L'Astre de La Havane (French Edition)
La grand-mère semblait dormir, tranquille, paisible. Derrière…
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SOLEDAD
Août 2021
La grand-mère semblait dormir, tranquille, paisible. Derrière ce calme apparent, difficile de croire que, dès la rentrée prochaine, elle officierait encore auprès des élèves, ne pouvant raccrocher les chaussons, préparant déjà la version de Paquita que ses petites ballerines danseraient. Car en plus d’accueillir Soledad et sa famille dans son immense maison, l’aïeule lui avait demandé de venir enseigner dans son école. Qu’une jeune femme accepte de la seconder dans son rôle de directrice lui avait ôté un poids des épaules. Désormais, elle ne faisait plus que ce qu’elle aimait : se consacrer à son art. Elle s’installait sur une chaise, en plein centre de la salle, au milieu de ses élèves, et elle tendait l’oreille. Elle parvenait à les corriger au seul son des chaussons sur le plancher, du chuchotement de leurs mains sur les barres, de leur souffle en rythme sur la musique. Quelle chance c’était pour elle de pouvoir vibrer d’émotion par procuration, quand ses protégées dansaient ! Et quel bonheur, et quelle fierté pour ces dernières, de recevoir l’enseignement de celle qui avait obtenu le titre suprême, celui de Prima ballerina assoluta !
Les palmes frissonnèrent sous une nouvelle bourrasque en provenance du grand large. D’ici peu sonnerait la réouverture de l’école. Mais l’octogénaire bénéficiait d’encore un peu de temps pour se reposer…
Sur la table basse entre les deux chaises longues, Soledad installa précautionneusement le plateau, avant de se pencher vers la vieille dame allongée.
— Alors maman, bien dormi ? s’enquit Soledad, en lui déposant un baiser sur le front.
Un sourire se fraya un passage entre les rides, et grandit jusqu’à ce qu’on ne voit plus que lui au milieu de son visage.
— Je venais tout juste de m’assoupir, lui apprit l’aïeule.
— Je suis navrée, je croyais que tu avais fini ta sieste. Tu veux que je rapporte le plateau ? Je te ramènerai ton thé plus tard.
La mère trouva le bras de sa fille et posa sa main dessus :
— Pas la peine, chérie. C’est gentil à toi, merci. De toute façon, avec la chaleur qu’il fait, le thé ne risque pas de refroidir.
— C’est étrange que tu sois encore allongée : il est près de quinze heures trente.
— J’aurais voulu m’endormir plus tôt, mais Sylvia n’arrêtait pas de parler, de parler, de parler… Comme à chaque fois. As-tu coché la case « pipelette » quand tu l’as embauchée ?
Soledad eut un regard sévère :
— C’est une excellente gouvernante, et cela me rassure qu’elle soit avec toi à la maison, quand nous partons travailler. Elle est gentille, elle n'aspire qu'à te distraire.
— Qu’elle essaie de le faire à un autre moment que pendant ma sieste. À cet instant-là, je cherche le repos, pas la distraction.
— Ah décidément, Celestina Dos Santos, vous avez une sacrée personnalité.
— Le caractère, c’est comme les plantes de pieds : ça se muscle en même temps qu’on pointe.
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