L'Astre de La Havane (French Edition)

Marie Compagnon · Chapitre 35 sur 37

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L'Astre de La Havane (French Edition)

Il y a quinze ans, peut-être plus,…

Quelques mots…

Il y a quinze ans, peut-être plus, tandis que je feuilletais un magazine dévolu aux arts, j’ai été happée par un article consacré à la grande étoile cubaine, Alicia Alonso.

Étant l’une des rares étoiles à accéder au titre de Prima ballerina assoluta pour sa carrière exceptionnelle, Alicia Alonso a tant servi la danse et fait rayonner cet art dans le monde, qu’elle a obtenu dès 2002 le titre d’ambassadrice de bonne volonté à l'UNESCO pour sa contribution au développement et à la sauvegarde de la danse classique. Mais ce n’est pas tout…

Quelle ne fut pas ma surprise de constater que cette femme avait su bâtir une carrière exceptionnelle, alors qu’elle avait perdu la vue à tout juste vingt ans, d’une double dégénérescence de la rétine. Si vous avez déjà eu l’occasion de vous retrouver sur scène, vous savez que la perception de l’espace est particulière. Vous, ébloui, et la salle, plongée dans l’obscurité. Imaginez maintenant une ballerine, qui danse, bouge, évolue sur cette scène, qui change de position, de place, en ne se repérant qu’aux spots, dont elle discerne vaguement le halo, aux taches de lumière dans un monde d’obscurité. Fermez les yeux, et tentez de maintenir un équilibre sur une jambe... Et imaginez sur pointes... Tournez. Tournez plusieurs fois, en revenant toujours au même endroit.

Désormais, vous comprenez pour quelle raison j’ai été subjuguée. Comment l’idée a germé… Et puis, je l’ai mise de côté.

Au début de 2019, elle a réapparu. Elle s’est faite insistante. Alors, j’ai effectué quelques recherches. Alicia Alonso était encore en vie. Quant à moi, je ne me sentais pas le droit d’écrire une biographie sur une femme dont on ne connaît la vie que dans les grandes lignes, et que je n’ai jamais eue l’occasion de rencontrer. Je trouvais cette idée de relater l’existence d’une de nos contemporaines, dérangeante, s’apparentant à une sorte de voyeurisme sans son accord ou celui de ses proches.

Néanmoins, rien ne m’empêchait de m’inspirer de certaines de ces grandes lignes, pour nourrir un personnage fictif. Et Celestina s’est peu à peu construite, au fil des mois, prenant plus d’épaisseur et de consistance. Triste coïncidence, j’ai écrit les premières lignes de L’Astre de La Havane à l’automne 2019, tandis que madame Alonso quittait ce monde au mois d’octobre de cette même année.

Hormis leur ville d’origine et leur handicap, ne cherchez pas de point commun entre Madame Alonso et ma Celestina Casarei, que ce soit dans leur vie personnelle, la progression de leur carrière, ou leurs convictions politiques. Le plus important demeure cet attachement profond, ténu et fort, qui les a liées à une même passion, leur vie durant. L’amour de la danse…

" Moi, je danse dans ma tête. "

Alicia Alonso (1920-2019)

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