Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)
9. Chapitre 9
C H A P I T R E 9
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SIXTINE
A lors, c’est ça que Neeve pense de moi ? Que je craignais tant ma solitude que je l’ai transformée en monstre ? Juste pour moi, sans me soucier des conséquences que cette évolution aurait sur elle… Est-ce vraiment ce que j’ai fait ? Elle a peut-être raison, après tout…
Portée par mes doutes et ma culpabilité, mes pas me font traverser les couloirs glacés jusqu’au grand salon, bondé en cette fin de nuit. Lorsque je pénètre dans la pièce, les discussions se font moins vives, les regards plus insistants, sans pour autant se montrer irrévérencieux. Dans leur grande majorité, ceux qui se trouvent dans cette pièce voient en moi leur sauveuse, tandis que je ne ressens qu’un profond malaise. Ils admirent ma différence quand elle me rend désespérément seule. Vu le spleen qui m’étreint, je n’apprécie même plus la démesure et le luxe de cette baraque. À la Fang House ou ailleurs, c’est pareil. Neeve m’en veut. Ma meilleure amie me déteste. Et préfère mourir plutôt que de demeurer à mes côtés, putain !
Je me laisse tomber sur une banquette libre. Je me sens si mal… Quelques larmes de sang s’échappent de mes yeux. Je les essuie mollement et flingue ainsi les manches de ma nouvelle tenue. Encore…
À quoi me sert-il de faire bonne figure si je n’ai plus personne avec qui partager mes victoires ? Moi qui croyais que Neeve serait mon alliée, me voilà plus isolée que jamais. Seule. Désespérément seule. Et animée par une tristesse pathétique. Ça faisait bien longtemps que je n’avais éprouvé un tel sentiment. Si longtemps que je suis incapable de me souvenir précisément de la dernière fois.
Persuadée que Neeve se réjouirait de partager cette vie avec moi, je n’ai pas envisagé une seconde que cela puisse ne pas être le cas. Qu’est-ce qui la révulse à ce point, si on exclut cette nécessité de s’abreuver au cou des mortels, bien entendu ? Est-ce si grave d’être un vampire ? Je reste convaincue que j’ai fait le meilleur choix possible. Sans mon intervention, elle se serait consumée jusqu’à la moelle et ne serait plus là à présent pour protester contre quoi que ce soit.
Négligemment assise sur une banquette face à la mienne, Nancy m’observe. Elle a dû me suivre pour veiller à ce que je ne fasse rien de stupide. À moins qu’elle ne se soucie vraiment de cette peine qui m’affecte et m’enserre le cœur.
Autour de nous, les servantes s’affairent à refermer un à un les volets avant que le jour ne se lève. Il faut bien préserver mes congénères. Comment est-ce possible que personne n’ait eu l’idée de faire installer des volets électriques centralisés ? Avec la centaine de fenêtres dont dispose cette bâtisse, nous gagnerions un temps considérable…
— C’est l’heure, commenté-je, autoritaire. Allez tous vous coucher !
Sans un mot, les vampires présents obtempèrent et quittent le grand salon. À l’exception de Drake et de Nancy qui me fixent avec intérêt.
— Que se passe-t-il, ma colombe ?
— Neeve…
— Elle est chamboulée par sa mutation, mais elle s’y fera, n’aie crainte, tente-t-il de me rassurer.
— Elle m’en veut, tu sais. Elle est végétarienne…
— Encore une lubie insensée ! Je n’ai jamais rien vu de tel ! lâche-t-il d’un ton excédé. Elle doit boire. Sinon, elle deviendra cinglée. Si elle se montre enfin raisonnable, tout rentrera dans l’ordre.
— On ne va quand même pas la forcer !
Drake se rapproche et me serre contre lui avec une tendresse que je ne lui connais pas. Cette étreinte n’a rien de sauvage ni d’impérieux, et un instant, j’ai l’impression qu’il saisit mon dilemme.
— Et pourquoi pas ?
Je me plonge dans son regard. Qu’est-ce qui lui échappe, là ? Moi qui pensais qu’il me comprenait…
— Elle est mon amie…
Que sait-il de ce lien qui nous unit ? À part cette mascarade de loyauté et de complots de cour, se souvient-il de ce qu’éprouvent les gens ? L’amitié et l’amour sont-ils des sentiments qu’il a encore la capacité de ressentir ? L’a-t-il jamais pu ? Je n’ai aucune idée de l’homme qu’il a pu être, avant d’être transformé. Pourquoi ne l’ai-je donc jamais interrogé à ce sujet ? C’est plutôt dans ma nature de chercher des réponses. Mais Drake… Il est différent. Et il m’aime, de cela je suis certaine. C’est sans doute le seul en ce monde, alors à quoi me servirait-il de raviver le passé ? Je n’ai que lui, peu importe ce qu’il a été. Ce qu’il suggère, en revanche, est inenvisageable. J’ai déjà abusé en contraignant mon amie à devenir l’une des nôtres sans son consentement, je ne m’abaisserai pas à la nourrir de force.
Neeve… Elle m’en veut…
Entre mes côtes ne subsiste que le néant. Et la douleur de la perdre à nouveau. Je ne l’avais plus revue depuis ma transformation. La dernière fois, nous étions toutes les deux des sorcières, colocataires plus ou moins épanouies, de loft en geôle. Nous nous aimions alors encore comme des sœurs.
Et puis, il y a eu cette nuit-là.
Robin…
Une larme dévale ma joue. C’est cette fois avec rage que je l’essuie.
Drake pose une main possessive sur mon épaule. Je la rejette avec violence. Tout ça, c’est à cause…
— Sixt ! J’ai pensé à un truc ! Je ne sais pas si c’est possible, mais…
La voix fluette et enjouée de Nancy me sort de mes réflexions lugubres.
— T’es une sorcière, pas vrai ?
J’acquiesce sans comprendre. La question est idiote, il faut dire.
— Tu connais True Blood ?
Je la regarde, circonspecte. Elle désire sérieusement discuter d’une série dont j’ai à peine vu deux épisodes avant de me replonger dans le boulot ?
— Qu’est-ce que tu racontes, Nancy ? intervient Drake dont les doutes se devinent à ses sourcils arqués.
— Laisse-moi finir, rabat-joie ! le rabroue la poupée blonde avant de reporter son attention sur moi. Tu te souviens, dans la série, certains vampires consommaient du sang artificiel. Tu pourrais en fabriquer pour Neeve. Avec tes pouvoirs, tu peux tout faire, non ?
Je tiens mes dons des ombres, alors non, je ne peux pas tout faire, même si…
Drake ricane, pas du tout convaincu par l’alternative proposée par sa nièce. Il n’a pas tort. Je veux tellement trouver une issue favorable pour Neeve que je suis prête à acquiescer à la moindre suggestion… C’est ridicule.
— Sérieux, Nancy ? Du sang de synthèse ? raille-t-il entre deux éclats de rire. On aura tout entendu !
Il se laisse aller à un rire gras et écœurant. C’est bon, on a compris qu’il n’adhérait pas au concept !
— Tu ne crois pas que si ce genre de truc débile était possible, ça existerait depuis longtemps ? insiste-t-il.
Qu’est-ce qu’il est lourd, putain !
C’est sûr que si la moindre innovation est accueillie de cette manière, ce n’est guère encourageant ! Qui sait, l’idée de Nancy n’est peut-être pas aussi fantaisiste qu’elle en a l’air… Si je parviens à créer du sang de synthèse grâce à ma magie, peut-être que Neeve acceptera enfin de se nourrir et retrouvera ses esprits ! Un élan d’espoir me saisit en imaginant l’avenir qu’elle et moi partagerions pour l’éternité.
— T’es la meilleure, Nancy !
Je serre la jolie blonde dans mes bras malgré les protestations de Drake qui ne semble pas avoir compris qu’il n’existe aucune autre option envisageable.
— C’est une hérésie, enfin ! s’exclame-t-il en retrouvant soudain tout son sérieux. Elle est une vampire, à présent, elle doit boire du sang ! Il n’y a aucun débat là-dessus, c’est la tradition !
Il commence à me gonfler, avec ses règles à la con ! Il peut toujours prétendre qu’il est pour le changement et la nouveauté !
— La quoi ? déclaré-je, froidement. Venant de celui qui a passé les derniers siècles à détourner le moindre argument d’autorité, ça a quelque chose de comique. Et puis, je débarque, alors ta tradition, tu peux bien en faire ce que tu veux ! J’ai bien vaincu le jour, pourquoi donc ne pas élargir nos options culinaires ?
Il semble surpris par ma réaction, mais ne répond pas. Il a enfin compris qui était la boss, ici. Et manifestement, ce n’est pas lui.
— Nancy, va me chercher toutes les poches vides que tu pourras trouver dans la Fang House.
— À vos ordres, Votre Majesté, obéit-elle en se fendant d’une révérence exagérée qui fait naître un sourire de satisfaction sur mes lèvres.
— Drake, aide-moi à pousser les meubles.
— Pour ? boude-t-il.
Laisse tomber, je n’ai pas besoin de toi !
Impatiente de m’atteler à la tâche, d’autant que les cris de Neeve – toujours emprisonnée au sous-sol – s’amplifient, j’esquisse une ellipse du bras. Suivant mon geste, les meubles s’écartent, comme soulevés par une tempête, et se fracassent contre les murs ou s’y encastrent.
— Je n’ai rien contre renouveler la déco, mais…
Je le coupe. Le temps nous manque, Neeve souffre le martyre, ça urge !
Du bout des doigts, je trace un pentagramme sur le sol. À mesure que je parcours les lattes centenaires, le dessin apparaît en une nuance plus foncée.
— Et le feu de camp dans le salon, est-ce essentiel ? m’interroge-t-il, dubitatif.
— Mortel, s’extasie Nancy en nous rejoignant, les bras chargés de poches translucides.
Je la remercie d’un sourire et achève de faire taire Drake. L’heure du renouveau arrive, et il sera grandiose !
— Ça fait plus authentique. C’est qui, la sorcière, ici ?
Je vois bien que non seulement il n’est pas convaincu, mais qu’en plus, mes espoirs d’aider mon amie le contrarient. Qu’est-ce qui le dérange, à la fin ? Je ne parviens pas à le cerner.
J’achève les préparatifs de base et entame une incantation. Je n’ai jamais été la championne des formules, il n’y a qu’à voir comment Drake m’a approchée la première fois : ce putain de taxi n’est jamais venu me chercher malgré mes tentatives pitoyables. Avec deux grammes dans le sang, ce n’était peut-être pas super clair… Mais cette fois, c’est différent : je ne peux pas rater cette occasion de sauver Neeve !
« Par les ombres, aidez-moi,
Sauver Neeve, il faudra. »
Il ne se passe rien. Ce n’est certainement pas la bonne tournure. Pas assez travaillé. Il faut continuer.
J’enchaîne les phrases alambiquées et autres vers peu convaincants. Sans effet.
Les heures défilent et je persiste. Drake s’est assoupi dans un fauteuil à peine abîmé, Nancy somnole plus loin, sur une banquette privée de pieds et de dossier. Mes yeux me piquent, j’irais bien faire un somme, moi aussi, d’autant que la nuit ne va pas tarder à tomber. Il ne sera alors plus question de roupiller. Mais Neeve ne dort pas non plus, ses hurlements ne se sont pas taris. Je les entends d’ici. Je dois continuer pour elle.
Que peut-il manquer à mes formules ? Pourquoi n’ont-elles pas fonctionné ?
Je prends une grande respiration, enclenche l’enregistrement sur mon téléphone comme pour les fois précédentes et entame une nouvelle incantation.
« Je fais appel à notre mère Nature qui nous a tous enfantés, au pouvoir des ombres et aux lueurs salvatrices de la lune.
Offrez à Neeve cet élixir dont les vertus sauront la repaître et la faire renaître.
Que son corps s’en nourrisse.
Qu’elle se relève en tant que créature nocturne. »
Au beau milieu de cette incantation qui s’apparente plus à une supplication qu’à un sort, un hurlement encore plus déchirant que les précédents retentit depuis les sous-sols. Neeve souffre tant qu’elle crie à s’en arracher les cordes vocales.
Le vent s’élève dans le salon. Je touche au but. Je continue. Je dois y arriver !
« Qu’elle me revienne grâce à ce breuvage.
Que la nuit soit son nouveau rivage.
Que sa soif se tarisse à chaque gorgée.
Accordez-lui, comme à moi, une éternité méritée. »
Soudain, le pentagramme s’embrase autour de moi, sous les yeux effarés de Drake qui bondit de surprise, tandis que les poches posées sur le sol se remplissent d’un liquide fuchsia. Ça fait presque envie, cette potion, on croirait du jus de fraises Tagada !
— Wow, c’est dément ! s’écrie Nancy qui, réveillée par le crépitement, sautille à présent autour des flammes.
Ça a fonctionné ! Je vais peut-être réussir à sauver Neeve !
D’un geste de la main, j’éteins le brasier. Je saisis une poche et me tourne vers la porte, pressée d’offrir à mon amie ce premier repas qui, je l’espère, soulagera ses maux et me la ramènera. Mais avant que je n’aie esquissé un pas et atteint la sortie, le battant s’arrache de ses gonds et retombe dans un bruit sourd de chaque côté du chambranle, dévoilant Elyris.
— La reine, annonce son valet ridicule, impassible face au vacarme et à l’humeur de sa souveraine.
Putain, la reine ! Il ne manquait plus qu’elle ! D’autant qu’elle n’a pas l’air ravie…
Elyris avise le désordre sans paraître s’en préoccuper, puis fixe son regard dans le mien.
— Sixtine. Comment était le feu de joie ? ricane-t-elle.
Quelle salope !
La rage se répand dans mes veines, irradie et me consume. Je sens mes canines devenir plus proéminentes et mes forces grandir. Je vais la défoncer !
Je repose délicatement la poche sur les autres et m’élance vers l’importune. Elle veut jouer, on va jouer, mais selon mes règles. Elle n’est pas prête. Repassant dans ma tête les films de kung-fu hongkongais dont je suis friande, je me jette sur elle, les jambes en avant. Mes pieds joints, encore chaussés de leurs escarpins Jimmy Choo, percutent sa poitrine. Elle ne cille même pas. Mais au moins, j’ai flingué son bustier.
Avec souplesse, je parviens à me réceptionner sans dommage et m’élance pour un nouvel assaut. Imperturbable, la reine s’avance dans la pièce, intriguée par les poches qui trônent au centre du pentagramme.
T’y touches même pas en rêve !
Je balance mes talons et me rue dans son dos dans l’espoir de l’étrangler. Je serre sa gorge dans mon coude tandis que je lui assène de violents coups de poing dans les côtes.
— Comme elle est mignonne, ta recrue, jette-t-elle à Drake qui assiste, figé, à notre empoignade.
De quel côté va son allégeance, putain ? Il ne pourrait pas m’aider ? À moins que cette grognasse n’appartienne à la tradition, elle aussi ?
Comme si elle avait à peine souffert de mes attaques, elle fait volte-face et, de sa main, enserre ma gorge. J’ai beau me débattre, elle me soulève au-dessus de ses jupons et me repousse avec violence. J’atterris douloureusement sur le cul quelques mètres plus loin, au milieu de ce qu’il reste des meubles.
— Au panier, gamine.
Mais pour qui se prend-elle, à la fin ?
Je me relève d’un bond et fonds sur elle. Je finirai bien par lui faire mal !
— Ça suffit ! tonne Elyris qui se déplace si vite à présent que c’est à peine si je la distingue.
Un instant, le temps s’arrête. Juste assez pour que je comprenne qu’elle m’a eue, quand je m’écrase avec violence sur le parquet jonché de débris : elle vient d’essayer de me tuer. Drake se tient devant moi et fait face à la reine. Cette fois, je peine à me redresser. Le pied arraché d’un fauteuil s’est enfoncé dans mon flanc. Ça fait mal, bordel ! Nancy l’extirpe d’un coup sec et me murmure quelques mots inintelligibles à l’oreille. La plaie se referme presque aussitôt, mais la douleur persiste un moment. Je me relève malgré tout, juste à temps pour voir Nancy détaler dans le couloir ! Qu’est-ce qu’elle fout ?
— Pourquoi ? Pourquoi te dresses-tu contre moi, Drake ?
— Ce n’est pas ce que je fais, Elyris.
Lorsqu’il prononce son nom, je perçois quelque chose sans parvenir à mettre le doigt dessus. La connaît-il si bien ? Suffisamment pour l’appeler par son prénom quand tous se contentent d’un « Votre Majesté » pompeux ?
— Nous étions proches, tous les deux. Que s’est-il passé ? l’interroge-t-elle sans donner l’impression d’attendre une réponse.
Essaierait-elle de me rendre jalouse ?
— Je n’aime pas partager.
Je confirme. Drake est – un tout petit peu – possessif.
— Et moi, je devrais te partager avec cette…
Le visage de Drake se déforme de rage. Même Elyris s’en aperçoit et s’interrompt avant de finir sa phrase accompagnée d’un geste de dégoût.
— Elle ?
Un rugissement retentit quand la reine est emportée par une créature si rapide que je ne la vois que lorsqu’elle cesse enfin de s’agiter. Neeve ! C’est donc pour ça que Nancy s’est barrée ! Elle est allée la délivrer !
Assise sur le ventre d’Elyris, mon amie est en furie, elle la griffe et hurle à pleins poumons, faisant trembler les murs de la Fang House qui s’éveille peu à peu. Anesthésiée par la surprise, sa victime se laisse défigurer par une Neeve submergée par une crise de démence qui la dépasse et par la force brute des nouveau-nés. Lorsqu’elle reprend ses esprits, Elyris la repousse du plat de la main. De l’autre, elle tient son visage tuméfié et lacéré. Pour la première fois, elle recule. C’est le moment d’inverser la tendance !
— Nancy, les poches ! crié-je.
Je saisis le bras de Neeve et l’entraîne à ma suite. La nuit est enfin tombée, le monde s’offre à nous ! Sans un regard en arrière, je quitte au pas de course la Fang House avec mon amie, Nancy et Drake pour escorte. Derrière nous, quelques sbires de la reine tentent de nous poursuivre. J’entends leurs pas rageurs sur le bitume, mais nous sommes plus rapides.
Plus que quelques foulées, et nous serons à l’abri. Je lance un sort pour m’en assurer.
À nous quatre, la liberté !
Certes, je m’enflamme, après cet affrontement qui a mis mes nerfs à fleur de peau. Mais Neeve est avec moi. Elle s’est confrontée à la reine, pour moi. Un sourire scintillant anime mes traits lorsque nous franchissons les grilles du manoir où j’ai vécu toute mon enfance.
— Wow, c’est canon, ici ! s’extasie la nièce de Drake en admirant les lieux.
Mes doigts s’emparent du heurtoir. Je frappe à la porte en mesurant mes forces, l’esprit étrangement galvanisé à la perspective de retrouver mon ancienne demeure.
— Ouvrez ! Ouvrez-moi !
Mais qu’est-ce qu’ils attendent, là-dedans ?
Derrière nous, des pas des vampires à nos trousses retentissent, de plus en plus forts, de plus en plus proches. Ils ont contourné mon sortilège. Ils arrivent !
— Sixtine, c’est toi ? demande la voix endormie de ma mère depuis l’intérieur.
— C’est moi, Maman, ouvre, s’il te plaît.
Fébrile, elle entrebâille la porte. Elle me fixe, perdue entre incrédulité et sidération. En état de choc. Il lui faut un moment pour reprendre ses esprits et briser le silence.
— Que veux-tu ? Qui sont ces gens ? me demande-t-elle, apeurée.
On n’a pas le temps pour des présentations en bonne et due forme !
— Des amis.
À la fois ébranlée et épouvantée de me revoir, elle passe le seuil et me serre dans ses bras, occultant la présence de mes compagnons.
Elle relâche son étreinte et avise soudain Neeve.
— Tu es là aussi, ma chérie ! Nous t’avons crue…
Sous le coup de l’émotion, sa voix s’entrave dans sa gorge. Elle se rappelle ce que je suis. Ce que nous sommes. Enfin, presque, pour Neeve…
— On n’a pas le temps, Maman.
Elle me regarde, perplexe. Sérieusement ? Faut-il que je lui explique ce que j’attends ?
— Invite-nous à entrer, bon sang !
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