Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)
39. Chapitre 39
C H A P I T R E 3 9
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NEEVE
L e corps de Raven tombe comme une pierre. Nancy tient sa tête à bout de bras. De l’hémoglobine macule son visage. Elle passe sa langue sur sa lèvre et en recueille le goût.
— Je suis déçue, clame-t-elle de sa voix haut perchée. Sincèrement, le Magic Blood parfum caramel est bien meilleur que le sang périmé de cet enfoiré.
Je l’observe et la gratifie d’un sourire. Un sourire qui sonne la victoire, mais un sourire triste, aussi. Le silence retombe sur la forêt. Les derniers Noctombes encore en vie se rendent aux sorciers qui sont venus nous prêter main-forte. Des loups des meutes alliées se jettent sur le cadavre de Raven et le déchiquettent à coups de crocs furieux.
Moi, je suis figée. Un bras se place sur mon ventre. Le front de Lennox se pose sur l’arrière de mon crâne.
— C’est fini, murmure-t-il.
Oui, c’est fini, mais à quel prix ? Mes membres acceptent enfin de se mouvoir. Je vérifie d’un regard que ma famille va bien, puis mes yeux se reportent sur le carnage. De nombreux sorciers des deux camps ont trouvé la mort. Quelques loups n’ont malheureusement pas survécu. Des vampires gisent sur la terre ensanglantée, des pieux plantés dans leur corps, pour qu’ils ne puissent jamais se réveiller. Il ne reste plus grand-chose de Drake, mais Karl s’est assuré de son trépas définitif en fichant une branche aiguisée dans son buste.
Et Sixtine… Il ne demeure rien de Sixtine. Uniquement son souvenir…
Et Perry… Seigneur, Perry… Julia est penchée sur sa dépouille. Tyler pleure en la serrant dans ses bras.
Je lutte, mais mes larmes redoublent. Je ne peux y croire…
Lennox resserre son étreinte autour de moi. Son corps chaud se plaque contre mon dos. Et nous restons là. Eli s’approche et se love contre moi. Mon frère tient la main de Sybil en nous rejoignant. Ma mère, mon père et les Moon l’imitent. Nous nous enlaçons, ne formant qu’un tout uni face au chagrin qui nous terrasse. Sans un mot. À l’image du silence lugubre qui règne sur ces lieux à jamais maudits.
— Je peux me permettre une remarque ? lance mon frère, la tête fourrée dans mon cou.
Personne ne lui répond, nous savons tous qu’il se fiche de notre consentement.
— Serait-ce possible d’amener une valise pleine de vêtements, la prochaine fois ?
Ma mère lui assène un coup de coude.
— Quoi ? dit-il. Je fais un câlin à ma sœur et à mon beau-frère à poil. Y a que moi que ça choque ?
— Eli l’est aussi ! murmuré-je.
Mes mots sont sortis sans que je puisse les retenir. Alors que j’aimerais glisser dans le désarroi le plus pur, je ne commande pas mes paroles. Seul mon frère a le pouvoir de m’extirper de ma torpeur. Eli me regarde et place ses mains sur mon visage. Un sourire s’immisce sur le sien.
— Elle m’a sauvée.
— C’était la meilleure.
Les yeux d’Eli contiennent leurs larmes.
— Elle était si têtue.
— Une vraie tête de mule, soupiré-je en reniflant.
Mon cœur se serre. Puis les perles salées coulent sur les joues de mon amie.
— Neeve… Je… J’envisageais de la tuer, je veux dire, elle… elle a menacé… Et maintenant…
— Et maintenant, elle a rejoint Robin. Et Perry, aussi… C’était son choix. Pas celui de Drake. C’était la vraie Sixtine. La nôtre, Eli.
Ma gorge se noue. On se serre fort l’une contre l’autre. Et mon frère dit :
— OK, j’ai conscience que ce n’est pas le bon moment, mais vraiment, personne n’a de quoi les couvrir ?
Pour la première fois de mémoire de sorciers, de loups et de vampires, des commémorations ont rassemblé les trois races. Un hommage à Sixtine a été prononcé, le corps de Perry ainsi que ceux d’une dizaine d’autres ont brûlé sous les chants des loups et des sorciers. Même les vampires ont eu droit à leur moment de recueillement. Après ce que l’on peut qualifier d’événement historique, nous sommes nombreux à nous réunir dans le jardin des Forest. Je tiens la main de Tyler dont le bras cerne la taille de Julia. Tous deux pleurent la disparition de Perry et se soutiennent dans leur chagrin. Tout à l’heure, j’ai surpris un baiser entre eux. Aujourd’hui, quelque chose les unit. La perte rend ce lien aussi tangible que celui qui soude Eli à notre Alpha. La mort a ce pouvoir. Celui de renforcer l’attachement entre ceux qui restent. Tandis que Lennox me rejoint aux côtés de Nancy, c’est à cela que je pense. Ses lèvres effleurent les miennes un court instant. Tyler relâche ma main et m’embrasse sur la joue avant de se retirer avec Julia.
— Les vampires ont élu Nancy comme nouvelle reine, m’explique l’Amnistral.
— Ils sont barges, si vous voulez mon avis, lâche l’intéressée.
Je souris.
— Tu seras parfaite, Nancy.
Je le pense vraiment. D’autant que Drake n’est plus là pour la maintenir sous sa coupe. Certes, elle est un peu fantasque, mais même si son apparence juvénile ne trahit pas son âge, elle reste l’une des plus anciennes créatures de ce monde.
— On va juste avoir un problème de taille, dit-elle. Les réserves de Magic Blood sont à sec. Moi, je veux bien contenir la communauté pour qu’elle n’attaque pas les sorciers et les loups, mais pour les humains, ça va être une autre paire de manches.
— On devrait pouvoir trouver une solution à ce problème, lui répond Lennox.
Alors que j’étais vampire, Sixtine m’a livré la formule qui lui a permis de créer le sang artificiel que Nancy chérit tant. Avec le soutien d’autres sorciers, il ne sera pas difficile d’en fabriquer à plus grande échelle.
— Parfait, alors ! lance-t-elle. Mais je vous préviens, il faudra proposer des goûts plus variés. J’ai le souvenir d’avoir aimé la saveur des mûres durant mon enfance. Tu crois que tu pourrais en créer, Neeve ?
— Les mûres, je les préfère dans le kir, mais pour toi, j’en ferai du sang.
Nancy tape dans ses mains. Ses boucles rebondissent sur ses épaules lorsque Angus se plante à côté d’elle. Il lui tend un document qu’elle s’empresse de lire avant de poser ses yeux sur lui.
— T’es le loup qui s’est placé devant moi quand Cornelius Kane m’a jeté un sort de mutisme ?
Angus s’empourpre et hoche timidement la tête. Nancy esquisse un sourire face à sa réaction spontanée.
— T’as l’air d’aller mieux, dit-elle.
— J’ai… Je… hésite Angus. Oui, ça va.
Je serre les mâchoires pour ne pas rire. Lenny observe ces deux-là avec des yeux circonspects.
— Et du coup, tu me files ça pour… ? souffle Nancy en penchant la tête et en secouant le bout de papier.
— C’est… mon numéro de téléphone, si jamais…
J’en reste bouche bée.
— Si jamais quoi ? l’interroge Nancy en passant sa langue sur sa lèvre.
La coquine…
— Si… enfin, c’est l’Alpha de la meute qui m’a dit de vous le donner. Je suis son Bêta en second, je dois compiler les informations et… Par contre, on ne capte pas toujours très bien dans la tanière, alors… c’est pas sûr que…
Nancy éclate de rire et place un doigt sous le menton d’Angus pour le relever.
— Mon chéri, si toutefois je devais faire appel à Karl Greystorm, il ne me faudrait que quelques minutes pour me rendre chez lui.
— Oh.
— Mais je garde ton numéro, dit-elle alors que son regard remonte le long du corps d’Angus. Après tout, une nouvelle ère s’ouvre à nous, et j’en sais si peu, sur les loups…
Mais quelle menteuse, je lui ai tout raconté quand je vivais au manoir !
— Oui, bien sûr, affirme Angus, hypnotisé.
— D’ailleurs, on pourrait commencer mon éducation maintenant, qu’en dis-tu ?
Un sourire niais flotte sur le visage du Bêta. Il lui tend son bras, et les voici qui s’enfoncent tous deux sous les frondaisons. Bah ça, alors !
Je n’ai pas le temps de m’attarder sur cette découverte que ma mère interpelle les convives. Tous les sorciers du coven sont présents et se taisent dès qu’elle ouvre la bouche.
— Merci à tous d’avoir répondu à mon invitation.
Les têtes s’inclinent devant Josephine Forest, prouvant ainsi la solidarité qui règne dans nos rangs. Une solidarité renforcée après que les derniers Noctombes se sont fait confisquer leurs pouvoirs. Certains des plus fidèles de Raven croupissent dans les geôles de la Wiccard. D’autres sont interrogés et en sursis. Nous les soupçonnons d’avoir rejoint l’ex-Witchcraft de Virginie par crainte des représailles. Il ne serait pas juste de leur réserver le même sort que ceux qui ont tout fomenté et qui nous ont infligé de si lourdes pertes.
— Je ne suis ni Witchcraft, ni Amnistral, ni reine vampire et encore moins l’Alpha d’une meute de loups. Je suis ici en tant que sorcière, mère et amie, déclare-t-elle. C’est Remus Moon, notre chef de coven en Caroline, Nancy, la nouvelle reine vampire et Karl, l’Alpha des Greystorm, qui m’ont demandé d’intervenir, puisque j’ai milité en faveur de notre rapprochement à tous. Alors, voilà ce que je dis…
Les yeux de ma mère se portent sur moi, puis sur Eli qui vient de me rejoindre. Elle et moi nous observons. Nous nous tenons la main, conscientes qu’il nous manque notre meilleure amie dont nous chérirons le souvenir toute notre vie.
— Nous devons à Sixtine Shadow, Elinor Moon et Neeve Forest ce qu’il se passe aujourd’hui, poursuit Josephine haut et fort. Un espoir de paix entre nos races. La possibilité de vivre différemment et les yeux grands ouverts. Dorénavant, nos lois sont abrogées. Les mélanges sont autorisés entre toutes les communautés à condition qu’ils soient consentis, et ils ne seront plus considérés comme une trahison. Le Magic Blood sera produit à grande échelle et se nommera désormais le Sixt’Blood, en hommage à sa créatrice. Le grimoire des Noctombes sera détruit, nous cherchons un sortilège puissant pour nous assurer que ses malédictions ne puissent jamais plus nous atteindre. Le lieu de la dernière bataille deviendra un sanctuaire pour nos trois races. Une fois par an, nous nous y réunirons afin de préserver la paix. Lennox Hawk reprend les rênes de la Wiccard et sera assisté de Sybil du clan Greystorm dans sa tâche. L’école mythique des sorciers sera désormais ouverte aux autres races magiques. Il ne subsistera qu’une seule règle, celle de rester discrets. Les humains ne doivent pas savoir que nous existons. Les derniers événements nous ont montré qu’il faut les protéger, aussi nous devrons nous assurer que rien ne les menace. Dépourvus de pouvoirs, ils sont fragiles. Un poste sera créé pour que cette loi unique soit respectée…
— Tu te rends compte, Neeve, me souffle Eli à l’oreille, alors que ma mère prolonge son discours.
— C’est incroyable, conviens-je, subjuguée par les paroles qui viennent d’être prononcées devant les trois races. C’est nous… C’est nous qui avons fait ça…
— Sixt serait si fière.
— Elle dirait sûrement que ton idée de merde de nous cacher chez les loups aura eu le mérite de faire bouger les choses.
— Elle aurait dit pire que ça.
Je ris.
— Sans doute…
Le discours terminé, Nancy vient à notre rencontre et nous demande de la suivre à l’écart. Nous obtempérons, curieuses de découvrir ce que de telles précautions signifient. Nos yeux s’écarquillent lorsqu’elle extirpe de sa poche une enveloppe froissée.
— Je… J’ai trouvé ça dans… ses affaires. Je suppose qu’elle a dû l’écrire juste après la mort d’Elyris. Enfin, je ne sais pas trop… mais vous devriez la lire.
Elinor s’empare de l’enveloppe et en retire la feuille de papier où quelques mots sont inscrits. Je reconnais aussitôt l’écriture de Sixtine. Des gouttes de sang séché parsèment la lettre. Seraient-ce ses larmes ? Nancy s’éloigne. Eli reste un instant bouche bée devant ce qu’elle tient dans les mains, avant de lire à haute voix, contenant à grand-peine son émotion.
« Neeve, Elinor,
C’est dans un élan de lucidité que je couche ces quelques mots sur le papier. Je sais que Drake me manipule. Pas tout le temps, mais cette conviction revient plus forte à chaque fois que je m’éveille. Il fait en sorte d’entretenir cette folie dominatrice qui m’a envahie depuis le jour où mon cœur a cessé de battre. Je devrais lui en vouloir. Je devrais le tuer pour ça. Mais je ne le peux pas. Il m’aime. Il est mon salut dans les ténèbres. Car ma vie n’est plus que cela. Une éternité d’obscurité. Une existence sans fin loin de vous, et je ne l’accepte pas.
Je ne veux plus être seule. Sans lui, ce serait le néant, car vous n’êtes plus là.
J’aimerais que l’on revienne en arrière. J’aimerais tant vous rejoindre au Kiddy et boire jusqu’à m’écrouler. Plaider pour toi Neeve ou te relever les cheveux quand tu ne te sens pas bien, Elinor. Et rire avec vous… encore et encore. Seigneur, comme vous me manquez…
Vous êtes les seules qui comptent.
Je vous aime.
Malgré ce que je suis devenue, n’en doutez jamais.
Sixt”
Elinor s’écroule à genoux, les larmes dévalant ses joues. Je m’accroupis près d’elle et la prends dans mes bras.
— J’ai voulu la tuer, Neeve ! pleure-t-elle, la voix étouffée.
Je place mes paumes sur son visage humide. Ma gorge se serre quand je dis :
— Tu ne l’as pas fait. Tu ne l’aurais jamais fait, Eli. Et tu veux que je te dise, je crois que tu aurais agi exactement comme elle si les rôles avaient été inversés. Parce que toutes les trois, c’était sacré.
Mes larmes me brouillent la vue. Eli hoquette sous ses sanglots. Nous nous étreignons en nous rappelant notre sœur perdue. Au bout de quelques minutes, nos tremblements s’apaisent. Nous nous contemplons, le cœur chargé de l’émotion dévastatrice que la mort de notre meilleure amie a suscitée. Puis c’est un petit sourire qui s’inscrit sur nos lèvres. Un regard empli de reconnaissance que nous échangeons. Nous sommes encore ensemble, toutes les deux, pour partager ce chagrin que personne ne peut éprouver autant que nous, à l’exception des parents de Sixt qui ont déménagé loin de tout. D’une certaine manière, Sixtine nous a dit adieu avec ces quelques mots. D’une certaine manière, c’est ce qu’il nous fallait pour poursuivre notre deuil.
Je me lève et aide Eli à se relever. Mes yeux se portent vers le ciel.
On se retrouvera toutes les trois un jour, Sixt. Prépare les vodkas. Mais pas tout de suite, hein ?
Karl nous rejoint, enroule son bras autour de la taille d’Eli, une main protectrice se plaçant sur son ventre. Tous les deux se considèrent d’un regard aimant. Karl essuie une larme sur le visage de mon amie. Plus tard, nous les suivons jusqu’à la tanière. Dans la cuisine de Popeye, nous buvons un dernier verre. Clarence Parker et Noah Lormont nous font leurs adieux. L’Alpha Greystorm y va de son accolade, ému de les voir partir. Ce sont les seuls à comprendre ses responsabilités, alors je ne m’étonne pas de lire ce sentiment contenu sur ses traits.
J’enlace Popeye et Eli avant de me retirer. Tyler me rejoint.
— Neeve !
Je me tourne vers mon ancien amant, qui ne s’est toujours pas remis de la disparition de son presque jumeau, son double, son ombre joyeuse. Perry nous manque tant…
— Je vais partir avec Julia, dit-il. Karl m’a mandaté pour passer le message aux autres meutes. Elles doivent être tenues au courant des événements qui ont eu lieu ici et de l’accord qui lie aujourd’hui les trois races.
— Ça va prendre un peu de temps avant que tous s’y conforment.
— Ils n’auront pas le choix. Plusieurs clans ont combattu à nos côtés. Des meutes respectées et puissantes, comme l’est celle des Greystorm.
J’opine du chef et passe une main sur sa joue.
— Et ça te permettra de fuir un peu cet endroit, n’est-ce pas ?
— Je… Je n’arrive pas à croire qu’il n’est plus là.
Des larmes brouillent ma vue quand je pense à Perry. Ma mémoire me ramène aux souvenirs que je partage avec Tyler. Ma main glisse dans son cou et se porte sur son cœur.
— Il sera toujours ici.
Un léger sourire fend le visage ému du grand loup. Ses doigts attrapent les miens. Il dépose un baiser sur ma paume.
— Prends soin de toi, Neeve du Nord.
Je l’enlace en réponse, puis il me quitte et disparaît dans la pénombre d’un couloir de la tanière. Je file en direction de ma chambre quand on m’agrippe par le bras.
— Attends, me lance Lennox.
J’affiche une mine perplexe lorsqu’il retire tous ses vêtements. Ma tête bifurque à gauche et à droite, puis je me dis que ce n’est pas la première fois qu’on verra l’Amnistral à poil. C’est d’ailleurs à se demander si notre anatomie est encore un secret pour un seul membre de nos communautés.
— Viens ! m’ordonne-t-il avant de se transformer.
J’étais partie pour faire un somme réparateur, mais puisqu’il insiste et que son attitude est étrange, j’obéis, intriguée. Je me déshabille à mon tour et me métamorphose dans des craquements sonores. Dès que je suis dehors, l’odeur de la forêt percute mes narines, je m’élance derrière Lennox d’un pas souple, l’air frais me revigorant. Après ces dernières heures éprouvantes, la sensation est salvatrice.
Nous courons quelques kilomètres dans les fourrés avant d’atteindre un coin où la végétation est très dense et bordée d’un cours d’eau. Derrière des arbustes, je discerne le toit d’une maison délabrée. Je freine ma progression et découvre les planches abîmées qui le soutiennent ainsi qu’une porte entrouverte à laquelle il manque des gonds. Je reprends forme humaine devant le seuil, rapidement imitée par Lennox.
— C’est quoi, cette vieille baraque ? m’enquiers-je, circonspecte.
Lenny glisse ses doigts dans les miens et m’invite à entrer. À l’intérieur, la poussière a élu domicile, mais la lueur d’une bougie dont la chandelle vacille aux côtés d’une épaisse couverture suscite mon étonnement. Lennox relâche ma main et s’assied dessus.
— Qu’est-ce que tu fous ? dis-je, le surplombant de toute ma hauteur.
Il me sourit tandis que je cale mes poings sur mes hanches.
— J’ai eu l’assentiment de Karl, tout à l’heure.
— L’assentiment pour quoi ?
— C’est Nancy qui nous a légué cette maison. Elle est implantée sur le terrain que les vampires s’étaient octroyé. Ce sanctuaire où auront lieu les réunions annuelles des trois races magiques. Toi et moi en serons les gardiens.
— Légué ? Mais…
— Je vais t’épouser, Neeve, ajoute-t-il, ses yeux si clairs errant sur mon corps nu. Je vais t’épouser et je veux vivre avec toi.
— On vit déjà ensemble, remarqué-je.
Il glisse sur la couverture. Son visage se rapproche de mon ventre.
— Tu es une sorcière de la nature, avant d’être louve, avant même d’être ma femme. Je veux te rendre heureux, et c’est ici que je m’y emploierai.
Mes lèvres s’entrouvrent. Puis mes yeux émus parcourent l’endroit.
— Bah, va falloir que tu te retrousses les manches, Lenny, car c’est un taudis, cette…
Je suis coupée dans mon élan quand sa bouche se pose entre mes cuisses.
— Han ! lâché-je, ahurie.
Je sens son sourire contre ma chair avant que sa langue entame une danse qui me force à jeter ma tête en arrière. Mes doigts s’enfouissent dans sa chevelure.
— Je… Je…
— Chut…
Ses mains se glissent dans les miennes, m’intimant de le rejoindre. Je l’embrasse et m’étends près de lui. Son corps me recouvre. Son visage est tout près du mien. Son regard me caresse.
— Je t’aime, dit-il.
Une lueur éclaire mes traits, tandis que la pulpe de ses phalanges sinue sur mes côtes. Et je ris…
Je ris du bonheur retrouvé. Je ris parce que c’est aussi un moyen d’accepter mon chagrin. Je ris de mes souvenirs que je chéris. Je ris du futur que Lennox m’a promis.
Je suis heureuse… Et c’est grâce à Sixt et à Eli.
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