Le Collier de Saphirs

Katherine Stone · Chapitre 34 sur 34

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Le Collier de Saphirs

Chapitre 33

 

 

Inverness, Maryland, décembre 1990

Catherine arriva à Inverness une heure avant le crépuscule. La neige mouchetait le ciel gris pâle de légers flocons. Le vent d’hiver semblait retenir son souffle, et rien ne bougeait dans le paysage d’un blanc immaculé. Levant les yeux sur l’imposante demeure plongée dans les ténèbres, elle comprit que James n’y était plus. D’un pas vif, elle traversa la roseraie dénudée pour rejoindre le bord de la falaise qui surplombait la baie. Pouvait-il être déjà parti pour les Caraïbes ?

Un soupir de soulagement lui échappa lorsqu’elle aperçut Vent de Nuit, qui oscillait imperceptiblement le long du ponton de bois, tout en bas. Une lumière dorée s’échappait des hublots. James était à bord, sans doute en train de préparer sa longue traversée hivernale. Tout en observant le voilier, Catherine se remémora la chaude nuit d’août où, pour la première et dernière fois, elle avait dû descendre — et surtout gravir — ces marches abruptes. Malgré la faiblesse de son corps et les conseils de sa raison, elle avait suivi James, parce qu’il le fallait.

Tout comme il fallait à présent redescendre ces marches pour aller à sa rencontre. Mais cette fois, se dit-elle avant d’entreprendre sa descente, elle n’aurait sans doute pas besoin de remonter. Ils allaient prendre la mer ensemble.

En cette chaude nuit d’août, Catherine Alexandra Taylor ignorait presque tout d’elle-même. Aujourd’hui, c’était bien différent. Elle avait appris certaines vérités dont la plus importante lui était justement apparue lors de cette mémorable nuit d’été.

Avec toi, James, j’ai l’impression d’être tout ce que j’ai toujours voulu être.

James sortit sur le ponton pour dérouler un cordage neuf. Elle reconnut autour de son cou l’écharpe tricotée pour lui un an plus tôt, en hommage à la nuit de pleine lune qui avait vu naître leur amour. De son côté, Catherine portait les boucles d’oreilles en saphir qu’il lui avait offertes. Mais ses yeux brillants, ses joues enflammées et cette expression à la fois innocente et pleine d’espérance qui avait trop longtemps déserté son visage étaient de loin les plus beaux symboles de sa passion.

En la voyant approcher, James se redressa lentement, le cœur carillonnant de joie.

— Catherine... Tu es venue.

Elle vint à sa rencontre sans le quitter des yeux, prête à libérer les mots qui lui brûlaient les lèvres. Mais James parla le premier.

— J’ai commis une effroyable erreur, Catherine. Jamais je n’aurais dû rejeter ton amour. J’ai cru sincèrement que je le devais, que c’était pour notre bien à tous les deux. Mais cela n’a pas été le cas. Du moins pas pour moi.

— Pour moi non plus, James.

— Je regrette tellement de t’avoir fait souffrir, moi qui ne souhaitais que te rendre heureuse !

Il éleva ses mains tremblantes vers le visage de la jeune femme, et, à cet instant, le vent d’hiver gratifia Catherine de la plus délicate des caresses : en soulevant imperceptiblement ses cheveux d’ébène, il révéla l’éclat de ses boucles de saphir, lumineux emblèmes d’un amour perdu, puis retrouvé.

— Je t’aime, Catherine. Je t’aime plus que tout.

— James...

Il la prit dans ses bras et sentit soudain toutes les cordes de son cœur chanter à l’unisson. Catherine, en promenant avidement ses doigts d’artiste sur le visage de l’homme qu’elle aimait, comprit pour la seconde fois que son don musical était peu de chose, comparé au merveilleux privilège qui lui était enfin rendu de pouvoir caresser ce visage tant aimé.

Ils s’embrassèrent avec passion. Et en cette nuit de neige, éperdus de bonheur, James et Catherine découvrirent ensemble la plus belle des symphonies, celle de leur amour.

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