Le Collier de Saphirs

Katherine Stone · Chapitre 25 sur 34

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Le Collier de Saphirs

Chapitre 24

 

Washington, D.C., septembre 1990

Les journées étaient inhabituellement chaudes en ce milieu de mois de septembre. En revanche, dès que la lumière déclinait, l’air vif s’empressait de signaler à chacun que l’été s’achevait ; les feuilles rousses, les écharpes en tricot et les joues rosies par le froid étaient pour bientôt. Tandis que Robert McAllister courait le long du fleuve Potomac, peu après l’aube, les odeurs caractéristiques de l’automne naissant vinrent raviver le douloureux souvenir de son amour.

Non que l’image d’Alexandra ait quitté un seul instant ses pensées. Mais ce jour-là, il sentit qu’il ne pourrait plus résister très longtemps au désir de la revoir. Ce désir l’avait torturé tout l’été. Il fallait qu’il la revoie afin de s’assurer qu’elle était bien ce qu’elle prétendait être : une calculatrice, pour qui leur passion n’avait été qu’un jeu.

Si Robert avait désespérément besoin d’être confronté à cette femme-là, c’était parce que chaque fois qu’il pensait à elle, malgré tous ses efforts, il ne lui venait que des images d’amour.

 

L’équipe ayant devant elle une longue nuit de tournage, le metteur en scène décréta une généreuse pause d’une heure pour le dîner. Elle avait commencé depuis dix minutes quand le régisseur vint frapper à la porte de la loge d’Alexandra.

— Le sénateur McAllister est ici, annonça-t-il avec un enthousiasme visible. Il voudrait te parler.

Stupéfaite, l’actrice le regarda bouche bée.

— Robert McAllister en personne ! renchérit le régisseur. Il me semble que c’est une grande première, non ?

Première ou non, Alexandra n’avait aucune envie de le voir. Elle s’apprêtait à inventer une excuse quelconque, quand l’idée lui traversa l’esprit qu’il avait peut-être découvert quelque chose au sujet de Katie.

— Eh bien ? Dois-je le faire entrer ?

— Oui, répondit-elle. Donne-moi seulement deux minutes.

Quand Robert frappa, elle avait eu le temps de mobiliser tout son talent pour se composer un regard méprisant et glacial, et se sentait prête à affronter cet homme présomptueux. Mais dès qu’elle lui ouvrit la porte, force lui fut de constater qu’il n’était pas venu dans l’intention de la provoquer. Ses yeux bruns trahissaient la fatigue, l’incertitude et la tristesse.

— Bonsoir, Alexandra.

— Bonsoir.

— Je me demandais si... nous pourrions parler.

— Parler de quoi ?

— De nous.

Sentant ses jambes sur le point de la trahir, elle s’assit sur le canapé et baissa la tête. Un lourd rideau de cheveux d’or s’abattit devant son visage. Robert la rejoignit et écarta tout doucement une boucle blonde.

— Alexandra...

— Laisse-moi, Robert ! s’exclama-t-elle, relevant le menton en signe de défi.

Son regard enflammé tomba sur la main de Robert, qui d’une simple caresse venait de réveiller tant de douloureux souvenirs.

— Tu ne portes plus d’alliance ?

— Alexandra... L’année dernière, quand nous... Jamais il ne m’est venu à l’idée que la présence de cette alliance pouvait te contrarier. Je t’en demande pardon.

— Ton alliance ne m’a jamais contrariée. Simplement, j’aimerais que tu me dises pourquoi elle n’est plus là.

— Tu le sais, murmura-t-il. Hillary et moi allons divorcer. Je te l’ai annoncé en décembre dernier, à mon retour de Camp David... Le soir où je t’ai demandée en mariage.

— Pour qui me prends-tu ? Tu n’es pas allé à Camp David ce week-end-là. Tu étais à Turtle Creek, avec ta femme, dans la suite nuptiale de l’hôtel Mansion. J’ai entendu ta voix au téléphone !

— Tu te trompes, mon amour. J’étais à Camp David, ravi de savoir qu’Hillary avait accepté de m’accorder le divorce.

Il s’interrompit tout à coup. Une ombre sinistre se répandit sur ses traits.

— Que t’a-t-elle raconté, Alexandra ? Qu’a-t-elle fait ?

— Elle est venue me trouver à La Roseraie le vendredi matin. Elle m’a expliqué que tu venais de lui avouer notre liaison, en précisant bien que tu ne t’étais jeté dans mes bras que pour te venger d’elle. Elle a ajouté que tout était arrangé entre vous et que vous comptiez passer le week-end en amoureux, une sorte de seconde lune de miel, dans un hôtel de Dallas. Et quand j’ai appelé cet hôtel pour vérifier...

Alexandra ne put poursuivre : les yeux de braise de Robert la convainquirent, mieux que tous les mots du monde, qu’Hillary n’avait fait que lui conter un tissu de mensonges.

— Elle a probablement enregistré ma voix, lâcha Robert avec une colère froide. Avant mon départ pour Camp David, j’ai reçu à mon bureau deux ou trois appels anonymes pour le moins bizarres. Mon interlocuteur restait muet... Mon mariage avec Hillary n’a jamais compté. J’aurais dû te le dire, j’aurais dû te faire part de mon intention de divorcer, mais je n’ai pas pensé une seconde que tu t’attendais à autre chose. Je n’ai jamais aimé que toi, Alexandra. Je n’ai pas cessé un instant de t’aimer, ni même d’espérer qu’un jour, je ne sais comment, tu me reviendrais.

Robert laissa échapper un interminable soupir en voyant le rideau de mèches d’or s’abattre de nouveau sur les yeux de l’actrice. Etait-il trop tard ? Hillary avait-elle gagné ? Le cœur battant, il attendit. La réponse n’appartenait qu’à Alexandra.

Déchirée entre son amour pour Robert, qui n’avait jamais faibli, et sa haine pour une femme dont le machiavélisme l’avait privée de son enfant, Alexandra sentit une rage sourde lui serrer le cœur. Mais une voix intérieure — son instinct de survie peut-être — lui souffla de ne pas y céder, car toute la rage du monde ne pourrait rien changer au fait qu’elle avait pris l’engagement solennel de ne jamais réclamer sa fille.

Le cœur d’Alexandra ne demandait qu’à être comblé d’amour. Mais comment chasser la haine et l’amertume qui cherchaient si avidement à s’y installer? Tout à coup, un souvenir chargé de tendresse fit irruption dans son esprit : elle revit fixés sur elle les grands yeux candides de sa sœur, alors âgée de douze ans. C’était peu de temps après leur rencontre avec Hillary aux portes du stade. Catherine, ce jour-là, lui avait dit quelque chose qui devait rester profondément gravé dans sa mémoire. Le moment de répéter ces mots était venu.

— Je crois que nous devrions pardonner à Hillary, dit-elle soudain.

Elle releva la tête. En apercevant la mine désemparée de Robert, elle ébaucha un sourire avant de poursuivre.

— C’est le conseil que ma petite sœur m’a donné un jour, il y a bien longtemps. Elle m’a expliqué que nous devions lui pardonner, parce qu’elle devait être très malheureuse pour se montrer si cruelle. Il faut lui pardonner, Robert. Il le faut. À vrai dire, j’éprouve de la pitié pour elle, parce qu’elle ne connaîtra jamais le bonheur qui est à notre portée. Moi non plus, je n’ai jamais aimé personne d’autre que toi. James était — et restera toujours — mon meilleur ami, mais il n’y a plus rien entre lui et moi depuis que je t’ai rencontré. S’il m’a accompagnée au gala de Pennsylvania Avenue en décembre dernier, c’est uniquement parce que je n’avais pas la force de m’y rendre seule, sachant que tu y serais avec Hillary.

Son sourire s’élargit imperceptiblement.

— Moi non plus, Robert, je n’ai jamais cessé de t’aimer. Pas une seconde.

— Oh, Alexandra, si tu savais comme je t’aime !

Robert lui encadra le visage à deux mains. Leurs regards se soudèrent, et l’amour que chacun lut dans celui de l’autre eut tôt fait d’étouffer toute étincelle de colère. Cependant, passé le premier instant d’émerveillement, Robert crut discerner dans les yeux d’Alexandra un sentiment qui n’aurait pas dû s’y trouver, un chagrin secret que sa joie ne parvenait pas à occulter entièrement. Alexandra était capable de pardonner, mais il y avait dans son cœur une blessure qu’elle ne pouvait oublier. Robert comprit alors qu’il ne pourrait pas pardonner à Hillary tant que cette ombre douloureuse n’aurait pas disparu des prunelles d’Alexandra.

— Je t’aime, murmura-t-il d’une voix sourde.

— Moi aussi...

Leurs lèvres s’unirent, et ils s’embrassèrent avec passion. Puis elle se lova contre lui, à l’abri de ses bras enveloppants, pour écouter les joyeux battements de son cœur. Ivre de joie, Robert resta longtemps silencieux avant de se décider à lui faire part d’un autre grand bonheur.

— Sais-tu que Brynne et Stephen ont adopté une petite fille au mois de juin ? James t’en a-t-il parlé ?

— Non, s’entendit-elle répondre. Mais j’en suis ravie.

— Attends seulement d’avoir vu la petite Katie ! fît Robert en embrassant ses boucles d’or. Cet été, tu m’as tant manqué que je me suis trouvé plus d’une fois au bord du suicide. Alors j’allais passer une journée ou un week-end là-bas, à Richmond ; et chaque fois, le spectacle de cette merveilleuse petite fille m’a rendu la force de vivre.

Robert, sans le savoir, parlait de sa propre fille d’une voix frémissante d’adoration. Alexandra se mordit la lèvre.

— Elle est si belle, si innocente ! La première fois que je l’ai tenue dans mes bras, j’ai fait le vœu solennel de tout mettre en œuvre afin que ce monde reste le plus longtemps possible un lieu de paix.

La fin de la pause décrétée par le metteur en scène arriva trop vite. Robert promit de venir s’installer le soir même chez Alexandra, à La Roseraie, après être passé prendre quelques affaires à son studio. Il avait aussi deux mots à dire à son ex-femme. Par amour pour l’actrice, il lui avait caché sa fureur ; mais dès qu’il l’eut quittée, le souvenir du mystérieux chagrin qui s’obstinait à assombrir son regard malgré la joie de leurs retrouvailles suffît à la faire remonter, par vagues de plus en plus violentes. Par crainte de ne pas pouvoir se dominer, il renonça à aller trouver Hillary à Arlington. Mieux valait lui téléphoner. Mieux valait ne jamais la revoir.

 

— Je te tire mon chapeau.

— Robert ? C’est toi ? souffla Hillary dans l’appareil.

La voix de son mari était méconnaissable.

— L’expérience aurait dû m’apprendre que ta vanité, ton égoïsme et ta fourberie sont sans limite. Mais je t’ai quand même sous-estimée, Hillary. Jamais je ne t’aurais crue capable d’aller si loin pour obtenir ce que tu voulais.

— Tu dis cela parce que je n’ai pas encore déposé la demande de divorce ? Ne t’inquiète pas, je le ferai, c’est promis.

— Inutile, répondit-il d’une voix glacée. C’est moi qui vais m’en charger. À mon tour de te faire une promesse et, crois-moi, j’ai l’intention de la tenir. Dès l’instant où nous serons divorcés, dès l’instant où je serai enfin débarrassé de toi, j’épouserai Alexandra, la femme de ma vie.

 

— Thompson ! héla Robert à l’intention d’un homme qui traversait le hall du Sénat à quelques mètres de lui.

Thompson Hall se retourna. Reconnaissant l’étoile montante du parti, il ébaucha un sourire chaleureux.

— Bonjour, Robert. Comment allez-vous ?

— Bonjour. Avez-vous une minute ?

— Bien sûr !

Ils se replièrent vers le bureau du sénateur McAllister en parlant de choses et d’autres, mais dès que la lourde porte de chêne fut refermée derrière eux, Robert alla droit au but.

— Hillary et moi allons divorcer, Thompson. Mon avocat doit présenter ma demande au tribunal d’Arlington en fin d’après-midi, ou demain matin à la première heure. Sachant pertinemment que la presse locale s’empressera d’ébruiter la nouvelle, je tenais à ce que vous et la direction du parti en soyez informés les premiers. Je pense que la procédure se déroulera sans heurt, mais il serait peut-être préférable que nous présentions tous la même version des faits.

— Quelle version ? répéta Thompson Hall, estomaqué.

— Rien ne vaut la vérité. Hillary et moi avons pris la décision de divorcer il y a environ dix mois. D’un commun accord, nous avons repoussé l’échéance jusqu’à la fin mai, entre autres en raison de l’anniversaire de Sam Ballinger. Nous vivons séparés depuis cette date.

— Robert, je crois que vous devriez reconsidérer cette...

— C’est la stricte vérité. L’opinion publique n’a pas besoin d’en savoir davantage.

— Je parlais de votre décision de divorcer.

— Je vous demande pardon ?

— Du point de vue politique, un divorce serait très mal venu. Ne pourriez-vous parvenir à un accord sans en arriver là?

— Si je vous fais part de ma décision, Thompson, c’est uniquement à titre d’information. Je n’ai pas besoin de conseils. Hillary et moi allons divorcer, point final. Ce sont des choses qui arrivent. Certains mariages échouent. Les électeurs sont assez grands pour le comprendre. Et si tel n’est pas le cas...

— Oui?

— Il existe toutes sortes de moyens de lutter pour nos idées sans avoir besoin de postuler un mandat électif.

— Vous n’êtes pas sérieux !

— Bien au contraire, répondit Robert en souriant. Tant que j’y suis, je ferais aussi bien de vous annoncer que je compte épouser Alexandra Taylor dès que le divorce sera prononcé. Cela vous permettra de vous habituer à cette idée.

— Alexandra Taylor? La... l’actrice de Pennsylvania Avenue ?

Robert opina. Il hésita une fraction de seconde avant d’ajouter un mensonge nécessaire. Alexandra avait tellement insisté qu’il avait accepté de l’assumer.

— Tout a commencé cet été, peu après le retour d’Alexandra d’un grand voyage autour du monde. Hillary et moi étions déjà séparés. Jusqu’à présent, nous avons réussi à garder notre liaison secrète, et nous souhaiterions qu’elle le reste le plus longtemps possible.

 

En quittant le bureau de Robert, Thompson Hall titubait presque, comme s’il venait de recevoir un violent coup sur la nuque. La nouvelle était catastrophique, tant pour le parti que pour lui-même : conseiller spécial de Robert McAllister, il se préparait déjà à disposer d’un immense pouvoir dès l’arrivée de celui-ci à la Maison-Blanche. Mais si Robert décidait de saborder son avenir politique sur un coup de tête...

Il fallait à tout prix réagir. Thompson envisagea de réunir les principaux dirigeants du parti pour étudier le meilleur moyen de faire pression sur le sénateur. Si le divorce n’avait pas bonne presse, épouser une célébrité telle qu’Alexandra Taylor équivalait à un suicide politique. L’actrice ne correspondait en rien à l’image que les électeurs se faisaient d’une Première Dame. Mais Robert semblait tellement déterminé qu’il n’avait osé lui en faire la remarque, et il était peu probable que ses pairs se montrent plus courageux.

Tous leurs espoirs, s’aperçut-il, reposaient désormais sur l’élue du cœur de Robert. Alexandra devrait être approchée très discrètement, avec une extrême diplomatie. C’était à lui de s’en charger.

L’actrice était sur le point de quitter les studios quand Thompson Hall lui téléphona. Sans l’avoir jamais rencontré, elle connaissait son influence au sein du parti de Robert. Celui-ci lui avait d’ailleurs annoncé le matin même son intention de lui faire part de leurs projets. Quand Hall déclara qu’il souhaitait la voir en tête à tête, Alexandra répondit que Robert devait rentrer très tard ce soir-là. Pour finir, elle lui expliqua comment se rendre à La Roseraie.

 

— Notre pays a besoin de Robert McAllister, miss Taylor.

— J’en suis consciente.

— Parfait. Voilà qui me facilitera la tâche.

— Quelle tâche ? fit Alexandra, inquiète.

— Je suis dans l’obligation de vous demander de réétudier vos projets de mariage.

— Suis-je un tel handicap politique ?

— Je le crains, miss Taylor. Vous êtes actrice. Même si votre image fascine l’Amérique profonde...

— Elle ne sied pas à une Première Dame, compléta-t-elle. Les acteurs sont un peu trop portés sur le sexe et sur la cocaïne, c’est bien cela ?

— Miss Taylor... Quand Robert se présentera aux élections présidentielles, nos adversaires ne reculeront devant aucune dépense pour éplucher votre biographie. Ils sauteront à pieds joints sur le moindre scandale vous concernant, par exemple, quelques photos en tenue légère prises à vos débuts ou une petite affaire de drogue. C’est leur seule chance de battre Robert. Comme ils savent d’avance qu’ils ne trouveront rien dans son passé, ils s’acharneront sur le vôtre.

— Et ils ne trouveront rien de plus, monsieur Hall. Je n’ai jamais consommé de drogue, et je n’ai jamais posé nue. La chance m’a souri dès le début de ma carrière.

— Chaque moment de votre vie peut donc être soumis sans risque au jugement de toute l’Amérique ? Sachez que c’est ce qui se produira.

— Oui.

— C’est un immense soulagement pour nous, répondit Thompson Hall avec un sourire exagéré. Dans ce cas, j’imagine que vous ne verrez aucun inconvénient à ce que nous menions une petite enquête à votre sujet.

— Je vous demande pardon ?

Le sourire de Hall s’évanouit.

— Nous allons enquêter sur vous, répéta-t-il lentement. Vous semblez inquiète. Auriez-vous quelque chose à cacher ?

— Pas du tout. Simplement, je désapprouve cette intrusion dans ma vie privée, et je suis sûre que Robert sera de mon avis.

— Il en sera certainement contrarié, mais il comprendra. J’espérais que tout ceci resterait entre vous et moi, mais si vous tenez à l’en informer, libre à vous : je n’aurai aucune peine à justifier mon initiative. Comme je vous l’ai dit, nos adversaires se livreront à cette enquête, et il est donc nécessaire que nous sachions par avance s’il existe dans votre vie quelque chose — ne serait-ce qu’un épisode insignifiant, que vous avez complètement oublié — qui pourrait être exploité de façon à nous causer du tort. Robert sait tout cela, c’est pourquoi je suis certain qu’il comprendra. Vous voyez, miss Taylor, je ne manque pas d’arguments en faveur d’une telle enquête. Et vous ? Quels arguments pourriez-vous invoquer pour me dissuader de m’y livrer ?

— Je trouve simplement l’idée très désagréable.

Elle haussa les épaules.

— C’est tout, ajouta-t-elle. Ne vous gênez pas, monsieur Hall. Menez donc votre enquête.

— Comptez-vous en parler à Robert ?

— Je veux bien me taire... à condition d’être la première avertie si d’aventure vous découvrez quelque chose.

— Je ne manquerai pas de vous avertir, mais à mon tour de poser une condition : vous devez me promettre de reconsidérer votre projet de mariage si j’estime qu’il y a matière à compromettre la carrière de Robert dans votre passé.

— Je puis vous faire cette promesse d’autant plus aisément, monsieur Hall, que je sais déjà que vous ne trouverez rien.

— Si tel est le cas, je serai le premier à vous présenter mes meilleurs vœux de bonheur.

— Merci d’avance. Combien de temps prendra cette enquête ?

— Quelques mois seulement. Elle sera terminée à Noël.

 

Thompson Hall était décidé à trouver quelque chose à tout prix, songea Alexandra en regardant s’éloigner sa voiture sur la route sinueuse. Aussi convaincant soit-il politiquement, son regard l’avait trahi au moment où il avait évoqué ses meilleurs vœux de bonheur. Alexandra sentait qu’il la méprisait cordialement et ne changerait jamais d’avis à son sujet ; mais d’une certaine façon, cette hostilité avait un côté positif. Hall enquêterait sur elle à la façon d’un ennemi, cherchant impitoyablement la moindre faille, suivant jusqu’au bout toutes les pistes. Il se pouvait qu’il découvre l’existence de sa fille. Mais dans le cas contraire, elle serait définitivement délivrée d’une angoisse qui la torturait jour et nuit car plus rien ne pourrait menacer le bonheur de Katie.

D’après Hall, l’enquête serait close avant Noël. Cela dit, il se pouvait qu’elle doive renoncer bien plus tôt à l’amour de Robert : trois semaines plus tard, elle et lui devaient passer le week-end à Richmond avec Brynne, Stephen et Katie. Ne risquait-elle pas de comprendre, ce jour-là, qu’il valait mieux dire adieu à Robert plutôt que de se voir condamnée pour la vie à n’être qu’une lointaine parente aux yeux de sa fille ?

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