Le Collier de Saphirs

Katherine Stone · Chapitre 16 sur 34

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Le Collier de Saphirs

Chapitre 15

 

Manhattan, octobre 1989

— Allô, Catherine ? Ici James.

— Oh... Bonjour, James.

— Comment allez-vous ?

— Très bien, merci.

Elle faillit ajouter qu’elle s’alimentait de nouveau comme tout un chacun et que, même si elle était toujours aussi mince, elle se sentait en grande forme. Mais elle songea que s’il appelait, c’était davantage pour avoir des nouvelles d’Alexandra que des siennes. Même si sa sœur lui avait assuré à maintes reprises que leur séparation s’était effectuée sans douleur, ce n’était manifestement pas le cas. James l’appelait pour lui demander son aide.

— Parfait, déclara-t-il d’un ton enjoué. Je me demandais si... vous aimeriez faire une balade en mer avec moi samedi prochain.

Surprise et désemparée, Catherine resta muette.

— À moins que cela ne vous arrange mieux dimanche, ajouta-t-il. Je suis à votre disposition.

— Samedi me convient tout à fait, s’entendit-elle répondre d’une voix tremblante.

— Formidable ! J’ai prévu d’emprunter le bateau d’un ami. Il est à quai au Southampton Club, sur Long Island. Nous pourrions appareiller vers onze heures. Cela vous va-t-il ?

— Très bien. Entendu, James.

Lorsqu’elle vint lui ouvrir, James resta un moment fasciné par le spectacle de ses yeux bleus. Ils scintillaient de joie, mais étaient ourlés de cernes ; quant à ses joues, d’habitude si colorées, elles étaient livides.

— Catherine ? Seriez-vous souffrante ?

— Non, je vais très bien. Ce n’est... rien. Il fait un temps idéal pour prendre la mer, n’est-ce pas ? Je suis prête. Il ne me reste qu’à prendre mon blouson dans la penderie.

Désemparé, James regarda la jeune femme se retourner et ouvrir la porte de la penderie de l’entrée. Ses gestes avaient quelque chose de saccadé qui ne lui ressemblait pas. Il remarqua la raideur de son corps menu et ses longs doigts refermés en un petit poing serré. Elle souffrait, c’était évident. Au moment où elle décrocha le blouson, elle parut se détendre quelque peu. Si la douleur semblait intermittente à présent, sa pâleur et l’ombre qui bordait son regard indiquaient clairement qu’elle l’avait harcelée toute la nuit.

— Catherine... Auriez-vous essayé de me joindre pour annuler notre rendez-vous ? Je n’étais pas à mon bureau ce matin.

— Non.

— Que diriez-vous de remettre notre balade à plus tard ?

Catherine se retourna enfin pour lui faire face. La douleur revint à cet instant, plus intense que jamais.

— Cela vaudrait peut-être mieux, répondit-elle bravement, crispant les doigts sur son blouson. Avez-vous quelque chose à me demander au sujet d’Alexandra ?

— D’Alexandra ? répéta James, surpris. Non, Catherine, je n’ai rien à vous demander à son sujet. Pourquoi cette question ?

— Je pensais que vous étiez essentiellement venu pour me parler d’elle.

— Pas du tout ! Nous nous téléphonons souvent. Je m’inquiète parfois — comme vous, je suppose — du bien-fondé de sa nouvelle liaison, mais je suis ravi de la voir heureuse, et je prie pour que ce bonheur dure. Si je vous ai proposé cette sortie, Catherine, c’est uniquement parce que j’avais envie de vous voir.

La jeune femme se mordit la lèvre. Elle semblait souffrir le martyre.

— Catherine... Laissez-moi vous aider. Voulez-vous me dire ce qui ne va pas ?

— Ce n’est rien de grave. J’ai parfois des crampes assez douloureuses au moment de mes règles, et... c’est le cas.

— Oh... Je vois. Alors, il vaut mieux que vous vous remettiez au lit. Je vais vous laisser en paix.

Elle hocha timidement la tête.

— Promettez-moi simplement de me téléphoner quand vous vous réveillerez, quelle que soit l’heure.

— D’accord. Mais... je n’ai pas votre numéro.

— Est-ce pour cela que vous n’avez pas essayé de m’appeler pour annuler notre rendez-vous ?

— Non. Je n’avais aucune envie de l’annuler.

— Parce que vous vous imaginiez que je voudrais vous parler d’Alexandra ?

— En partie, répondit-elle en soutenant vaillamment son regard. Mais surtout parce que j’étais contente de vous voir.

 

— Allô, James ? Je viens de me réveiller, et je vous appelle comme promis.

Il était plus de minuit. Catherine émergeait tout juste d’un sommeil réparateur, enfin délivrée de ses crampes.

— Comment vous sentez-vous ?

— Beaucoup mieux, merci.

— J’en suis ravi. Croyez-vous être assez en forme pour déjeuner avec moi demain — aujourd’hui, en fait, puisqu’il est plus de minuit ? Je vous aurais bien proposé une virée en mer, mais le dernier bulletin météo mentionnait un avis de tempête. Que diriez-vous d’essayer le restaurant du Southampton Club ? Sa cuisine est excellente. Au cas où le temps s’améliorerait, nous pourrions prendre des vêtements de rechange et larguer les amarres après le déjeuner.

— Je ferais mieux de m’abstenir, murmura Catherine avec un timide sourire, tout en promenant un doigt le long de la flûte de cristal qu’un serveur venait de déposer sur la nappe de lin blanc.

— Vous n’aimez pas le champagne ?

— L’alcool a tendance à me rendre un peu trop honnête.

— Trop honnête? Croyez-vous qu’on puisse être trop honnête ?

-— Oui. Certaines vérités ne doivent être dites qu’en temps utile.

— Je suis de votre avis, admit James après un court moment de réflexion.

Il était en effet trop tôt pour avouer à Catherine les sentiments qu’il éprouvait pour elle. Un jour, quand elle serait prête, il lui dirait la vérité. Et un jour, espérait-il, elle finirait par lui dévoiler les secrets qui la perturbaient si profondément.

Catherine était encore loin d’avoir le courage de lui dire certaines choses. Elle ne pouvait lui confier qu’elle était une enfant adoptée... Que sa vraie mère ne l’avait pas assez aimée pour la garder auprès d’elle... Qu’elle ne savait pas au juste qui elle était, mais qu’elle avait malgré tout le sentiment d’en apprendre chaque jour un peu plus sur elle-même... À ce propos, elle avait fait très récemment une merveilleuse découverte : elle s’était aperçue que chaque fois qu’elle se trouvait en compagnie de James, elle avait l’impression d’être tout ce qu’elle avait toujours voulu être.

En ce jour de tempête, ils parlèrent donc de musique et de voile, de la pluie, des vents, des nuages et des vagues. Tout au long de cet après-midi pluvieux, leurs regards, leurs sourires et leurs rires ne cessèrent de promettre qu’à l’avenir, ils passeraient bien d’autres moments ensemble. Et quand il lui offrit d’aller applaudir ensemble la Tétralogie, de Wagner, de dîner avec lui dans les restaurants les plus en vogue de Manhattan, ou encore de visiter l’exposition de toiles impressionnistes au musée d’Art Moderne... Catherine répondit oui avec ferveur à toutes ses propositions, tandis que ses yeux luisants lui avouaient la plus importante de toutes les vérités, la seule qu’il eût vraiment besoin de connaître.

Oui, James, je ne demande pas mieux que d’être avec toi.

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