c’est sa chérie qui donne les ordres, j’étais à deux doigts de lui faire la peau quand il a mentionné qu’il s’agissait de ton amie. 

La bouche d’Eli s’entrouvre. 

— Tu veux dire qu’il nous la livre sans le consentement de Sixtine ? s’enquiert-elle.

— C’est exactement ce que je veux dire, répond Karl. Ce connard m’a affirmé que Neeve devenait trop envahissante à son goût. 

— Je n’en suis pas étonnée, s’amuse Eli. Neeve a dû le rendre chèvre. C’est sa spécialité. 

À ces mots, un sourire s’imprime au coin de mes lèvres.

— Pourquoi est-elle endormie ? demande Tyler.

— Drake l’a droguée pour me l’amener, explique Karl. Il aurait préféré la tuer, mais il craignait la réaction de Sixtine. Il s’est dit que si je la transformais en louve, Neeve resterait en vie, mais serait écartée de l’équation. Bien sûr, il nous fera porter le chapeau. 

— C’est dangereux, intervient Angus. Depuis un mois, les vampires sont plus calmes. Peut-être que Neeve avait une bonne influence sur… 

— Et qu’est-ce qu’on en a à foutre ? s’insurge Perry. 

Je suis tellement d’accord avec lui. Ma poitrine se gonfle d’espoir. Je plante mon regard dans celui de Karl. 

— Tu crois que ça peut marcher ? 

— Elle n’est pas encore tout à fait vampire, alors je pense que oui. N’était-ce pas ton plan, à la base ? 

Un sourire en coin accompagne cette question. Je hoche la tête. Des larmes s’invitent dans mes yeux. Neeve a résisté ! 

Elle n’est pas une vampire, et plus vraiment une sorcière non plus, puisque ses pouvoirs lui ont été arrachés. Mais elle est vivante ! Elle sera louve. Elle sera à mes côtés ! Le choc me fait vaciller. 

— Fais-le, déclare Elinor à son lié avec détermination.

Karl acquiesce et se penche sur Neeve. La paume d’Eli se glisse doucement dans la mienne tandis que l’Alpha subit un début de métamorphose. Des poils se hérissent sur sa peau, ses canines s’allongent, ses doigts griffus ouvrent le col de Neeve. La naissance de sa poitrine offerte à la morsure de Karl ne tarde pas à être percée de ses crocs. Je me tends. Elinor aussi quand elle resserre son étreinte sur ma main. Nous respirons plus vite. 

Le museau de l’Alpha est imbibé de sang quand il s’écarte du corps de Neeve. Mes yeux ne peuvent relâcher leur attention sur elle. Elle est si belle. 

D’abord, rien ne se passe. L’hémoglobine imprègne peu à peu les draps. Ses membres sont figés. Seuls nos souffles brisent le silence de la pièce. Puis c’est un son différent qui vient presque transpercer mes tympans. Un son que je guette. Un son qui me rend l’espoir de la retrouver pleine de vie. Je n’ose exprimer la joie intense qui s’empare de moi. Perry et Tyler se placent derrière Eli et moi. Nos regards s’éclairent. Nos ouïes aiguisées se gorgent de ce son si agréable. 

Pa Pam… Pa Pam… Pa Pam… Pa Pam Pa Pam Pa Pam PaPam Papam Papam… 

Son cœur bat plus vite au fil des secondes. Karl lève les yeux sur sa liée. 

— Son corps se réchauffe. 

Eli lâche ma main et pose la sienne sur un bras de Neeve. Un sourire pare son visage. Le premier que je lui vois depuis que je suis arrivé ici. J’ose à peine arborer la même expression, pourtant mon propre cœur explose. Lorsque Neeve ouvre les yeux, je suis abasourdi.

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