L'Héritière
Chapitre 9
Le Cénacle Majeur qui régnait sur tous les vamps du huitième arrondissement avait rencontré de graves problèmes de discipline avec un des leurs, ils avaient décidé de l’éliminer. D’après ce que j’avais compris, ils n’avaient que suivi en cela les ordres exprès du Haut-Cénacle parisien qui, lui, régentait la France entière. Ce dernier, d’ailleurs, enverrait un observateur afin de vérifier que tout se passait selon leurs règles. Avant l’exécution de la sentence, le condamné devait rédiger son testament. Le Cénacle Majeur s’était tourné vers nous pour tout mettre en ordre.
Quand j’avais pris le rendez-vous au téléphone, tout m’avait paru très simple, voire sympa. J’avoue que, Navarre mis à part, je n’appréciais pas vraiment les vamps. Un de moins, c’était toujours ça de gagné, je ne pleurerais pas. En outre, il avait dû tirer sur la corde celui-là, pour que les siens aient décidé de le retirer de la circulation.
Les cénacles français – Géraud m’avait signalé que c’était très différent aux États-Unis – étaient d’une discrétion paranoïaque. Ils avaient édicté un « code de prélèvement » draconien auquel le Haut-Cénacle veillait avec une sévérité redoutable. Ne parlons même pas de leurs procédures d’admission à l’Offrande Ténébreuse qui renvoyaient l’obtention de la nationalité suisse au rang de simple contrariété. Notre client avait enfreint la plupart des règlements en vigueur sur ces deux points précis, avec plaisir et à plusieurs reprises. Il avait commis d’autres crimes spectaculaires, s’attaquant à des enfants ou des femmes célèbres, et semé les novices chaque fois que cela lui était passé par la tête.
Pire encore, une fois créés, il les oubliait et les abandonnait sans aucune préparation aux angoisses de la Transformation. Certains d’entre eux dont il avait été incapable ou peu désireux de donner les noms passeraient leur éternité à se dessécher dans leurs tombeaux, impuissants, ne comprenant rien à ce qui leur arrivait, et sombrant trop lentement dans la folie.
Bref, c’était un complet salaud et la Terre ne tournerait que mieux lorsqu’il aurait disparu. J’en étais convaincue. Seulement, je n’avais pas prévu de me retrouver nez à nez avec lui. Ni qu’il sortirait du même tonneau que Navarre.
***
Quinze jours après le coup de fil, deux vamps sonnèrent à la porte d’entrée.
Je les accueillis sans enthousiasme. J’étais fatiguée, la journée avait été longue et je commençais à comprendre pourquoi le reste de l’univers déteste les lundis. Ma nouvelle minijupe gris perle me serrait trop à la taille, mon body de soie mandarine me donnait un teint de noyée, j’avais mal aux pieds, rien n’allait. Pourtant, Géraud avait envoyé Zalia me chercher plus tard que d’habitude ce matin-là, en prévision du rendez-vous vespéral avec le Cénacle.
Navarre arriva presque au même moment que ses congénères. Nos visiteurs n’avaient pas eu le temps d’entrer qu’il était déjà dans son fauteuil dans une pose nonchalante, sexy en diable, qui eut le mérite de me réveiller vraiment. Je remis précipitamment mes chaussures que j’avais abandonnées sous mon bureau comme toujours. Il se pencha, impassible, pour récupérer un de ses sempiternels vieux comics, mais cette indolence n’était qu’apparente et je le connaissais assez pour savoir que cette attitude ne lui ressemblait pas.
Navarre avait banni la gravité de sa vie. Il ne parlait pas beaucoup, jamais pour se confier. Il aimait rire, jouer et plaisanter, et il s’en tenait à ça. La chose la plus grave que je lui avais entendu dire était que les vieux vampires devenaient fous à force de se prendre au sérieux. Lui, il avait l’intention de devenir un très vieux vampire, absolument sain d’esprit et totalement futile. Il s’y employait avec soin, et sa légèreté permanente, si contradictoire avec sa nature obscure, rajoutait à sa séduction.
Je n’eus donc aucun mal à déceler les contractions minuscules de ses bras censément alanguis sur le cuir. Je me raidis à mon tour, mal à l’aise pour la première fois en trois mois dans cette pièce où j’avais pris mes marques.
Les deux vamps entrèrent dans le bureau. C’étaient de jolis jeunes gens, sanglés dans des costumes bien coupés mais qui ne leur allaient pas vraiment. En jean et tee-shirts, ils auraient été de magnifiques incarnations de ces braves garçons nourris de yaourt et de Coca-Cola. Ils nous saluèrent, Zalia et moi, mais ignorèrent Navarre avant de se planter devant Géraud et de s’incliner devant lui. Assez bas.
Devant le mépris de ses congénères, un petit muscle tressauta plus fort à la commissure des lèvres de Navarre qui feuilleta encore plus ouvertement son comics.
Géraud ne fit pas asseoir les visiteurs. Il hocha la tête sans un mot, tandis que Zalia disparaissait aux toilettes dans le but apparent de se recoiffer. La brosse dans sa main tendait à le prouver. Les deux vamps parcoururent la pièce du regard, l’un d’entre eux sembla demander l’accord de Géraud pour examiner la chambrette attenante. Il en revint quelques secondes plus tard.
— Pas de fenêtres, les murs externes sont porteurs et les cloisons donnent ici. C’est bon, monsieur, on peut l’amener.
Géraud acquiesça et se désintéressa de la question, piochant dans sa réserve de courrier en retard. L’un des deux vamps envoya un SMS, puis les deux compagnons se postèrent dans la salle d’attente.
Je me penchai vers Navarre et chuchotai :
— Les vamps se servent de cellulaires ? Vous n’êtes pas télépathes, normalement ?
— C’est impoli et très difficile de coller ses pensées dans la tête de quelqu’un avec qui on ne couche pas, ou qu’on ne boit pas, me répondit-il sur le même ton. Les Maîtres de Cénacles ne peuvent pas baiser tous leurs serviteurs pour le plaisir relatif de savoir ce qu’ils pensent…
Il jeta un coup d’œil railleur à ses semblables, me sourit et replongea dans son livre. Dix minutes plus tard, la sonnette retentissait une nouvelle fois.
Ils n’étaient pas moins de quatre pour surveiller le prisonnier. Un cinquième, un vamp grand et roux les dirigeait. Avec des lunettes, ce visage sérieux et carré, beau dans son genre, aurait parfaitement convenu à un impitoyable inspecteur des Impôts. Ou un expert-comptable, du genre de ceux dont les audits font virer la moitié du personnel d’une entreprise pour fraude et la seconde moitié pour complicité de prise illégale d’intérêt.
Un sixième les suivait, ployant sous un énorme paquet de cuir large de deux mètres sur trois. Un son métallique retentissait chaque fois qu’il bougeait. Celui-là nous ignora et se rendit aussitôt dans la chambre « d’amis » dont il ferma la porte. À travers le panneau de bois, les bruits de métaux entrechoqués devinrent plus violents, il montait quelque chose.
Tous les autres s’entassèrent dans le bureau comme un rempart entre le condamné et nous ; le grand roux en tête. Navarre se leva pour se poster devant la fenêtre, l’obstruant presque complètement de ses larges épaules. Sa bande dessinée toujours en main, il nous tournait le dos, fixant les toits de la basilique en face qu’il aimait beaucoup à cause des pigeons y nichant toute l’année. Je le soupçonnais d’avoir donné un nom à chacun d’eux.
Il y eut un long silence. Le vampire prisonnier finit par laisser tomber :
— Bonjour Géraud, ça fait un bail, hein ?
— Tu ne m’as pas manqué pourtant, rétorqua mon oncle sans lui rendre son salut.
— Je n’y comptais pas non plus, fit l’autre en se retournant pour nous considérer Navarre et moi.
Ses gardes du corps se tendirent mais, au signe d’apaisement de leur chef roux, ne firent rien pour l’en empêcher. Une solide chaîne d’argent entravait ses mouvements, refermée autour de ses poignets protégés par une paire de gants de cuir noir. Un des vamps retenait l’autre extrémité de la chaîne. Il portait des gants lui aussi. Je ne compris pas tout de suite leur intérêt avec la chaleur de cette fin de mois d’août.
Le prisonnier s’avança d’un pas vers nous, la chaîne glissa sur sa peau nue. Il y eut une petite volute de vapeur et il grinça de douleur contenue. Avec précaution, son gardien redisposa les mailles étincelantes sur le cuir et je pus enfin apercevoir son visage. Merde, encore un mec splendide !
Heureusement que celui-là ne va pas faire long feu, me dis-je, affolée.
Il était aussi sombre que Navarre était lumineux. Ses cheveux de suie bouclée luisaient et ses yeux d’améthyste opaque et fumée étincelaient. Bâti comme un dieu adolescent, en angles, en muscles longs et déliés, son allure avait quelque chose de létal, même dans ces conditions. Il rappelait une panthère noire tenue en laisse et la même tension féline habitait ses yeux froids. Beau à mourir, la tournure était particulièrement adaptée. Il pencha sa belle tête aux traits délicats et au nez finement dessiné.
— Salut Navarre, tu es toujours aussi appétissant, mon chéri ! Tu seras content de savoir que je t’ai donné mon sang…
Navarre se retourna lentement. Il ne blêmit pas puisqu’il en était incapable, mais je vis ses longs doigts aristocratiques se crisper sur le papier bon marché de sa bande dessinée. Colère ou autre chose, j’étais incapable d’en juger. Navarre jeta un œil à Géraud qui le lui rendit, impavide.
La Maîtresse de Cénacle débarqua à ce moment-là sans s’annoncer, ni frapper à la porte. Elle apparut simplement au milieu de la pièce, comme Navarre quelques minutes plus tôt. Le grand roux s’inclina très bas devant elle. En passant, la Dame lui frôla le poignet comme pour une caresse.
— Denis… murmura-t-elle dans une espèce de bonjour avant de se tourner vers nous.
Elle était étonnante, elle aussi. Le plus surprenant peut-être fut que Géraud ne s’offensa pas de cette intrusion sans sommation qu’il n’aurait pas manqué de reprocher à Navarre.
C’était une très vieille femme. Je la considérai une bonne minute avec stupéfaction. Je croyais que les vampires restaient éternellement jeunes, mais elle était ridée comme une pomme oubliée dans un plat. Sa peau jaunie tel un papier transparent se tendait sur ses pommettes et son menton trop pointu, le crâne presque visible à travers la fine pelure parcheminée. Une unique tresse blanche, épaisse comme une corde couronnait son visage, toujours magnifique malgré les attaques du temps.
— Ma Dame Bathilde, fit mon oncle avec une révérence marquée.
Le respect dans ses yeux était évident, l’affection aussi. Il la connaissait depuis très longtemps, cela se sentait.
— Bonjour, mon petit, souffla-t-elle.
Houla ! « Mon petit » ? Encore plus de temps que je ne l’avais cru !
Géraud lui désigna un des horribles sièges design destinés aux invités où elle prit place avec une dignité incroyable. J’ignorais qu’on pouvait s’asseoir dans une chaise de plastique ridicule et proclamer ainsi qu’une reine était en séance. Denis se posta à ses côtés comme un garde ou un Premier ministre.
Quelques secondes plus tard, un autre vamp se matérialisa directement dans le siège près d’elle. Sanglé dans un costume noir à fines rayures grises repassé à la perfection, il était grand et sévère, un visage impassible en lame de couteau. Son corps immobile donnait l’impression qu’une statue était apparue dans le bureau. Il honora Géraud et Bathilde d’un coup de menton sec que seule Bathilde lui rendit avec usure, quant aux autres, moi y compris, il nous ignora impérialement. Géraud se contenta de le fixer droit dans les yeux. Tout autre se serait agité sous un regard pareil, le vamp n’en parut que plus rigide. Il engagea Bathilde à parler d’un battement de cil.
— Herfauges est condamné, dit-elle avec réticence.
Elle entrait en matière, elle savait qu’elle n’apprenait rien à Géraud et ne parlait que pour le nouveau venu. Elle fit un signe à Denis qui remit une chemise cartonnée à mon oncle.
— Tu trouveras ici la liste des enfants que mon fils a semés lorsqu’il était humain encore. C’était il y a treize siècles, comme tu te doutes, mais nous avons suivi leurs vies quelque temps. Deux d’entre eux ont été adoubés sous Louis XI. Pour le reste, il y a les archives du Cénacle, nous te les enverrons…
Sidérée, je contemplai le prisonnier et le regrettai tout de suite car il surprit mon regard qu’il me rendit dans un coup d’œil appréciateur, traînant longuement sur ma poitrine inexistante. Il me sourit, prenant soin de découvrir ses crocs. Je frissonnai. Alors cet Herfauges était le fils de la Maîtresse de Cénacle ? Pas étonnant qu’ils aient été si patients avec lui.
— J’ai l’habitude de ce genre de recherches… J’imagine qu’il est inutile de vous présenter mes condoléances pour la perte que vous allez subir ? murmura mon oncle.
Dame Bathilde jeta un œil circonspect à son voisin toujours aussi impavide.
— Herfauges s’est aventuré trop loin, notre patience est à bout, articula-t-elle lentement. Mille trois cents ans de provocations, Géraud ! Lorsque tu auras retrouvé ses descendants, il devra choisir parmi eux. Il me faut un Dauphin, quoi qu’il arrive.
Ici, le vamp à ses côtés se redressa et prononça d’une voix glaciale :
— Je suis témoin. Le Maître du Haut-Cénacle sera informé que tout est en ordre. Je vous laisse à présent.
Il se pencha rigide et faussement compatissant vers Bathilde :
— Vous n’y perdrez pas, ma chère, et votre Cénacle non plus. Le Maître sera content de vous…
Il disparut aussi abruptement qu’il était arrivé. Il y eut dans la pièce une espèce de soulagement immédiat comme si tout le monde avait retenu sa respiration tant qu’il était là. Même la royale Bathilde se détendit, mais ce fut très bref, elle se reprit aussitôt et dit à Géraud :
— Je suppose qu’il vous a averti pour son sang ?
Mon oncle opina lentement, comme avec précaution. Bathilde se tourna vers Navarre :
— Ça te réjouit, vipère, de t’abreuver de sang royal ?
Navarre protesta avec un sourire feint :
— Eh, Majesté ! Je n’ai rien demandé, moi ! Comme d’habitude, vous me tombez dessus à sa place !
— Tu as toujours eu une influence épouvantable sur mon fils !
Il leva les yeux au ciel.
— Herfauges était déjà un putain de psychopathe cinq cents ans avant ma naissance, Bathilde, et vous le savez très bien…
Il allait continuer sur ce mode, mais il croisa le regard de Géraud et termina un ton plus bas :
— … et je ne suis même pas sûr de tenir à cet honneur. Vous pouvez le donner à qui vous voudrez son putain de sang bleu !
Dame Bathilde fronça les sourcils, retenant d’un geste Denis qui frémissait à ses côtés :
— Je le voudrais bien, mais il a choisi et je ne…
Elle s’interrompit et se tourna vers son fils.
— Ton ultime bravade, n’est-ce pas, mon cher ?
Herfauges s’arracha à sa fascination apparente pour moi et se fendit d’une révérence retenue par la chaîne, mais il s’en tira avec élégance.
— Vous m’avez laissé le choix, Mère. Vous pouviez me le retirer tant que le corbeau psychorigide était là. Vous n’aviez qu’à lui demander dispense, il n’aurait été que trop heureux de vous l’accorder. J’ai toujours agacé les puritains de ce tonneau !
Il jeta un regard appuyé à Denis, l’insulte lui était clairement destinée. Le lieutenant de Bathilde s’absorba dans la contemplation des gravures sur les murs du bureau. Je me dis que cette surdité volontaire avait dû lui demander des siècles d’entraînement.
— Cependant, continua Herfauges, il me semblait arranger tout le monde en fournissant pour pas cher sa nourriture préférée à notre cher Navarre. Sans compter qu’il n’en aura que plus de cœur à dénicher nos descendants, n’est-il pas ?
Très raide, elle acquiesça, presque contre son gré. Je jetai un coup d’œil interrogateur à Géraud qui me fit signe de patienter. La vieille femme quitta son siège, je crus surprendre une grimace sur son visage impassible.
— Herfauges te donnera ses conditions. Inutile que tu ramènes un arrière-petit-fils qui ne conviendrait pas. Tout ceci doit se régler au plus vite. Mon cénacle est trop haut placé pour demeurer longtemps sans Dauphin. Et, sans parler de nos rivaux des arrondissements voisins, je vais consacrer toutes mes forces à tenir mes propres troupes qu’une telle vacance du pouvoir ne manquera pas d’agiter.
— Je m’en doute, rétorqua seulement Géraud.
— Alors, je te laisse, mon petit. Vois les détails avec Denis. Au revoir.
Elle disparut à son tour sur ces mots. Son parfum de chèvrefeuille traînait encore dans la pièce, Denis contemplait la chaise abandonnée. Herfauges le poussa négligemment du coude, avant de s’y laisser tomber. Le grand roux recula, le regard indéchiffrable.
— Avec le temps, dit Herfauges, les candidats potentiels doivent être assez nombreux, les lignées humaines ont tendance à se ramifier très vite. Je préfèrerais que tu te focalises sur celles qui ont conservé le nom, vois-tu ?
Ici, Géraud jeta un coup d’œil goguenard à Navarre qui le lui rendit malgré la barre soucieuse qui se plissait de plus en plus sur son front large.
— C’est parfait. Donc tu veux un Herdstal, ou à défaut un Peyrusse ?
— Absolument. Dans cet ordre-là. Mais je préfèrerais surtout UNE Herdstal ou UNE Peyrusse. Et bandante, s’il te plaît.
— Pourquoi ? Tu as l’intention de te la faire ? cracha Navarre.
Les cinq gardes le regardèrent avec approbation pour la première fois. Herfauges inclina la tête de côté et son sourire narquois qui ne l’avait pas quitté s’accentua.
— En effet, tout se paye. Je lui laisse une fortune considérable, énorme, en plus de la vie éternelle. J’ai l’intention de la baiser par tous les trous, y compris certains que je pratiquerai moi-même pour l’occasion. Je pense qu’elle consentira en prime, car… je lui laisserai le choix… j’adore ça.
— Tu m’écœures !
Herfauges haussa les épaules.
— Tu n’as pas toujours dit ça, mon chéri. Et surtout tu ne le diras plus quand tu t’abreuveras de ma vie.
— Je n’ai pas encore donné mon accord. Je chasse, j’aime ça, mais je ne mange pas n’importe quoi. Je ne suis pas un exécuteur.
— Oh, des principes, maintenant ? C’est nouveau. Ils étaient où ces principes quand tu bossais pour le Vatican, avant que tonton Géraud te récupère ?
Il lança son menton en direction de mon oncle qui suivait l’échange sans se départir de son air imperturbable. Géraud se carra dans son fauteuil.
— Ma nièce ? dit-il à mon adresse, d’un ton si cérémonieux que je mis trois bonnes secondes à réaliser qu’il me parlait. Veuillez avoir l’obligeance de quérir Zalia afin qu’elle note les exigences de notre client.
Je me levai et fis un large détour pour ne pas traverser le groupe de vamps tout en restant aussi loin d’Herfauges que possible. Il s’en aperçut bien sûr, son sourire s’accentua d’autant. Je sentis son regard traîner sur mes chevilles tandis que je lui tournais le dos. Dès que je passai la porte, Géraud prit ce ton particulier dont il usait lorsque la moutarde lui montait au nez. On ferma la porte de communication de la salle d’attente, je n’entendis plus rien.
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