L'Astre de La Havane (French Edition)

Marie Compagnon · Chapitre 8 sur 37

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L'Astre de La Havane (French Edition)

Quand elles furent à l’angle de l’Avenida…

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CELESTINA

Quand elles furent à l’angle de l’Avenida Bélgica, ni Evy ni Celestina n’en menaient bien large. L’une comme l’autre sentaient que cette entrevue pourrait être décisive. Leur avenir se dessinerait peut-être bientôt dans un de ces salons, entre deux petits gâteaux. Et c’était aussi grisant que terrifiant, que de risquer de toucher son futur du doigt.

— Que crois-tu… ? Que crois-tu qu’elle va me dire ? interrogea Celestina.

— Pourquoi me demandes-tu ça, à moi ? Ai-je l’air de transporter une boule de cristal dans ma pochette en crocodile ? s’étonna Evy.

Clairement, ce n’était pas le cas.

Devant elles, les voitures défilaient dans la rue. Moteurs et klaxons. Mais elles ne les entendaient pas.

De l’autre côté de la chaussée, il était là, imposant et forçant le respect : le Palais présidentiel, avec ses hautes fenêtres et ses colonnades. Situé dans le quartier de Celestina, le bâtiment lui était familier. Pour autant, jamais elle ne se serait imaginé pouvoir un jour y pénétrer. Encore moins en tant qu'une invitée officielle de la Première dame.

— Il faut qu’on y aille, murmura Evy. La ponctualité est une obligation, en certaines occasions.

En faisant attention, elles traversèrent la rue, avant de se présenter à l’accueil pour s’annoncer. À voir tous ces hommes armés monter la garde, Celestina n’était pas à l’aise. Au contraire d’elle, Evy se sentait comme un poisson dans l’eau, donnant des clins d’œil aguicheurs à tous ceux qui croisaient sa route.

— Madame Batista vous attend, leur confirma un membre du personnel.

Il était chauve. Petit, il semblait nager dans son costume sombre, dont les épaulettes plongeaient en haut de ses bras. Il s’effaça pour les laisser pénétrer dans le hall.

— Oh, quelle splendeur ! s’exclama Evy.

Dans sa robe à imprimé à pois, avec ses yeux dilatés par l’émerveillement, elle avait l’apparence d’une gamine. Si Evelyn n’était pas du genre à se montrer facilement impressionnée, cette fois-ci, elle ne pouvait cacher sa surprise.

— Madame a du goût, répliqua laconiquement le valet. La décoration intérieure a été confiée à Tiffany. Si vous me le permettez, je puis vous dire que vous en verrez vraiment la beauté dans le salon dans lequel vous serez reçues.

En avisant l’air entendu d’Evy, Celestina comprit – de travers – que cette Tiffany devait être une décoratrice connue, bien qu'elle-même ignore de qui il s'agissait. Et elle s’en fichait comme de ses premiers beignets de banane !

L’intérieur était magnifique, prétendre le contraire n’aurait été que pur mensonge. Des lustres, aux rivières de pampilles, illuminaient les voûtes. Et, dans le fond du vestibule, trônait un escalier magistral fait du même marbre de Carrare que le sol, au dessin rectangulaire. Le décor respirait le luxe, sans trop d’étalage, sûrement grâce à cet effet de blancheur du marbre et de la lumière jaillissant de toutes parts. Evy s'attendait presque à ce que flotte dans les airs un parfum sophistiqué, alors qu’il n’y avait que l’odeur de la pierre froide.

Le valet les conduisit tout droit à l’escalier au blanc veiné de gris. Si les talons d’Evy résonnaient, les ballerines de Celestina provoquaient des sifflements assourdis, comme le chuintement d’insignifiants jets de vapeur.

Mais de la même façon que lorsqu’elle était enfant, impatiente que tombent des flocons n'ayant jamais cherché refuge à La Havane, Celestina montait les marches la tête renversée en arrière, retenant d’une main le petit chapeau blanc que sa mère lui avait prêté, pour l’occasion. Au-dessus d’eux, une grande coupole recouverte de céramiques vitrifiées paraît l’édifice comme une énorme cerise sur le meilleur des gâteaux. L’or et le bleu nuit de son décor lui rappelaient les crépuscules étoilés.

Quand l’escalier se sépara en deux volées distinctes, et qu’elles empruntèrent celle de gauche, Celestina faillit manquer une marche, rattrapée de justesse par Evy qui en profita pour lui asséner un discret coup de coude :

— Arrête de regarder en l’air la bouche ouverte, on a l’impression que tu vas gober des mouches ! lui souffla-t-elle.

Cela suffit pour que Celestina se redressât vivement. Tant mieux, sinon elle aurait négligé les dorures, moulures et soubassements, de même que les sculptures et peintures qui donnaient au lieu des allures de musée.

Le labyrinthe à dallage de cabochons gris du premier étage ne semblait pas avoir de secret pour le valet qui, une fois parvenu au palier, emprunta un couloir avant de frapper à l'une des nombreuses portes qui se ressemblaient toutes, et ne portaient aucune mention pour les différencier les unes des autres.

— Oui ? répondit une voix féminine.

Et de la même façon qu’il l’avait fait dans le hall, le valet ouvrit un des battants d’une haute porte double en bois aux moulures dorées à la feuille d’or, et s’effaça pour laisser passer Celestina et Evy. Sauf que cette fois-ci, il referma l'huisserie derrière elles, sans les accompagner.

Si Celestina n’avait pas été habituée à côtoyer un univers luxueux au palace, elle n’aurait pu maintenir sa mâchoire en place tant elle était ébahie. Elle se pinça au niveau du poignet, afin de vérifier qu’elle ne rêvait pas. Mais non, ce n’était pas le cas.

Au milieu d’un salon d’une cinquantaine de mètres carrés, autour d’une table ronde au bois tellement verni qu’il en paraissait laqué, la Première dame de Cuba les attendait, à proximité d’un service à thé et de petits gâteaux.

— Mademoiselle Paris ! Mademoiselle Casarei ! Je suis ravie de vous recevoir au palais, les accueillit Marta Batista.

De même que la veille, ses cheveux foncés, coupés au milieu de la nuque, étaient séparés par une raie. Et de chaque côté de son visage, perdues entre les boucles, deux barrettes les maintenaient dégagées.

Sa tenue semblait plus simple, moins protocolaire – une espèce de robe-chemisier blanche, la taille marquée par une ceinture en cuir vert –, ce qui aida Celestina à se sentir plus à son aise.

Elle n’avait jamais rencontré de manière officielle un membre du gouvernement, ni quiconque qui lui soit associé. Aussi, de façon un peu maladroite, se surprenant presque elle-même, Celestina esquissa une petite révérence en tendant la main à madame Batista. Evelyn, croyant que c’était la coutume – et n’ayant pas eu davantage l’occasion de croiser le président d’un pays ou son épouse –, fit de même.

Marta Batista ne dit rien et se contenta de sourire, tout en les priant d'un geste à s’asseoir sur les fauteuils cabriolets, recouverts de riches tapisseries.

Le petit salon était à l’image des communs du palais avec du marbre au sol, et des murs aux teintes neutres. Mais le luxe était cette fois-ci un peu plus tapageur, se nichant dans les détails, les bibelots, les meubles.

— Je suis très heureuse que vous ayez accepté mon invitation, débuta madame Batista.

— Je vous en prie, c’est nous qui vous remercions de nous recevoir, renchérit Evy.

Il avait été convenu que, pour l’essentiel, Evelyn se chargerait de la conversation, Celestina craignant de commettre un impair. Excepté pour les questions qui lui seraient directement adressées et auxquelles elle répondrait sans délai, la jeune fille devait conserver un sourire discret et une posture bien droite, assise au bord du fauteuil.

— Je ne sais pas si vous l’ignorez ou non, mais j’ai à cœur la culture. J’ai convaincu mon mari de faire construire une galerie annexe, au Musée des Beaux-Arts.

— Bien entendu, confirma Evy, j’ai lu un article qui relatait son ouverture. C’était il y a deux ans, si je me souviens bien…

— Vous avez une excellente mémoire, miss Paris, la félicita madame Batista. En effet, Fulgencio l’a inauguré en janvier 1954. Et je veux que ce ne soit qu’une première pierre à l’édification des arts.

Celestina écoutait d’une voix distraite, attirée par le serviteur à trois étages, non pas pour sa fabrication en cristal, mais pour les nombreux petits gâteaux qu’il dévoilait.

Cela n’échappa pas à Marta Batista qui décréta :

— Peut-être serait-ce plus agréable de parler de tout cela devant une bonne tasse de thé ?

Et aussitôt, comme par enchantement, une gouvernante se matérialisa et proposa à chacune des trois femmes de l’Earl Grey dans de la porcelaine fine.

La Première dame désigna les petits fours d’un vague geste de la main et s’adressa à Celestina :

— Prends, vas-y. Mange tout ce qu’il te plaira.

Celestina ne se le fit pas répéter deux fois. Des gâteaux, elle ne connaissait que ceux confectionnés par sa mère, sur la table de leur petite cuisine. Des gâteaux délicieux qui vous gâtaient les sens et l’estomac. Mais jamais encore elle n’avait eu le droit de toucher des douceurs – car c’était là le terme qui leur convenait le plus – aussi appétissantes et si bien mises en valeur. Puisqu’avant de combler les papilles, elles sollicitaient les yeux.

Il y avait des glaçages, véritables châteaux de chantilly sur des génoises pas plus grandes qu’une poignée en porcelaine, des fleurs en pâte d’amande et des perles de sucre, un assortiment de délicatesses aux teintes pastel ou chocolat, qui ne demandaient qu’à fondre dans la bouche.

— Tout a l’air si délicieux…, ne put réprimer Celestina. Je n’ai jamais rien vu de tel.

Cette remarque plut à la Première dame, ravie de parvenir à ébahir ses convives, bien que la chose s’avère plus facile avec une jeune comme Celestina, qu’avec ce charmeur de Marlon Brando.

— J’ai fait embaucher un chef pâtissier français, crut bon de préciser Marta Batista. Pour les joies du palais, tout le monde s’accorde à dire que la cuisine française est la meilleure qui existe. Pour ma part, je trouve que cela se confirme surtout dans le domaine de la pâtisserie.

Elle se tourna vers Evelyn :

— Le directeur de l’Hotel Nacional m’a informée que vous étiez Française, est-ce exact ?

— Je suis née à Paris, approuva Evy. Mais j’ai une ascendance polonaise, et j’ai passé près de la moitié de ma vie de ce côté-ci de l’Atlantique.

— Cela fait-il de vous une sorte de globetrotteuse en devenir ?

— Aucune idée. Néanmoins, depuis que je suis arrivée à Cuba, je ne m’en vois pas partir. Je trouve la façon de vivre si douce… Enfin, sauf pendant l’été. À cette époque de l’année, je rêve d’être en Normandie et de plonger dans l’eau fraîche.

Marta Batista afficha un air entendu, et reporta son attention sur Celestina :

— Et vous, chère enfant ? Connaissez-vous la France ?

Une bouchée grosse comme le poing entre les mâchoires, Celestina se dépêcha de mâcher et d’avaler, avant de pouvoir répondre :

— Je n’ai jamais quitté La Havane, madame.

— Je suppose néanmoins que votre professeure a dû vous parler de son pays natal, non ?

— Bien sûr ! Elle m’apprend même le français, s’enthousiasma l’adolescente.

Elle ne voulait pas insister sur ce point, mais Marta Batista n’était pas naïve ou innocente au point d’inviter au Palais présidentiel des personnes dont elle ignorait tout. Elle avait eu un rapport détaillé sur Celestina Casarei, enfant de Joaquin – un barman du Nacional – et Carmen Casarei, ayant habité toute sa vie La Habana Vieja, et s’étant découverte une passion – et un talent – pour la danse six ans plus tôt.

En revanche, elle eut peine à masquer sa surprise : qu’une fille du peuple – car talent ou non, Celestina Casarei était issue de la classe populaire – sache s'exprimer dans la langue des diplomates, celle de Racine et Molière, l’étonna.

— Vous parlez le français ? répéta la Première dame pour s’assurer d’avoir bien compris.

Si un macaron couleur jonquille faisait de l’œil à Celestina, elle devait remettre sa dégustation à plus tard.

— En effet, je connais déjà quelques mots.

Et Celestina fit ce qu’apparemment on attendait d’elle, en jouant les petits chiens savants, prouvant ainsi qu’elle n’était pas du genre à se vanter de mérites qu’elle ne possédait pas.

Voilà qui était bien curieux, pensa madame Batista. Cependant, elle s’abstient de tout commentaire, essayant de maîtriser la stupéfaction qui voulait prendre possession de ses sourcils.

Cela n’échappa pas à Evy. Peut-être était-ce idiot, toutefois elle se mit à craindre que cela n’affecte les bonnes relations entre madame Batista et elles. Aussi, elle se dépêcha de préciser :

— Je n’ai pas eu le choix : la danse classique s’enseigne en français.

— Et pour quelle raison ? s’enquit la Première dame.

— Cette discipline fut créée par Louis XIV, le premier danseur classique de l’histoire. Et chaque mot appartenant au vocabulaire du ballet est depuis lors resté français. Où que vous cherchiez un enseignement dans le monde, un plié demeure un plié, de même pour les déboulés et les arabesques.

De la meringue italienne jaune dans la bouche, Celestina approuva en hochant la tête.

Sur le ton de la confidence, afin de détendre l’atmosphère et de pouvoir s’assurer des largesses de Marta Batista, Evelyn ajouta :

— Je dois également vous livrer que, lors de mes sursauts d’humeur, j’ai tendance à m’énerver en français. Mais vous connaissez la réputation de contestataires qu’ont les habitants de l’Hexagone…

Ce devait être le cas puisque, pour confirmer, madame Batista tapota le dessus de la main d’Evy.

Elle trempa ses lèvres délicatement dans sa tasse de thé, et Evelyn l’imita, le petit doigt tendu en l’air. Celestina n’en rata pas une miette : elle enregistra immédiatement cette façon de faire, de boire un breuvage « comme une dame ». Cela ne devait valoir que pour le thé, puisqu’elle n’avait jamais vu Evy prendre un verre de vermouth avec ce genre de geste guindé. La jeune fille le trouva si chic, si dépaysant, qu’elle penserait à le répéter désormais pour tout ce qu’elle porterait à ses lèvres, et non pas seulement du thé. Et c’est ce qu’elle ferait dans les semaines à venir, jusqu’à ce qu’Ernesto et Adriano se moquent d’elle et de ses manières de tenir un verre d’eau, Celestina se promettant alors de ne le réserver que pour des moments en compagnie d’êtres plus éduqués qu’eux ne l’étaient. Quant à Joaquin, il ne ferait aucune remarque, obtenant confirmation, avec ce simple geste, que sa fille s’éloignait d’eux.

D’une serviette en tissu ivoire, madame Batista se tapota la bouche, avant de recommencer à parler.

— Comme je vous le disais, je m’investis dans les Arts. Et j’ai trouvé le spectacle auquel j’ai assisté hier si charmant, que je souhaite soutenir Celestina dans sa progression.

— Et de quelle façon envisagez-vous cela ? demanda Evelyn, anxieuse d’en connaître la réponse.

— Pour ce qui concerne l’enseignement, je ne me sens pas apte à apporter la moindre suggestion. Étant donné ce que j’ai pu voir, vous n’avez pas besoin de changer quoi que ce soit dans ce domaine. Il paraît qu’elle a appris à danser assez récemment ?

Evelyn avait cru un bref instant qu’en désirant s’immiscer dans la vie de Celestina, la Première dame veuille l’évincer au profit d’un autre professeur, plus talentueux ou prestigieux. Soulagée que ses craintes soient infondées, elle respira librement :

— Il y a six ans de cela. Pour toute autre discipline, cela peut déjà apparaître comme une longue période d’apprentissage. Mais la danse est à ce point exigeante, que plusieurs années s'avèrent nécessaires pour adopter une position de repos satisfaisante. Il faut penser à toutes ses articulations, à serrer ses fessiers et ses abdominaux, maintenir ses bras dans une certaine position en les gardant souples, baisser les épaules, dégager son cou, et ce, tout en affichant une étonnante décontraction.

— Mon rôle de Première dame me semble soudainement plus facile que d’être danseuse ! plaisanta Marta Batista.

Et elle éclata d’un rire cristallin.

Celestina la suivit, doucement, sans trop ouvrir la bouche, car elle supposa que c’était ce qu’on attendait d’elle à cet instant précis. Elle ne se trompait pas.

— En bref, je souhaite devenir la mécène de Celestina et lui offrir une sorte de bourse à titre privé. Encore adolescente, j’imagine qu’elle doit grandir et avoir besoin de nouveaux justaucorps ou collants. De même pour une représentation, le coût d’une tenue de scène doit s’avérer assez prohibitif.

Jusqu’alors, malgré l’insistance d’Evy de participer, Joaquin Casarei avait toujours refusé qu’une autre personne que lui prenne en charge les frais de sa famille. Certains parleraient d'orgueil mal placé. Pour lui, c’était sa fierté de père.

Au début, Celestina avait emprunté les vieilles tenues d’Evy. Mais bien que fine, elle avait pris des formes que son enseignante n’avait pas, et mesurait six bons centimètres de plus qu’elle. Joaquin avait donc multiplié les heures supplémentaires, afin d’acheter deux justaucorps à sa fille qui alternait en les portant un jour sur deux. Pour les « tenues de scène », le système de débrouille avait primé : il s’agissait du même tutu blanc d’Evelyn qui, selon le thème de la représentation, était personnalisé. Carmen Casarei avait réussi à rallonger elle-même les bretelles, et à l’ajuster à la taille de Celestina. En revanche, pour les détails, le tutu faisait des allers-retours chez madame Arias, la voisine d’en face, ancienne couturière professionnelle, dont les broderies et passementeries auraient faire pâlir d’envie toutes les précieuses de la Cinquième Avenue.

Cependant, il y avait une chose dont le coût pourrait alléger les épaules de Joaquin.

— De quoi Celestina aurait-elle besoin ? réitéra Marta Batista.

La réponse était évidente :

— De pointes, réagit elle-même l’intéressée.

Ce qu’Evelyn ne put que confirmer.

Celestina avait un pied fort, avec des muscles développés et un coup de pied superbe. Sa première paire de pointes, Celestina l’avait cassée en deux semaines. La deuxième paire n’avait pas attendu autant de temps…

Elle avait eu beau suivre tous les conseils d’Evy, comme sortir les pointes de son sac pour bien les laisser sécher après chaque cours, de même que les mettre ensuite au frais pour les faire durcir – Evy avait négocié une place pour les chaussons dans la chambre froide des cuisines du Nacional –, rien n’y avait fait. Avec les pieds de Celestina, les pointes avaient une durée de vie limitée. Même les pointes les plus dures, même les pointes professionnelles.

Certains de ces chaussons existaient avec une semelle renforcée, mais pour minimiser le coût, Evelyn avait demandé au cordonnier de doubler la semelle en cuir de pointes ordinaires. Il n’empêchait qu’avec toutes ces précautions, les pointes grevaient le budget de la famille Casarei.

— Eh bien, c’est entendu, approuva la Première dame. Le plus tôt possible, je vous ferai livrer au Nacional des paires de chaussons. À moins que vous ne préfériez que l’envoi se fasse chez vous ?

— L’hôtel, c’est parfait, conclut Celestina avant de la remercier chaleureusement.

Son cœur était en fête, et ce soir, ses pieds seraient de la partie…

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