Witch War: Article 3 : On ne se montre pas (French Edition)
14. Chapitre 14
C H A P I T R E 1 4
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KARL
B ientôt un mois que l’attaque avortée sur le manoir a eu lieu, et je ne décolère pas. Pire, j’ai la sensation d’enrager chaque jour un peu plus. En vérité, je tourne en rond comme un loup en cage, et même mes fidèles lieutenants n’osent plus me déranger pour les affaires courantes. De toute façon, quelle importance ont-elles, vu la merde dans laquelle on se trouve ?
Moi qui pensais avoir déniché des alliés en Lennox et ces deux familles de sorciers… Ai-je été stupide à ce point ? En soupirant, je me lève de mon fauteuil pour venir poser mon front sur la large baie vitrée qui ouvre sur la forêt. Devant moi, la vaste mer des frondaisons vert et brun, et au-dessus, un ciel clair et limpide. Ce panorama m’apaise toujours… mais pas aujourd’hui. Non, pas aujourd’hui. Les conséquences qu’aurait pu avoir cette incursion irréfléchie sur le manoir Shadow, nouveau fief de ces suceurs de sang, m’obsèdent. Quand je repense aux risques pris par Elinor à cause de Lennox… Elinor qui porte mon enfant… Ma liée et l’étincelle de vie en elle sont tout pour moi. Je pourrais tout leur sacrifier.
Même ma meute ? Au fond de moi, je me sens déchiré. Déchiré entre mon devoir envers les miens, les responsabilités que j’ai acceptées en devenant Alpha à la suite de mon père, et l’amour que je voue à Elinor. La seule idée de la mettre en danger me fait bouillir le sang. Et puis, n’ai-je pas déjà assez sacrifié ? N’ai-je pas banni mon propre frère, le condamnant ainsi à une mort certaine ?
Je ne veux pas me poser ces questions. Je ne le dois pas, sinon, je vais virer dingue.
En soupirant, je sors de mon bureau pour me diriger vers les profondeurs de la tanière Greystorm. J’ai une visite à faire.
Quand je parviens devant la lourde porte qui scelle les cachots, un loup à la carrure impressionnante et une louve qui n’a pas grand-chose à lui envier m’ouvrent et me cèdent le passage. Je m’engouffre dans l’étroit couloir humide, à peine éclairé, et m’avance. De chaque côté, des cellules lugubres. Je me souviens y avoir fait jeter Robin, et il me semble que c’était il y a une éternité déjà. Dans une autre vie. Et justement, l’ironie du sort fait que je retrouve Lennox dans celle qu’occupait mon défunt frère.
Je m’arrête devant la grille aux barreaux d’argent et contemple l’être misérable, mais toujours écumant de rage, qui se trouve assis au sol.
— Lennox.
Il a bien dû m’entendre arriver, mais n’a pas levé la tête pour autant. Très bien, cette entrevue ne s’annonce pas plus productive que les précédentes.
— Es-tu disposé à ce que l’on discute, aujourd’hui ?
Ai-je rêvé, ou ses épaules ont-elles légèrement frémi ? Va-t-on enfin pouvoir avancer ? Il le faut. Absolument. Malgré la fureur que je ressens envers lui, je décide de lâcher prise. Je m’assieds à même le sol glacé et attends.
Au début, il ne se passe rien. Je ne lâche pas Lennox des yeux. Je pourrais utiliser mon pouvoir d’Alpha sur lui, mais en ne le faisant pas, je désire lui montrer que j’espère encore construire avec lui une autre relation, fondée sur la confiance. Une confiance qu’il a bafouée, mais je suis prêt à mettre son acte sur le compte de son amour pour Neeve. Il me faut être honnête, j’aurais sans doute fait la même chose pour Eli.
Enfin, au bout d’un moment si long qu’il me paraît infini, Lennox me regarde. La détresse et la colère que je lis dans ses prunelles me bouleversent, mais je fais taire mes émotions. Certes, je suis capable de compatir à son malheur, car j’aime Elinor comme il aime Neeve, et je ne pourrais imaginer ma vie sans elle. Mais je ne veux pas lui montrer que je m’apitoie sur son sort. Ça ne serait pas lui rendre service.
— Qu’est-ce que tu veux ? me demande-t-il d’une voix rendue rauque par des semaines de mutisme.
— Te parler.
— Et me dire quoi ?
Je soupire, encore.
— Te dire que tu dois cesser de t’entêter.
— Et si je ne le fais pas ? Si je refuse d’être l’un de tes toutous ?
Tout mon corps se raidit, chacun de mes muscles se fait câble d’acier. En est-il encore là ? Après tout, il est dorénavant l’un de mes « toutous », qu’il en soit heureux ou pas.
— Si tu refuses, je serai forcé de t’exiler loin, très loin de Fallen Creek. Ou de te tuer.
Il hausse les épaules, et un sourire sans joie plie ses lèvres pâles. Son visage est ravagé, et ses cheveux sombres et ondulés sont en bataille. Lui, que j’ai toujours connu tiré à quatre épingles, n’est plus que l’ombre de lui-même.
— Et pourquoi ne le fais-tu pas, alors ?
Il n’attend que ça, ce con. Il ne se rend pas compte que ce serait une hérésie, que nous avons besoin de lui pour affronter la guerre qui s’annonce. Mais il est inutile que je lui serve des arguments logiques. Non, il me faut jouer sur la corde sensible.
— Si je t’exile ou te tue, tu ne pourras jamais te venger.
Il frémit. Bingo. Mais cette maigre victoire ne m’apporte aucune véritable joie, car il replonge son visage entre ses genoux.
Je comprends aussitôt que je n’en obtiendrai pas plus aujourd’hui. Je m’estime tout de même satisfait. Nous avons échangé plus de mots en quelques minutes que durant les quatre dernières semaines.
Alors que je me relève pour quitter cet endroit sordide, la porte derrière moi s’ouvre à nouveau et laisse apparaître Eli, accompagnée de Tyler et de Perry. Eux aussi viennent quotidiennement. D’après ce que m’a dit ma liée, ils ne tentent même pas de parler avec Lennox. Ils se contentent de rester auprès de lui, simplement pour lui montrer qu’il n’est pas le seul à souffrir de l’absence de Neeve. Honnêtement, je ne suis pas sûr que cela fasse du bien à ma nouvelle recrue. Peut-être qu’un bon coup de pied au cul serait plus productif. Au point où on en est…
Eli et moi nous rejoignons au milieu du couloir. Elle aussi a les traits tirés. Ses paupières sont rouges et gonflées, elle a dû pleurer. Encore. Sans dire un mot, je la prends dans mes bras et la serre contre moi. La chaleur qui émane de son ventre qui commence à s’arrondir me ferait presque monter les larmes aux yeux. J’ai tellement envie de les emporter tous les deux loin d’ici, loin de ce chaos, pour les protéger envers et contre tout. Et que ces putains de races magiques se démerdent sans nous…
— Ça va ? je lui chuchote, même si je connais la réponse par avance.
Elle fait oui de la tête et m’accorde un faible sourire. Ma courageuse petite louve…
— Tu me rejoins, après ? lui demandé-je encore.
Elle acquiesce une nouvelle fois, puis, comme un courant d’air que je ne saurais retenir, s’échappe de mon étreinte pour retrouver Lennox.
Quelque peu désœuvré, je décide de passer par la cuisine prendre un en-cas avant de retourner m’enfermer dans mon bureau. Je ne sais si je serai plus productif que ces derniers jours, mais je dois au moins faire semblant.
Une fois dans mon antre, j’ouvre quelques tiroirs, tripote des dossiers, griffonne quelques notes, mais le cœur n’y est toujours pas.
Je n’espère qu’une chose. Qu’Eli me rejoigne au plus vite. J’ai besoin d’elle, de sa présence, de sa chaleur, même si je sais qu’elle ne va pas bien. Ensemble, nous sommes plus forts, et je m’en aperçois chaque jour un peu plus.
Enfin, on toque à ma porte, et ma liée entre aussitôt.
Je me lève, me porte au-devant d’elle pour la serrer avec tendresse. J’ai eu tellement peur de la perdre, lors de cette expédition…
Finalement, nous nous asseyons sur le sofa, celui sur lequel nous nous sommes aimés pour la première fois. Elle vient se blottir contre moi, fourre son petit nez dans mon cou. Son souffle me chatouille agréablement, et je me détends enfin. Elle est là. Elle est triste, certes, mais elle est en vie, et elle va bien.
— Comment ça s’est passé ? lui demandé-je au bout d’un moment.
— Comme d’habitude.
Comme d’habitude. Cela signifie que Lennox n’a pas réagi à leur présence. Qu’il s’est de nouveau emmuré dans son chagrin, malgré les quelques mots que nous venions d’échanger. Je n’en suis même pas surpris.
Le silence s’installe entre nous. Je caresse les longs cheveux sélènes d’Eli, et un instant, je la crois endormie. Elle devrait se reposer plus, la grossesse lui prend beaucoup d’énergie, je le vois aux larges cernes noirs qui parent ses joues trop pâles.
— Tu sais, je suis soulagée que Neeve… que Neeve n’ait pas bu de sang humain.
Elle ne s’était donc pas assoupie. Je hoche la tête, sans rien dire. C’était il y a quatre semaines. Qui peut témoigner aujourd’hui de la situation au manoir Shadow ? Mais il est vrai que cette découverte que nous avons faite était providentielle, et qu’il existe un espoir, certes mince, pour que la transformation de Neeve ne soit pas encore complète. Mais je doute qu’elle ait pu garder toute sa lucidité dans de telles circonstances. Aucun vampire n’a jamais résisté à la privation. Ne pas se nourrir sur des humains, cela signifie la folie… puis la mort.
C’est bien dommage, je n’aurais pas été contre accueillir Neeve dans mes rangs…
Mais cela n’arrivera pas. Moi aussi, tout comme Elinor, Lennox et les autres, je dois me faire à cette idée. Il n’est cependant pas temps d’en faire part à ma liée. Elle n’est pas prête à l’accepter. Alors, pour couper court à cette conversation que nous avons déjà eue mille fois, je me tourne vers elle et plonge mon regard dans le sien. Je me noie aussitôt dans ses prunelles d’onde claire, à peine parées de quelques reflets d’or. Elle est si belle que j’en ai le souffle coupé.
Je me penche doucement vers elle et cueille sa bouche pour lui témoigner mon amour. Elle s’abandonne à ce baiser, et ses bras viennent s’enrouler autour de ma nuque.
— Tu me manques, me chuchote-t-elle quand nos lèvres se séparent enfin.
— Toi aussi, Eli. Tellement.
Et c’est vrai. Avec toute cette histoire, nous avons quelque peu délaissé les joies de notre intimité. Et je constate à l’instant à quel point cela m’a manqué. Ma liée me manque. Son corps, sa peau, sa bouche, ses seins, ses gémissements de plaisir, tout cela me manque éperdument.
Alors, je décide de faire de ce moment un instant rien qu’à nous, une bulle de douceur et d’amour dans cet océan de trahisons et de défaites au goût amer. Mes doigts s’emmêlent dans sa longue chevelure, ma langue caresse ses lèvres, et je l’attire délicatement sur moi, sans jamais quitter sa bouche. Ses paumes un peu trop froides dévalent le long de mon torse, s’accrochent aux boutons de ma chemise pour les détacher un à un. Enfin, ses mains se faufilent jusqu’à la ceinture de mon jean pour libérer mon sexe déjà dressé. Sa bouche vient déposer de tout petits baisers sous mon oreille, tandis qu’elle s’empare de ma verge. Tout mon corps se tend de plaisir. De désir d’elle. J’empoigne ses hanches, ses fesses, ravagé par la volonté de la faire mienne.
Mais un léger rire m’interrompt.
— Vous êtes bien pressé, monsieur l’Alpha.
Je me contente de grogner. Oui, je suis pressé. Oui, j’ai envie d’elle. Et à la lueur qui s’allume à nouveau dans ses prunelles, je devine que c’est réciproque. Mais elle a manifestement décidé de faire durer le plaisir. Sans me quitter du regard, elle passe son tee-shirt par-dessus sa tête, dévoilant un soutien-gorge en dentelle prêt à exploser. Mes yeux s’écarquillent, et je manque une respiration.
— Quoi ? me demande-t-elle d’un air innocent.
— C’est… c’est énorme, bafouillé-je.
Elle rit encore, et je relève le visage vers elle, qui me domine telle une déesse.
— Pour une fois que c’est toi qui dis ça, s’esclaffe-t-elle. Les joies de la grossesse, me dit-elle, tout en prenant l’une de mes mains pour la poser sur son sein.
Les joies de la grossesse ? Mais… On m’avait caché ça ? Dire que depuis des semaines, j’ai un tel trésor à portée de main, et je n’en profite pas !
Effleurant ses mamelons avec fascination, je lui demande :
— Et tu as d’autres surprises pour moi, dans le même genre ?
Elle halète sous mes caresses, se mord les lèvres. Bordel, elle va me rendre dingue.
— Je peux juste… te dire… que je suis hypersensible…
Pas besoin de me le dire deux fois ! Je me redresse et cueille un téton entre mes dents pour le titiller. L’effet ne se fait pas attendre et me ravit.
Son jean suit le même chemin que son tee-shirt et échoue au sol avec mes vêtements. Je ne me lasse pas de caresser son corps qui a tellement changé. Ses courbes sont plus pleines, plus sensuelles, son odeur me submerge et m’emporte loin de tout. Perdu en elle, contemplant son visage convulsé de plaisir tandis qu’elle ondule des hanches sur moi, j’oublie, pour quelques instants, l’horreur de ce que nous vivons.
Ce n’est que bien plus tard, alors que nous reposons tous deux, nos jambes entremêlées, sur notre fameux sofa, que l’on toque à la porte.
— Oui ? grogné-je.
— C’est moi, Angus.
Il n’entre pas. J’imagine qu’Eli et moi avons dû produire tant de phéromones que mon Bêta sait parfaitement à quel type d’activité nous venons de nous livrer.
— C’est urgent ? crié-je encore.
— Oui. Tu peux me rejoindre devant la tanière ?
Je soupire. La réalité nous a cueillis bien trop vite à mon goût.
— J’arrive.
Je me dégage doucement de l’étreinte d’Eli.
— Je suis obligé d’y aller, chuchoté-je.
— Je crois que je l’ai compris, ironise-t-elle.
— Tu veux bien me faire une promesse ?
— Dis-moi toujours.
— Va te reposer un peu. Tu en as besoin. Je te rejoins le plus rapidement possible, OK ?
Elle hésite, mais finit par acquiescer.
Je me rhabille en vitesse et quitte mon aimée pour aller affronter je ne sais quelle nouvelle galère.
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