Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)
12. Chapitre 12
C H A P I T R E 1 2
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SIXTINE
J e profite d’un moment de calme auprès de Neeve. Pour accueillir l’essentiel de la Fang House au manoir Shadow, nous avons dû procéder à quelques aménagements conséquents. Les travaux ne sont pas de tout repos et en attendant de consolider la protection anti-loups, anti-mages et anti-intrusions, Drake et moi devons coordonner les équipes de surveillance de jour comme de nuit. C’est éreintant. Alors, je savoure cette pause installée à ses côtés dans le grand salon, la télévision toujours allumée diffusant un agréable bruit de fond.
— Et tes parents, comment ça va ? m’interroge mon amie entre deux gorgées de Magic Blood.
Cette paille de la fée clochette qui fait tourbillonner le sang magique lorsqu’elle l’aspire, c’est tout à fait Neeve. Pailletée et décalée. Je me demande où elle l’a dégotée, d’ailleurs. En tout cas, c’est moins stressant que cette perfusion qu’elle se trimballe la plupart du temps.
— Ça a l’air d’aller, commencé-je en me plongeant dans le souvenir attendri de ma visite récente.
Paradoxalement, les retrouver et vivre sous leur toit me fait un bien fou. Comme si cette proximité m’offrait l’ancrage dont j’ai besoin dans la tempête qu’est devenue ma vie. Il faut reconnaître que les choses ont drastiquement changé ces derniers temps, et sentir mes parents si proches est un soulagement que je me garderai néanmoins de révéler à quiconque. Cela pourrait être considéré comme une faiblesse, et je préférerais éviter qu’un vampire les utilise pour m’atteindre dans un moment de folie. Pourtant, même si je feins une froide indifférence à chaque fois que je les quitte, ces étreintes dont ils me gratifient me gonflent d’amour.
Les mains de ma mère contre mon dos me provoquent des frissons qui redoublent lorsque les battements de son cœur s’invitent dans ma poitrine. Malgré la tristesse de me savoir morte et membre d’une communauté qu’ils exècrent, je crois que ma famille est fière de moi et surtout, qu’ils m’ont pardonné mes erreurs. Il ne m’en fallait pas davantage.
— J’ai pris le thé avec eux, hier. Maman n’est pas trop dépaysée, même si ses amies et son personnel de maison lui manquent et qu’elle se sent un peu à l’étroit.
— Et ton père ?
— Même s’il n’est pas fan de Drake – OK, c’est pire que ça, je l’admets –, il a compris que grâce à cette captivité, ils sont en sécurité en attendant que les choses se tassent.
Que les choses se tassent… Drôle de manière de qualifier la guerre sans merci qui se profile…
— En sécurité, c’est vite dit. Il y a quand même une flopée de vampires qui traînent dans les couloirs de leur baraque. Et ils n’ont plus aucun soutien dans les parages, alors…
Neeve suspend sa phrase, consciente du mal que la moindre atteinte sur mes parents me ferait endurer. Les Moon et les Forest ont pris le parti des loups ; ils n’ont rien contre ma famille, leurs intérêts sont simplement divergents, dorénavant. Quant à mes fidèles, aucun d’entre eux ne se risque à les approcher. Du moins, tant que ma souveraineté sur le nid de Caroline du Nord sera reconnue.
— Tu sais aussi bien que moi que personne n’oserait toucher un seul de leurs cheveux. Je suis Sixtine Shadow, celle qui a maîtrisé le jour !
Neeve pouffe. J’aime l’entendre rire.
— Et puis, j’ai placé les vampires les plus loyaux pour surveiller les allées et venues à proximité de leur aile, je vois mal qui s’y frotterait… insisté-je. D’ailleurs, grâce à toi, ils sont équipés d’une poche de Magic Blood pour les cas d’urgence, si c’est pas une avancée majeure, ça !
— Carrément !
Elle se tait un instant et me fixe, une expression étrange sur ses traits.
— Ça fait plaisir de te voir comme ça, ajoute-t-elle d’une voix vibrante d’émotion contenue.
— Comme ça, c’est-à-dire ?
— Plus sereine. Je ne t’avais plus vue sourire depuis un moment, tu sais.
Je sais.
— C’est vexant, si je te trouve plus fun morte que vivante ? lance-t-elle, hilare.
Elle abuse !
Mais elle a raison… Elle se laisse submerger par un rire communicatif qui m’emporte à mon tour. Que c’est bon de la retrouver !
En même temps, vu le monceau d’emmerdes qui nous est tombé sur le coin de la gueule ces derniers temps, afficher une mine réjouie n’aurait pas franchement été de circonstance. Et puis, j’ai tout de même passé l’arme à gauche, dans l’intervalle !
Quelqu’un toque soudain pour s’annoncer.
Je me tourne vivement et aperçois Deborah dans l’embrasure de la porte ; une vampire si fripée que sa transformation lui a vraisemblablement épargné un trépas imminent.
— Debbie ! Tu as quelque chose pour moi, j’imagine ? demandé-je en trépignant d’impatience, le regard fixé sur ce qu’elle tient dissimulé dans son dos.
— Tu imagines bien, confirme-t-elle, un large sourire sur ses lèvres pâles, son visage auréolé par quelques mèches poivre et sel échappées de la tresse lâche qui rassemble ses cheveux. Un sac entier !
Elle tend devant elle, triomphante, un banal cabas de courses en tissu, gonflé par son contenu : une multitude de poches vides en provenance directe de l’hôpital du coin. C’est nettement plus simple à subtiliser que les pleines.
Les yeux de Neeve pétillent. J’aime la voir reprendre des couleurs, à l’idée de l’abondance que le contenu de ce sac va lui procurer. La seule limite au Magic Blood, c’est l’imagination de mon amie.
— Alors, chocolat pour Taylor, et pour toi ? lui demandé-je, euphorique, en battant des mains.
— Hum, laisse-moi réfléchir…
Tandis qu’elle explore les souvenirs enfouis de notre enfance pour déterminer quelle sera sa lubie des prochains jours, je l’observe. Ses joues rosées se sont regonflées et ses cheveux enflammés ondoient comme jamais. Neeve a toujours été d’une beauté frappante, mais là, elle en devient magnétique.
— T’as fini de me mater, chaudasse ? ricane-t-elle. Magic Marshmallows !
— Pardon ?
— Magic Blood saveur Magic Marshmallows.
Comme lorsque nous étions gamines. Nous nous gavions de ces sucreries à longueur de journée comme s’il s’agissait de la meilleure nourriture au monde. Pas étonnant que Neeve souhaite associer ce goût de nostalgie à ce qui la maintient à présent saine d’esprit. S’il n’y a que ça pour la retenir auprès de moi, ce sera facile.
— OK, je te prépare ça !
Je me tourne vers Deborah, qui se tient toujours à côté de moi.
— Tu pourras les agencer dans la réserve de la chambre de mon amie ? demandé-je. Disons… les deux tiers ? Le reste ira en cuisine, dans le réfrigérateur du cellier.
La vieille vampire acquiesce sans un mot.
Je saisis le sac et place les petites poches vides que Deborah a pris soin de nettoyer sur le sol, parfaitement alignées. D’un geste de la main, j’invite mes amies à s’éloigner et trace un pentagramme invisible sur le parquet, autour des rangées de sachets de plastique qui ne tarderont plus à se gorger de sang artificiel aromatisé.
Même si j’ai encore un peu de mal avec ce sort et qu’il arrive de temps à autre que je me loupe, j’ai clairement progressé. À ce rythme, je pourrai nourrir Neeve pour… l’éternité.
Passer l’entièreté de ma vie en compagnie de ma meilleure amie et de Drake constitue un rêve éveillé. Même si l’absence d’Eli entache la perfection de ce tableau, son souvenir, bien qu’encore présent, m’affecte de moins en moins. Elle a fait ses choix, et moi les miens : chacune chez soi, toutes les deux en harmonie avec notre nature. Tant que je peux veiller sur Neeve – et mes parents –, le reste m’importe peu.
Mon sort achevé, je claque un bisou sur la joue de Neeve.
— Bon app !
— Tu te casses ?
— J’ai rendez-vous avec Drake.
— Sérieux ? Tu m’abandonnes pour ce loser ?
— Neeve, je la réprimande. Il n’a rien d’un loser ! Si tu savais ce qu’il est capable de faire avec sa langue, tu n’oserais plus jamais l’associer à cet adjectif, crois-moi !
Je pouffe comme une gamine devant sa mine décomposée.
Note pour plus tard : trouver à Neeve un – ou deux – vampire spécialiste du Kamasutra et digne de son expérience sexuelle pour combler mes absences.
— À plus, petite fée !
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